|
2.0. INTRODUCTION
Nous avons tenté précédemment
de décrire la "nécessité hétérogène"
du cours d'alphabétisation ; il importe à présent
d'en présenter la grille générale - avant
d'en développer la démarche pédagogique.
2.1. DÉFINITION DES PUBLICS
Il n'existe pas un public scolaire
type d'étrangers. Il n'existe pas non plus une demande
type du travailleur étranger vis-à-vis de l'institution
scolaire. Le passé individuel et collectif des étrangers,
leur nationalité [1], leur temps de résidence
en France, leur degré de scolarisation éventuelle,
le lieu et la nature du travail qu'ils effectuent, et bien entendu
la politique de formation des entreprises [2] sont autant d'éléments
qui prédéterminent toute mise en place d'un cursus
scolaire. Si la présentation classique des divers cycles
de formation retient théoriquement quatre niveaux ordonnés
selon un critère de progression scolaire (l'acquisition
de la langue). On constate dans la pratique que les publics
attachés à chacun de ces cycles sont largement
différenciés [3] :
|
1. Il est
patent que les travailleurs africains sont systématiquement
assignés à certains secteurs de la production
(travaux publics et main-d'uvre volante de très
basse qualification) alors que les étrangers d'origine
européenne sont plus facilement intégrés
dans l'industrie et les services, et amenés de
ce fait à. accéder plus facilement à
une qualification et à une promotion professionnelle.
2. Dans le
cadre de la formation permanente, les entreprises constituent
généralement deux sortes de contingents
d'étrangers à alphabétiser :
- le premier
groupe est constitué de nouveaux venus ou d'anciens
résidents très peu qualifiés. Ils
sont conviés à une alphabétisation
élémentaire visant de fait à faciliter
leur intégration à leur poste de travail
;
- le deuxième groupe est constitué d'un
ensemble hétérogène d'étrangers
installés depuis longtemps dans le pays de production
et engagés à l'intérieur de l'entreprise
dans un processus de relative qualification. Ils sont
conviés à parfaire leur apprentissage linguistique
dans la perspective d'une préformation professionnelle
ou d'une " récompense " à leur
docilité.
3. On constate qu'existent des paliers de stabilisation
qui paraissent actuellement infranchissables, pour certains
étrangers en France depuis vingt ans et dont les
acquisitions nouvelles sont désormais nulles. A
ce propos on peut penser - mais il faudrait l'expérimenter
- que si le fait de lire et d'écrire leur permettait
de prendre des décisions au niveau de la production,
de la vie sociale et politique, ils auraient des raisons
d'apprendre, malgré l'âge et le passé
(cf. annexe 4).
|
Le stade " langue parlée " réunit
essentiellement des travailleurs d'origine africaine, mal familiarisés
avec le système linguistique et culturel français,
assignés professionnellement à des emplois peu
qualifiés et instables ;
Le stade " langue écrite et lue 1 "
réunit, à durée de séjour égale,
une majorité d'étrangers d'origine européenne.
Leur plus grande proximité à la société
industrielle, le plus faible degré d'exclusion dont il
sont les victimes et le fait qu'ils ont souvent été
scolarisés dans leur langue maternelle leur permettent
une familiarisation plus rapide avec l'univers linguistique
et culturel de la société de résidence
;
Le stade " langue écrite et lue 2 "
(ainsi que le stade " mobilité sociale et professionnelle
") réunit des étrangers des deux groupes,
avec une prépondérance d'Européens, qui
sont largement intégrés au monde culturel et économique
de la société industrielle.
Ce tableau souffre de notables exceptions individuelles et locales
; son sens général nous pousse cependant à
constater l'existence de plusieurs filières, de plusieurs
étapes de formation disjointes à la fois du fait
des entreprises et du fait de l'hétérogénéité
du public.
Si nous tentons de constituer - à défaut d'une
progression proprement scolaire - un continuum en liant ces
trois cycles dans une suite temporelle, la pratique nous montre
qu'il est très rare qu'un public d'étrangers en
parcoure successivement l'ensemble.
|
Une typologie
consacre un appauvrissement du réel, elle n'est
qu'un calque du système scolaire occidental,
de sa logique interne, à laquelle, que nous le
voulions ou non, nous plions les étrangers. Méthodologiquement,
elle est imparfaite :
- les transitions
entre les types décrits sont innombrables ; les
groupes réels ne sont pas statiques ;
- l'apprentissage est un phénomène global
qui n'évolue pas d'une façon linéaire,
alors qu'une progression met en valeur uniquement la
temporalité (par ex. de 0 à 120 heures).
Dans des cours basés sur la discussion, phénomène
global, une typologie apparaît comme une réduction,
exprimée dans le langage dominant, pour faciliter
la compréhension entre les institutions qui emploient
les enseignants. C'est dans ces limites qu'elle est
proposée ici.
Que les
étrangers soient souvent consentants, mais non
toujours, et que les animateurs aient la possibilité
de critiquer cette situation est une autre question.
|
2.2.
STADES D'APPRENTISSAGE ET SEUILS
L'ensemble de ces remarques nous
incite à décrire une grille de progression grammaticale
souple qui serve de repère à l'animateur et
se prête à la réflexion et à la
recherche plus qu'à une application mécanique.
[4] Le tableau général de progression présenté
ci-après ne se veut donc pas exhaustif. Il propose
à l'enseignant un cadre de travail et une couverture
grammaticale utilisables spécifiquement pour les deux
premiers stades d'apprentissage et globalement pour le troisième.
Comme on peut le voir, les stades
ne se suivent pas mais ils se chevauchent : le seuil de sortie
visé dans le deuxième palier du stade "
langue parlée " est aussi la matière du
premier palier du stade suivant; de même pour "
langue écrite et lue 2 ".
Ces recouvrements sont indispensables, soit parce que le seuil
d'entrée de chaque travailleur est très variable,
même après que les groupes ont été
homogénéisés, soit parce qu'il est nécessaire
de créer un acquis de groupe à partir d'une
plate-forme commune : le résultat est que, malgré
les contraintes inhérentes à un enseignement
de groupe, il est possible d'avoir une grande flexibilité
individuelle pendant les 40 premières heures des deux
stades qui suivent " langue parlée ".
Ce n'est donc pas un hasard si en réalité les
deux tiers du livre sont consacrés à celui-ci.
Il s'agit de mettre en place les éléments qui
rendent possible le stade " langue écrite et lue
1 " et qui permettent de reconnaître les caractéristiques
spécifiques des étrangers qui sont inscrits
d'emblée dans le stade " langue écrite
et lue 2".
Il s'agit de stades et non de niveaux, comme on dit habituellement.
Un stade est une période, définie par un seuil
d'entrée et un seuil de sortie. A l'intérieur
d'un stade, nous concevons arbitrairement deux ou trois paliers
indiquant le travail à effectuer.
|
4. C'est dans
la relation de l'étranger à la symbolique
de l'univers culturel de la société de production
que nous chercherons un principe pédagogique unificateur
plutôt que dans une progression grammaticale dont
le caractère exclusif serait l'usage délié
de la langue. Dans cette perspective,
ce que nous essayons de laisser émerger, c'est
l'expérience implicite que possède létranger
à travers son vécu quotidien de l"
espace français ". Si cela ne peut se faire
qu'à travers la langue, son acquisition n'en devient
pas pour autant un but en soi. Décrire l «
espace français » n'est pas ici un jeu de
langue, c'est l'expression d'un vécu. Notre
référence théorique principale tendrait
à se situer au niveau de l'analyse du discours
s'il existait dès à présent une typologie
systématique de la parole en situation. Cette recherche
étant balbutiante, nous tenterons d'en expliciter
les hypothèses et nous décrirons pour le
reste une grille grammaticale sommaire qui pourra servir
de repère à lanimateur.
|
De fait, à chaque stade ou
palier toute la langue est en jeu (c'est-à-dire tous
les niveaux linguistiques et toutes les fonctions), mais la
« complexité » relative des énoncés
s'accroît en même temps que les interventions de
l'animateur se font de plus en plus précises, techniquement,
d'un stade à l'autre. On peut ici penser à une
série de filets de même dimension mais aux mailles
de plus en plus fines.
Il s'agit, à chaque stade
ou palier, d'extraire, des performances nombreuses présentées
par la discussion, celles qui relèvent des exigences
du seuil de sortie de ce niveau, de les faire reformuler ou
renforcer, et ce tout au long du cycle de formation. Le tableau
suivant a donc pour fonction de ramener l'animateur à
la réalité, c'est-à-dire à sa situation
d'enseignant face à des gens qui viennent apprendre le
français.
Il faudra que l'animateur se rappelle que :
la démarche est globale: elle ne va pas du plus simple
au plus complexe, mais part du discours des étrangers
pour traiter les difficultés à mesure qu'elles
se présentent en dissociant, souvent, l'oral et l'écrit.
il n'y a pas de progression pédagogique,
mais une série de questions à traiter, qu i seront
plus précises, mais toujours d'ordre général,
au fur et à mesure que le temps passera, et que leur
discours se dénouera.
Les seuils de sortie et leurs paliers
sont pour l'animateur un rappel des éléments syntaxiques
et autres qu'il doit :
reconnaître, lors de leur apparition dans les discussions,
trier, en fonction de leur distribution en paliers,
susciter, s'ils n'apparaissent pas.
TABLEAU ANALYTIQUE
TABLEAU GENERAL
STADE LANGUE PARLEE
|
| |
Oral
|
Ecrit
|
| |
Syntaxe
|
Morphologie
|
Phonologie
|
|
|
PREMIER PALIER
60 heures
|
Propositions
simples
Affirmation,
négation,
interrogation,
|
Groupe verbal
Présent
Passé composé
Passé immédiat
Futur immédiat
Impératif
Groupe nominal
Les modalités du nom
Pronoms
Sujets et objets
Prépositions
et adverbes
les plus courants
|
Liaisons
sujet-verbe
nom-adjectif
Les principales
oppositions
vocaliques
|
L'espace de l'écrit
Mise en page
Eléments componibles
Planches modèles
(voir ch. 14)
|
|
DEUXIEME PALIER:
60 heures
|
Phrases complexes
Les subordonnées
- conjonctives
- infinitives
Expression de l'emphase
C'est... que...
Eventualité
Si...
|
Groupe verbal
Subjonctif présent
futur
infinitif
Groupe nominal
Les suffixes de base
Pronominalisation
Les emplois courants de Y et EN
|
Troncation des adjectifs et des adverbes
Les principales oppositions consonantiques
|
Le système de l'écrit
- mots signaux
- textes de journaux
- utilisation des dominos
(voir ch. 15)
|
1er STADE : LANGUE PARLEE
Durée: 120 heures
Publics : travailleurs récemment
arrivés qui ne comprennent guère ou pas du tout
le français, généralement non scolarisés
en leur langue, Maghrébins, Africains noirs, non scolarisés
en leur langue, Ibériques, non scolarisés en leur
langue, Turcs, généralement scolarisés
en leur langue mais totalement ignorants de la France et des
Français.
Groupes : mixtes, mais composés
de personnes ayant la même langue d'origine.
STADE LANGUE PARLEE :
PREMIER PALIER : DE 0 À 60 HEURES
Composante orale
1. Syntaxe
Dans un premier temps les phrases sont réduites à
une seule proposition, verbale ou nominale :
J'aime la chaleur.
Quel type ! Un café ! Une bière !
assertive :
Ma belle-mère est supportable.
J'ai raté mon train.
évaluative :
Je pourrais faire ça.
Il est peut-être absent.
injonctive :
Viens !
La porte !
Là-bas !
interrogative (suivie de la réponse) :
C'est quand ? Demain.
Pourquoi tu ne viens pas ? J'ai de la fièvre.
Le bus va rue de Vaugirard ?
présentative :
Voilà mon opinion.
Identificative :
C'est eux !
C'est lui mon cousin.
Ca, cest pas clair.
utilisation de la mise en relief :
Ce type, il est vraiment drôle !
Cette femme, elle est vraiment belle !
N. B. : Toutes ces phrases seront employées aux formes
affirmative et négative (si elles se prêtent à
cette transformation).
2. Morphologie
Morphologie du verbe
Toutes les formes verbales des propositions
ci-dessus, exigées par le contenu syntaxique qui vient
d'être défini. Cela à toutes les personnes,
y compris « on » (présent, passé composé
et immédiat, futur immédiat, impératif)
en commençant par et en insistant sur JE / TU.
Morphologie du groupe nominal
sujet
Usage satisfaisant des différentes
modalités nominales (articles définis et indéfinis,
adjectifs démonstratifs simples, adjectifs possessifs).
un chien, indéfini
le chien, défini
ce chien, démonstratif
(mon chien, possessif)
Veiller à l'accord entre
le substantif, la modalité qui l'accompagne, l'adjectif
(courant) qui le suit et le possessif.
Morphologie du groupe nominal objet
Voir ci-dessus le sujet, mais avec des restrictions sur l'apparition
de certaines modalités (ne pas traiter par exemple d'une
manière systématique la transformation négative
« j'ai des chiens je n'ai pas de chiens »).
Morphologie de la pronominalisation
personnes verbales comme sujet : « je-tu »
personnes verbales comme objet direct :
« je le vois » objet direct
« je lui parle » objet indirect
éviter la double pronominalisation :
« je le lui donne »
pronominalisation du complété, possessif ;
pronominalisation du complétant ;
« J'utilise sa voiture »
« J'utilise celle de Paul »
Morphologie du circonstant
Expression des différentes prépositions et locutions
prépositives avec une bonne connaissance de la valeur
sémantique la plus courante : « à, de, avant,
devant, derrière, après, depuis, autour de, entre,
à côté de, avec, sans, sur, sous, au-dessus
de, pour et par. . . »
3. Phonologie
Phonologie syntagmatique
Règles de liaisons obligatoires entre le numéral
et le nominal
« six-enfants, trois-années »
Liaisons entre pronom sujet et verbe:
« ils-ont, nous-allons ».
Phonologie paradigmatique
Réalisation suffisante, à l'incitation de l'animateur,
des phonèmes vocaliques d'utilisation fréquente
;
Pour les voyelles, on se fixera l'acquisition du système
suivant :
On ne travaillera pas les oppositions :
j'irai / j'irais
peu / peur
pôle / Paul
et encore moins l'opposition : pâte / patte
Nasales :
(pain) / (pont) / (dans)
On ne travaillera pas l'opposition :
brin / brun
Composante écrite : l'espace de l'écrit
1. Initiation à l'espace de la feuille, de l'ardoise,
du tableau (cf. chapitre 14).
2. Sériation par les éléments componibles,
(cf. chapitre 14).
3. Planches modèles pour la préparation à
l'écriture, (cf. chapitre 14).
STADE LANGUE PARLEE
DEUXIÈME PALIER
DE 60 À 120 HEURES
Composante orale
1. Syntaxe
A : Phrases complexes
Introduire, au présent, les subordonnées conjonctives
ou infinitives commandées par un verbe principal de volonté
: "Je veux que tu ailles..."
Il va falloir partir...
Je veux partir. »
B : Exclamatives simples : « Qu'est-ce je suis bien !
Quelle tête il fait! Quel sale type ! »
C : L'emphase du sujet : C'est moi qui parle ! C'est pas Jacques
qui est venu !
du complément : Ce film, Pedro l'a vu ! C'est les
cerises que je veux ! C'est ici que je l'ai vu ! C'est avec
le patron que je veux parler !
D : Axe des temps et des aspects :
- Futur simple (je viendrai) ou « proche » (je
vais venir).
- Expression de l'éventualité : « S'il
pleut je ne sors pas » et « je ne sortirai pas »
« Si je gagnais au tiercé je rentrerais ».
2. Morphologie
Morphologie du verbe
Toutes les transformations verbales exigées par le contenu
syntaxique qui vient d'être défini (imparfait,
subjonctif présent, infinitif, conditionnel présent,
en veillant à des formules comme « il faudrait
» « je voudrais. . . »).
Morphologie du nom
Régularités qui permettent de prédire
le genre.
Sur l'accès progressif au genre en français,
voir la fiche linguistique du chapitre 12.
Morphologie de la pronominalisation
Y et EN
Tu vas à Paris ?
Oui, jy vais
Tu viens de Paris ?
Oui, jen viens.
Tu tiens à ton livre ?
Oui, j'y tiens.
Tu veux de la viande ?
Oui, j'en veux.
Morphologie de la dérivation
Dérivations nominales courantes :
vendre, vendeur, vendeuse
épice, épicier, épicerie
Dérivations verbales productives :
inversif : lacer / délacer ; emballer / déballer
itératif : faire / refaire
prendre / reprendre
3. Phonologie syntagmatique
Processus réguliers de troncation :
du verbe (partons - par(t)s)
de l'adjectif (bonne - bon)
Verbe. Il s'agit là de processus réguliers affectant
un grand nombre de verbes. La forme radicale qui se présente
pleine à l'imparfait, et aux formes plurielles du présent,
est tronquée au singulier du présent.
je partais / nous partons
je voulais / nous voulons
Je veux
Adjectif. Il s'agit d'un phénomène semblable
au précédent : la forme de l'adjectif au féminin
comporte une consonne qui disparaît au masculin.
bonne / bon
délicate / délicat
rousse / roux
Phonologie paradigmatique
Connaissance des phonèmes les plus largement employés.
Pour les consonnes, on veillera surtout à leur bonne
articulation au début du mot : on n'insistera pas, dans
un premier temps sur les confusions de constrictives :
Exemples : ruse / Russe, cache / cage
Composante écrite
le système de l'écrit : mots signaux, titres
de journaux, utilisation des dominos, découpage en syllabes.
. .
Voir chapitre 15.
TABLEAU GENERAL
STADE LANGUE ECRITE ET LUE 1
|
|
PREMIER PALIER
40 heures
|
RAPPEL DU STADE PRECEDENT
|
|
DEUXIEME
PALIER
40 heures
|
Oral
|
Ecrit
|
|
Syntaxe
|
Morphologie
|
Phonologie
|
|
|
Transformations
Syntaxe des adverbes et quantification des noms
Concordance des temps
|
Groupe verbal
Verbes irréguliers courants
Groupe nominal
Le genre des noms
|
L'ensemble des oppositions phonématiques
L'intonation
|
Connaissance des principaux graphèmes
Lecture des titres de journaux
Phrases simples
etc.
(voir ch. 16)
|
|
TROISIEME
PALIER
40 heures
|
Subordination généralisée
Discours indirect
|
Les dérivations
Pronominalisation
L'ensemble des usages de Y et EN
|
DEUXIEME STADE :
LANGUE ECRITE ET LUE 1
Durée : 120 heures
Groupes : mixtes, mais composés de personnes ayant la
même langue d'origine.
Publics : - issus du stade « langue parlée»
(public de base) ;
- se greffent ici les Ibériques et les Yougoslaves
qui, faiblement scolarisés en leur langue, résident
dans le pays de production depuis plus d'un an.
STADE LANCUE ECRITE ET LUE 1
PREMIER PALIER :
DE 0 À 40 HEURES
Rappel du stade précédent
STADE LANGUE ECRITE ET LUE 1 :
DEUXIEME PALIER :
DE 40 A 80 HEURES
Composante orale
1. Syntaxe
Compréhension et utilisation d'un certain nombre de
variantes syntaxiques : l'interrogative générale,
par exemple, peut avoir trois expression en français
:
il vient ? vient-il ? est-ce qu'il vient ?
Accès à la syntaxe de l'argumentation par l'usage
de :
donc, ainsi, selon, par conséquent, c'est pourquoi,
etc.
Usage des quantificateurs :
certains, beaucoup, la plupart, aucun, etc.
2. Morphologie
- du verbe : connaissance des séries mineures dans la
flexion des verbes les plus courants, du type :
pouvoir / j'ai pu
et des cas uniques, comme :
je vois / je verrai
je sais / que je sache
- du groupe nominal : maniement courant du genre pour les substantifs
de la langue quotidienne. Usage de l'accord sans hésitation
(donc apprentissage du genre arbitraire des principaux suffixes
nominaux).
Suffixes masculins
age : lavage
ain : Marocain
aire : propriétaire
ais : Français
an : Musulman
eau : chevreau
Suffixes féminins
Aille : ferraille
aine : Marocaine
aise : Française
aison, ssion : salaison profession
tion, xion : réflexion administration action
ane : Musulmane elle : parcelle
ée : pelletée
et : ruisselet
eur, ateur : danseur navigateur
er, ier : boucher épicier
eux: peureux
if : vif
in : alpin
ois : Niçois
erie : étourderie
esse : doctoresse
elle: chaînette
euse : danseuse
ère, ière : bouchère
épicière
euse : peureuse
ive : vive
ine : alpine
oise : Niçoise
3. Phonologie syntagmatique
Maniement suffisant des différents schémas intonatoires
du français, fluidité dans l'élocution.
Lecture et écriture
1. Syntaxe de l'écrit
Lecture de phrases formées :
d'une seule proposition
d'une locution propositionnelle (ex. : je veux qu'il me paie;
il faut qu'il s'en aille)
Lecture des titres de journaux.
2. Paradigmatique de l'écrit
Connaissance des graphèmes les plus courants
- Graphèmes servant à transcrire un son:
a ; e, é, è ; i ; o; u ; eu ; ou ; an ; en ;
in ; ain ; on ; un ; oi ; oin ; i (fier) ; p ; b ; t ; d ; c
; qu ; g ; gu ; (gai, gui) ; f; v; s ; ss (soir, mousse) ; s
(raisin) ; x ; ch ; j ; g, ge (givre, manger) ; l ; r ; m; n;
gn;
(Notons qu'à ce stade on ne travaille pas les consonnes
doubles)
- Graphèmes « grammaticaux»
le e du féminin
le s du pluriel
les terminaisons verbales les plus courantes (t : il partent
: ils mangent).
STADE LANGUE ECRITE ET LUE 1 :
TROISIÈME PALIER : DE 80 À 120 HEURES
Composante orale
1. Syntaxe
- Subordination généralisée et usage d'une
certaine concordance des temps du type :
Je savais qu'il viendrait
Quand j'avais fini ma journée je prenais le métro
Quand j'aurai fait assez d'économies je repartirai
peut-être
- Usage satisfaisant des adverbes comme:
Il viendra encore
Il n'est pas encore venu
- Discours indirect :
Il ne m'a pas dit qu'il viendrait
Il m'a dit qu'il était allé voir un ami
Il avait dit qu'il apporterait un journal
etc.
2. Morphologie
- Dérivation verbo-nominale :
Connaissance d'un certain nombre de dérivations
:
blanc / blanchir
fonction / fonctionner
- Dérivation adverbiale :
les types : chaud / chaudement
entrer / en entrant
3. Phonologie
- Rappel de la phonologie syntaxique et paradigmatique
- Réussite de l'autocorrection phonologique d'une manière
habituelle.
Lecture et écriture
1. Syntaxe de l'écrit
- Applications écrites comportant : un bon cadrage de
la feuille, un maniement suffisamment souple de l'instrument
(bic, crayon), une application minimale du code social (usage
de la majuscule, passage à la ligne, endroit de la signature,
etc.).
2. Paradigmatique de lécrit
- Connaissance de la liaison entre
les graphes et les sons chaque fois qu'elle n'est pas aléatoire;
connaissance des variantes les plus utilisées (ex. :
s ou c (i, e) ou ç).
- Connaissance du principal écart
entre la phonie et la graphie du français, qui consiste
en ce que la graphie rétablit souvent (mais parfois avec
fantaisie) la finale habituellement tronquée dans la
langue orale.
- Applications écrites comportant
: une bonne expression de chaque graphe, une bonne liaison des
graphes entre eux, une bonne séparation des mots.
3e STADE : LANGUE ÉCRITE ET
LUE 2
Durée
: 120 heures. La présentation
que nous faisons ici de ce stade se limite à la description
des publics. Pour le reste, on peut se reporter au chapitre
17, qui lui est entièrement consacré.
Publics : Issus du stade « langue écrite
et lue 1 ».
- Se greffent ici les Ibériques
et les Yougoslaves ayant terminé la scolarisation
primaire en langue maternelle et depuis quelque quatre ans dans
le pays de production. Lisent en français les journaux
et parviennent à écrire même, sans réaliser
les écarts entre phonème et graphie.
- Les exceptions d'ordre individuel
dues à l'âge, au sexe et donc à l'histoire
personnelle, sont toutefois nombreuses, les facteurs énumérés
peuvent tout aussi bien retarder l'apprentissage au lieu de
le favoriser.
Groupes : mixtes et composés
de plusieurs nationalités et langues d'origine. Il faut
noter que c'est à ce stade qu'il est opportun de mélanger
les travailleurs car les bases linguistiques sont acquises
(cf. stade précédent).
Il faut noter toutefois que les Ibériques, ayant d'un
point de vue purement quantitatif moins d'années de scolarisation
que des Maliens, éventuellement élèves
depuis plusieurs années de l'Alliance française
à Paris, peuvent obtenir des meilleurs résultats
que ces derniers à cause d'une plus grande familiarité
avec une « civilisation écrite» ; et ceci
à l'intérieur d'un même groupe préalablement
homogénéisé par des épreuves d'entrée.
|