Résumé
:
L'objet
de cet article est de mettre en évidence les stratégies
et signes du pouvoir qu'induisent les images de la prison
d'Abou Ghraib. Tout corps social engendre ses propres mécanismes
de transmission du pouvoir. La reproduction audiovisuelle
des figures de l'acteur participe à ce processus auquel
il apporte de nouvelles formes de sens et de signification.
ABSTRACT
:
The aim
of this article is to analyze the strategies and signs of
power represented across the images of violence of Abu Ghraib.
Any social body needs its own mechanisms of transmission of
the power. Nevertheless, and after the audio-visual reproduction
of the actorial figures, this process generated new forms
of sense and significance.
RESUMEN
:
El objetivo
de este artículo es analizar las estrategias y signos
de poder representados a través de las imágenes
de violencia de Abu Ghraib. Todo cuerpo social necesita de
sus propios mecanismos de transmisión del poder. Sin
embargo, y tras la reproducción audiovisual de las
figuras actoriales, este proceso generó nuevas formas
de sentido y significación.
1.
Introduction
Notons tout
d'abord que nos commentaires sur les
images
d'Abou Ghraib, font référence aux corps
représentés en photographies comme à
des textes. Les corps deviennent les véritables acteurs,
protagonistes du récit audiovisuel. Le corps, dirons-nous,
exprime, traduit et transmet des signes (Comeau G. ; 2004,
25).
Le corps n'est pas ici considéré comme un agent
économique. La valeur marchande -qui n'est pas la valeur
sociale- ne s'établit pas à partir d'un échange
du corps comme prix du délit. Nous parlons ici des
corps comme de supports d'échanges qui permettent un
transcodage entre le discours du châtiment- qui est
ici collectif- et la transgression, entendue comme inconduite
-qui en ce cas est collective mais doit être considérée
comme individuelle, chacun répondant de ses propres
actes délictuels- et à laquelle doit s'appliquer
l'action pénale sur le corps des individus (Garcés
C., 1999 :16).
2. Topographie
de la peine
Rappelons
qu'historiquement les pauvres seuls sont l'objet de
châtiments corporels parce qu'ils ne possèdent
rien d'autre que leur corps. La raison en est dans l'obligation
qu'éprouve le pouvoir de transmettre des signes. À
partir de là, on peut parler d'une topographie
de la peine, avec le discours qui en procède, dont
l'objet serait de laisser un " souvenir ". Sans
oublier bien sûr que Foucault le rattache à une
" économie politique du pouvoir " qui s'organise
à partir de la réorganisation topique des facteurs
symboliques : le discours est une forme de pouvoir.
Ce principe d'autorité établit un processus
de rétribution : du fait qu'un individu transgresse
les règles, il doit réparer les dégâts.
Dans ce cas il s'agit d'une punition infligée par un
groupe qui se manifeste sur le mode audiovisuel.
La prison n'a pas pour objet (premier ou exclusif) de punir
mais elle permet de garder le délinquant à la
disposition de la justice et d'empêcher la récidive.
Elle évite également la vengeance individuelle,
propre à l'état de guerre (Garcés C.,
1999 :177). On ne peut cependant oublier que toute privation
de liberté a toujours été accompagnée
d'une punition appliquée au corps : privation alimentaire,
sexuelle, coups, cachot, etc. (Foucault, 1976 : 23).
Mais nous pouvons dès à présent signaler
que les mauvais traitements évoqués impliquent
une transgression du discours de pouvoir, contrairement à
la peine infligée. C'est pourquoi l'humiliation est
illégale, et non la peine.
Par ailleurs, la mise en scène d'une cérémonie
du châtiment, d'un rituel, à la façon
des mécanismes d'exhibition du pouvoir, cherche à
obtenir l'aveu, et par conséquent la confirmation de
la culpabilité. L'aveu permet de justifier la répression
et le châtiment, ont pu penser les G.I.s, tout
en favorisant le nettoyage de la faute et la rédemption
du coupable (Garcés C., 1999 :131).
De son côté la torture ouvre un nouveau chapitre
du discours, qui fait intervenir une aggravation du châtiment,
où ce qui se joue est de casser la volonté du
détenu. Elle tend à provoquer une pliure,
physique et symbolique, du corps avec pour objectif de charger
le corps du supplicié d'une trace symbolique et signifiante
(Garcés C., 1999 :141).
Le meilleur exemple en est la nouvelle de Burgess " L'orange
mécanique ", où il est question d'un corps
désormais dépourvu de toute capacité
à choisir et décider (Marrone, 2005).
" La peau est ce qu'il y a de plus profond. " dit
Paul Valéry (L'Idée fixe, 1931).
3. Du
public au privé
Suivant notre hypothèse, nous affirmons que, si la
peine a un caractère public (quoique qu'elle soit appliquée
dans un espace privé), le châtiment, quant à
lui, -suite à la disparition des exécutions
capitales conçues comme des spectacles- a un caractère
privé.
De la même manière nous pouvons dire que, si
la peine est publique -quoique exécutée à
l'abri des regards- la vengeance (exercée par les G.I.s)
est, quant à elle, privée.
Cette transformation du mode d'exercice du pouvoir prétend
rendre opaque le visible. La disparition du spectacle comme
signe visible et banal du châtiment (et comme humiliation),
et manifestation symbolique du pouvoir punitif (qui en notre
société s'est perpétuée jusqu'au
19ème) passe au registre de la conscience abstraite
(Garcés C., 1999 :35-45), une conscience abstraite
du châtiment qui est intimement liée à
la vengeance.
Rappelons que, selon Alonso, la vengeance apparaît comme
un régisseur de la relation vitale qui (d'après
Greimas), servirait de régulateur passionnel des souffrances
et les plaisirs.
Dans ce processus de vengeance prend place un recours narratif
qui donne sens au devenir temporel et introduit l'irréversible
dans le processus, effaçant avec elle tous les événements
qui se trouvent autour (Alonso, 2006). Un des problèmes
de cette situation extra-(ou) paralégale
est que le prisonnier est condamné à perpétuité
par le soldat. Il se produit ainsi un acte de vengeance
privé, du groupe et de l'institution.
En tous cas, en analysant les images il n'apparaît pas
clairement que le châtiment puisse passer pour une méthode
de correction. Cependant, il semble pertinent de signaler
que la transformation des mécanismes punitifs (exercés
par les soldats) libère le pouvoir de la nécessité
d'agir directement sur les corps des condamnés, se
déplaçant ainsi à un système plus
" bureaucratique " (Garcés C., 1999 : 39).
L'idée sous-jacente est que délivrer l'administration
judiciaire de l'exécution de la peine (corporelle)
la délivre de toute responsabilité. " Il
n'est pas agréable de se voir puni, mais il n'est pas
glorieux non plus de châtier... " dit Foucault
(1976, 17). Les magistrats se délivrent ainsi du sale
travail de châtier et de la honte également qui
y est attachée...
Pour autant, nous sommes confrontés à un processus
d'intimidation et non seulement de démonstration, une
intimidation qui implique en partie une naturalisation
de l'abus, ou du discours afférant.
D'autre part et parallèlement, il se produit un processus
de floutage du discours provenant du pouvoir qui, en tous
cas, ne donne pas lieu à des mesures de prévention.
[À ce propos, on note que le lieu des mauvais traitements
(Abou Ghraib) est connu pour avoir été l'une
des prisons les plus tristement célèbres du
régime de Saddam.]
Les abus, vexations, châtiments etc. se revendiquent
d'une défense de la société, mal définie.
Le châtiment de toute façon ne s'établit
pas en termes de vérité-mensonge car il n'a
pas donné lieu à un jugement public. Parce que,
comme nous l'avons dit, il ne s'agit pas, à travers
le châtiment, de faire seulement un exemple. Le délit
stigmatisé peut être assimilé plutôt
à un péché, qui caractériserait
ainsi un comportement déviant par rapport à
une morale de vie.
Revenons en arrière et rappelons-nous que les prisons
de l'Inquisition avaient pour objet de restaurer la pureté
religieuse ; ici, on peut penser que ce qu'on cherche à
préserver, c'est un certain mode moral (par-delà
une " pureté religieuse ") où le déshonneur
châtie le crime du détenu. (Rappelons-nous à
ce propos que le blanc représente la pureté
aussi bien dans le monde chrétien que musulman). La
question qu'on peut se poser est de savoir si les soldats
pensaient vraiment les détenus comme des musulmans
?
Quoi qu'il en soit, il apparaît une nouvelle structure
de domination/discours où le soldat tente de susciter,
chez le détenu, la discipline dont il se targue, et
ce sur le mode par lequel il l'a apprise. Cela se produit
à travers des mécanismes de domination humiliante.
Nous savons que la discipline est composée d'obédience
et d'utilité ; cependant il ne semble pas qu'il en
soit ici question.
De la même façon, un des principaux objectifs
semble être de mettre en scène des signes d'aveu
ou de confession (nous pensons que cela n'est pas innocent
!). Il se produit ainsi une politique de terreur qui prétend
marquer sur le corps du détenu les conséquences
de ses actes et réactive par conséquent le discours
de domination.
Si nous
adoptons un instant le point de vue du soldat, nous avons
un corps propre (celui du soldat) face à un
corps marqué (celui du détenu), comparable
à un corps tatoué. Par comparaison et analogie,
on pourrait signaler (quoique le soldat ne fasse pas la distinction)
que le tatouage - post-moderne -, est le lieu d'un choix alors
que la marque sur le corps de la victime ne procède
pas de son choix.
Dans certains cas il ne s'agit pas de tortures mais d'humiliations
(le gouvernement U.S. admet qu'il y a eu des abus...). On
peut donc s'interroger sur la nature de la violence propre
aux images...
Tout en réservant provisoirement la réponse,
on peut affirmer qu'il existe bien une analogie entre les
tortures appliquées au corps et à l'âme
(i.e. au corps social de l'individu). Dans ces images nous
observons des humiliations sexuelles, morales. En tous cas
on ne doit pas oublier qu'il existe un langage du corps avec
ses propres instruments de codification et d'analyse, dont
ceux que la sexualité manifeste. Pour le monde islamique,
ces images sont liées à un régime de
lisibilité sexuelle et homosexuelle. Se dénuder
en public est un motif d'humiliation.
La pudeur devient le support de l'humiliation. C'est ainsi
que, dans l'héritage de la tradition chrétienne,
la mise à nu est une sorte de prise de possession et
constitue pour cela une forme de régression (Comeau
G. 2004-, 25).
Nous pensons ainsi que les corps nus et photographiés
peuvent constituer une agression envers la culture islamique.
Il s'agit là d'un obscurcissement de la légalité
qui produit une " symétrie de ténèbres
" selon la terminologie de Argullol (2006).
L'humiliation conduit ainsi à la négation du
sujet (acteur individuel ou collectif) et avec elle de la
rationalité du discours pénal (entendu comme
discours de pouvoir). Rappelons que la charge de bourreau
a été traditionnellement exercée par
des condamnés (en échange de leur grâce),
ce qui permettait de les considérer comme utiles
à la société.
Cette objectivation du sujet acteur comme récepteur
du châtiment, induira par la suite (à travers
les mécanismes internes et externes de culpabilité)
l'objectivation de l'agent d'exécution, et avec elle
son châtiment perpétuel.
L'assimilation de la prison au châtiment corporel semble
impossible. Nous pouvons signaler en ce sens que l'exécution
des châtiments a toujours manifesté une forme
d'exhibition du pouvoir du maître sur l'esclave. Nous
pensons à la façon dont les soldats affirment
l'avoir fait pour rire, conscients qu'ils sont par
moment de la cruauté de leurs actions. [...]
Pour autant, conscients de leur faute, ils agissent en cachette,
conscients de leur abus de pouvoir. Foucault affirme à
ce propos que la soumission des corps ouvre le chemin du contrôle
des idées (1976, 107). Barthes dit quant à lui:
" J'appelle intersubjectif le fait que le corps de l'autre
est toujours une image pour moi et mon corps toujours une
image pour l'autre. Cependant le détail le plus utile
et important de ce fait est que mon corps est pour moi l'image
que j'imagine être celle que s'en fait l'autre, établissant
ainsi un jeu entre l'un et l'autre, de séduction et
d'intimidation." (1982, 653-654)
Un autre élément d'analyse est de considérer
qu'on ne cherche pas la vérité, pour le moins
comme objectif ultime, par ce mode de torture. La confession
comme élément de preuve en contrepartie de l'information
n'apparaît pas comme élément principal
de la torture. Nous avons affaire à un corps qui parle
mais qui n'a pas à dire la vérité. Un
corps politique est un corps où agissent les relations
de pouvoir, sans rétribution visible. Et c'est là
ce qui surprend et conduit à penser que les traitements
n'étaient pas totalement institués.
4. Le
corps numérique (audiovisuel)
La peine en principe s'attache au moral et le châtiment
au corporel. Mais il se produit là une subjectivation
de l'objet et un retournement du processus : on passe du corps
à l'idée (de la victime au bourreau) et ce par
le biais du support numérique audiovisuel.
Ce processus de renversement est invisible. On pense à
ce propos à McLuhan qui voyait dans la technologie
des médias une extension du corps humain, à
l'inverse de la technologie politique du corps à
laquelle fait référence Foucault, qui révèle
un savoir du corps maître de ses forces.
Ici, et
compte tenu du contexte de guerre, l'exaltation des frontières,
qui séparent de l'ennemi, fait que les châtiments
corporels passent de l'espace privé -et non secret-
à un espace de dissimulation. Et ce d'autant
plus, si nous considérons la technologie comme une
extension du corps.
En ce cas, la technologie dévoile le châtiment
et en fait une peine -qui ne peut être considérée
comme une peine juste. Le problème est que l'élément
visuel n'est pas attaché à l'exécution
de la peine puisqu'il n'y a ni sentence, ni publication. Ce
qui induit que, pour le spectateur, le prisonnier se confond
avec le bourreau...
On a supprimé,
en son temps, les exécutions capitales pour que le
spectacle ne se confonde pas avec la peine. Dans le cas qui
nous occupe, la torture est devenue un spectacle audiovisuel,
dépourvu de vocation pénale.
Les soldats se sont convertis tout d'abord en juges pour ensuite
se voir transformer en condamnés. En ce moment apparaît
un troisième actant audiovisuel qui déplace
à nouveau le rapport intersubjectif, sur le mode d'un
contrôle social.
" La fonction énonciative révèle
une logique en apparence contradictoire parce que celui qui
est chargé de rendre la justice est également
justiciable. " (Garcès, 1999, 207).
On peut
dire également que le soldat-bourreau, en voyant les
images, établit d'abord un procès d'objectivation
de la scène où il ne sent pas reconnu, pour
faire ensuite l'opération inverse, qui révèle
sa culpabilité. Souvenons nous que, selon Foucault,
ne sont soumis à la discipline que ceux qui sont visibles
(1976, 192). Il faut rappeler, à ce propos, que la
condamnation (et la suppresion) de la peine de mort (avant)
et de la torture (aujourd'hui) sont à la base de ce
que Foucault a appelé l'autorité morale des
démocraties occidentales. Et c'est bien là l'enjeu
des images de la prison d'Abou Ghraib.
Conclusion
Nous sommes
confrontés à deux représentations : L'une
rend compte de la matérialité du mauvais traitement
imposé aux prisonniers, l'autre rend compte de l'intention
énonciative de l'image vis-à-vis du spectateur.
Le corps est ainsi sujet/objet de médiation entre le
bourreau et le projet énonciatif.
Si nous rappelons que l'exécution publique a été,
en son temps, perçue comme un foyer de réanimation
de la violence (Foucault, 1976, 17) la mise en scène
photographique du mauvais traitement, exerce sans aucun doute
le même rôle, suivant le schéma :
Secret
<> dissimulé <> privé <> visible
<> public <> affiché
Le plus
intéressant à noter dans ce schéma est
que si le public et le privé se trouvaient, dans le
temps, aux deux extrémités du processus, ils
se situent aujourd'hui côte à côte (outre
que certains espaces privés sont devenus publics et
vice versa) révélant ainsi de nouvelles catégories
de contagion sémiotique. [...]
Pour les
soldats américains, la trahison suprême fut que
le secret se transforme en chose publique (i.e. connue par
un tiers). Les bourreaux pensaient qu'il n'y aurait pas de
témoin entre l'image et son destinataire (Derrida 2005,
9) parce qu'ils pensaient qu'il n'y aurait pas d'autre spectateur.
Derrida,
en ce sens, évoque dans Surtout pas de journalistes
le retour du religieux, à travers la mise en scène
du corps social, sur la scène mondiale. Le corps social
désormais n'a plus besoin de croire, la foi est inutile
car on voit (Derrida 2005, 26, 45). L'image se convertit
en icône de la présence réelle (voir,
c'est comprendre).
En résumé,
nous pouvons affirmer qu'en chaque instant nous parlons d'un
corps social qui est désormais un corps audiovisuel
; ce qu'ont oublié les acteurs qui furent successivement
soldats, juges, bourreaux et victimes.
Raúl
Magallón
Traduction
de Jean-Paul Desgoutte, Université de Paris 8.
La version espagnole
originale de cet article est parue dans : REVISTA/LIBRO:
DESIGNIS. CUERPO(S): SEXOS,
SENTIDOS, SEMIOSIS; COORDINADORES:
MARÍA EUGENIA OLAVARRÍA.. VOL. 16. 2011,
Gedisa, Barcelona.
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Raúl
Magallón Rosa es profesor del Departamento de Periodismo
y Comunicación audiovisual de la Universidad Carlos
III de Madrid (España). Doctor “Europeus” en Ciencias
de la Información por la Universidad Complutense de
Madrid, la Universidad de Paris VIII y el Centre National
de la Recherche Scientifique (Laboratorio Iresco, Francia)
forma parte del Grupo de Investigación Estudios de
Semiótica de la Cultura de la Fundación Ortega
y Gasset.
E-mail: raul.magallon@uc3m.es