|
13.
Les processus d’apprentissage de l'écrit
L'APPRENTISSAGE
DE LA LECTURE
L'ESPACE
Le message
écrit s'organise et se développe dans un espace
clos. Il se livre immédiatement tout entier à
la lecture. Figé sur son support, il laisse au lecteur
la possibilité de choisir lui-même le temps d'attention
qu'il désire lui accorder.
Le lecteur a donc la possibilité d'explorer à
sa façon le message écrit. Qu'il soit confronté
à une photo, une page de journal ou un livre, le lecteur
peut entreprendre de façons diverses la lecture du message
; il peut " revenir sur ses pas ", s'arrêter
plus longuement à certains détails, en ignorer
d'autres, etc.
La lecture est donc un trajet d'exploration à l'intérieur
d'un espace couvert de signes. Le message écrit est soumis
de la part du lecteur à un ou plusieurs découpages.
Le lecteur découpe et ordonne (inconsciemment) les objets
qui lui sont proposés à la lecture. L'interprétation
du message est fonction de la façon dont se réalise
ce double processus.
Si le message offre au lecteur une certaine liberté d'exploration
et d'interprétation, il n'en possède pas moins
une logique interne ; il est le fruit d'un projet de communication
et non le produit du hasard. Indépendamment du contenu
de l'image ou du texte, l'organisation interne des éléments
(la mise en page) est le support d'une tradition culturelle
de représentation de l'espace qui reste généralement
latente mais n'en est pas pour autant inefficiente. Cette organisation
de l'espace de la représentation est le premier obstacle
qui s'oppose à la lecture de l'étranger (voir
chapitre 14, la mise en page, les éléments componibles).
LE SYSTÈME
Par-delà
le moule culturel symbolique où se fondent l'ensemble
des " messages écrits ", il existe une matrice
spécifique du texte, une organisation spécifique
de l'écriture alphabétique (au sens le plus restreint
du terme) qui régit étroitement la lecture.
Envisagé
du point de vue le plus formel, un texte est une succession
linéaire et ordonnée (de gauche à droite
et de haut en bas dans notre écriture) d'une série
de rectangles blancs abstraits où s'inscrivent un petit
nombre d'éléments appelés lettres et signes
de ponctuation.
Du point de
vue du lecteur analphabète, deux types d'unités
sont immédiatement reconnaissables dans un texte (un
titre de journal par exemple) :
LE
PORTUGAL DEVANT LES
URNES
|
- la lettre,
en raison de sa spécificité formelle précédemment
définie, et en fonction de sa fréquence d'usage
(A, E . . .),
- le mot qui
se détache de la masse du texte grâce à
son environnement de carrés blancs.
Hors
de tout apprentissage, un analphabète peut fort bien
mémoriser dans leur spécificité les lettres
qui lui apparaissent le plus souvent, et aussi dans leur globalité
les mots qui constituent pour lui des repères quotidiens
:
mais aussi (éventuellement)
Dans ce
dernier cas, il ne découpe pas le mot en ses éléments,
mais le mémorise globalement, comme un dessin (à
l'exception parfois, voir supra, de ceux de ces éléments
qu'il a souvent l'occasion de rencontrer ailleurs : les voyelles
et les consonnes les plus fréquentes).
En dehors
de ces deux types d'unités, le texte n'est souvent pour
lui qu'une masse confuse et informe.
L'enseignement
traditionnel de la lecture se présente le plus souvent
:
- comme un
exposé exhaustif de tout ce qui entre dans la composition
du texte, réalisant un inventaire indifférencié
de l'ensemble des lettres (l'alphabet), des syllabes, des groupes
consonantiques ou vocaliques figés (GN, 0I, lN, etc.,
voir plus loin) ; l'enseignant en impose à l'élève
une mémorisation non sélective ;
- comme une
lecture linéaire et progressive où chaque élément
doit être déchiffré selon sa place dans
la chaîne écrite.
La lecture
y est donc envisagée à la façon de la construction
d'un château de cartes (ou d'un mur de briques) ; chaque
élément inférieur (antérieur) est
nécessaire à la pose d'un élément
supérieur (postérieur).
Nous préférons,
quant à nous, envisager l'apprentissage de la lecture
comme un déchiffrage par paliers, comme une maturation
globale liée à un ensemble de processus de mémorisation
partielle et de construction d'échafaudages disjoints.
Le point de départ de l'apprentissage doit être
la compétence, même sommaire, de l'étranger
à déchiffrer certains éléments,
et non une progression théorique abstraite.
|
|
Contrairement
à ce qu'il donne immédiatement à
voir, un texte n'est pas une succession d'unités
graphiques fonctionnellement équivalentes,
mais une imbrication à plusieurs niveaux
de micro - et de macro - segments graphiques,
dont chacun développe une certaine autonomie
dans la chaîne écrite.
Le lecteur, contrairement au scripteur, ne lit
pas progressivement le texte qui lui est soumis,
mais le perçoit comme un enchâssement
d'unités. Il lit successivement ou simultanément
à plusieurs niveaux.
L'étranger confronté à un
texte mémorise le plus facilement les séquences
à forte probabilité d'occurrence
indépendamment du sens et de l'organisation
grammaticale du texte. Une séquence à
forte probabilité d'occurrence a tendance
à être lue de façon globale.
Elle se détache du texte comme une tache
d'huile sur un plan d'eau.
IL
A PRIS SON MANTEAU,
SON CHAPEAU ET
SA VALISE ET IL
EST PARTI
Dans
l'exemple précédent les éléments
les plus facilement mémorisés sont
les morphèmes grammaticaux à forte
probabilité d'occurrence.
L'étranger cherchant à déchiffrer
la phrase percevra d'abord ces éléments
de façon globale (sans les épeler),
puis entreprendra la reconnaissance des autres
éléments qui ont plus de chances
de lui être inconnus.
|
|
L'apprenti,
le lecteur, est pour nous comparable au constructeur d'un puzzle
: partant d'un ensemble de pièces disjointes, sans liaison
apparente, il construit peu à peu des groupes autonomes
de quelques éléments et en vient lentement à
dessiner une image globale.
Afin de faciliter
cet apprentissage, l'animateur doit être sans cesse en
mesure :
- d'analyser
la compétence implicite de l'étranger,
- de la lui
rendre explicite,
- de se fonder
sur elle pour l'élargir progressivement à d'autres
éléments de même niveau et à des
unités de niveaux différents.
Les outils
nécessaires à cette démarche seront présentés
plus loin. Nous en proposons cependant dès à présent
un exemple simple (texte encadré).
L'APPRENTISSAGE
DE L'ÉCRITURE
L'ESPACE
L'apprentissage
manuel de l'écriture alphabétique exige deux types
d'acquisition :
- L'acquisition
d'une technique gestuelle spécifique : le maniement du
stylo-bille ;
- la familiarisation
avec un système spécifique d'organisation géométrique
: la linéarité, le jeu de proportions et de symétries
inhérent au système d'écriture alphabétique
ne sont pas des données naturelles mais le produit d'un
certain point de vue culturel sur l'espace.
Les problèmes
liés à la phase d'appropriation manuelle de l'espace
de l'écriture alphabétique sont traités
dans le chapitre 14 (voir en particulier " Préparation
à l'écriture " et " Planches-modèles
" ).
LE SYSTÈME
Dans la pratique,
l'apprentissage de la lecture et l'apprentissage de l'écriture
ne sont pas dissociés. Il est bon de conserver cependant
à l'esprit que toute phase d'écriture doit succéder
à une phase de lecture et se justifier par celle-ci (aussi
longtemps du moins que la lecture n'est pas fluide). Il importe
que l'étranger qui écrit soit capable de lire
sa propre production !
Dans un premier
temps, les phases d'écriture ont pour fonction principale
de faciliter la fixation des acquis de la lecture. Écrire
des lettres, des mots, etc., est une façon d'en faciliter
la mémorisation. Il faut prendre garde cependant que
cette mémorisation corresponde à une véritable
appropriation au niveau de la lecture. Il est parfaitement inutile
- et même négatif - de faire écrire par
un étranger une série de Z ou de H, un mot ou
une phrase coupés de toute référence à
une situation qu'il a vécue.
Dans un second
temps, l'apprentissage de J'écriture correspond au franchissement
d'une étape qualitative : l'écriture n'a plus
dans cette phase pour simple fonction de faciliter la mémorisation
- en assouplissant simultanément le geste - mais elle
devient un processus de production originale individuelle.
Pour que l'étranger
franchisse cette étape, il est nécessaire qu'il
possède déjà à une certaine facilité
de lecture. Il doit en particulier avoir compris le jeu de combinatoire
sur lequel se construit le texte (voir plus loin) et mémorisé
un certain nombre d'unités graphiques de divers niveaux.
Produire de
l'écriture c'est (bien plus que transcrire de la parole)
jouer avec le potentiel combinatoire du système. C'est
découvrir que les lettres, les syllabes, les mots, etc.,
se prêtent à une manipulation infinie qui permet
de produire du sens (et du non-sens).
La pratique
de l'animateur, qui veut obtenir une bonne appropriation par
l'étranger de l'usage de l'écriture, doit être
d'éviter de réduire l'écriture à
un simple système de transcription de la parole, et la
présenter au contraire comme un espace autonome livré
à l'invention et au jeu.
L'ANALYSE
EN SÉQUENCES
Quoique nous
les ayons disjoints dans l'exposé, les processus d'apprentissage
de la lecture et de l'écriture se rejoignent dans l'utilisation
centrale que doit faire le pédagogue de l'analyse en
séquences de l'écrit.
Dans le premier
cas, cette analyse stimule et soutient la lecture ; dans le
second cas elle se propose (sous la forme du découpage
en dominos) comme le préalable au jeu combinatoire dont
nous avons déjà repéré la fonction
essentielle.
Avant de laisser
la place à l'exposé concret d'une série
d'exemples d'apprentissage (chapitres 14 et 15), il importe
ici d'exposer systématiquement cette démarche
fréquemment mentionnée et en particulier de donner
une description plus précise des divers niveaux de l'écrit
dont elle autorise la mise au jour.
NOUS APPELLERONS
SÉQUENCE UNE SUITE QUELCONQUE DE LETTRES, DE MOTS, DE
PHRASES...
En dehors
de tout recours au sens, l'observation de textes écrits
en français nous permet de constater que les éléments
de base de l'écriture, les lettres, n'apparaissent ni
ne se composent entre eux de façon aléatoire.
Pour reprendre l'image du puzzle, on peut dire que les lettres
ont plus ou moins d'affinités entre elles : elles sont
comme les éléments du puzzle qui, malgré
le brassage, restent collés entre eux ou qui au contraire
se refusent désespérément à une
alliance.
On peut ainsi
repérer dans les textes des séries récurrentes,
des séquences dont la fréquence d'apparition est
forte ou au contraire faible ; on peut repérer de même
un jeu d'alternances entre certains types de lettres (voir plus
loin le découpage syllabique).
Ces faits
nous mènent à considérer l'existence de
lois statistiques qui gouvernent, indépendamment de la
signification du texte, la fréquence et l'ordre d'apparition
des lettres (et autres signes graphiques) à l'intérieur
du texte. Tout lecteur reconnaît d'autant plus vite une
lettre ou une séquence de lettres qu'il a eu plus souvent
l'occasion de les rencontrer. Si sa lecture est linéaire
et progressive, le temps qu'il met à déchiffrer
(à reconnaître ou à lire) une lettre ou
une séquence est donc inversement proportionnel à
la probabilité d'apparition de ces éléments.
C'est là
un fait bien connu de tous les instituteurs : l'élève
bute régulièrement sur des assemblages peu familiers
de lettres alors qu'il reconnaît immédiatement
(globalement) les séquences les plus fréquentes.
Si l'étranger
doit apprendre à reconnaître un certain nombre
de formes, il est évidemment préférable
de lui faciliter le travail en mettant l'accent, à tous
les niveaux sur les formes les plus fréquentes ou encore
en simulant un découpage du texte qui lui en facilite
l'approche. Ce découpage ne doit pas nécessairement
épuiser le texte en traitant spécifiquement -
de gauche à droite - tous les éléments
qu'il serait possible d'isoler. Il doit se fonder sur les acquis
actuels de l'étranger et faciliter leur élargissement
par la mise au jour de quelques séries. Il s'agit, par-delà
le découpage du texte en lettres et mots, de faire apparaître
les niveaux intermédiaires d'organisation de l'écrit
(syllabes, groupes consonantiques et vocaliques, suffixes. .
.).
Tout en mettant
J'accent sur les éléments les plus productifs,
il faut tenter de mettre au jour le processus global de maturation
de la lecture tout en distinguant les divers paliers d'acquisition
de cette compétence, quelles que soient les unités
concernées.
Dans cette
perspective, il est fondamental que l'animateur possède
une grille (même sommaire) d'analyse de l'écrit.
La grille
que nous présentons ci-dessous est un premier pas vers
la constitution d'une grammaire d'apprentissage de l'écrit.
Nous retenons
dans cette grille cinq niveaux d'analyse qui - pour l'usage
exclusif de l'animateur - sont présentés sur une
ligne allant du plus simple au plus complexe :
la lettre,
le graphème,
la syllabe,
le morphème,
le mot.
Rappelons
que dans la pratique l'élément de départ
est le mot-signal qui est décomposé seulement
par la suite en éléments de niveau inférieur;
la démarche didactique est donc l'inverse de cette présentation
théorique.
Nous
supposons dans cet exemple que les stagiaires reconnaissent
les mots et sigles suivants:
GARE
D'AUSTERLITZ / MÉTRO / PMU / GS
1.
Analyse de la compétence :
Cette
analyse est une simple recherche des éléments
répétés.
G
- A - R - E
2.
Explicitation
C'est
une mise en correspondance visuelle des éléments
qui se répètent:
G
A R E
M
E T R O
P M
U
etc.
3. Elargissement de la compétence
:
Plusieurs possibilités
s'offrent à l'animateur:
a) passer d'un graphisle en
majuscules à un graphisme en minuscules,
GARE
gare
b) proposer de nouveaux mot
à partir d'une série,
GARE D'AUSTERLITZ
GARE DE LYON
GARE DU NORD
etc.
GS / DS / F4 / R8 etc.
|
LA
LETTRE
La lettre
est l'élément de base du système graphique.
Elle ne possède pas de correspondant univoque dans le
système oral. Du point de vue pédagogique, elle
présente beaucoup plus d'importance - en tant qu'unité
- dans la phase d'apprentissage de l'écriture que dans
la phase d'apprentissage de la lecture ; en effet, si la lecture
est souvent globale, l'écriture, elle, est nécessairement
analytique.
C'est en tenant
compte de cette remarque que l'on consultera les tableaux suivants
:
Tableau
A : Probabilité d'occurrence des lettres de l'alphabet
|
|
|
|
A
|
I
|
T
|
U
|
|
R
|
N
|
L
|
O
|
|
|
|
|
|
|
V
|
G
|
F
|
Q
|
|
J
|
H
|
B
|
X
|
Y
|
Z
|
K
|
W
|
(Ce tableau
est une représentation imagée de la fréquence
relative d'utilisation de chacune des lettres de l'alphabet
dans un choix de textes varié mais restreint).
Tableau
B : Symétries et éléments de composition.
Le
nombre de lettres utilisées dans l'écriture alphabétique
est limité. Chaque lettre entretient avec l'ensemble
des autres une certaine ressemblance formelle. De nombreuses
symétries en renforcent la cohérence tout en mettant
en valeur les différences.
Ce
tableau n'est pas présenté pour être mémorisé
par les étrangers mais pour permettre une réflexion
de la part de l'animateur. Cette réflexion pourra en
particulier lui faciliter l'usage des planches-modèles.
| Symétrie verticale |
A |
I |
T |
U |
O |
M |
V |
X |
Y |
W |
| Symétrie horizontale |
E |
I |
O |
D |
C |
H |
B |
X |
K |
|
| Symétrie par rapport à
un point |
S |
N |
O |
Z |
|
|
|
|
|
|
| Pas de symétrie |
R |
L |
P |
G |
F |
Q |
J |
|
|
|
Tableau
C : Traits distinctifs des lettres minuscules.
Nous
proposons ici aux animateurs un exemple de systématisation
de l'écriture minuscule. Cet exxemple ne se propose pas
à proprement parler comme un modèle d'apprentissage,
il peut cependant en faciliter certaines phases, en particulier
en mettant au jour la cohérence implicite du système
alphabétique.

tableau 1

tableau 2

tableau 3
LE GRAPHÈME
Nous appellerons
graphème toute lettre ou toute séquence de lettres
dont la fonction est de transcrire une unité sonore fonctionnelle
: le phonème (Dans la pratique nous élargirons
cette dénomination à la transcription de certaines
séquences sonores au statut spécifique dans l'organisation
orale : oi, oin . . .).
Le
phonème est une représentation
abstraite du son en tant qu'il peut être formellement
et fonctionnellement identifiable dans la chaîne
parlée. Il s'agit d'une unité d'un maniement
difficile. Dans les faits, la définition du phonème
s'inspire (involontairement ?) de la définition
de la lettre : élément fonctionnel de
base de l'écriture. C'est sans doute pour cette
raison que, pas plus que la lettre, le phonème
n'est en mesure de rendre compte du fonctionnement réel
de la chaîne sonore. L'élucidation de ce
problème nous conduirait trop loin et en particulier
à développer les quelques réflexions
présentées plus haut sur les relations
qu'entretiennent la parole, la grammaire et l'écriture
(cf. chapitre 10).
|
Les
relations entre phonèmes et graphèmes ne sont
pas biunivoques : un même phonème peut être
transcrit par plusieurs graphèmes, un même graphème
peut correspondre à plusieurs phonèmes. Cette
difficulté de l'orthographe du français ne doit
cependant pas être surestimée, le nombre de formes
appelées pour cette raison à être mémorisées
de façon spécifique est restreint.
L'utilisation
des graphèmes :
Rappelons
que le graphème tel qu'il apparaît dans les tableaux
suivants ne possède généralement pas un
véritable statut d'autonomie dans le système écrit.
Son environnement, sa position dans le mot, etc., sont fréquemment
déterminants quant à sa formes ou à sa
réalisation sonore :
Exemple :
|
/ g /
|
/ s /
|
|
|
|
|
g
|
s
|
z
|
s
|
|
gigot
gel
|
gâteau
goût
|
son
sel
|
ruse
vase
|
danse
pense
|
Il
est difficile pour cette raison de présenter un graphème
hors de son contexte.
Dans la pratique,
l'animateur aura intérêt à ne présenter,
dans un premier temps, les graphèmes qu'à l'intérieur
d'un découpage syllabique (voir plus loin).
Dans un second
temps, lorsque la relation son / graphème aura été
assimilée par l'étranger, il pourra proposer la
série de graphèmes - en tant que telle - au jeu
combinatoire.
(L'étude
systématique des allomorphes en fonction des contextes
reste à faire. L'animateur peut naturellement s'y employer
avec profit - sans oublier de consulter simultanément
les grammaires traditionnelles riches en enseignements de cette
sorte.)
|
|
|
PHONÈMES
|
GRAPHÈMES
|
|
Représentations
de base
|
Représentations
secondaires
|
|
i
|
i
|
lit
|
y
|
vas-y
|
|
e
|
é, e
|
carré,
pied
|
ai, ei
|
lait, gai,
peine
|
|
|
è, e
|
mère,
verte
|
|
a
|
a
|
ma
|
à, â
|
à, pâle
|
|
|
o
|
porte
|
au, eau, (aud, aut, ault, etc.)
|
autre, seau,
etc.
|
|
o
|
o
|
pot
|
|
u
|
ou
|
fou
|
où
|
où
|
|
y
|
u
|
nu
|
eu
|
j'ai eu
|
|
ø
|
eu
|
peu
|
u
|
uf, nud
|
|
|
eu
|
heure
|
|
|
e
|
petit
|
|
|
|
|
in
|
vin
|
ain, ein, en,
im, aim
|
pain, sein,
bien, faim
|
|
õ
|
on
|
son
|
om
|
pompe
|
|
ã
|
an, en
|
dans, dent
|
am, em
|
lampe, tempe
|
|
|
un
|
un
|
um
|
parfum
|
SEMI
VOYELLES ET GROUPES DÉRIVÉS
|
|
Phonèmes
|
Graphèmes
|
Exemples
|
|
w
|
ou
|
oui
|
|
|
u
|
nuit, lui
|
|
j
|
i, ill
|
bien, bille
|
|
wa
|
oi
|
loi
|
|
|
oin
|
loin
|
|
LES PRINCIPAUX
POLYNÔMES VOCALIQUES
|
|
Graphèmes
|
|
|
ou
|
|
|
on
|
an
|
un
|
oi
|
oin
|
|
Phonèmes
|
e

|
o

|
u
|
|
|
õ
|
ã
|
|
wa
|
|
|
|
|
PHONÈMES
|
GRAPHÈMES
|
|
Représentations
de base
|
Représentations
secondaires
|
|
p
|
p
|
par
|
pp
|
appel
|
|
b
|
b
|
bon
|
bb
|
abbé
|
|
t
|
t
|
tout
|
tt, th
|
cette, thon
|
|
d
|
d
|
doux
|
dd
|
addition
|
|
k
|
c, qu
|
car, qui
|
cc, k, q, cqu,
ch
|
accumuler, kilo,
coq, acquis, choeur
|
|
g
|
g, gu
|
gare, vague
|
gg
|
aggraver
|
|
f
|
f
|
fou, four
|
ff, ph
|
affaire, photo
|
|
v
|
v
|
vous
|
w
|
wagon, w.c.
|
|
s
|
s, ss, c, ç
|
son, assez,
citron, façon
|
sc,
|
science
|
|
z
|
s, z
|
ruse, zèle
|
|
|
|
|
ch
|
chat
|
sch
|
schéma
|
|
|
j, g, ge
|
jeu, gigot,
nage
|
|
|
|
m
|
m
|
|
mm
|
pomme
|
|
n
|
n
|
nez
|
nn
|
canne
|
|
|
gn
|
montagne
|
|
|
|
l
|
l
|
lui
|
ll
|
elle
|
|
r
|
r
|
rouge
|
rr
|
carré
|
N.B.: Mentionnons à
part x = ks
|
LA SYLLABE
Reprenant
la division précédemment établie entre
graphèmes vocaliques et graphèmes consonantiques,
on constate que ces deux séries d'unités se distribuent
alternativement de façon (plus ou moins) régulière
à l'intérieur d'un texte. (Il s'agit bien sûr
d'un caractère qui procède de l'oral. L'alternance
consonnes / voyelles est un fait linguistique universel plus
ou moins régulier dans sa réalisation.)
|
LES
CVC
|
AMÉRIC(AIN)S
VCVCVC V C
|
(ON)T
V C
|
UNE
VCV
|
ARME
VCCV
|
SECRÈTE
CVCCVCV
|
C = graphème
consonantique
V = graphème
vocalique
Nous
appelons syllabe l'unité constituée d'un graphème
vocalique (noyau vocalique) et d'un ou plusieurs graphèmes
consonantiques adjacents.
LES
/ A / MÉ / RI / CAINS / ONT / UNE / ARME / SE / CRÈTE
On voit aux
exemples précédents que notre découpage
syllabique ne recouvre pas la définition habituelle de
l'analyse syllabique. Dans la pratique, l'animateur se trouve
souvent confronté à la possibilité de réaliser
plusieurs découpages d'une même séquence.
La seule règle qu'il doit suivre en ce cas procède
de son objectif didactique : mettre en valeur le ou les éléments
sur lesquels il veut attirer l'attention du public.
Le principal
obstacle à un découpage mécanique de la
syllabe est le problème des liaisons et des troncations
(voir chapitre 12). Rappelons pratiquement que :
Lorsque
le " s " et le " t " sont prononcés
en liaison avec la voyelle initiale du mot suivant, on devrait
logiquement les rattacher à elle dans le découpage
syllabique. Dans la pratique, on a intérêt à
préserver l'unité morphologique du mot, quitte
à en faire la remarque.
Le e de
soutien (comme, dégrade, arme) a pour
fonction de permettre l'articulation de la consonne précédente.
Dans les faits, il n'est pas à lui tout seul un graphème.
Il est donc préférable de le considérer
comme un élément constituant du graphème
consonantique plutôt que comme un noyau syllabique autonome.
AR(ME)
CV C
L'utilisation
didactique :
Plusieurs
exemples de découpage syllabique seront présentés
par la suite. Notons que l'utilisation didactique en est double
:
- faciliter
la lecture en mettant en valeur les articulations du mot,
- inciter
l'étranger à composer de nouveaux mots à
partir du découpage en dominos d'un texte préalablement
soumis à la lecture.
LE MORPHÈME
Le découpage
morphologique a pour objectif la mise en valeur des éléments
grammaticaux ou lexicaux qui constituent le mot. Là encore
aucune règle de découpage mécanique ne
peut être établie. L'animateur privilégiera
les éléments d'utilité didactique immédiate.
Le découpage morphologique se justifie en particulier
pour l'étude des formes du verbe, l'apprentissage des
adverbes, des suffixes, etc.
Exemple:
Morphologie
du verbe
JE CHANT /
E
JE CHANT /
AI
JE CHANT /
ERAI
NOUS MANGE
/ ONS
NOUS VOUL
/ ONS
ILS JOU /
ENT
ILS CRI /
ENT
Morphologie
de l'adverbe
RAPIDE / MENT
JOYEUSE /
MENT
Suffixation
CHANT / EUR
VOL / EUR
AIM / ABLE
DÉSIR
/ ABLE
Le découpage
morphologique doit être utilisé avec précautions;
il est en effet souvent artificiel de chercher à tout
prix à analyser le mot en ses constituants morphologiques
:
Exemples :
RE
/ TRAITE
R(E)
/ SPIRER
DÉ
/ JEUNER
où
l'analyse morphologique est trop fine par rapport à l'objectif
pédagogique visé.
LE MOT
Le mot est
une unité graphique qui se définit par son environnement
d'espaces blancs. Le découpage en mots est évidemment
un outil didactique privilégié.
On prendra
cependant garde que l'ensemble des éléments de
la phrase qui répondent à cette définition
large est très hétérogène. On y
trouve aussi bien des éléments du " lexique
" que des " outils grammaticaux".
En ce lieu
comme précédemment, il existe autant d'utilisations
possibles que de cas d'espèce. Tout découpage
doit correspondre, didactiquement, à la fois au projet
pédagogique et à la compétence latente
du public.
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