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Le
groupe de recherche Intermédia
a été fondé en 1995, par Martine Poupon-Buffière,
Romain Pomédio, Frédéric Rousseau et Jean-Paul
Desgoutte, pour servir de soutien à un programme de mémoire
audiovisuelle de l'université de Paris 8. Il s'agissait
à l'époque " d'élaborer une série
de documents multimédia, à vocation pédagogique
en explorant les nouvelles possibilités offertes par
l'évolution des technologies de production et de diffusion
numériques ".
A
la demande d'Irène Sokologorsky, présidente de
l'université, le premier programme fut consacré
à une série de courts portraits d'enseignants
chercheurs. Propos Sériels (Jean-Paul Desgoutte, 1995)
fut inscrit au catalogue des Amphis de la Cinquième
puis édité et diffusé par le SFRS, éditions
du Cerimes.
A
la demande de Renaud Fabre, qui succéda à Irène
Sokologorsky à la présidence de l'université,
le groupe de recherche Intermédia fut chargé
ensuite de penser un programme de communication externe de l'université
auquel fut associée Dominique Ardiller. Ce fut la création
du premier forum de Paris 8, en collaboration avec le forum
des images de la ville de Paris, bientôt suivi par
une manifestation internationale " L'enseignement propédeutique
de la sémiologie en Europe " réunie en 1999,
sous le patronage du professeur Umberto Eco de l'université
de Bologne.
Cette
rencontre - qui, bien en amont des LMD, pensait déjà
une réforme raisonnée de l'enseignement universitaire
à vocation européenne - rencontra un vif succès.
Françoise Decroisette, ancienne vice-présidente
du Conseil de la recherche de l'université de Paris 8,
proposa alors au groupe de recherche Intermédia
de s'associer avec le Gredac - groupe de recherche dirigé
à l'époque par Thierry Lancien - et le Grame,
groupe de recherche en Sciences de l'éducation créé
et dirigé par Geneviève Jacquinot, pour constituer
le CEMTI, équipe d'Accueil dont la présidence
fut confiée à Armand Mattelart, aujourd'hui professeur
émérite.
Cette
période d'innovation permit également au groupe
de recherche d'apporter un soutien décisif à la
création de la revue internationale de sémiotique
DeSignis, dirigée par Lucrecia Escudero,
tout en développant des contacts fructueux avec les chaires
sémiotiques des universités de Bologne, Madrid,
Barcelone et Liège dans la perspective de la création
d'un Master européen de Communication Multimédia…
Une revue Com&Media enfin fut fondée pour
faciliter la diffusion des travaux du groupe.
Une
approche sémiotique et discursive de la communication
Cette
réflexion s'est développée à une
époque où les projets de réforme LMD n'avaient
pas encore quitté les cartons du ministère. La
question qui agitait à l'époque les esprits était
de savoir si l'arrivée encore récente des sciences
de l'information et de la communication sur la scène
universitaire correspondait à l'émergence d'un
nouveau champ de recherche ou à une recomposition des
territoires que se partageaient jusque là les sciences
du langage d'une part la sociologie et l'économie politique
d'autre part.
La
linguistique avait renié l'héritage de la philologie
et de la rhétorique dans leur fonction de matières
vedettes de la formation propédeutique du public universitaire
en sciences de l'homme et du langage, sans que personne ait
réussi à vrai dire à leur trouver de remplaçant.
L'irruption
massive des formations artistiques rendait plus aiguë l'absence
de contenu généraliste propre au premier cycle.
On rejetait sur l'enseignement secondaire la responsabilité
de l'inculture d'une part grandissante du public tout en transformant,
paradoxalement, le premier cycle universitaire en annexe du
lycée.
On
pouvait penser, comme nous l'avons fait à l'époque,
qu'une formation en communication solidement appuyée
sur une approche sémio-pragmatique des médias
permettrait de proposer un équivalent moderne de l'héritage
grammatical et rhétorique tout en offrant aux étudiants
en arts un métalangage structuré et des compétences
d'analyse qui favorisent leur apprentissage.
Ce
point de vue avait également le mérite de prendre
en compte l'événement qui agitait les champs de
la connaissance et de la création, à savoir l'explosion
des nouvelles technologies de production et de diffusion. En
effet, l'enseignement des humanités nouvelles devait
se comprendre comme la conséquence non pas de la démocratisation
de l'enseignement mais bien de l'accès à la connaissance
généralisé par la massification des moyens
de communication individuels et collectifs qui caractérise
la révolution numérique.
Un
des malentendus qui grèvent toute réflexion sur
une réforme de l'enseignement vient du fait que l'accès
de masse au savoir procède bien plus aujourd'hui de la
révolution technologique des médias que d'une
volonté politique délibérée de favoriser
l'accès à la culture. Autrement dit les vecteurs
de la démocratisation de l'accès au savoir ont
été et restent la télévision, la
micro-informatique et l'internet (pour le meilleur et pour le
pire) par-delà - et peut-être malgré - l'héritage
de l'institution scolaire.
Si
l'accès au savoir est dorénavant garanti à
tous, il n'en est pas de même de son apprentissage et
de son bon usage. Un fossé s'est creusé entre
les médiateurs traditionnels, les enseignants, et les
outils contemporains de la connaissance. Dépourvus de
son contrôle et souvent de son intelligence, déconnectés
des lieux de son apprentissage et de sa création, les
enseignants, pour une part, n'ont pas réussi à
produire autre chose qu'une critique socio-idéologique
d'un outil dont ils auraient dû s'emparer pour participer
à la révolution des connaissances et des apprentissages
en cours.
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