LA PAROLE DE L'AUTRE

 

2. Définition scolaire des publics et seuils de sortie


2.0. INTRODUCTION

Nous avons tenté précédemment de décrire la "nécessité hétérogène" du cours d'alphabétisation ; il importe à présent d'en présenter la grille générale - avant d'en développer la démarche pédagogique.

2.1. DÉFINITION DES PUBLICS

Il n'existe pas un public scolaire type d'étrangers. Il n'existe pas non plus une demande type du travailleur étranger vis-à-vis de l'institution scolaire. Le passé individuel et collectif des étrangers, leur nationalité [1], leur temps de résidence en France, leur degré de scolarisation éventuelle, le lieu et la nature du travail qu'ils effectuent, et bien entendu la politique de formation des entreprises [2] sont autant d'éléments qui prédéterminent toute mise en place d'un cursus scolaire. Si la présentation classique des divers cycles de formation retient théoriquement quatre niveaux ordonnés selon un critère de progression scolaire (l'acquisition de la langue). On constate dans la pratique que les publics attachés à chacun de ces cycles sont largement différenciés [3] :

1. Il est patent que les travailleurs africains sont systématiquement assignés à certains secteurs de la production (travaux publics et main-d'œuvre volante de très basse qualification) alors que les étrangers d'origine européenne sont plus facilement intégrés dans l'industrie et les services, et amenés de ce fait à. accéder plus facilement à une qualification et à une promotion professionnelle.

2. Dans le cadre de la formation permanente, les entreprises constituent généralement deux sortes de contingents d'étrangers à alphabétiser :

- le premier groupe est constitué de nouveaux venus ou d'anciens résidents très peu qualifiés. Ils sont conviés à une alphabétisation élémentaire visant de fait à faciliter leur intégration à leur poste de travail ;
- le deuxième groupe est constitué d'un ensemble hétérogène d'étrangers installés depuis longtemps dans le pays de production et engagés à l'intérieur de l'entreprise dans un processus de relative qualification. Ils sont conviés à parfaire leur apprentissage linguistique dans la perspective d'une préformation professionnelle ou d'une " récompense " à leur docilité.
3. On constate qu'existent des paliers de stabilisation qui paraissent actuellement infranchissables, pour certains étrangers en France depuis vingt ans et dont les acquisitions nouvelles sont désormais nulles. A ce propos on peut penser - mais il faudrait l'expérimenter - que si le fait de lire et d'écrire leur permettait de prendre des décisions au niveau de la production, de la vie sociale et politique, ils auraient des raisons d'apprendre, malgré l'âge et le passé (cf. annexe 4).


Le stade " langue parlée " réunit essentiellement des travailleurs d'origine africaine, mal familiarisés avec le système linguistique et culturel français, assignés professionnellement à des emplois peu qualifiés et instables ;
Le stade " langue écrite et lue 1 " réunit, à durée de séjour égale, une majorité d'étrangers d'origine européenne. Leur plus grande proximité à la société industrielle, le plus faible degré d'exclusion dont il sont les victimes et le fait qu'ils ont souvent été scolarisés dans leur langue maternelle leur permettent une familiarisation plus rapide avec l'univers linguistique et culturel de la société de résidence ;
Le stade " langue écrite et lue 2 " (ainsi que le stade " mobilité sociale et professionnelle ") réunit des étrangers des deux groupes, avec une prépondérance d'Européens, qui sont largement intégrés au monde culturel et économique de la société industrielle.
Ce tableau souffre de notables exceptions individuelles et locales ; son sens général nous pousse cependant à constater l'existence de plusieurs filières, de plusieurs étapes de formation disjointes à la fois du fait des entreprises et du fait de l'hétérogénéité du public.
Si nous tentons de constituer - à défaut d'une progression proprement scolaire - un continuum en liant ces trois cycles dans une suite temporelle, la pratique nous montre qu'il est très rare qu'un public d'étrangers en parcoure successivement l'ensemble.

Une typologie consacre un appauvrissement du réel, elle n'est qu'un calque du système scolaire occidental, de sa logique interne, à laquelle, que nous le voulions ou non, nous plions les étrangers. Méthodologiquement, elle est imparfaite :

- les transitions entre les types décrits sont innombrables ; les groupes réels ne sont pas statiques ;
- l'apprentissage est un phénomène global qui n'évolue pas d'une façon linéaire, alors qu'une progression met en valeur uniquement la temporalité (par ex. de 0 à 120 heures).
Dans des cours basés sur la discussion, phénomène global, une typologie apparaît comme une réduction, exprimée dans le langage dominant, pour faciliter la compréhension entre les institutions qui emploient les enseignants. C'est dans ces limites qu'elle est proposée ici.

Que les étrangers soient souvent consentants, mais non toujours, et que les animateurs aient la possibilité de critiquer cette situation est une autre question.

2.2. STADES D'APPRENTISSAGE ET SEUILS

L'ensemble de ces remarques nous incite à décrire une grille de progression grammaticale souple qui serve de repère à l'animateur et se prête à la réflexion et à la recherche plus qu'à une application mécanique. [4] Le tableau général de progression présenté ci-après ne se veut donc pas exhaustif. Il propose à l'enseignant un cadre de travail et une couverture grammaticale utilisables spécifiquement pour les deux premiers stades d'apprentissage et globalement pour le troisième.

Comme on peut le voir, les stades ne se suivent pas mais ils se chevauchent : le seuil de sortie visé dans le deuxième palier du stade " langue parlée " est aussi la matière du premier palier du stade suivant; de même pour " langue écrite et lue 2 ".
Ces recouvrements sont indispensables, soit parce que le seuil d'entrée de chaque travailleur est très variable, même après que les groupes ont été homogénéisés, soit parce qu'il est nécessaire de créer un acquis de groupe à partir d'une plate-forme commune : le résultat est que, malgré les contraintes inhérentes à un enseignement de groupe, il est possible d'avoir une grande flexibilité individuelle pendant les 40 premières heures des deux stades qui suivent " langue parlée ".
Ce n'est donc pas un hasard si en réalité les deux tiers du livre sont consacrés à celui-ci. Il s'agit de mettre en place les éléments qui rendent possible le stade " langue écrite et lue 1 " et qui permettent de reconnaître les caractéristiques spécifiques des étrangers qui sont inscrits d'emblée dans le stade " langue écrite et lue 2".


Il s'agit de stades et non de niveaux, comme on dit habituellement. Un stade est une période, définie par un seuil d'entrée et un seuil de sortie. A l'intérieur d'un stade, nous concevons arbitrairement deux ou trois paliers indiquant le travail à effectuer.

4. C'est dans la relation de l'étranger à la symbolique de l'univers culturel de la société de production que nous chercherons un principe pédagogique unificateur plutôt que dans une progression grammaticale dont le caractère exclusif serait l'usage délié de la langue. Dans cette perspective, ce que nous essayons de laisser émerger, c'est l'expérience implicite que possède l’étranger à travers son vécu quotidien de l’" espace français ". Si cela ne peut se faire qu'à travers la langue, son acquisition n'en devient pas pour autant un but en soi. Décrire l’ « espace français » n'est pas ici un jeu de langue, c'est l'expression d'un vécu. Notre référence théorique principale tendrait à se situer au niveau de l'analyse du discours s'il existait dès à présent une typologie systématique de la parole en situation. Cette recherche étant balbutiante, nous tenterons d'en expliciter les hypothèses et nous décrirons pour le reste une grille grammaticale sommaire qui pourra servir de repère à l’animateur.

De fait, à chaque stade ou palier toute la langue est en jeu (c'est-à-dire tous les niveaux linguistiques et toutes les fonctions), mais la « complexité » relative des énoncés s'accroît en même temps que les interventions de l'animateur se font de plus en plus précises, techniquement, d'un stade à l'autre. On peut ici penser à une série de filets de même dimension mais aux mailles de plus en plus fines.

Il s'agit, à chaque stade ou palier, d'extraire, des performances nombreuses présentées par la discussion, celles qui relèvent des exigences du seuil de sortie de ce niveau, de les faire reformuler ou renforcer, et ce tout au long du cycle de formation. Le tableau suivant a donc pour fonction de ramener l'animateur à la réalité, c'est-à-dire à sa situation d'enseignant face à des gens qui viennent apprendre le français.

Il faudra que l'animateur se rappelle que :

— la démarche est globale: elle ne va pas du plus simple au plus complexe, mais part du discours des étrangers pour traiter les difficultés à mesure qu'elles se présentent en dissociant, souvent, l'oral et l'écrit.

— il n'y a pas de progression pédagogique, mais une série de questions à traiter, qu i seront plus précises, mais toujours d'ordre général, au fur et à mesure que le temps passera, et que leur discours se dénouera.

Les seuils de sortie et leurs paliers sont pour l'animateur un rappel des éléments syntaxiques et autres qu'il doit :

— reconnaître, lors de leur apparition dans les discussions,

— trier, en fonction de leur distribution en paliers,

— susciter, s'ils n'apparaissent pas.


TABLEAU ANALYTIQUE


TABLEAU GENERAL

STADE LANGUE PARLEE

 
Oral
Ecrit
 
Syntaxe
Morphologie
Phonologie
 

PREMIER PALIER

60 heures

Propositions

simples

Affirmation,

négation,

interrogation,

Groupe verbal

 

Présent

Passé composé

Passé immédiat

Futur immédiat

Impératif

Groupe nominal

Les modalités du nom

Pronoms

Sujets et objets

Prépositions

et adverbes

les plus courants

 

Liaisons

 

sujet-verbe

nom-adjectif

 

 

 

Les principales

oppositions

vocaliques

L'espace de l'écrit

 

Mise en page

Eléments componibles

Planches modèles

(voir ch. 14)

DEUXIEME PALIER:

60 heures

Phrases complexes

Les subordonnées

- conjonctives

- infinitives

Expression de l'emphase

C'est... que...

Eventualité

Si...

Groupe verbal

 

Subjonctif présent

futur

infinitif

Groupe nominal

Les suffixes de base

Pronominalisation

Les emplois courants de Y et EN

Troncation des adjectifs et des adverbes

 

 

 

Les principales oppositions consonantiques

Le système de l'écrit

- mots signaux

- textes de journaux

- utilisation des dominos

(voir ch. 15)

1er STADE : LANGUE PARLEE

Durée: 120 heures

Publics : travailleurs récemment arrivés qui ne comprennent guère ou pas du tout le français, généralement non scolarisés en leur langue, Maghrébins, Africains noirs, non scolarisés en leur langue, Ibériques, non scolarisés en leur langue, Turcs, généralement scolarisés en leur langue mais totalement ignorants de la France et des Français.

Groupes : mixtes, mais composés de personnes ayant la même langue d'origine.


STADE LANGUE PARLEE :

PREMIER PALIER : DE 0 À 60 HEURES

Composante orale

1. Syntaxe

Dans un premier temps les phrases sont réduites à une seule proposition, verbale ou nominale :

— J'aime la chaleur.

— Quel type ! Un café ! Une bière !

assertive :

— Ma belle-mère est supportable.

— J'ai raté mon train.

évaluative :

— Je pourrais faire ça.

— Il est peut-être absent.

injonctive :

— Viens !

— La porte !

— Là-bas !

interrogative (suivie de la réponse) :

— C'est quand ? Demain.

— Pourquoi tu ne viens pas ? J'ai de la fièvre.

— Le bus va rue de Vaugirard ?

présentative :

— Voilà mon opinion.

Identificative :

— C'est eux !

— C'est lui mon cousin.

— Ca, c’est pas clair.

utilisation de la mise en relief :

— Ce type, il est vraiment drôle !

— Cette femme, elle est vraiment belle !

N. B. : Toutes ces phrases seront employées aux formes affirmative et négative (si elles se prêtent à cette transformation).

2. Morphologie

Morphologie du verbe

Toutes les formes verbales des propositions ci-dessus, exigées par le contenu syntaxique qui vient d'être défini. Cela à toutes les personnes, y compris « on » (présent, passé composé et immédiat, futur immédiat, impératif) en commençant par et en insistant sur JE / TU.

Morphologie du groupe nominal sujet

Usage satisfaisant des différentes modalités nominales (articles définis et indéfinis, adjectifs démonstratifs simples, adjectifs possessifs).

un chien, indéfini

le chien, défini

ce chien, démonstratif

(mon chien, possessif)

Veiller à l'accord entre le substantif, la modalité qui l'accompagne, l'adjectif (courant) qui le suit et le possessif.

Morphologie du groupe nominal objet

Voir ci-dessus le sujet, mais avec des restrictions sur l'apparition de certaines modalités (ne pas traiter par exemple d'une manière systématique la transformation négative « j'ai des chiens je n'ai pas de chiens »).

Morphologie de la pronominalisation

personnes verbales comme sujet : « je-tu »

personnes verbales comme objet direct :

« je le vois » — objet direct

« je lui parle » — objet indirect

éviter la double pronominalisation :

« je le lui donne »

pronominalisation du complété, possessif ;

pronominalisation du complétant ;

« J'utilise sa voiture »

« J'utilise celle de Paul »

Morphologie du circonstant

Expression des différentes prépositions et locutions prépositives avec une bonne connais­sance de la valeur sémantique la plus courante : « à, de, avant, devant, derrière, après, depuis, autour de, entre, à côté de, avec, sans, sur, sous, au-dessus de, pour et par. . . »

3. Phonologie

Phonologie syntagmatique

Règles de liaisons obligatoires entre le numéral et le nominal

« six-enfants, trois-années »

Liaisons entre pronom sujet et verbe:

« ils-ont, nous-allons ».

Phonologie paradigmatique

Réalisation suffisante, à l'incitation de l'ani­mateur, des phonèmes vocaliques d'utilisation fréquente ;

Pour les voyelles, on se fixera l'acquisition du système suivant :

On ne travaillera pas les oppositions :

j'irai / j'irais

peu / peur

pôle / Paul

et encore moins l'opposition : pâte / patte

Nasales :

(pain) / (pont) / (dans)

On ne travaillera pas l'opposition :

brin / brun

Composante écrite : l'espace de l'écrit

1. Initiation à l'espace de la feuille, de l'ardoise, du tableau (cf. chapitre 14).

2. Sériation par les éléments componibles, (cf. chapitre 14).

3. Planches modèles pour la préparation à l'écriture, (cf. chapitre 14).


STADE LANGUE PARLEE

DEUXIÈME PALIER

DE 60 À 120 HEURES

Composante orale

1. Syntaxe

A : Phrases complexes

Introduire, au présent, les subordonnées conjonctives ou infinitives commandées par un verbe principal de volonté : "Je veux que tu ailles..."

— Il va falloir partir...

— Je veux partir. »

B : Exclamatives simples : « Qu'est-ce je suis bien ! — Quelle tête il fait! — Quel sale type ! »

C : L'emphase du sujet : C'est moi qui parle ! C'est pas Jacques qui est venu !

— du complément : Ce film, Pedro l'a vu ! C'est les cerises que je veux ! C'est ici que je l'ai vu ! C'est avec le patron que je veux parler !

D : Axe des temps et des aspects :

- Futur simple (je viendrai) ou « proche » (je vais venir).

- Expression de l'éventualité : « S'il pleut je ne sors pas » et « je ne sortirai pas » « Si je gagnais au tiercé je rentrerais ».

2. Morphologie

Morphologie du verbe

Toutes les transformations verbales exigées par le contenu syntaxique qui vient d'être défini (imparfait, subjonctif présent, infinitif, condi­tionnel présent, en veillant à des formules comme « il faudrait… » « je voudrais. . . »).

Morphologie du nom

Régularités qui permettent de prédire le genre.

Sur l'accès progressif au genre en français, voir la fiche linguistique du chapitre 12.

Morphologie de la pronominalisation

Y et EN

— Tu vas à Paris ?

— Oui, j’y vais

— Tu viens de Paris ?

— Oui, j’en viens.

— Tu tiens à ton livre ?

—Oui, j'y tiens.

— Tu veux de la viande ?

— Oui, j'en veux.

Morphologie de la dérivation

Dérivations nominales courantes :

vendre, vendeur, vendeuse

épice, épicier, épicerie

Dérivations verbales productives :

inversif : lacer / délacer ; emballer / déballer

itératif : faire / refaire

prendre / reprendre

3. Phonologie syntagmatique

Processus réguliers de troncation :

du verbe (partons - par(t)s)

de l'adjectif (bonne - bon)

Verbe. Il s'agit là de processus réguliers affectant un grand nombre de verbes. La forme radicale qui se présente pleine à l'imparfait, et aux formes plurielles du présent, est tronquée au singulier du présent.

je partais / nous partons

je voulais / nous voulons

Je veux

Adjectif. Il s'agit d'un phénomène semblable au précédent : la forme de l'adjectif au féminin comporte une consonne qui disparaît au masculin.

bonne / bon

délicate / délicat

rousse / roux

Phonologie paradigmatique

Connaissance des phonèmes les plus largement employés.

Pour les consonnes, on veillera surtout à leur bonne articulation au début du mot : on n'insistera pas, dans un premier temps sur les confusions de constrictives :

Exemples : ruse / Russe, cache / cage

Composante écrite

le système de l'écrit : mots signaux, titres de journaux, utilisation des dominos, découpage en syllabes. . .

Voir chapitre 15.


TABLEAU GENERAL

STADE LANGUE ECRITE ET LUE 1

PREMIER PALIER

40 heures

RAPPEL DU STADE PRECEDENT

DEUXIEME

PALIER

40 heures

Oral
Ecrit
Syntaxe
Morphologie
Phonologie
 

Transformations

Syntaxe des adverbes et quantification des noms

Concordance des temps

Groupe verbal

Verbes irréguliers courants

Groupe nominal

Le genre des noms

L'ensemble des oppositions phonématiques

L'intonation

Connaissance des principaux graphèmes

Lecture des titres de journaux

Phrases simples

etc.

(voir ch. 16)

TROISIEME

PALIER

40 heures

Subordination généralisée

Discours indirect

Les dérivations

Pronominalisation

L'ensemble des usages de Y et EN

 

DEUXIEME STADE :

LANGUE ECRITE ET LUE 1

Durée : 120 heures

Groupes : mixtes, mais composés de personnes ayant la même langue d'origine.

Publics : - issus du stade « langue parlée» (public de base) ;

- se greffent ici les Ibériques et les Yougos­laves qui, faiblement scolarisés en leur langue, résident dans le pays de production depuis plus d'un an.

STADE LANCUE ECRITE ET LUE 1

PREMIER PALIER :

DE 0 À 40 HEURES

Rappel du stade précédent

STADE LANGUE ECRITE ET LUE 1 :

DEUXIEME PALIER :

DE 40 A 80 HEURES

Composante orale

1. Syntaxe

Compréhension et utilisation d'un certain nombre de variantes syntaxiques : l'interrogative générale, par exemple, peut avoir trois expression en français :

il vient ? vient-il ? est-ce qu'il vient ?

Accès à la syntaxe de l'argumentation par l'usage de :

donc, ainsi, selon, par conséquent, c'est pourquoi, etc.

Usage des quantificateurs :

certains, beaucoup, la plupart, aucun, etc.

2. Morphologie

- du verbe : connaissance des séries mineures dans la flexion des verbes les plus courants, du type :

pouvoir / j'ai pu

et des cas uniques, comme :

je vois / je verrai

je sais / que je sache

- du groupe nominal : maniement courant du genre pour les substantifs de la langue quoti­dienne. Usage de l'accord sans hésitation (donc apprentissage du genre arbitraire des principaux suffixes nominaux).

Suffixes masculins

age : lavage

ain : Marocain

aire : propriétaire

ais : Français

an : Musulman

eau : chevreau

Suffixes féminins

Aille : ferraille

aine : Marocaine

aise : Française

aison, ssion : salaison profession

tion, xion : réflexion administration action

ane : Musulmane elle : parcelle

ée : pelletée

et : ruisselet

eur, ateur : danseur navigateur

er, ier : boucher épicier

eux: peureux

if : vif

in : alpin

ois : Niçois

erie : étourderie

esse : doctoresse

elle: chaînette

euse : danseuse

ère, ière : bouchère

épicière

euse : peureuse

ive : vive

ine : alpine

oise : Niçoise

3. Phonologie syntagmatique

Maniement suffisant des différents schémas intonatoires du français, fluidité dans l'élocution.

Lecture et écriture

1. Syntaxe de l'écrit

Lecture de phrases formées :

d'une seule proposition

d'une locution propositionnelle (ex. : je veux qu'il me paie; il faut qu'il s'en aille)

Lecture des titres de journaux.

2. Paradigmatique de l'écrit

Connaissance des graphèmes les plus courants

- Graphèmes servant à transcrire un son:

a ; e, é, è ; i ; o; u ; eu ; ou ; an ; en ; in ; ain ; on ; un ; oi ; oin ; i (fier) ; p ; b ; t ; d ; c ; qu ; g ; gu ; (gai, gui) ; f; v; s ; ss (soir, mousse) ; s (raisin) ; x ; ch ; j ; g, ge (givre, manger) ; l ; r ; m; n; gn;

(Notons qu'à ce stade on ne travaille pas les consonnes doubles)

- Graphèmes « grammaticaux»

le e du féminin

le s du pluriel

les terminaisons verbales les plus courantes (t : il partent : ils mangent).

STADE LANGUE ECRITE ET LUE 1 :

TROISIÈME PALIER : DE 80 À 120 HEURES

Composante orale

1. Syntaxe

- Subordination généralisée et usage d'une certaine concordance des temps du type :

Je savais qu'il viendrait

Quand j'avais fini ma journée je prenais le métro

Quand j'aurai fait assez d'économies je repar­tirai peut-être

- Usage satisfaisant des adverbes comme:

Il viendra encore

Il n'est pas encore venu

- Discours indirect :

Il ne m'a pas dit qu'il viendrait

Il m'a dit qu'il était allé voir un ami

Il avait dit qu'il apporterait un journal

etc.

2. Morphologie

- Dérivation verbo-nominale :

Connaissance d'un certain nombre de déri­vations :

blanc / blanchir

fonction / fonctionner

- Dérivation adverbiale :

les types : chaud / chaudement

entrer / en entrant

3. Phonologie

- Rappel de la phonologie syntaxique et para­digmatique

- Réussite de l'autocorrection phonologique d'une manière habituelle.

Lecture et écriture

1. Syntaxe de l'écrit

- Applications écrites comportant : un bon cadrage de la feuille, un maniement suffisamment souple de l'instrument (bic, crayon), une application minimale du code social (usage de la majuscule, passage à la ligne, endroit de la signature, etc.).

2. Paradigmatique de l’écrit

- Connaissance de la liaison entre les graphes et les sons chaque fois qu'elle n'est pas aléatoire; connaissance des variantes les plus utilisées (ex. : s ou c (i, e) ou ç).

- Connaissance du principal écart entre la phonie et la graphie du français, qui consiste en ce que la graphie rétablit souvent (mais parfois avec fantaisie) la finale habituellement tronquée dans la langue orale.

- Applications écrites comportant : une bonne expression de chaque graphe, une bonne liaison des graphes entre eux, une bonne séparation des mots.


3e STADE : LANGUE ÉCRITE ET LUE 2

Durée

: 120 heures. La présentation que nous faisons ici de ce stade se limite à la description des publics. Pour le reste, on peut se reporter au chapitre 17, qui lui est entièrement consacré.

Publics : Issus du stade « langue écrite et lue 1 ».

- Se greffent ici les Ibériques et les Yougos­laves ayant terminé la scolarisation primaire en langue maternelle et depuis quelque quatre ans dans le pays de production. Lisent en français les journaux et parviennent à écrire même, sans réaliser les écarts entre phonème et graphie.

- Les exceptions d'ordre individuel dues à l'âge, au sexe et donc à l'histoire personnelle, sont toutefois nombreuses, les facteurs énumérés peuvent tout aussi bien retarder l'apprentissage au lieu de le favoriser.

Groupes : mixtes et composés de plusieurs nationalités et langues d'origine. Il faut noter que c'est à ce stade qu'il est opportun de mélanger les travailleurs car les bases linguis­tiques sont acquises (cf. stade précédent).

Il faut noter toutefois que les Ibériques, ayant d'un point de vue purement quantitatif moins d'années de scolarisation que des Maliens, éventuellement élèves depuis plusieurs années de l'Alliance française à Paris, peuvent obtenir des meilleurs résultats que ces derniers à cause d'une plus grande familiarité avec une « civilisation écrite» ; et ceci à l'intérieur d'un même groupe préalablement homogénéisé par des épreuves d'entrée.