| 1. AXES ET THEMES DE DEBAT
Existe-t-il des
fondamentaux en sémiologie ? Où s’enracine la
pédagogie de la sémiologie ? Emprunts à
la linguistique, à la philosophie, à la sociologie
? Approches théoriques par le verbe, l’image, le signe,
la représentation, l’échange, le sujet ?
Le temps et l’espace ?
Lucrezia Escudero, maître
de conférences à l’Université de Lille
3 anime le premier débat avec la participation
de Christina Peñamarin, Charo Lacalle, Giuglia Ceriani,
Constantino Marmo.
Peut-on vulgariser l’enseignement
de la sémiologie ?
Cette première table ronde
a pour objet de présenter le problème qu’on se
pose à l’heure de l’élaboration d’un programme
d’enseignement de sémiologie générale.
L’origine de cette discussion est liée d’une part à
un problème extra-sémiotique, celui qui procède
de la composition du public universitaire qui est le nôtre,
un public populaire d’origine multiculturelle.D’autre part,
il y a une série de contraintes propres au champ même
de la sémiologie : existe-t-il des fondamentaux
en sémiologie ? Existe-t-il des concepts qui doivent
apparaître nécessairement dans un programme de
sémiologie générale et quels sont ceux
que nous pouvons, dans une perspective délibérément
millénariste, jeter à la poubelle ? Autre
question pédagogique, compte tenu de la population que
nous avons à l’université : est-ce que la sémiologie
est une discipline vulgarisable ? Autres questions soumises
à la discussion : les héritages de Saussure
et Peirce posent la question très importante de la notion
de code. Que faut-il faire de cet héritage ? Le
structuralisme nous a donné des outils de travail, n’en
reste-t-il qu’une méthode ? Quelle part accorder
à l’approche cognitive de la signification héritée
de Peirce ? Je vous donne la parole pour que vous nous
disiez ce qu’il en est de ces questions dans vos universités. "
Constantino Marmo, professeur
à l’Université de Bologne
Notre projet est d’élaborer
une collection de manuels de sémiologie
" A l’Institut des Sciences
de la communication de l’Université de Bologne la population
étudiante vient sans aucune préparation ni en
linguistique ni en histoire de la philosophie et cela pose un
problème parce que ce sont par ailleurs des étudiants
très motivés pour chercher des instruments d’analyse
dans la sémiologie afin de comprendre les objets de la
modernité.Les cadres théoriques de nos enseignements
sont les concepts fondamentaux développés par
Saussure et Peirce. En ce qui concerne le cours, la première
partie est centrée sur les concepts de la linguistique
générale et aussi de la sémantique du contenu
parce que cela permet de présenter ensuite le noyau dur
du programme, à savoir le modèle de Peirce. On
travaille sur des textes fondamentaux, on lit les sources, plutôt
que les manuels : Saussure, Peirce, Eco, certains articles
de Greimas sur la narrativité, etc. en sachant que nos
étudiants ont en troisième année la possibilité
d'approfondir l'enseignement de la sémiologie avec un
séminaire qui s'appelle " sémiologie du texte ".
Notre projet pour le futur est de constituer une collection
de manuels universitaires dirigée par le Professeur Eco,
en six volets : 1) histoire de la sémiologie (par
Constantino Marmo), 2) la notion de structure (chez Levi-Strauss,
Propp, Saussure), 3) textes et textualité dans les nouvelles
technologies, 4) l’interprétation dans la théorie
de Peirce à travers les analyse de Eco, 5) la sémantique
et 6) une anthologie de textes. "
Umberto Eco, professeur à
l’Université de Bologne
"Une petite correction. La majorité
de nos étudiants viennent du lycée où ils
ont fait trois ans d’histoire de la philosophie. Mais le drame,
c’est que lorsqu’on prononce le nom de Platon, les deux tiers
savent de qui il s’agit, mais un tiers est purement vierge !
Et c’est ça le problème, je crois que chez vous
aussi l’université pratique, depuis 69, l’entrée
ouverte. Donc, on peut avoir un étudiant qui vient d’un
lycée classique et un autre qui vient de l’Institut naval...
Le problème est de trouver des manuels qui conviennent
à tout le monde. "
Giuglia Ceriani, professeur
à l’Université de Sienne
Les étudiants demandent
des exemples concrets. Ils voudraient des solutions toutes faites...
" Après les deux premières
années, les trois directions dans lesquelles s’articule
l’enseignement de la communication à l’Université
de Sienne, sont : premièrement " la communication
de masse " (tous les enseignements qui peuvent amener aux
professions du journalisme), deuxièmement " la communication
d’entreprise " (donc tous les enseignements nécessaires
à une communication commerciale) et troisièmement
une direction qui s’occupe des nouveaux médias et des
technologies nouvelles. A l’intérieur de ce cadre, il
y a trois enseignements où la sémiotique est enseignée
explicitement. L’enseignement de Manetti (qui intervient dans
les deux premières années), un enseignement fondamental
historique et un troisième cours dédié
aux problématiques énonciatives et aux problématiques
du sujet dans les nouveaux médias. Ces enseignements
font le pont entre la formation classique théorique et
la visée concrète applicative qui est un peu la
perspective générale de l’enseignement à
Sienne.Semiotica dell’arte se propose de donner des informations
dans la sémiotique audiovisuelle. Ensuite, en passant
aux enseignements non fondamentaux et qui constituent les formations
plus spécifiques, on retrouve de nouveau un enseignement
qui concerne directement la sémiotique " sémiotique
du texte " (dans une voie d’application plutôt technologique)
et enfin l’enseignement dont j’ai la charge qui s’intitule " Techniques
de la communication publicitaire ". Il se situe dans le
cadre de la communication d’entreprise et pourrait bien évidemment
être donné en dehors de tout propos sémiotique.Je
voudrais dire deux mots de ce choix indirect d’application de
la sémiotique. Cela pose des problèmes pédagogiques
parce que les étudiants ne viennent pas à mon
cours pour apprendre la sémiotique, ils viennent pour
apprendre des techniques de communication publicitaire. Alors
tout mon effort est celui de faire passer la fonction instrumentale
de la sémiotique, son pouvoir heuristique, dans le cadre
méthodologique qui permet de gérer une communication
publicitaire.C’est une difficulté différente de
celle posée par la vulgarisation de l’enseignement théorique,
qui a été soulignée précédemment.
Les étudiants demandent des exemples concrets, ils voudraient
avoir la solution toute faite. Moi, j’essaie de passer du concret
au théorique et de leur apprendre qu’on ne peut trouver
des solutions concrètes sans faire une approche théorique
et une lecture des textes fondamentaux. Les problèmes
de nos étudiants sont identiques à ceux qui ont
été déjà évoqués.Mais
je crois qu’il y a un problème qui n’a pas été
évoqué, c’est celui de la coordination entre les
enseignements, en particulier entre les enseignements théoriques
et les enseignements appliqués auxquels la sémiotique
pourrait apporter son aide.Quand on réussit à
séduire les étudiants avec la sémiotique,
on les séduit définitivement, parce que c’est
un instrument qui leur permet de mettre de l’ordre dans les
différentes disciplines abordées. Je pense que
c’est là le chemin de l’avenir et je crois que le projet
de Bologne de réaliser un manuel est excellent, mais
je leur suggérerais volontiers un projet de manuel d’application,
inséré par exemple dans des pratiques de lecture
de la communication publicitaire et de la communication audiovisuelle
en général. "
Charo Lacalle, professeur
à l’Université Autonome de Barcelone
Nos étudiants devraient,
théoriquement, connaître la linguistique et la
philosophie...
" A Barcelone, l’enseignement
de la sémiologie s’appelle " Sémiotique de
la communication de masse ". Dans notre faculté,
qui s’appelle " Sciences de la communication ", nous
avons trois licences : une licence de journalisme (et dans
cette formation la sémiologie est enseignée en
deuxième année), une licence de communication
audiovisuelle (surtout de la fiction) et une autre licence " Publicité
et relations publiques " où malheureusement la sémiologie
ne s’enseigne que dans le dernier semestre de la quatrième
année.A Barcelone, il y a un fort numerus clausus et
pour accéder à la faculté il faut avoir
8/10 de moyenne au bac, donc théoriquement les étudiants
doivent connaître la linguistique et la philosophie, mais
en fait ils ne les connaissent pas. En plus nous avons un autre
problème, c’est qu’il n’y a pas, à Barcelone,
de cours de sémiotique générale, à
proprement parler. De fait, même si ce cours s’appelle
sémiotique de la communication de masse, quand tu commences
dans les premiers cours à parler de Saussure et Peirce,
les étudiants demandent immédiatement des applications.
De plus, les cours sont semestriels et cela ne laisse pas le
temps d’étudier des livres entiers. Pour la linguistique
générale nous utilisons les applications de Barthes
et pour Peirce les commentaires de Eco. Théoriquement
il y a des autres matières voisines, comme la théorie
de la communication ou les méthodes techniques d’investigation,
mais le problème, c’est qu’il y a parfois des professeurs
qui ne sont pas sont pas sémiologues et parlent plutôt
de communication politique. Donc, les étudiants en journalisme
reçoivent une formation en deuxième année,
mais ceux de communication audiovisuelle et publicité
n’entendent pas parler de sémiologie avant la quatrième
année. "
Christina Peñamarin, professeur
à l’Université Complutense de Madrid
Introduire les concepts à
partir des exemples
Il y a dans notre université
des analogies et des différences avec ce qui se passe
à l’université de Barcelone. Nous avons créé
un enseignement optionnel de sémiotique pour le premier
niveau. On pensait que très peu de gens allaient s’y
inscrire et, au contraire, il y a eu une énorme demande.
Nous avons des groupes de 130 à 150 élèves
pour un enseignement semestriel de 40 heures. Mais le désespoir
inspire parfois des décisions radicales...La formation
scolaire de nos étudiants leur permet en principe de
connaître la linguistique et ils devraient connaître
assez bien les concepts saussuriens et hjemsleviens, mais
ils ont oublié. Alors, on peut leur rappeler ce qu’ils
devraient savoir. Nous nous appuyons sur leur intérêt
pour la communication de masse pour introduire les concepts
à partir des exemples. On commence par un motif, un
problème, un exemple et c’est de là que procède
la théorie. On ne lit pas Peirce directement mais à
travers Eco et on entre dans le processus de production de
la signification du côté de l’interprète
ou du côté du producteur. Donc on pose un problème
et on fait parler les étudiants qui doivent interpréter
à partir des textes. On prend ces interprétations
comme des processus sémiotiques qu’on soumet à
l’analyse.Les concepts fondamentaux auxquels nous faisons
référence sont liés à la signification,
au langage, à la pluralité des langages. Peirce,
c’est la base. On s’intéresse au concept du texte comme
lieu d’une interaction et au concept d’intertextualité
comme construction d’un réseau de signification, de
narration, de description, d’analyse. Nos étudiants
ont d’autres enseignements d’orientation plus ou moins sémiotique,
" théories de la communication ", " méthodes
et techniques de la communication ", selon les intérêts
de leurs professeurs.On n’a pas le temps d’aller aux textes
fondamentaux, alors on recourt à des articles, à
des chapitres de livres et à des analyses de documents
ou de films, en s’appuyant sur les ouvrages de Eco ou de Barthes.
Jean-Paul Desgoutte
" Il était prévu,
à ce point de notre rencontre que Jean Doneux, professeur
émérite de linguistique de l’université
de Provence, nous fasse part de son expérience et de
ses réflexions sur l’enseignement des concepts fondamentaux
de la linguistique, mais il nous a quittés, pour toujours,
au moment même où il achevait son projet de contribution
à notre journée d’études.Je salue ici
la mémoire d’un ami de très longue date. Jean
Doneux, linguiste, ethnologue, africaniste de renom, s’était
également passionné pour les questions que pose
l’apprentissage du langage en milieu multi-culturel et tout
particulièrement intéressé aux processus
d’apprentissage de l’écrit pour les publics scolaires
issus de l’immigration. Je ne ferai évidemment pas
à sa place l’exposé qu’il devait nous faire
et qui s’intitulait : " Pour un enseignement de
l'épistémologie des systèmes symboliques ",
mais j’en exposerai en quelques mots la problématique,
telle qu’il me l’avait présentée, tout en joignant
au compte-rendu de cette rencontre les notes qu’il m’avait
adressées. Jean Doneux s’était attaché
à décrire le problème épistémologique
que pose l’usage des concepts linguistiques dans les sciences
de la communication en mettant en évidence la nécessité
de distinguer ou d’articuler deux types de démarches.
Une démarche héritée du modèle
linguistique saussurien qui permet une définition et
une description de la langue ou du code, c’est-à-dire
une épistémologie qui pose des affirmations
ou des propositions non contradictoires et suppose une cohérence
interne au système étudié. Et une deuxième
démarche épistémologique qui prend en
compte le fait que le langage et " la vie des signes "
sont en prise sur la vie sociale et que la validation des
procédures de représentation et de médiation
— par-delà l’étude des codes — ne relève
pas d’une stricte logique du vrai et du faux mais plutôt
de l’acceptable et de l’inacceptable, de la réussite
et de l’échec. La complexité de l’enseignement
propédeutique de la sémiologie est liée
à la nécessité d’articuler ces deux approches.Cette
double attaque du problème du sens a été
mise en évidence en particulier par Benveniste, à
la fin de sa vie, dans l’opposition qu’il établissait
entre le sémantique et le sémiotique :
le sémiotique étant une sémiologie
du signe (du signe comme élément du code et
lieu de cristallisation du sens), le sémantique
étant une sémiologie de la proposition, ou de
la phrase , attachée à la description d’un processus
pragmatique que l’on pourrait tout aussi bien appeler sémiosis.
Le signe, en tant qu’élément virtuel du code
a un sens ou n’a pas de sens, le signe, en tant que message,
accomplit ou non l’intention qui le porte. "
|
Jean-Léonce Doneux, professeur émérite
de l’université de Provence
Notes pour un enseignement de l'épistémologie
des systèmes symboliques
Dans les
sciences s’occupant des systèmes symboliques,
on a besoin d’une épistémologie double.
D’abord une épistémologie interne, dont
certains des objectifs peuvent être assignés
de la manière suivante : assurer une valeur
définitoire et opératoire univoque aux
concepts utilisés ; vérifier la non
contradiction des propositions de vérité,
telles que celles des processus définitoires
du type : l’ensemble A a les propriétés
a, b, c... Ensuite d’une épistémologie,
plus difficile à mettre en place, qui est celle
de l’idonéité de ce qui est exposé
dans les systèmes symboliques par rapport à
des principes de réalité, de prédictibilité,
de possibilité (grande, très limitée,
nulle) pris sur la contemplation du monde; où
l’on trouve ou croise tout ce qui a été
mis en place par les philosophes d’abord, par les
sémioticiens plus récemment. Que l’on
prenne nos systèmes symboliques dans une perspective
dite Sapir-Whorf pour le langage (" le langage fait
la pensée, et non le contraire ") et extensible
ailleurs, ou qu’on la refuse, les deux lieux de référence
demeurent : — Quand nous réfléchissons
sur un système symbolique donné, qu’il
soit mono-systématique (langues, signes corporels
ou vestimentaires, etc.) ou pluri-systématique
(théâtre, cinéma, télévision),
il est important qu’il n’y ait pas de contradictions
internes dans les affirmations ; important aussi que
l’hypothétique soit donné comme tel,
donc comme piste valide d’investigation.Dans la qualité
de l’impact sémiotique du système qu’on
décortique et reconstruit, il est nécessaire
de montrer quelles valeurs sémiotiques sont
à couvrir et, plus difficile, comment les (sous)-systèmes
réels en rendent compte ou non, en rendent
bien compte ou plutôt mal. Ce qu’on constate
actuellement est qu’au niveau des deux premières
années universitaires, des fragments de cette
épistémologie et de cette réflexion
sémiotique sont parfois (pas toujours) assurés.
Dans une propédeutique universitaire un peu
construite, on pourrait aller plus loin et mieux.
Des colloques comme celui-ci, et les suites à
y donner, pourraient y contribuer.
|
Jean-Pierre Meunier, professeur
à l’Université de Louvain-la-Neuve
Nos étudiants cherchent
des cours de formation professionnelle
" J’avais préparé
une intervention un peu théorique mais je vais parler
tout d’abord, moi aussi, des problèmes de mon institution.
J’enseigne à Louvain-le-Neuve, dans le cadre d’une licence
en communication qui comporte deux cycles de deux années
chacun. Cette licence s’inscrit dans le cadre d’une faculté
qui s’appelle la faculté des Sciences politiques et sociales.
Dans les autres facultés en Belgique, l’enseignement
de sémiologie et de communication se situe plutôt
dans les facultés de Lettres, ce qui est un tout autre
contexte.Dans la licence en communication nous avons un premier
cycle de formation générale en sciences économiques,
politiques et sociales qui comprend des cours de philosophie,
des cours d’économie, de sociologie, etc. avec déjà
en deuxième année un cours de sémiologie
générale qui est surtout centré sur la
sémiologie structurale, et qui comporte également
une introduction à Peirce, mais c’est le seul enseignement
pour le premier cycle. Au niveau de la licence, il y a deux
orientations, une orientation vers le journalisme et une orientation
qui s’intitule " médiation institutionnelle ",
ce qui est un autre nom pour la communication d’entreprise.
Mais il y aussi une sous orientation qui s’appelle "médiation
des savoirs" et qui est relativement à contre courant
des autres orientations car, comme vous le savez, la communication
d’entreprise ou publicitaire est extrêmement instrumentale,
alors que du côté de la médiation des savoirs
nous essayons plutôt de développer une perspective
plus centrée sur l’action sociale et sur l’éducation.Il
y a pour tout le monde un cours général de sémiologie
du langage iconique et un cours général en narratologie.
Puis, dans la partie consacrée à la médiation
des savoirs, dont je m’occupe plus particulièrement,
on trouve un cours de sémio-pragmatique générale
ou audiovisuelle, au choix, et aussi des séminaires dans
lesquels se trouvent posées des questions concernant
les rapports entre psychologie et cognition, ceci dans le cadre
des développements récents des sciences cognitives.Je
pense qu’un de nos grands problèmes tient au fait que
les étudiants se préoccupent très peu de
la sémiologie. Nos étudiants cherchent des cours
de formation professionnelle.Je pense que malgré tous
nos efforts, par exemple, le cours de narratologie, qui s’adresse
plus spécialement aux étudiants qui se destinent
au journalisme — puisque le journalisme sert à raconter
des histoires, en grande partie — eh bien, il est, d’après
les collègues qui enseignent la narratologie, extrêmement
difficile de faire en sorte que les étudiants se servent
des cadres théoriques pour réfléchir à
leur pratique. C’est quasiment impossible. Ils subissent les
cours théoriques et puis ils s’empressent de se diriger
vers les cours de pratique. C’est la même chose du côté
de la communication des institutions ou de la médiation
des savoirs, encore que, comme c’est un peu à côté
de l’idéologie dominante, on trouve un intérêt
un peu plus obligé, senti comme obligé de la part
des étudiants, pour les questions de sémiologie,
parce que pour eux, progressivement, on leur inculque l’idée
que communiquer ce n’est pas uniquement des paillettes et du
strass, ou faire de la publicité, mais que ça
peut être aussi un moyen d’éducation. On trouve
peut-être là, dans les dernières années,
un intérêt pour les questions théoriques
et les questions sémiotiques. Voilà pour la partie
institutionnelle.
Sémiologie et cognition
J’en viens donc à l’exposé
qui me permettra de faire une mise au point à propos
des recherches que nous avons entreprises dans notre section
au sujet des rapports entre communication et cognition. Le point
de départ, c’est le constat que du côté
de la sémiologie, et de la communication en général,
on est en train depuis quelques années de basculer dans
un paradigme très proche de la cognition.Au fond, je
ne dis pas que c’est tout à fait récent. Il y
a longtemps que des chercheurs s’intéressent aux rapports
entre psychologie et connaissance. Il serait dommage en particulier
de ne pas citer les travaux de Geneviève Jacquinot, ici
présente, qui a très tôt écrit sur
le rapport entrele cinéma et la cognition. Son livre
" Images et pédagogie " a été
pour moi, il y a quelques années maintenant, une révélation
et une source d’inspiration. Donc il y a longtemps qu’on pense
le rapport entre langage et cognition mais ce n’est que récemment
que l’on a vu un véritable dépassement de problématique.
Il me semble qu’il y a eu deux grandes époques en sémiologie :
l’époque structuraliste, centrée sur le code,
sur le modèle du code (Barthes, Metz, Eco, etc.), sur
les systèmes de signes et puis, après, on a vu
une période marquée par la pragmatique, centrée
sur les aspects énonciatifs de la communication, sur
les aspects relationnels, et puis maintenant, il me semble qu’on
glisse progressivement vers un point de vue qui considère
les rapports entre la cognition et la communication.Pourquoi ?
je ne sais pas. Il y a bien sûr l’influence des sciences
cognitives et puis il y a le fait des nouvelles technologies,
et puis il y a aussi des développements internes, je
crois, à la pragmatique. Par exemple, un texte très
important qui marque ce déplacement d’intention, c’est
le texte de Sperber et Wilson intitulé " La pertinence ",
sous titré " La communication et la cognition ",
qui a marqué un tournant. Ce texte marque d’abord une
très forte critique à l’égard du modèle
du code, de l’ancien modèle du code.Avec la pragmatique,
la sémiologie s’est intéressée à
des problèmes de rapports sociaux (l’œuvre d’Habermas
est très significative à ce sujet). Avec Sperber
et Wilson, on est confronté à toutes sortes de
choses qui doivent nous concerner en temps que sémiologues.
Le problème, quand on entre sur le terrain des sciences
cognitives, est qu’on se trouve devant un paysage très
tourmenté qui comporte beaucoup de paradigmes reposant
sur des postulats parfois complètement opposés.le
cinéma et la cognition. Son livre " Images et pédagogie "
a été pour moi, il y a quelques années
maintenant, une révélation et une source d’inspiration.
Donc il y a longtemps qu’on pense le rapport entre langage et
cognition mais ce n’est que récemment que l’on a vu un
véritable dépassement de problématique.
Il me semble qu’il y a eu deux grandes époques en sémiologie :
l’époque structuraliste, centrée sur le code,
sur le modèle du code (Barthes, Metz, Eco, etc.), sur
les systèmes de signes et puis, après, on a vu
une période marquée par la pragmatique, centrée
sur les aspects énonciatifs de la communication, sur
les aspects relationnels, et puis maintenant, il me semble qu’on
glisse progressivement vers un point de vue qui considère
les rapports entre la cognition et la communication.Pourquoi ?
je ne sais pas. Il y a bien sûr l’influence des sciences
cognitives et puis il y a le fait des nouvelles technologies,
et puis il y a aussi des développements internes, je
crois, à la pragmatique. Par exemple, un texte très
important qui marque ce déplacement d’intention, c’est
le texte de Sperber et Wilson intitulé " La pertinence ",
sous titré " La communication et la cognition ",
qui a marqué un tournant. Ce texte marque d’abord une
très forte critique à l’égard du modèle
du code, de l’ancien modèle du code.Avec la pragmatique,
la sémiologie s’est intéressée à
des problèmes de rapports sociaux (l’œuvre d’Habermas
est très significative à ce sujet). Avec Sperber
et Wilson, on est confronté à toutes sortes de
choses qui doivent nous concerner en temps que sémiologues.
Le problème, quand on entre sur le terrain des sciences
cognitives, est qu’on se trouve devant un paysage très
tourmenté qui comporte beaucoup de paradigmes reposant
sur des postulats parfois complètement opposés.En
essayant de voir clair, il me semble qu’on peut les partager
en deux grandes catégories. Il y a d’un côté
les sciences cognitives dures qui voient la cognition comme
une computation, un traitement d’informations (il y a dans cette
catégorie des gens comme Fodor ou Chomsky). C’est une
perspective très objectiviste qui propose la connaissance
comme un reflet du monde extérieur. Je dirai que la sémiotique
a peu à gagner de ce paradigme.D’un autre côté,
on trouve des choses plus intéressantes. On trouve un
grand nombre d’auteurs que l’on peut ranger sous le nom de constructivisme
parce que là on y voit toutes sortes de théories
dans lesquelles l’homme construit le sens avec toutes sortes
de médiations et je pense qu’on peut discerner trois
grands types de médiation dans la construction du sens.Il
y a un certain nombre d’auteurs, comme Piaget, mais également
Lakoff et Johnson, pour qui il est important de considérer,
dans la construction du sens, la médiation sensori-motrice.
Il y ensuite la médiation sociale : la construction
du sens se fait en interaction et on se trouve là dans
ce domaine de la socio-cognition (il y a des rapports très
intéressants à faire entre la cognition et la
pragmatique, par exemple la notion de dispositif d’énonciation).Et
puis le troisième type de médiation, qui nous
intéresse tout à fait particulièrement,
c’est la médiation sémiotique qui part de l’hypothèse
générale que la pensée doit se sémiotiser,
c’est-à-dire se traduire dans des signes extérieurs,
et que ces signes sont le reflet de certaines compétences
cognitives fondamentales mais aussi que ces signes extérieurs
dans lesquels la pensée se sémiotise rétro-agissent
d’une certaine façon sur nos modes de pensée.
"
Daniel Peraya, professeur à
l’Université de Genève
La sémiologie et les sciences
de l’éducation
Ce qu’on fait à Genève
est très différent de ce qu’on a entendu jusqu'à
présent. La première chose, et c’est assez étonnant
dans une ville comme Genève qui est le berceau d’une
des tendances, d’une des écoles fondatrices de la sémiologie,
c’est qu’il n’y a à l’université de Genève
aucun enseignement institutionnalisé (aucun département,
aucun institut) qui soit consacré à la sémiologie
ou aux sciences de la communication.Vous allez me demander alors
ce que je fais ici, parmi vous, aujourd’hui ? Eh bien,
je suis intégré dans une unité multidisciplinaire
de technologies éducatives, TECFA, au sein de laquelle
je représente le domaine de la communication et celui
de la sémiotique. Comme notre unité a un mandat
d’enseignement et de recherche, je porte donc mon regard de
type communicationnel et sémiopragmatique sur des objets
qu’observent de leur propre point de vue un psychologue, un
pédagogue et un informaticien. Il est assez amusant de
constater que depuis plus de vingt-cinq ans je flirte avec des
pédagogues et des psychologues qui me demandent d’avoir
une approche de type communicationnel sur les produits dont
ils traitent.TECFA est une unité qui s’est construite
sur la base d’un projet d’innovation impulsé voilà
dix ans par le Doyen de la Faculté de Psychologie et
des Sciences de l’Education. Le projet a regroupé deux
enseignements classiques de la faculté, d’une part l’informatique
scolaire et d’autre part l’audiovisuel pédagogique, a
intégré l’EAO, l’EIAO, les technologies éducatives
en général, puis progressivement la formation
à distance, le Web et les campus virtuels. Revenons à
la composition de l’équipe. Parmi les quatre membres
fixes, nous comptons un politologue, devenu ingénieur
système. Il a la charge des enseignements technologiques
mais aussi de la veille technologique. Il nous mène là
où il pense que l’on devrait aller. Et jusqu'à
présent, il ne s’est jamais trompé : nous
avons par exemple développé le premier serveur
Web éducatif en Suisse, juste après le Cern.Il
y a un psychologue d’origine expérimentaliste qui a beaucoup
travaillé sur les paradigmes de la mémoire et
dont l’un des sujets privilégiés aujourd’hui est
la navigation dans les hypertextes. Enfin, il y a un pédagogue,
ancien instituteur, qui a beaucoup travaillé sur le logiciel
éducatif, qui a longtemps travaillé en IA et qui
aujourd’hui à pour centres d’intérêt la
collaboration, la cognition située et l’ergonomie des
logiciels.Il est évident que les rapports entre ces disciplines
et ces points de vue, bien que complémentaires, ne sont
pas toujours aisés. Avec les psychologues, il existe
une vieille querelle qu’avec Jean Pierre Meunier nous avons
récemment évoquée dans un texte de la revue
In Cognito, à propos de l’évolution " cognitive "
de la sémiotique : globalement, une ignorance mutuelle
des deux disciplines, née entre autres des choix initiaux
de de Saussure que vous connaissez et encore bien vivante aujourd’hui
même si la sémiotique se tourne résolument
aujourd’hui vers les sciences cognitives au sens large.L’enjeu
réside bien sûr dans l’articulation des théories
des représentations mentales et des représentations
matérielles, de la noesis et de la semiosis.
Mais il est clair que, tant qu’une certaine psychologie posera
les représentations mentales comme premières,
le dialogue sera bloqué. Il y a sur ce point de très
beaux et intéressants textes de R. Duval. Les pédagogues
nous posent d’autres problèmes, mais pour d’autres raisons :
ils sont souvent soumis à des contraintes de démonstration
de l’efficacité de ce qu’ils font. Dès qu’il
y a un nouvel outil il leur faut expliquer si c’est efficace,
si les gens apprennent mieux ou moins bien, comment, pourquoi,
etc. Bref, les contraintes de la démonstration leur font
parfois oublier l’analyse de la nature sémiocognitive
des outils dont ils cherchent à valider l’efficacité.Qu’un
chercheur en sciences de l’éducation me montre que l’organisation
spatiale et métaphorique d’un environnement de travail
virtuel, celle par exemple d’un campus virtuel, permet à
l’apprenant de structurer et d’organiser une tâche et
ses comportements en fonction de cette disposition spatiale
m’intéresse, mais du point de vue sémio-pragmatique,
tout reste encore à expliquer.
Technologies et pédagogie
Avec les technologues enfin, nous
vivons tous les mêmes problèmes depuis le début
de l’audiovisuel pédagogique : quelle est la part
entre les apprentissages techniques et disciplinaires ?
entre les apprentissages technologiques de bas niveau et ceux
plus conceptuels ? Quelle est enfin la part entre la technologie
et la pédagogie ? Vieilles questions qui resurgissent
aujourd’hui avec tout le poids et la survalorisation de l’informatique.Certes,
je reconnais des problèmes que certains d’entre vous
ont évoqués. Les gens arrivent chez nous dans
notre troisième cycle, le diplôme STAF, consacré
aux technologies éducatives dans un enseignement qui
s’appelle " Dispositifs de formation et de communication
médiatisée ". Ils ne possèdent pas
de bagage de type " communication " et n’ont pas grand
chose comme connaissances théoriques. Il faut d’abord
lutter contre une tendance à la professionnalisation :
les gens sont très demandeurs de savoir techniques. Ils
aimeraient apprendre à se servir de logiciels de traitement
d’images ou de développement numérique. Ils veulent
pouvoir créer un site Web, créer des animations
spectaculaires sur le réseau.Mais, au-delà de
la manipulation des outils informatiques, il y a une culture
technologique, il y a des concepts qui sont à la base
de ces manipulations informatiques. Au-delà de ça,
il y a peut-être des aspects d’une sémiotique particulière
qui prend en compte ces objets particuliers pour lesquels nous
sommes encore tous très mal armés. Que devient
par exemple le statut de la page, qui était une structure
cognitive importante qui réglait les pratiques de lecture
et d’écriture ? Que se passe-t-il quand on n’a plus
de page ? Enfin, à travers ces problématiques,
il faudra arriver à des concepts et à traiter
des problématiques qui ressortissent de la sémiologie
générale. On a donc ces quatre niveaux à
intégrer dans un cours de 60 heures et c’est très,
très peu !
Dispositifs et représentations
Je voudrais donner quelques informations
complémentaires sur les contenus disciplinaires et
sur les problématiques que je traite. Mes recherches
et mes enseignements reviennent d’une façon ou l’autre
à poser les problèmes liés à l’articulation
entre représentations matérielles et représentations
mentales. Il s’agit là d’une certaine façon,
par rapport aux courants sémiotiques structuralistes
et énonciatifs qui semblent dominants, d’un changement
de paradigme qui me paraît important. Une autre rupture,
réside dans les objets que nos traitons, le réseau
par exemple. Dans l’enseignement à distance, la communication
médiatisée est, par définition, l’objet
de prédilection. Mais le réseau impose ses formes
de médiation propres dont Jean-Pierre parlait à
l’instant : médiations technologique, sensori-motrice,
relationnelle et sémio-cognitive.Prenons pour rendre
les choses plus claires un exemple, celui des environnements
de travail virtuel de la métaphore du campus virtuel.
Comment ces processus de médiation vont-ils se structurer ?Pour
faire bref, disons que parce qu’il s’agit d’un dispositif
virtuel dont le fonctionnement semble fondamentalement paradigmatique,
l’utilisateur n’en possède aucune représentation.
L’usager s’en créera donc sous forme analogique ou
topologique, et qui dit topologie dit représentation
spatiale puisqu’il s’agit là d’une des formes privilégiées
que prennent nos représentations mentales. Nous sommes
en effet des êtres spatialisés et de nombreuses
études ont montré l’importance de l’espace ainsi
que de l’orientation pour la constitution de nos représentations
mentales.Enfin, la médiation sensori-motrice propre
au dispositif informatique et à la manipulation des
interfaces (souris, clavier, joystick, etc.) a certainement
son rôle à jouer dans cette perspective. Il me
semble qu’au départ, ces dispositifs virtuels impliquent
par la nature de leur dispositif une représentation
orientée. La deuxième étape, réside
dans la dénomination et dans l’acte de désignation
verbale de cet espace. Cette représentation spatiale
doit donc être verbalisée et s’inscrire vraisemblablement
dans une métaphore spatiale. Cette dernière
se suffit largement du champ sémantique qu’elle structure
pour constituer un cadre cognitif d’interprétation
de cette nouvelle réalité qu’est l’environnement
virtuel : dans un campus virtuel, je dirai sans doute
" ceci est une bibliothèque " plutôt
que " ceci est une bibliographie ". La métaphore
demeure une métaphore tant conceptuelle que langagière,
elle s’exprime et se constitue dans et par le langage verbal.
Et c’est vrai qu’il existe de nombreux environnements métaphorisés
qui demeurent textuels. Le langage suffit à la métaphore
pour organiser une représentation topofonctionnelle
de mon environnement virtuel. Vient enfin le troisième
niveau : comment représenter cette métaphore
verbale dans un dispositif virtuel ? Autrement dit, vais-je
utiliser une représentation en deux ou en trois dimensions ?
Dans quels cas ? On le voit, nous retrouvons dans ces
dispositifs des questions fondamentales de la sémiotique
évoquées ci-dessus. Et c’est pour cela aussi
qu’ils me passionnent. "
Lucrezia Escudero
" Je pense qu’il y a une espèce
de trou noir théorique dans ce problème des nouvelles
technologies et que la sémiologie doit donner en quelque
sorte des réponses compte tenu du fait que le nouveau
public des universités est un public déjà
alphabétisé dans le domaine des nouvelles technologies,
alors que nous, nous ne le sommes pas encore. Je voudrais donc
poser la question : " Quelle est la position de la sémiologie
par rapport aux nouvelles technologies, du point de vue de la
construction d’une sémiologie générale ? "
Daniel Peraya
" Entre les dispositifs médiatiques
classiques et les nouvelles technologies, il y a des problématiques
communes. Il serait intéressant de voir tous leurs aspects
communs, transversaux, et ensuite d’analyser leurs particularités.
Il est vrai que le réseau, ce n’est pas la cinéma
ou la télévision, mais il ne faut pas oublier
non plus qu’au travers de tous ces dispositifs on retrouve des
problématiques générales : la visualisation
de l’information, les différentes formes de représentation
et leur nature, les problèmes de polysémie de
l’image, connus depuis longtemps et reposés par exemple
à travers la création des icônes de logiciels
et d’environnements informatiques standardisés. Au fond,
j’observe que les technologues de l’éducation ont peu
de mémoire de leur discipline. Ils ont toujours l’impression
que les problématiques naissent avec les nouveaux objets
techniques. Mais bien évidemment, ce n’est pas vrai,
il y a des problématiques qui sont génériques. "
Geneviève Jacquinot
Les modes d’évaluation
" Premier point, j’aurais aimé
savoir quelles sont les épreuves d’évaluation
que les collègues qui ont présenté leurs
différents cours utilisent pour la validation du travail
de leurs étudiants. Deuxième point, je voudrais
revenir sur la question de Lucrezia. Je crois que la sémiologie
a effectivement à se repositionner, et pas seulement
en raison du problème de l’analphabétisme technologique.
Il faut évoquer l’interactivité — Dieu sait si
c’est une question importante, au vrai sens du terme ! — c’est-à-dire
le geste qui interfère dans un processus de signification.
Il faut également évoquer l’image, même
si je suis d’accord avec la remise en question depuis un bon
moment de la prétendue séparation radicale entre
le verbal et l’iconique. L’image, dans un dispositif interactif,
n’a pas du tout le même statut que l’image qu’on voit
au cinéma ou à la télévision. On
a parlé du grand écran, du petit écran
et il y a aussi les petites images, qu’on peut certes agrandir...Il
y a là un nouvel enjeu pour la sémiologie et on
a besoin de construire des catégories d’analyse qui rendent
compte de la production du sens et de la reconnaissance du sens
dans les réalisations les plus intéressantes des
nouvelles technologies. "
Giuglia Ceriani
" En ce qui concerne les épreuves
d'évaluation, il s’agit pour nous d’épreuves écrites
et orales qui peuvent être accompagnées par un
exercice d’analyse de documents, images ou petits textes. "
Charo Lacalle
" A Barcelone, chaque professeur
peut décider du système d’évaluation, mais
il doit prendre en compte que vingt pour cent des crédits
doivent correspondre à une épreuve pratique. Nous
faisons faire aux étudiants ce que nous appelons un travail
de cours, mais cela dépend du nombre d’étudiants.
En journalisme, la sémiologie est une matière
optionnelle. Les étudiants font un travail de cours et
un examen écrit. En publicité, il y a moins d’élèves,
ce qui leur permet de faire des exposés pratiques à
partir d’émissions de télévision, par exemple. "
Constantino Marmo
" A Bologne, dans le cours
de sémiotique du texte, les procédures d’évaluation
sont des analyses de textes variés. En sémiotique
générale, il s’agit d’une épreuve écrite
qui est divisée en deux parties, une série de
questions à choix multiples pour tester les connaissances
générales et deux questions théoriques
à développer. "
Jean-Paul Desgoutte
" A Paris 8, l’enseignement de la
sémiologie comprend deux cours théoriques qui
s’intitulent " Théorie des signes " et "Sémiologie
du récit", un cours d’analyse de documents qui s’intitule
" Analyse du son et de l’image " et un troisième
type d’enseignement qui est un enseignement pratique de réalisation
en ateliers : ateliers de vidéo, de radio, de journalisme,
d’édition et de réalisation multimédia.Les
évaluations varient en fonction des enseignements. L’évaluation
du cours de théorie des signes est assez traditionnelle.
Il s’agit d’analyse et de commentaires de textes permettant
de mettre en évidence les connaissances théoriques
des étudiants. L’évaluation des cours d’analyse
se fait au moyen de documents audiovisuels de nature diverse,
extraits de films, photographies, bandes dessinées, enregistrements
sonores, etc.Les ateliers de réalisation donnent lieu
à la création en petits groupes, de cinq étudiants
au maximum, de films, d’émissions radio, de sites internet
ou de CDroms. On juge à la fois du travail collectif
réalisé et de la part individuelle que chacun
a apportée au travail. Mais cet accent que nous avons
mis sur le travail de réalisation ne va pas sans problème,
compte tenu des contraintes propres à ce type d’enseignement.
Les ateliers multimédia, par exemple, posent des problèmes
spécifiques de gestion du temps, de gestion de l’espace
et d’accompagnement pédagogique qui sont nouveaux et
difficiles à résoudre. Mais nous en parlerons
sans doute cet après-midi."
Lucrezia Escudero
" Dans mon enseignement de
" Théorie des signes " je propose deux types
d’exercice, une première évaluation se fait par
une fiche de lecture à propos de l’introduction et de
la conclusion de " La structure absente " de Umberto
Eco. Compte tenu de notre public, ce texte me semble particulièrement
intéressant parce qu’il est structuré en hypothèse,
thèse et conclusion, chose intéressante pour des
élèves qui ont du mal à repérer
une structure argumentative. Je mentionne ici que nous avons
la chance à Paris 8 de voir nos étudiants encadrés
par un groupe de tuteurs qui les accompagnent dans leur apprentissage
et répondent à leurs problèmes. J’envoie
les élèves en difficulté auprès
des tuteurs si bien qu’il n’y a pas de zéro dans
ce type de travail. Ces étudiants en difficulté
représentent dix pour cent des effectifs de quatre-vingts
élèves. A la fin de l’enseignement, il y a un
examen partiel composé de deux parties, une partie porte
sur les concepts fondamentaux étudiés en cours,
une autre sur les textes que nous lisons ensemble, Peirce, Saussure,
Barthes, Eco, etc. L’examen se fait à livre ouvert et
dure deux heures et demie. "
Jean-Pierre Meunier
" A Louvain-la-Neuve, il y
a comme examen soit une question théorique, soit une
analyse, mais aussi un projet qui est réalisé
dans un atelier. Par exemple dans la formation " Médiation
des savoirs " chaque étudiant doit faire le cahier
des charges d’un projet d’action éducative. Ca peut être
un site, ça peut être un projet de multimédia
ou d’audiovisuel éducatif. C’est un projet dans lequel
on doit justifier le dispositif d'énonciation et la part
de l’image, du verbe, leur rapport en fonction des objectifs.Je
pense qu’en Europe il se passe des choses différentes
d’une université à l’autre parce que chez nous
par exemple l’enseignement théorique analytique est réservé
à l’université et l’enseignement de réalisation
audiovisuelle est réservé à d’autres écoles.
Ca pose des problèmes d’enseignement et d’évaluation
spécifiques. "
Thierry Lancien, maître
de conférences à l'Université de Paris
8
Sémiotique et pragmatique
" J’ai une question à
poser à Jean-Pierre Meunier. Lorsque vous avez évoqué
ce glissement vers le cognitivisme de la sémiologie,
vous avez dit que les nouvelles technologies devaient y être
pour quelque chose. Est-ce qu’elles ne rendent pas tout aussi
nécessaire un courant que vous avez évoqué
tout à l’heure et qui est le courant de la pragmatique ?
C’est-à-dire qu’à l’heure actuelle, autour de
toutes les notions d’interactivité, de déplacement
de l’énonciation (puisque certains parlent même
de co-énonciation) à travers les produits multimédias,
ne faut-il pas essayer de voir comment la pragmatique, dont
les courants sont divers, pourrait permettre d’analyser les
multimédias ? La force d’une pragmatique revisitée,
c’est qu’elle nous donnerait des éléments en termes
de construction du sens, mais en plus en prenant en compte les
contextes culturels et sociaux, ce que le cognitivisme laisse
largement de côté. "
Jean-Pierre Meunier
" Je pense effectivement que
la pragmatique relationnelle est très concernée
en ce qu’elle s’intéresse au positionnement des individus
dans une interaction, dans les processus par exemple de décentration.
Dans la psychologie de Piaget, le raisonnement se développe
selon des processus de décentration, ce qui implique
que chaque individu soit capable d’adopter le point de vue d’un
autre. Le problème pour nous est de développer,
avec les instruments pragmatiques, le moyen d’analyser, dans
quelque situation de communication que ce soit, les positionnements
qui permettent ou non aux individus de se décentrer.
Guy Lochard pourrait certainement nous en parler puisqu’il a
développé des travaux en ce sens. Je pense que,
de toute façon, un des grands problèmes pour la
sémiotique, c’est de réussir à connecter
ses concepts avec ceux des sciences cognitives sous tous leurs
aspects. "
Geneviève Jacquinot
" Il y a de nombreux outils
d’analyse qu’on peut emprunter à la sémiologie
traditionnelle pour rendre compte des produits multimédias.
La difficulté, à l’heure actuelle, c’est de dissocier
ce qui est toujours productif de ce qui ne l’est plus. J’ai
insisté tout à l’heure sur l’interactivité.
On peut se demander quelle activité mentale elle présuppose
dans le processus de production et de reconnaissance du sens.
Que devons-nous changer à nos outils sémiologiques
— qui ont fonctionné jusqu'à présent avec
un certain bonheur — pour rendre compte de ce qui se passe de
nouveau ? Mes instruments d'analyse ne m’aident pas suffisamment
à comprendre ce qu’il faut faire, ni en tant que concepteur,
ni en tant qu’utilisateur de multimédias. Et je me dis
que la sémiologie est la seule théorie à
avoir aujourd'hui une force conceptuelle suffisante pour nous
aider à élaborer de nouveaux outils de compréhension
de la production et de la reconnaissance du sens. "
Umberto Eco
" Vous avez raison,
et je vous donne un exemple. Si quelqu’un a un bon outillage
sémiologique, il a en particulier les moyens de dénoncer
la sottise totale de tous les théoriciens des nouvelles
technologies qui découvrent, comme on dit chez nous,
l’eau chaude.J’ai décidé de proposer à
mes collègues tout récemment d’interdire toute
thèse de sémiotique sur l’hypertexte. Pourquoi ?
On a déjà eu cinq thèses de sémiotique
sur l’hypertexte. Elles disent toutes la même chose,
c’est-à-dire qu’un étudiant de sémiotique,
bien calé sur son background théorique, y découvre
que — sauf la rapidité mécanique — l’hypertexte
ne produit rien qui soit nouveau dans l’histoire de la signification
depuis les évangiles synoptiques ! Un étudiant
de sémiotique a les éléments suffisants
pour se méfier de la prétendue disparition de
l’auteur, de la non linéarité du récit...
un étudiant de sémiotique n’est pas un imbécile ! "
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