|
(Brouhaha
en portugais sur un problème de travail.)
+/ A. Alors,
on laisse ce problème de côté, si
vous voulez bien, on ne peut pas l'arranger ici. Bien...
on va parler d'autre chose, vous voulez bien ? 1
P. Oui. C'est
mieux.
o/A. C'est
mieux ? Qu'est-ce que vous en pensez ? (en indiquant les
photos) (silence, cigarettes) 2
M.L. C'est
une fille qui ramasse du raisin.
a/A. Pardon
? 3
M.L. C'est
une fille qui en train de cueillir du raisin, il me semble
... 4
o/A. Oui.
(silence)
a/A. en train
de cueillir du raisin, oui. . .
N. ...qu'elle
a dans le tablier. . .
L. qu'elle
a choisi... (L. est bègue, cela est extrêmement
important, car sa position dans le groupe oscille entre
le " boute-en-train " et le " boulet "
qu'il faut prendre en charge. Ses rapports avec les autres
sont excellents.)
o/A. Elle...
L. Elle choisit.
. .
M.L. C'est
pour cueillir... 5
M.L. Là-haut,
c'est pas pareil. . .
N. C'est des
escargots.
a/A. C'est
des escargots ? 6
M.L. Oui,
se dirait bien, se dirait que c'est des escargots. . .
o/A. (mimique????)
7
M.L. Se dirait,
c'est pas ça ?
o/A. Oui ??
(encourageant ; coup d'œil interrogatif vers les autres,
silence)
x/A. On dirait
des escargots 8.( répète à
voix basse)
On dirait
des escargots 9.
L. Alors,
Lea, tu parles rien aujourd'hui ?
a/A. Oui ils
sont en train de 10...
a/A. Ou 'est-ce
que vous disiez tout à l'heure ?
a/A. Ou'est.ce
qu'ils font avec ces escargots 11 ?
P. Je crois
pas que c'est des escargots.
M.L. Il faut
choisir les qui sont bons.
x/A. Il faut
choisir ceux qui sont bons l2.
M.L. (répète spontanément)
N. (répète moins fort)
L. Et oui, il faut bien choisir ceux
qui sont bons (silence)
x/A. Alors les femmes choisissent ceux
qui sont bons l3 . .
(silence)
+/A. C'est un travail difficile l4
? (silence)
+/A. Regardez la femme brune.
N. Elle est contente.
L. Avec son mari elle parle.
a/A. Son mari ?
L.M. Oui je crois, peut-être.
a/A. Oui...
L. Et la grand.mère? (silence)
a/A. Oui.
A. Ils sont en train de se raconter des
histoires.
G. Ils parlent des affaires. . .
a/A. Ils parlent des affaires. . .
M.L. Je crois que la vieille c'est vendeuse.
x/A. Oui, je crois que la vieille est
vendeuse 15
M.L. Oui, la vieille est vendeuse
l6 .
+/A. Et le commerce est bon ?
L. Oui, la vieille est vendeuse et le
commerce est bon.
M.L. La vieille
est vendeuse, il y a des lettres sur la charrette (chiffres
d'immatriculation) 17.
+/ A. Alors
ils sont en train de parler des affaires, ça marche
?
G. Oui, ça
a l'air de marcher bien, ils vont au marché faire
le commerce des escargots.
o/A. Hummh...
o/A. Vous
êtes d'accord (1) ?
L. La fille
d'en bas elle me plaisait bien,
+/A. Et celle
d'en haut (2) ?
L. La fille
d'en bas elle me plaisait plus.
x/A. La fille
d'en bas elle me plaît plus l8.
L. (répéte)
x/A. La fille
d'en bas elle me plaît plus que celle d'en haut
(3) + (2).
L. Oui, plus
que celle d'en haut.
x/A. La jeune
fille d'en bas, elle me plaît plus que la vieille
d'en haut (4).
L. Oui (et
il répète l'ensemble).
o/A. Alors
vous préférez celle d'en bas l9 ?
N. (rires)
Il ne ferme pas ses yeux (en parlant de L.).
0/ A. Il
la regarde.
N. Moi, elle
me plaît pas.
x/A. Moi,
elle ne me plaît pas 20
N. Oui, elle
ne me plaît pas.
o/A. Pourquoi
elle ne vous plaît pas ?
N. Bof, c'est
une photo !
+/A. C'est
parce que c'est une photo qu'elle ne vous plaît
pas ?
N. C'est du
papier.
L. Mais elle
est mignonne, hein 21 ?
+/A. Vous
la rencontrez, alors, qu'est-ce que vous allez lui
dire 22 ?
L. Lui dire
bonjour. . .
o/A. (regard
interrogatif)
G. Je vais
lui dire bonjour.
N. Oui je
vais lui dire bonjour et peut-etre qu'après (ironique)
. . .(silence) 23
0/ A. Et peut-être
qu'après. . .
L. Et peut-être
qu'après. . .
G. Je crois
qu'après elle dit quelque chose. . .24
L. Non, c'est
à moi de dire quelque chose.
+/A. Oui,
je comprends ce que vous voulez dire, 1 qu'après
vous allez lui faire un peu la cour 25 ?
L. Oui, lui
faire un peu la cour.
N. Oui, j'ai
envie de lui faire la cour moi aussi.
o/A. Alors
il dit bonjour et . . .
M.L. Il lui
dit bonjour et peut-être qu'après il lui
fait la cour.
L. (répéte)
Je lui dis bonjour (etc.) 26.
G. C'est pour
ça qu'elle fait une tête comme ça
. . .
L. Je trouve
que c'est très joli, que ça fait un caractère
très joli.
x/A. Oui,
elle a une jolie expression.
N. Expression.
. .
x/A. Une jolie
expression du visage.
L. Oui, elle
a une jolie expression du visage.
o/A. Oui,
madame P . ..
P. Oui, moi
aussi je trouve qu'elle a une jolie ex pression du visage
27.
L. Il y a
par exemple des femmes ou des mademoiselles que je trouve
sur le trottoir comme ça, c'est pas la peine quelque
chose parce que c'est déjà fâché.
1/A. Oui,
il y a des femmes ou des (1) demoiselles, que vous (2)
croisez sur le trottoir. . .
L. Oui, quand
je croise des femmes ou des. . . (il s'arrête)
x/A des demoiselles,
c'est pas la peine de dire (3) quelque chose
3 parce qu'elles
(4) sont déjà fâchées.
x/A. (reprend
toute la phrase)
L. (répète
lentement) 28
+/A. Et alors,
cette fille qu'est-ce qu'elle fait dans la vie ? 29
G. Elle travaille
la ferme.
o/A. Mhh!
(interrogatif) 30
P. Elle travaille
à la ferme, je crois.
x/A. Oui,
elle travaille à la ferme.
G. Elle travaille
à la ferme et elle a un bel regard.
o/A. (mimique
interloquée)
G. Son regard
il est bon, quoi.
x/A. Oui,
elle a un regard bon.
G. Oui, je
trouve qu'elle a un bon rega rd 31.
N. Elle a
un regard bon, c'est content quoi.
o/A. (mimique)
G. Oui, elle
est contente.
N. Oui, c'est
ça, elle est contente 32.
G. Et pourtant
on dirait il y a quelque chose qui va pas dans ses yeux.
x/A. (à
M.L.) On dirait qu'il y a quelque chose qui ne va pas,
vous vous souvenez, " on dirait des escargots"
33 ?
M.L. Oui,
c'est pareil, on dirait que ça va pas.
o/A. D'accord,
très bien 34.
P. Moi j'aime bien que les femmes ont
des regards comme ça.
o/A. Oui...
G. J'aime bien quand les femmes ont des
bons regards 35.
P. Oui, j'aime bien quand les femmes
elles ont des bons
regards.
N. Oui, j'aime bien quand les femmes.
. . (etc.)
o/A. Alors elle vous plaît ?
E. Oui, elle regarde quelqu'un.
+/A. Elle regarde quelqu'un qui lui plaît
?
N. Oui, elle regarde quelqu'un qui lui
plaît, oui, c'est ça.
P. Je ne comprends pas.
o/A. Ou'est.ce que vous ne comprenez
pas 36 ?
P. Ou'est-ce qu'il y a dans ses yeux.
. .
0/ A. Allez.y, essayez.
P. Je sais bien, mais pour expliquer.
. .
G. Elle regarde le photographe, c'est
tout.
L. Je crois qu'elle a un regard d'appel.
P. Oui, c'est ça, c'est amoureux.
+/A. Ou'est-ce qui est amoureux, la fille
ou le regard ?
P. C'est la fille (etc.).
o/A. Oui,
elle a un regard d'appel, elle est peut-être amoureuse.
M.L. Oui,
on dirait qu'elle est amoureuse.
o/A. C'est
ça, et c'est très bien dit, on dirait qu'elle
est amoureuse 37.
G. C'est normal,
quand on fait une photo on fait une jolie figure. .
|
|
1 Le
vécu antérieur du groupe permet ce type
d'intervention. L'animateur ne pensait pas souhaitable
de revenir sur une question qui avait déjà
été à la base d'une longue discussion
sur les relations entre le contremaître et les ouvriers.
Le ton de l'intervention laisse une ouverture.
2 Le
silence qui suit cette remarque peut passer pour un refus.
Il peut aussi être le signe de la concentration
sur les photos (à ce moment là tous regardaient
les photos). Ce silence peut être parfois long ;
il est souvent difficile de l'accepter et pourtant c'est
dans ce silence coupé de réflexions que
commencent toutes les discussions.
3 La
discussion démarre sur une description ; c'est
une manière pour les étrangers de "
lire " les photos.
4 Ce
genre de transformation est fréquent ; l'animateur
n'ayant pas bien entendu, la reformulation est beaucoup
plus complète puisque les étrangers sont
habitués à ces modifications. En début
de discussion l'animateur intervient peu, il marque à
la fois sa présence intéressée et
son attente.
5 L'animateur
aurait pu ici reprendre en une phrase complète
l'ensemble des éléments énoncés
: " C'est une fille qui est en train de choisir du
raisin, elle le cueille et le met dans son tablier. "
Il ne l'a pas fait pour ne pas privilégier ce caractère
descriptif.
6 Inventaire
d'une autre photo, la première étant reconnue,
mais non épuisée comme on le verra par la
suite : le groupe tourne autour des photos pour s'en imprégner
il faut lui en laisser le temps.
7 Par
la seule mimique l'animateur installe le doute, mais le
groupe ne répond pas à l'interrogation -
soit qu'elle n'ait pas été suffisamment
claire, soit que l'ensemble du groupe ignore la bonne
forme.
8 L'animateur
ne donne la bonne forme qu'après avoir vraiment
sollicité l'autocorrection du groupe.
9 L'intéressée
répète à haute voix et un autre répète
à voix basse. L'animateur aurait dû vérifier
pour tous, et par un rapide tour de table, la bonne forme.
10
L'animateur évince la question en revenant à
ce qui n'a pas déjà été dit,
pour les mêmes raisons que ci-dessus : l'ensemble
du groupe a déjà discuté longuement
du problème de travail de Lea ; continuer serait
ressasser.
11
Trois tentatives pour récupérer l'attention
du groupe qui est réellement préoccupé
par le problème de travail que la seule observation
" tu parles rien aujourd'hui " a suffi à
rappeler.
12
L'animateur donne une correction immédiate, reprise
en tour de table spontané (aucune consigne n'a
été donnée - le code est installé,
il devient rituel). Il faut noter les transformations
internes qui donnent un aspect affirmatif plus que répétitif
au travail didactique : c'est le sens qui prime en rendant
l'exercice très efficace.
13
Le tour de table spontané demande que l'animateur
relance le débat, comme si l'exercice de répétition
continuait silencieusement en chacun.
14
A la lecture la relance paraît lourde, pourtant
dans le contexte oral, tout va très vite. L'intonation
rend infiniment plus explicite tout ce qui se passe autour
de la table : ici, il ne reste que des mots privés
de tout ce qui faisait leur opportunité.
15
Une autre forme de correction importante est la reprise
de ce qui a été dit, mais reformulé
correctement, sans s'attarder à le marquer comme
faux : la fluidité prime sur la lourdeur de l'intervention
didactique traditionnelle.
16
Par mimétisme, M.L. répète la bonne
forme, reprise ensuite par l'animateur en écho.
Cette habitude devient pour lui un automatisme essentiel.
M.L. a répété deux fois cette bonne
forme sans jamais y être invitée. On voit
là apparaître un fonctionnement de groupe
en autonomie, qui est intéressant dans la mesure
où le rapport de dépendance enseignant /
enseigné s'estompe au profit d'une prise en charge
individuelle et motivée des apports de l'enseignant.
17
L'animateur aurait pu croire productif de relancer sur
la charrette, car les membres du groupe ont tous des expériences
du commerce ; en fait la première photo, uniquement
décrite, va réapparaître : mais cette
fois-ci dans l'ordre affectif qui avait été
escamoté par la description précédente.
C'est le résultat de l'attente de l'animateur qui
n'a pas rempli les silences ou les passages à vide
par sa parole.
18
Le va-et-vient de répétitions partielles
et de transformations où l'animateur finit par
redonner une phrase correcte semble se faire tout naturellement,
pourtant il y a dans les reformulations de l'animateur
une esquisse d'organisation :
en (1) remise au présent
en (2) introduction de " celle "
en (3) introduction du comparatif
en (4) transformation de celle pour alléger le
comparatif et le rendre plus intelligible.
19
Relance normale après un exercice de répétition,
les mots sont volontairement changés pour ne pas
entraîner encore une répétition qui
finirait par vider la phrase de son sens.
20
Il est difficile d'ériger en règle, dans
le langage oral, l'utilisation de " ne ", pourtant
chaque fois que l'occasion s'en présente l'animateur
l'utilise, car à l'écrit il faut absolument
la double marque de la négation qui fonctionne
comme une marque sociale.
21
Ce type de réflexion montre bien que l'implication
est refusée, alors que Lea la trouve mignonne et
ne cesse de le répéter, N. refuse de jouer
le jeu, ce qui a pour effet de stimuler Lea à s'expliquer
et à aller plus loin dans cette implication
.22
L'animateur joue aussi le jeu de Lea en permettant cette
relation entre la fille de la photo et lui-même
et par extension le groupe. N. n'est pourtant pas bloqué
puisqu'un peu plus tard il aura l'occasion de parler à
nouveau, mais au niveau descriptif.
23
N. exprime son agressivité à l'égard
de Lea, qu'il considère souvent comme un naïf
: il y a des tensions dans tout groupe, l'animateur le
décèle et en tient le plus grand compte.
24
Cette petite phrase débloque en définitive
la situation ambiguë puisqu'elle permet à
Lea de s'affirmer en continuant de parler.
25
En fait l'animateur a très bien " entendu
" ce qui n'arrive pas à se formuler : il propose
une solution verbale, sur un ton tout à fait neutre.
Il propose une " expression " qui est évidemment
acceptée ; puisqu'elle reste au niveau de la parole
" galante ", l'animateur désaffective
le thème en même temps qu'il lance un tour
de table.
26
L'occasion du tour de table permet encore une fois à
L. de poser comme affirmation de lui-même ce qui
est pour les autres exercices de répétition
de la parole d'un autre.
27
L'animateur introduit un nouveau mot, il aurait pu expliquer
la différence entre expression et caractère.
Si l'occasion se présente, il pourra reparler de
l'expression du visage opposée au caractère
de la personne. Mais le faire maintenant serait tomber
dans le notionnisme, on note sur le cahier pour plus tard
ou pour la séance suivante.
28
Dans ce passage on peut repérer la progression
des difficultés dans la répétition
:
1 ° répétition de l'animateur, correction
(1) et (2) + troncation des groupes de souffle ;
2° répétition de l'animateur, correction
(3)
3° répétition de ['animateur, correction
(4).
Cette phrase est très lourdement affectivée,
l'animateur va tenter d'évincer l'affectif en revenant
à la photo en elle-même, l'étranger
est sans doute frustré d'une explication plus,
longue, mais l'animateur préfère en rester
à ce niveau.
29
Relance " forcée ", certes mais qui continue
dans le même ton que les interventions précédentes.
30
La personne n'arrive pas à se corriger, un autre
membre du groupe y supplée ; le premier locuteur
reprend la bonne forme.
31
Sans incitation expresse, G. reprend la bonne forme et
la répète, car l'animateur a utilisé
le terme en le plaçant différemment dans
la suite des mots. G. peut alors le prendre à son
compte dans sa propre structure.
32
Voilà une reformulation, reprise à son propre
compte par N., qui n'est pas une répétition
de type scolaire, mais une adhésion à la
situation rendue autonome par l'usage de " c'est
ça ". Travail linguistique et participation
sont étroitement imbriqués.
33
La reprise est adressée directement à M.L.
qui avait buté là-dessus au début.
34
Elle reprend à son compte la bonne forme, et l'animateur
insiste pour marquer la performance (tour de table éventuel)
et ne relève pas le manque de " ne "
dans " ça va pas " : une correction à
la fois pour ne pas disperser l'attention.
35
Reformulation par l'animateur et par les étrangers.
Il est difficile de modifier cette structure un peu lourde
" bon regard ", on la garde telle quelle pour
le moment en supposant que l'explication permettra de
trouver une meilleure forme. A la réflexion il
vaudrait mieux, soit ne pas reformuler, soit changer la
phrase (par ex. " les gens qui ont des regards comme
ça ") mais il s'agit d'une transcription de
bande, nous la gardons telle quelle pour montrer qu'une
animation n'est jamais parfaite.
36
En exprimant son incompréhension, P. cherche à
être encouragée. Elle va tenter de dépasser
d'une certaine manière un sujet que les femmes
abordent peu, en parlant d'une autre femme, à savoir
" être amoureuse " !
37
M. L reprend encore une fois la structure "on dirait"
spontanément. L'animateur souligne la performance.
|