Ceux qui restent vivent mal le
départ de leurs voisins et amis de la première
époque ; ils peuvent être tentés de les
suivre mais n'en ont souvent pas les moyens financiers. Ils
tendent alors à se regrouper dans quelques quartiers
ou dans certains immeubles.
On trouve là un phénomène
assez courant observé dans les quartiers HLM anciens
où apparaît un clivage entre les familles installées
depuis le début "gardiennes de l'ordre H.L.M."
et les familles arrivées plus récemment et qui
sont considérées par les premières comme
peu respectueuses de cette façon de vivre. La taille
de La Grande-Borne fait que cette distinction se traduit dans
l'espace. Il y a, comme dans une ville, les bons et les mauvais
quartiers.
Ce mouvement de clivage de la
population s'est vu renforcé par une cause externe
la dégradation de l'habitat et de l'environnement.
La dégradation de l'habitat a une première cause
"naturelle" le vieillissement des lieux, et une
seconde structurelle : la malfaçon du bâti qui
a fait apparaître peu à peu, dans un grand nombre
d'appartements, des problèmes d'humidité. Ces
problèmes peuvent aller d'une simple tâche d'humidité,
circonscrite à un mur en saison humide, à une
dégradation complète de l'appartement qui devient
dès lors inhabitable.
Les expertises et les procès
ont longtemps bloqué tout processus de réparation,
ce qui accélère la dégradation, entraîne
la fermeture d'un grand nombre d'appartements et incite la
population la plus ancienne à se regrouper dans les
logements les mieux préservés.
La dégradation du bâti
a eu également une influence sur la dégradation
de l'environnement et du fonctionnement de la cité.
Outre le fait que plus de 10% des logements, jugés
insalubres, ne sont pas proposés à la location,
plus de 15% des loyers subissent un abattement pouvant aller
jusqu'à 40% pour cause d'insalubrité. Le manque
à gagner pour l'office est considérable.
Il s' y ajoute 10% d'impayés
dont le recouvrement est d'autant plus difficile que la situation
générale n'est pas saine. La baisse des ressources
de l'office rend difficile l'entretien normal des lieux et
les réparations induites par le vieillissement, tout
en nécessitant une augmentation des charges que se
partagent les locataires.
Ces deux causes naturelles et
structurelles ont convergé à la dégradation
à la fois matérielle et morale du climat de
La Grande-Borne. A cela s'ajoute, comme nous l'avons vu plus
haut, une séparation géographique entre la population
pionnière et la population nouvellement arrivée.
Celle-ci se retrouve de fait dans les quartiers les moins
agréables et se sent alors moins responsable des lieux
collectifs.
3 - L'objet de la mission :
l'attribution des logements à La Grande-Borne
Dans ce contexte, le Ministère
de l'Urbanisme, du Logement et des Transports avec le concours
financier de 0,1 % patronal a demandé au C.R.E.P.A.H.
une mission de réflexion sur le fonctionnement actuel
du système d'attribution à La Grande-Borne,
et sur les améliorations éventuelles qu'il conviendrait
de lui apporter.
L'objet de la mission est d'analyser
les mécanismes de l'attribution des logements, tels
qu'ils fonctionnent actuellement à La Grande Borne,
selon les différents attributaires : la commune, l'Office
d'H.L.M., la Préfecture et le 1% employeurs et de faire
des propositions susceptibles d'améliorer ce système.[
]
L'Office dispose sur Grigny d'un contingent de 1.143 logements.
[
] La Préfecture dispose ensuite du contingent
le plus important 935 logements. Puis vient la Ville avec
664 logements. Un quatrième partenaire, les collecteurs
du 1% patronal, dispose actuellement d'un contingent très
faible, mais qui ira en se développant au fur et à
mesure de la réhabilitation puisqu'une contribution
financière leur est demandée, assortie d'un
droit de réservation.
La demande d'un
logement à La Grande-Borne peut s'exprimer auprès
de ces quatre organismes. Chacun a sa propre organisation,
sa propre procédure de recueil et de traitement de
la demande, ses propres critères d'attribution.
Ière partie LA DEMANDE D'ATTRIBUTION
1. Le recueil des demandes
- Concernant l'Office de HLM
:
La demande peut être recueillie
soit directement au siège de l'Office soit à
l'antenne de Grigny. Certaines candidatures sont suggérées
par les assistantes sociales travaillant sur Grigny. Les demandes
effectuées directement au siège (7 à
8 lettres par semaine) sont peu nombreuses et souvent inadéquates.
La plus grande partie des demandes
déposées auprès de l'Office le sont directement
à l'antenne de Grigny La Grande Borne. Les candidatures
déposées à l'antenne émanent de
ménages qui connaissent le quartier ou même dont
la famille est déjà logée dans le quartier.
L'Office ne tient pas de fichier
de ses demandeurs. Il serait souhaitable, pour permettre de
suivre certaines évolutions, que ce fichier soit créé,
comme il l'est pour la Ville et la Préfecture, ce qui
permettrait d'éliminer les doubles candidatures, de
procéder à des analyses complètes de
la demande, de connaître les demandes.
Le premier contact pris (par téléphone,
lettre ou déplacement) l'Office demande au candidat
de remplir une demande de location (cf. annexe) qui comporte
l'identification du candidat et des données sur ses
ressources et son logement actuel. La demande est alors enregistrée
et entre dans le processus de sélection en vue de l'attribution.
- Concernant la municipalité
de Grigny :
Les demandes sont recueillies
directement auprès du service du logement. On invite
le candidat à remplir un bordereau. Ce bordereau est
adressé à la Préfecture pour le suivi
des mal logés et à l'Office d'HLM pour prendre
rang dans le processus d'attribution. La Ville tient à
jour un fichier des demandes de logement et renouvelle régulièrement
les candidatures.
- Concernant la Préfecture
de l'Essonne :
Le service des mal logés
tient un fichier alimenté soit par les candidatures
transmises par la Ville (le plus grand nombre) soit par les
candidatures directes (quelques personnes se présentent
spontanément à la Préfecture). Ce fichier
est mis à jour tous les six mois.
- Concernant le 1% :
Les collecteurs considèrent
qu'il est difficile de trouver des candidats pour la Grande
Borne compte tenu des contraintes qui leur sont imposées
(pas d'immigrés, pas de familles nombreuses). La Grande
Borme est moins appréciée que les programmes
neufs en PLA dans les communes du nord du département
ou de la Ville nouvelle d'Evry.
2. Analyse des demandeurs de
logement
Seules la ville de Grigny et la
Préfecture de l'Essonne disposent d'une fichier mis
à jour et exploitable. L'Office ne tient pas à
jour et n'exploite pas les demandes enregistrées. La
préfecture tient à jour son fichier et l'apure
tous les six mois mais n'en tire aucune exploitation. La Ville
effectue une fois par an une exploitation simple.
2.1. Composition des demandeurs
Selon le fichier Mairie de
Grigny
Du 1er janvier au 31 décembre
1984, 959 demandes ont été enregistrées.
Les demandes sont à 90% des demandes nouvelles. 95
seulement figurent déjà dans les listes de l'année
précédente.
Par rapport à l'occupation
actuelle de La Grande-Borne, les demandeurs sont en proportion
un peu plus forte de nationalité étrangère
(25% alors qu'il sont 21% des logements occupés) et
dans la même proportion originaires des DOM-TOM (18%).
La part des petits ménages,
demandeurs de petits logements est importante (36,5%). Le
nombre de personnes seules avec enfants est également
élevé (21%). Les candidats à ressources
(salaire plus allocation familiale) très faibles (moins
de 3.000 F par mois) sont peu nombreux. La majorité
se situe dans une gamme moyenne de 4.500 F à 8.000
F. Près du 1/3 dispose de plus de 8.000 F de revenus.
Les logements demandés
sont en majorité des petits logements F.2. et F.3.
(60%)
Selon le fichier "mal
logés" de la Préfecture de l' Essonne
274 demandes pour Grigny ont été
recueillies sur six mois. Les caractéristiques des
demandeurs sont assez comparables à celles du fichier
mairie avec des nuances :
- forte dominante de nationalité
française, 43 demandes de ressortissants étrangers,
soit 16% de l'ensemble, ont été recensées,
- les revenus sont un peu plus
tassés vers le bas : 30% des candidats ont des revenus
inférieurs au S.M.I.C., 30% ont des revenus compris
entre 4.500 et 6.000 frs.
- les petits logements sont les plus demandés
- 79% des demandes concernent des types 1 à 3,
- la majorité des candidats habite actuellement Grigny,
- 83% sont originaires de la commune de Grigny.
Seuls quelques demandeurs de F.4
et F.5 demandent des logements trop petits pour la taille
de leur famille : 9 candidats à un F.4 ont une famille
comprise entre 6 et 8 personnes, 3 demandeurs de F.5 ont une
famille comprise entre 8 et 9 personnes.
On remarque aussi, à l'inverse,
qu'une proportion des demandeurs souhaite de grands logements
: 1/4 des demandeurs de F.4 est composé de famille
de 1 à 3 personnes, 40% des demandeurs de F. 3 comptent
1 ou 2 personnes.
2.2. Mobilité des locataires
Le taux de rotation annuel hors
mutations internes est de 12 % du total des logements. Le
taux des mutations internes représente 8% du parc des
logements.
3 - Le fonctionnement de l'attribution
Que se passe-t-il entre le moment
où le candidat à un logement a effectué
sa demande et le moment où il entre effectivement dans
le logement ?
3.1. La Commission d'attribution
:
Le point de passage obligé actuellement, pour toutes
les candidatures, est une Commission d'attribution composée
par l'Office d'H.L.M. (Le Directeur plus une personne) et
la Ville (l'Adjoint chargé du logement plus une personne).
Cette Commission restreinte examine
toutes les candidatures, qu'elles proviennent de l'Office,
de la Ville, de la Préfecture ou des réservataires
divers. Elle se réunit une fois par mois (cf. Schéma
ci-contre) et examine chaque demande de logement, qu'elle
ait été déposée directement à
l'antenne, au siège de l'Office, au service logement
de la Ville, ou qu'elle provienne de la Préfecture.
On notera :
- que seuls la Ville et l'Office
sont présents,
- que le choix se fait à
partir des éléments contenus dans la demande
de logement. Ne participent à la Commission, ni l'enquêteur
qui a eu contact avec la famille ni le personnel de terrain
de l'Office, chargé de désigner le logement
et de remettre les clefs,
- que le délai qui s'écoule
entre le moment où une demande est officiellement enregistrée
et le moment où elle est satisfaite est au minimum
de 1 mois et demi, ce qui est beaucoup trop long pour les
demandeurs qui ont le choix, ceux que précisément
la Ville et l'Office voudraient retenir en priorité.
3.2. La désignation
du logement
Une fois la candidature acceptée
par la Commission d'attribution, c'est l'antenne qui prend
en charge la désignation du logement au candidat.
Pour le contingent communal, l'Office
envoie un permis de visite et le candidat peut alors visiter
le logement accompagné par une personne du service
logement de la Ville.
Les autres candidats se présentent
à l'antenne où on leur désigne un logement
qu'ils visitent seuls, après avoir pris les clefs auprès
du gardien. Selon la pratique de chaque.gardien et les caractéristiques
du candidat, une négociation est alors possible et
le gardien fait visiter plusieurs appartements.
On remarque :
- qu'il y a peu de relation entre
la Commission d'attribution et l'antenne,
- que l'antenne et le personnel de terrain ne reçoivent
guère d'orientations et n'ont guère de formation
à ce type de problème. La seule consigne qu'ils
semblent avoir enregistrée est celle de ne pas trop
surcharger en étrangers certains quartiers.
4. La perception de la cohabitation
Des entretiens approfondis ont
été conduits auprès d'habitants appartenant
à divers groupes sociaux ou à diverses communautés.
La transcription intégrale de ces entretiens centrés
sur les problèmes de cohabitation, de comportement
ou de perception du quartier est fournie sous forme d'un document
annexe. Elle contient .des informations très riches
sur les attitudes adoptées à l'égard
de ces différents thèmes par les familles interrogées.
On voit en particulier se dessiner les projets de vie ou les
trajectoires passées, et à travers cela la tolérance
plus ou moins grande à l'égard des autres locataires
ou des nouveaux arrivants. [
]
Deux groupes d'intervenants, régulièrement
en contact avec les habitants ont par ailleurs fait l'objet
d'entretiens : les gardiens de l'Office d'HLM et les travailleurs
sociaux. Ces entretiens figurent également dans le
document annexe, mais nous en avons extrait les citations
ou les thèmes dominants qui sont présentés
ci-après.
4. 1. Les gardiens
Le gardien est un relais social
très présent entre les habitants et les différentes
institutions. Il est ainsi un interlocuteur et le pourvoyeur
d'un certain nombre de services. C'est pourquoi la perception
qu'il exprime de son rôle et des problèmes éventuels
de cohabitation ou d'image de La Grande-Borne ou d'un quartier
sont importants même s'ils doivent être relativisés.
Trois catégories de difficultés
principales apparaissent dans ce qu'expriment les gardiens
:
- des difficultés de cohabitation
avec les étrangers à cause des différents
modes de vie, et avec les jeunes, rendus responsables des
dégradations principales ou de la délinquance,
- des problèmes qui concernent
le fonctionnement de l'Office : loyers impayés et logements
vacants.
- des problèmes qui relèvent
du refus d'un minimum de règles communes de comportement.
Enfin, le discours des gardiens
reflète l'opinion qu'ils se font et qu'ils contribuent
sans doute à former, de La Grande-Borne en général
et de ses différents quartiers.
La cohabitation entre les différentes
communautés
Une des manifestations de cette
difficulté de cohabiter est l'existence d'un certain
discours raciste.
"Ce que je reproche, c'est
qu'on ait trop mis d'étrangers. Qu'il y en ait, je
ne dis pas le contraire. Il y en a toujours eu en France des
étrangers, mais jusqu'à une certaine limite
"
"Non, je ne pense pas
(qu'il y ait un problème de racisme dans notre quartier).
Il y a des gens qui viennent nous voir et qui nous disent
: "Ah, ces bronzés" ! Mais on ne peut pas
empêcher çà...".
"Dans le temps, l'immigré,
il ne parlait pas comme ça... Ils se sentent trop
C'est nous les étrangers. Beaucoup de blancs, beaucoup
de Français ne se sentent pas bien. Ils ne sont plus
chez eux. Ils nous le disent : on n'est plus chez soi".
La difficulté est perçue
comme due essentiellement à des modes de vie différents
:
"Ils ne vivent pas comme
nous... Beaucoup de gens de couleur, ils vivent la nuit pour
le jour. La nuit, c'est pour dormir. Et les Arabes, c'est
exactement pareil ! Ils ne réalisent pas qu'ils sont
en immeuble".
"On devrait avoir une
salle dans la Grande Borne où on devrait permettre
aux gens de se réunir pour les fêtes de famille
qui sont bruyantes... ". [
]
Les autres manifestations de difficultés
dans la vie quotidienne, sont attribuées aux jeunes,
considérés comme le plus souvent responsables
de bruit, de la délinquance, des dégradations
matérielles.
Le bruit
"C'est lié aux
jeunes qui se rassemblent. L'été, ils jouent
jusqu'à minuit. Ou les chaînes hi-fi qui marchent
à fond de train. Le problème c'est les jeunes,
les mobylettes, le bruit dans les halls. "
"J'apprécie ce
système de pelouses, il n'y a pas de risques. Enfin,
maintenant avec les mobylettes... Du temps où j'étais
locataire, c'était calme".
"Dans notre secteur, on
a moins de problèmes avec les voitures qu'avec les
mobylettes. C'est bruyant et c'est dangereux
".
Les halls sont des lieux de réunions
et nécessairement il y a conflit à propos du
bruit :
"Il y a des jeunes du
dehors qui viennent se réfugier dans les halls, la
nuit. Faut bien que les jeunes se mettent dans un coin de
toute façon. Tant qu'ils n'embêtent pas les gens.
Mais quand ils ont les postes à fond
"
La délinquance
Cambriolages et vols de voiture.
Les cambriolages concernent les locataires et les gardiens
eux-mêmes :
" J'ai trente et un escaliers.
On peut compter qu'il y a eu au moins soixante cambriolages.
Certains ont été cambriolés deux fois"...
"La nuit, il y a des vols
sur les voitures, dans le parking et il y a eu même
des cambriolages. Ça c'est l'époque !"
Les dégradations matérielles
"Il n' y a pas de grosse
délinquance, il n' y a pas de choses graves mais des
minuteries cassées, des carreaux cassés
"
"Les jeunes se réunissent
dans les halls, ils peignent les murs"
"Il y a un mois, ils ont
descendu la grande vitre de la loge avec une bille d'acier
"
"Dans les escaliers, il
n' y a plus de porte aux locaux communs
" .
Une autre forme de dégradation
matérielle consiste à casser les chaînes
interdisant l'accès aux voitures.
" L'idéal, c'est
la Balance
Ca casse tout là-bas, c'est le pire
de la cité. Ils veulent avoir la voiture sous les fenêtres
Ils cassent les chaînes. On la remet, deux jours après,
c'est cassé ! Ils cassent les chaînes ou les
cadenas...".
Cette forme de délinquance
n'est cependant pas uniforme. Dans certains secteurs, ceci
est moins mal perçu, les locataires faisant appel au
gardien pour ouvrir les chaînes en cas de besoin.
Des problèmes plus aigus
"Quelquefois il y a des
bagarres au couteau ou à la carabine".
"Ce qui me préoccupe
aussi, c'est le rassemblement des jeunes dans les halls. S'ils
sont tranquilles, ça va, mais quand ce sont des bandes,
ils se cachent pour la drogue".
"Il y a des problèmes
de drogue, en pagaille...".
Le fonctionnement de l'Office
Deux problèmes sont évoqués
: les logements vacants et les impayés de loyer.
Les logements vacants :
Le gardien possède une
bonne connaissance du patrimoine de logements dont il assure
la surveillance et du nombre des logements vacants dans son
groupe. Les causes de la vacance sont en revanche assez imprécises
:
" Il y en a qui sont insalubres..."
"Il y en a qui appartiennent
à des sociétés. Il y en a qui sont réservés,
insalubres ou provisoirement inoccupés".
Les impayés de loyer
:
Une partie seulement des encaissements
de loyer transite par le gardien, certains locataires s'adressant
directement à l'Office. Comme l'information ne semble
pas retourner de l'Office vers les gardiens, certains donnent
une idée approximative.
" A la loge, on en a pas
mal, mais il y a des gens qui payent directement. On a des
gens sous tutelle. On a des gens qui ont des problèmes.
On ne peut pas juger, il n' y a que l'Office qui peut dire
exactement...".
D'autres cernent le problème
de manière précise.
"Vous avez beaucoup de
loyers impayés ? Entre trente et quarante chaque mois
à la loge."
Les problèmes de comportement
ou le refus d'une règle commune de vie sociale.
Les difficultés liées
au stationnement
Le stationnement est un des principaux
points d'achoppement entre le gardien et le locataire, certains
gardiens n'arrivant pas à faire respecter les règles
prévues à l'origine.
"C'est un désastre
(le problème du stationnement). A l'origine ce secteur
avait été construit pour des personnes âgées
et pour les infirmes. Il y a quelques infirmes qui ont le
droit d'avoir une clé pour entrer. Quand vous accordez
quelque chose à l'un, les autres demandent : pourquoi
lui et pas moi ?".
"Tout le monde veut avoir
sa voiture sous sa fenêtre. Les gens se foutent complètement
de la réglementation. Ils traversent les pelouses.
Si on leur dit quelque chose, ils répondent : du moment
qu'on paye, on a le droit d'en profiter".
"Les locataires de ce
coin-là, je ne sais pas d'où ils sortent : ils
cassent tout : on met une chaîne, cinq minutes après
elle cassée. "
"Les voitures se garent
sur les trottoirs...".
"On a deux parkings mais
il y en a qui arrivent quand même à se garer
devant le vide-ordures".
" Ils se garent n'importe
où
"
" Les aires de stationnement
sont utilisées pour les réparations des autos.
"
" Et puis il y a ceux
qui réparent leur voiture. Il y a l'huile qui traîne
" .
Les difficultés d'entretien
Les espaces communs
Ces difficultés concernent
les parties communes dont les cages d'escalier et les halls.
Les halls et cages d'escalier sont le théâtre
de dégradations successives. Le gardien du Méridien
souligne la nécessité d'intervenir rapidement
pour réparer afin d'éviter des saccages plus
importants :
"Une porte qui commence
à se désosser, si elle est réparée
dans les deux semaines qui suivent, c'est bon, mais si ça
traîne, tout s'en va
".
Le suivi des travaux d'entretien
doit en effet être très strict parce que limitant
ainsi les coûts. Or, ceux-ci sont déjà
prohibitifs pour certains secteurs ce qui a pour effet un
épuisement rapide des fonds alloués pour les
travaux d'entretien.
"Au mois d'octobre, il
n'y avait déjà plus d'argent pour changer les
portes et tout ça jusqu' au début de l'année
prochaine. . ."
Il y a donc là un risque
d'engrenage, les travaux restent en suspens et les dégradations
s'aggravent. Les abords des immeubles sont également
vulnérables :
"J'aimerais bien qu'on
jette un peu moins d'ordures par les fenêtres. C'est
très difficile de prendre les gens sur le fait. Et
puis il y a des gens auprès de qui il ne vaut mieux
pas intervenir, si on leur dit : il ne faut pas jeter de papier,
ils vont jeter des sacs poubelle".
Les gardiens semblent relativement
démunis devant ces problèmes puisque incapables
de faire respecter les espaces communs. On voit à ces
remarques, combien le rôle du gardien peut être
fondamental dans la vie quotidienne du groupe, le maintien
d'un minimum de règles communes de vie, voire la diminution
de certains coûts induits par l'inobservation de ces
règles.
L'image de la Grande Borne
A des questions plus générales
qui leur sont posées quant à l'image et la réputation
de La Grande-Borne, les gardiens expriment d'abord ce qu'on
voit se dessiner à travers différentes approches
: la différenciation et la hiérarchisation qui
s'est peu à peu établie entre les différents
quartiers.
"Ils préfèrent
habiter vers le Damier parce que la Balance c'est mal réputé.
La Serpente, c'est pareil ; la Peupleraie, c'est pareil. Il
y en a beaucoup qui veulent habiter ici parce qu'il y a des
commerçants et puis des îlotiers juste à
côté. Ils se sentent plus en sécurité,
ici. "
Dans les "bons quartiers"
les gardiens savent que les locataires cherchent à
rester.
"Contents de leur quartier
? Oui, parce que beaucoup de gens qui veulent changer de logement
demandent à rester là. J'ai entendu dire que
notre secteur était très demandé. Alors,
ça nous fait plaisir
"
"Oui, ils sont très
contents. Il y en a qui ont des logements trop petits parce
qu'ils ont des enfants qui grandissent mais ils ne veulent
pas changer parce qu'ils veulent rester dans le secteur
"
La satisfaction des locataires
rejaillit sur les gardiens qui se sentent flattés d'une
telle appréciation. La bonne image d'un quartier est
souvent associée à l'existence d'une certaine
convivialité entre les locataires :
"Le secteur, c'est un
peu un petit village, les jeunes mis à part, c'est
un petit village. Les locataires, le matin, ils vont au marché,
ils papotent"
"Dans l'ensemble, ils
se soutiennent, il n' y a pas de mauvais climat".
En revanche, à une mauvaise
image de marque est associée une certaine indifférence
entre locataires.
"Dans l'ensemble, ils
ne se connaissent pas trop. Et c'est aussi bien
S'ils
se connaissent trop, ils vont les uns chez les autres et après
ça fait des histoires. Alors, il y a des coups sur
les parkings, sur les voitures.
Ce qu'on apprécie à
La Grande-Borne :
L'environnement immédiat,
les espaces verts. La proximité des commerçants,
des transports. Mais il transparaît le sentiment que
l'ambiance du quartier tend à se dégrader. Certains
groupes sociaux sont de plus en plus mal acceptés.
"Il y a beaucoup d'étrangers
Il y a un petit poil de racisme. Quand ça fait du bruit
chez un homme de couleur, on dit : " C'est encore un
noir ! "
" On n'est pas contre
les cas sociaux, mais il y a plus de problèmes avec
les cas sociaux qu'avec les surveillants de prison ! "
4.2. Les travailleurs sociaux
Un groupe de travail a réuni
pendant quatre mois l'enquêteur du C.R.E.P.A.H. et six
assistants sociaux de la circonscription de Grigny autour
de la problématique de l'attribution des logements
à la Grande Borne. Une série d'interviews a
été menée en collaboration auprès
des habitants de la commune, et les travailleurs sociaux eux-mêmes
ont accepté de faire le point sur leur pratique et
les problèmes qu'ils rencontrent dans l'accomplissement
de leur mission.
4.2.1. Les difficultés
liées à l'application d'une attribution sélective
La position des travailleurs sociaux
vis-à-vis d'une politique d'attribution sélective
concernant les familles immigrées et les ressortissants
des D.O.M. est inconfortable puisqu'ils ont à appliquer
des idées qu'ils ne partagent pas.
"Les gens qui cherchent
un Logement vont d'abord à la Mairie où ils
expliquent leur problème. Souvent, ils remplissent
une demande de logement, et puis la Mairie nous les renvoie
en leur disant que nous pourrons faire quelque.chose pour
eux. Alors, il nous faut leur expliquer qu'on n'a pas le pouvoir
de leur donner comme ça. un F3 ou un F4 Il faut leur
expliquer comment ça fonctionne le cheminement Mairie-Préfecture
et comment se passent les attributions en H.L.M. "
"La plupart des habitants
de Grigny qui viennent nous voir voudraient être relogés
à La Grande-Borne. Les gens savent qu'il y a des appartements
vides. Ils naviguent, ils se renseignent. Ils voient les fenêtres
sans rideau, ou les volets fermés. Ils vont à
La Mairie. La Mairie nous les renvoie. Elle laisse aux gens
un faux espoir. Elle leur dit : "allez voir l'assistante
sociale, elle fera quelque chose
" C'est à
nous que revient de leur expliquer : "Non, vous êtes
étrangers
"
"Il nous arrive de contacter
la Marie, mais c'est toujours le même truc. Ça
donne "Vous savez, on ne veut plus reloger d'étrangers".
Ou encore : on va faire une lettre à la Préfecture".
De toute manière, les demandes transitent par la Mairie
pour aller à la Préfecture. Ça ne change
pas le problème. "
4.2.2. Le relogement à
la Grande-Borne
Les travailleurs sociaux évoquent
en particulier l'aspect du relogement à la Grande-Borne
des familles installées à Grigny 2 qui subissent
les effets d'une discrimination sous tendue par une politique
des quotas.
Une des manifestations est le
surpeuplement de certains logements et les conséquences
sociales qui en découlent. Les témoignages de
certains travailleurs sont particulièrement révélateurs
d'un dysfonctionnement mettant en cause l'ensemble des partenaires
locaux.
" Il y a toute une période
où les gens louaient un studio à.Grigny 2. Ils
s'y installaient pendant quelques mois, le temps d'obtenir
un relogement à la Grande Borne. Maintenant, depuis
un an ou deux, ils n'obtiennent plus de logement.Ils restent
entassés. Avant, on les aidait à remplir leur
demande de relogement, puis on les revoyait une ou deux fois.
Maintenant, on les voit sept ou huit fois"
"La situation se dégrade.
Je pense à l'exemple d'un couple tunisien dont la femme
était enceinte. Ils pensaient se reloger avant la naissance
de.leur premier enfant. Ça n'a pas été
le cas. Ils sont dans un studio de 23 mètres carrés.
Sa femme attend maintenant des jumeaux. Lui a perdu entre-temps
son emploi. Il s'est clochardisé. Je suis sûr
que le problème du logement a hâté la
dégradation"
"Dans le temps, les familles
lourdes étaient localisées plutôt à
La Grande Borne. Maintenant qu'il n'y a plus de relogement
pour les immigrés, ça commence à changer.
Les problèmes commencent à s'alourdir sur Grigny."
"A Grigny 2, les gens
sont en location, en loyer libre. En général,
ils payent des loyers exorbitants. Une grande partie des logements
sont petits. Ce sont des studios doubles. Les gens sont arrivés
là en espérant que ce ne serait qu'un lieu de
passage. Et ils se retrouvent à six, sept dans un studio
pour lequel ils payent 1.400 à 1.500 francs. Le problème,
c'est qu'ils veulent un logement plus grand, pas cher si possible,
ou du moins pour un loyer décent".
"Il y a deux ans, on relogeait
à Evry. C'était l'époque où ils
ont construit des tours. Et puis ça s'est tassé
et puis maintenant, il n'y a pratiquement plus de relogement,
surtout pour les étrangers. "
"Les gens viennent voir
en disant : " ce n'est pas possible, il faut que vous
me trouviez un logement. On est trop nombreux. Venez voir.
Ils veulent qu'on vienne. Moi, je leur dis : " oui, d'accord
". Je ne sais pas quoi leur répondre. Il y a des
types qui travaillent la nuit. Donc, il faut qu'ils dorment
pendant la journée. Il y a des mômes en bas âge.
Je ne sais pas comment ils font.Ça doit être
infernal. Les mômes qui crient, qui bougent comme tous
les mômes.Ça fait des tensions dans la famille.
Ça peut faire des conflits entre le mari et la femme.
Ils viennent te dire tout ça. Ils ne savent pas que
c'est parce qu'ils sont étrangers. "
"Et pour tous les départements
de la couronne, c'est pareil. J'ai eu l'occasion d'appeler
des assistantes sociales des autres communes. Tous les Offices
font la même réponse et la même ségrégation
en disant : " il y a un quota d'étrangers, il
ne faut pas le dépasser ". J'ai l'impression que
ça s'accentue. On ne voyait pas ça avant. Ça
se ressent également au niveau des centres d'hébergement.
Avant, ils relogeaient en HLM. Maintenant, ils ne peuvent
plus et les centres sont pleins. Quand on veut reloger les
gens en urgence, on n'a pas de place. C'est fou ! "
"Je suis arrivé
du Maroc en France, à Strasbourg, en 1979, pour travailler.
J'ai fait divers métiers comme O.S., dans le bâtiment
et ailleurs. Au bout de sept, huit ans, comme je ne trouvais
pas de boulot là bas, je suis venu dans la région
parisienne où j'ai trouvé un travail. J'ai loué
un studio ici à Grigny, et après quelques mois,
j'ai fait venir ma famille. J'ai quatre enfants, trois qui
vivent ici avec moi et un qui est resté au Maroc avec
ma mère. Mes enfants ont huit, sept et un an et demi.
Ma fille aînée a douze ans. Je ne réussis
pas à la faire venir parce que nous vivons trop serrés.
Il y a 23 mètres carrés. Je paye 1400 francs
de loyer plus les charges. Je ne touche pas les allocations
logement parce que la surface n'est pas assez grande. Je me
suis adressé à la Mairie, je leur ai dit qu'avec
mes enfants c'était trop serré. Je renouvelle
ma demande tous les six mois. J'aimerais bien avoir un logement
plus grand. Après, j'irais chercher ma fille. Jusqu'à
présent, j'attends."
"Il y a beaucoup de Français
qui ne connaissent pas le problème, c'est-à-dire
pourquoi je suis là. Avant, j'étais célibataire,
j'aurais pu retourner mais maintenant j'ai des gosses qui
vont à l'école. Comment retourner là-bas
? Il faut que je pense à eux. "
Devant cet état de fait,
ils éprouvent le besoin de développer ou d'instituer
tout simplement une concertation avec la municipalité
et l'office HLM. Ils pensent que la compréhension des
problèmes qui se posent à la Grande Borne est
liée à la nécessité d'une analyse
fine des groupes sociaux en présence ainsi que du fonctionnement
et des rapports qu'entretiennent les partenaires locaux.
"On ne travaille pas assez
avec les partenaires locaux : l'école, la mairie, etc
On a des relais un peu partout, mais ça reste assez
individuel. La création de l' " îlot sensible
" aurait dû faciliter les contacts mais ça
a tourné court. Peut-être parce qu'on n'est pas
assez habitué à ce genre de travail. Il y a
une certaine hypocrisie dans les rapports entre la municipalité
et les travailleurs sociaux. On ne peut pas se passer les
uns des autres mais il n'y a pas de réel travail commun".
4.2.2.3. L'assimilation familles
étrangères, familles lourdes
Afin de rétablir une certaine
tolérance vis-à-vis du relogement des immigrés
et forts de leur pratique, les travailleurs sociaux tentent
de casser l'assimilation familles étrangères,
familles lourdes.
"En général
les grosses familles avec de multiples handicaps, ce sont
des familles françaises. Pour les familles étrangères,
les problèmes surgissent lorsque se pose le problème
de l'adaptation, surtout des femmes. J'ai l'exemple d'une
femme qui s'est retrouvée seule après le départ
de son mari, avec toutes les responsabilités familiales
à assumer. Elle a eu des problèmes avec ses
enfants
Et l'exemple d'une autre femme qui hésite
entre sa culture et le mode de vie français auquel
elle aspire mais dont elle a peur
"
"D'après mon expérience,
ce qu'on appelle les familles à problèmes, ce
ne sont pas en majorité des familles étrangères.
Et dernièrement, lorsqu'il y a eu blocage de l'attribution
aux étrangers sur la Grande Borne, les familles françaises
qui ont été relogées, ce n'était
pas rien
"
Le fait d'être étranger
rend plus difficile, sinon impossible, l'accès à
l'habitat HLM. C'est ainsi que la situation de familles immigrées
modestes mais équilibrées tend à se dégrader.
Il en est de même pour les familles immigrées
originaires des DOM-TOM.
Chacun s'accorde à reconnaître
que les familles immigrées sont porteuses d'un dynamisme
qui les a menées à quitter une situation difficile
pour tenter leur chance à l'étranger. Elles
possèdent souvent des réseaux d'entraide familiaux
ou nationaux très structurés.
Il semble qu'en ce qui concerne
les problèmes familiaux, le réseau familial
soit plus solide dans les familles étrangères
que dans les familles françaises. Dans les familles
françaises " lourdes ", le réseau
familial est souvent beaucoup plus dégradé.
5. Les effets de la nouvelle
politique d'attribution des logements
La politique appliquée
par la ville de Grigny ces dernières années
à la Grande Borne a pour objectif d'établir
un nouvel " équilibre social " dans le quartier.
(voir " Les attributions à la Grande Borne de
janvier 82 à mars 83 " BRES) . [
] De 1982
à 1983 la responsablité de fait de l'attribution
des logements a été transférée
de l'Office des HLM à la municipalité. L'évolution
d'une période à l'autre est nette (Il serait
intéressant de savoir si cette tendance s'est confirmée
par la suite). On passe clairement d'un système d'attribution
qui tendait à renforcer la présence des groupes
hétérogènes ou fragiles à la mise
en place d'un "rééquilibrage social".
L'attribution par l'Office, renforçant
une "évolution au fil de l'eau", conduisait
à plus d'étrangers (35% dans les attributions
contre 21% déjà prsésents dans la cité)
surtout Maghrébins (18% contre 6%) et à plus
d'isolés (32% contre 21% déjà logés).
La part des mutations internes dans ces attributions est très
forte.
L'attribution par la commission
Ville-Office à partir de 1983 inverse la tendance :
forte réduction des étrangers surtout maghrébins,
réduction du nombre d'isolés, réduction
des mutations internes, augmentation des ménages avec
un enfant, diminution des ménages de 3 enfants et plus.
Conclusion
Les objectifs généraux
de la politique pourraient être approfondis et mieux
explicités. Deux obstacles majeurs devraient être
évités:
La dispersion systématique
et le brassage social autoritaire
Alors que les observations faites
montrent qu'"une trop grande hétéronéité
dans les aspirations, dans les modes de vie, dans les attitudes
par rapport aux enfants... provoque des conflits insolubles"
"l'idéologie du mélange social immédiat,
du brassage des classes et des modes de vie" que sous-tend
"la recherche du seuil de tolérance, la pratique
des quota et la dénonciation du ghetto à propos
de tout regroupement" continue à s'omposer. Elle
ne peut pourtant que continuer à aggraver la situation.
"Un environnement social auquel on ne peut pas ou on
ne veut pas s'identifier est un facteur essentiel d'insatisfaction
qui prime souvent les aspectts de confort matériel."
Cette position va "à contre courant des mécanismes
de choix du logement et de la mise en oeuvre pratique du droit
à la différence."
La polarisation sur les catégories
spécifiques et notamment les immigrés
"Traiter un groupe d'individus
en se référant à une seule caractéristique,
si forte soit-elle, habitudes culturelles, appartenance éthnique,
âge ou taille des familles, niveau de ressources, etc.
ne permet pas de prendre en compte les très grandes
différences internes que cachent ces regroupements
statistiques commodes."
Le problème des immigrés
qui revient systématiquement au premier plan est un
peu conne l'arbre qui cache la forêt. Il permet de faire
l'impasse sur la très grande hétérogénéité
qui existe à l'intérieur des groupes français
et immigrés, que font très clairement ressortir
les entretiens non directifs. Pas plus que la dispersion systématique,
les regroupements autoritaires d'étrangers ne peuvent
constituer une réponse aux difficultés de cohabitation
et aux dysfonctionnements sociaux des quartiers.
Des évolutions divergentes
sont à l'oeuvre entre les différents quartiers
de La Grande-Borne.
Cela apparaît clairement
dans les entretiens avec les gardiens et avec la population.
Mais ces évolutions aboutissent à créer
des "bons" et des "mauvais" quartiers,
sur la base de critères en partie subjectifs. On voit
en particulier que le rôle de la gestion quotidienne
et notamment le rôle des gardiens constituent une partie
de l'explication. Cette dérive peut être évitée
notamment par un redressement de la gestion rapprochée
: le simple changement d'un gardien peut être très
efficace et elle doit être combattue dans les esprits
dans la mesure où elle repose sur un certain nombre
de rumeurs ou d'assertions invérifiables.
Cela ne signifie pas qu'il ne
faille pas laisser se développer ou encourager des
"différences positives" entre les quartiers.
Tous n'ont pas les mêmes caractéristiques et
il faut plutôt favoriser la création de quartiers
personnalisés permettant des modes de vie différents
et permettant aux habitants de choisir.
Le fonctionnement concret du dispositif
d'attribution présente un certain nombre de faiblesses.
D'abord le schéma de l'attribution
est complexe, long et difficilement compréhensible
pour le candidat, et donc peu dynamique. Il peut s'écouler
deux mois entre le moment où un demandeur de logement
dépose sa candidature et le moment où il entre
effectivement dans son logement.
On sait que ce délai est
beaucoup trop long pour capter des demandeurs de l'extérieur,
ceux qui ne sont pas déjà logé à
proximité et qui sont à la recherche d'un premier
logement dans la région. Une des conséquences
de ce système trop peu dynamique est le maintien d'une
proportion importante de logements vacants, qui pèse
lourdement sur l'exploitation de l'Office.
Ensuite, le dispositif d'attribution
fonctionne surtout conne un mécanisme de sélection
de la demande et on peut lui faire deux reproches. La sélection
s'opère sur la base de critères qui ne sont
pas suffisamment attentifs aux modes de vie, aux trajectoires
sociales des ménages, à leur aptitude à
bien admettre tel ou tel type de voisinage.
Une fois opérée
la sélection, et le candidat retenu, une attention
insuffisante est apportée à son affectation
précise dans un quartier, dans un logement précis,
placé dans un environnement connu.
Paris, Grigny, 1985
[Voir également : "Communication
sociale et vie de quartier"]
