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14.
L'espace de l'écrit
14.1. LA MISE EN PAGE : LIGNES
DE COMPOSITION
INTRODUCTION
De même que l'on peut tracer
le plan d'une bâtisse, d'une ville, d'un voyage ou d'une
bataille en faisant apparaître à travers la réalité
multiple des formes ou des événements une structure
implicite qui en détermine a priori ou a posteriori les
contours, de même on peut tenter de mettre au jour l'organisation
implicite de l'écriture en dévoilant les échafaudages
de sa construction.
La mise en page est une question
de grande importance car elle est une prise de possession de
l'espace dans les cadres de référence spécifiques
de la société industrielle. Sans entrer ici dans
un examen détaillé de la question (car il y faudrait
des recherches interculturelles semblables à celles auxquelles
on fera allusion pour le " rangement "), il suffira
de dire que tout dans le pays de production est basé
sur des schémas de composition (et de dessin technique)
qui répondent aux canons d'une certaine géométrie
(elle-même concrétisée par des supports
aux formats industriels, feuilles, plaques ou autres. . .),
qui est en tout ou partie ignorée par les étrangers.
Nous privilégions, dans cet ordre des faits, l'analyse
graphique de l'affiche et les éléments componibles
qui sont les deux entrées de l'écriture et de
la représentation graphique : la rationalité scientifique
comme l'entend l'Occident et, plus généralement,
la civilisation industrielle.
De même que la presque totalité
des étrangers inscrits dans le cadre de la formation
continue ont une excellente connaissance passive (et souvent
active) de la langue orale, de même ils possèdent
une compétence latente à la lecture / écriture
qui leur vient du contact désormais permanent avec toutes
sortes de messages écrits. L'analyse graphique de l'affiche
et l'utilisation d'éléments componibles jouent
dans la séance d'alphabétisation un rôle
comparable à celui
LA MISE EN PAGE
Le " modèle "
de la mise en page est la lettre ou le rapport administratif,
apparentés eux-mêmes à la forme rhétorique
propre à la dissertation. Cela peut surprendre, bien
entendu, mais il en est ainsi : qu'on en juge, par la simple
composition graphique des masses :
Ce modèle, par multiples
emboîtements de trois, nous vient de l'Antiquité
grecque. Cela n'est pas d'un grand réconfort pour un
travailleur étranger qui n'a eu comme ancêtres
ni les Gaulois, ni les Grecs, mais le fait demeure. Chaque animateur
sait - ou saura - que s'il y a une chose que prise un chef de
service, tant dans le public que dans le privé, c'est
un rapport bien composé, où les masses (les idées)
se détachent rythmiquement, faciles à " saisir
" ; il faut qu'il " tienne " en une seule feuille
21 X 29,7 surtout !
Cela se répercute à
l'autre bout de la chaîne : bien qu'on ait changé
le contenu des manuels d'histoire vendus dans les anciennes
colonies, la forme idéologique qui les matérialise,
l'archéologie de l'écrit, demeure : cela est un
aspect un peu négligé du structuralisme et de
la logique de la forme.
TOUT EST TEXTE
Entre les feuilles d'Édits,
les Avis à la population et les affiches, l'écart
peut paraître grand, et il l'est de fait.
Naturellement les affiches actuelles,
basées sur la photo et le graphisme, paraissent casser
ce moule de la page tout écrite ; en fait il ne s'agit
que d'une autre forme du remplissage de l'espace dans les mêmes
proportions, dans la même conception fondamentale d'une
composition par masses.
Nous travaillerons donc avec les éléments componibles
et avec les affiches puisque les premiers introduisent à
la linéarité de la phrase et les secondes aux
masses, visant en quelque sorte par les deux extrêmes
la présentation du texte, une fois qu'il est entendu
que dans notre optique tout se lit, même la photo.
LES LIGNES DE COMPOSITION DES
AFFICHES
Pour les lignes de composition
des affiches publicitaires (et aussi parfois pour celles des
diapositives de voyage), la question mérite quelques
exemples). On a vu au chapitre 9 le travail fait à partir
d'une diapositive qui reproduisait l'affiche " Gallia ".

Il est important
que le groupe puisse découvrir les phases de cette composition,
car celle-ci. vise à centrer toute l'attention non seulement
sur le paquet de cigarettes en question, mais sur la bande centrale
de l'affiche où l'on répète à satiété
les admirables qualités du produit.
Les deux bandes latérales, qui montent vers le ciel comme
les " troncs " - cigarettes que tout un chacun devrait
acheter -, prennent leur source dans une sorte d'humus horizontal,
lit de fougères, qui est le fond même de l'affaire
: " On y respire à nouveau l'odeur du petit matin
".
Si bien que la composition est loin d'être un jeu esthétique
purement gratuit, mais est une forme savamment raffinée
pour faire converger de droite et de gauche, vers la bande centrale,
un certain nombre d'arguments apaisants du plus bel effet, l'unité
de la composition étant assurée par la bande horizontale
du bas.
LES LIGNES DE COMPOSITION DES
AUTRES SUPPORTS VISUELS
Agrandissements photo, diapositives
de voyage, affiches touristiques.
Dans
les trois cas, il est possible de discuter à
partir de la composition : pourquoi y a-t-il quelque
chose " devant " (premier plan) ? qu'est
ce qui fait que tel paysage donne une impression de
calme (ne pas oublier l'importance de la couleur dans
ce cas) ? comment se fait-il que telle affiche touristique
d'un pays d'Estremadura paraît faite de petits
cubes... et ainsi de suite ?
Ces indications sont en quelque sorte des sous produits
de la discussion à propos de la photo ou de
l'affiche, bien entendu; mais on peut, de temps à
autre, tracer au tableau les lignes de composition,
en veillant surtout aux proportions.
La difficulté principale réside dans
le choix du langage de l'animateur, qui est tout naturellement
porté à utiliser des termes photographiques,
cinématographiques ou empruntés à
l'histoire de l'art, parce que ce qu'il lit, ce qu'il
entend dans des émissions, même destinées
à un large public, fait usage de cette langue
particulière, en quelque sorte réservée
à des non techniciens, mais traversée,
quand même, par la nécessité d'un
vocabulaire spécifique sans lequel le discours
resterait trop imprécis. De cette situation
générale, dirons-nous, naît la
nécessité de poser les questions les
moins techniques possibles, comme :
Qu'est-ce qu'on voit le plus ?
Qu'est-ce qu'on voit en premier ?
Quelle est la chose la plus importante ?
Comment s'y sont-ils pris pour arriver à donner
cette idée de chaleur, de soif, de vacances
?
On mesure alors, on compare les surfaces et les masses
tant au tableau que sur la feuille, et c'est dans
ces transpositions, où les proportions restent
les mêmes mais où les dimensions sont
différentes, que l'on organise l'espace.
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DIDACTIQUE DE LA PRESENTATION
Il est important que l'animateur élabore sous les yeux
du groupe le schéma de la composition à partir
de l'analyse de l'affiche. Ce schéma se constitue et
s'épure au fur et à mesure que la discussion avance.
Si l'on se rappelle que ce travail demande deux séances,
il est préférable que la première soit
consacrée entièrement à la discussion et
que la deuxième fasse l'objet d'une présentation
du schéma par l'animateur ; la formalisation graphique
sera plus aisée à percevoir lorsqu'elle sera dessinée
au tableau, s'il y a eu discussion préalable.
En revanche, quand le groupe sera déjà familiarisé
avec ce support, il sera possible de lui demander de résoudre
lui-même cet aspect de la question.
La nécessité d'afficher
le schéma vient du fait qu'il s'agit d'une utilisation
de l'espace où interviennent plusieurs fois les coordonnées,
les diagonales, les obliques en général et même,
souvent, des cercles ou des demi-cercles. De ce fait le groupe
est désormais dans le domaine du dessin à l'échelle
(qui, à long terme est une porte ouverte vers le dessin
d'exécution coté). Ce domaine déborde largement
celui de la mise en page en fonction uniquement de l'écriture,
il aboutit à rechercher des lois d'équilibre (bien
entendu et encore une fois l'équilibre plastique occidental)
et, de ce point de vue, l'élargissement du champ est
tout à fait intéressant car il ne s'agit plus,
comme dans les éléments componibles, d'un agencement
basé seulement sur un seul couple de coordonnées.
Au début donc, et surtout
si l'on travaille avec un groupe qui en est au stade "
langue parlée ", il faudra que l'animateur propose
lui-même le schéma de construction ; car les différents
groupes avec lesquels nous avons travaillé, même
au stade " langue écrite et lue 2 ", conçoivent
difficilement, à partir de leur expérience antérieure
(qui est insuffisante dans ce domaine en règle générale),
la possibilité d'analyser une image de la sorte : ce
qu'ils voient (et c'est naturellement le but recherché
par les techniciens publicitaires) est l'anecdote visuelle,
non sa logique.
La composition introduit aux
proportions et à l'échelle
On remarque aussi,
et cela est autrement important, que de nombreux étrangers
sont incapables, lors des premières expériences
(les choses se modifient évidemment par la suite), de
reproduire sur les feuilles quadrillées 5 mm de leur
classeur le schéma tracé au tableau.
Ils ne paraissent pas voir l'échelle, ni les proportions;
ainsi par exemple le schéma de l'affiche " Gallia
" a été reproduit par certains aux proportions
d'un timbre-poste, ce qui le rendait de fait invisible et confus,
ou bien il a été réduit à un carré.
Il est donc indispensable de reprendre plusieurs fois ces schématisations,
en montrant à nouveau la diapositive, pour obtenir des
tracés à main levée toujours plus précis
et plus complets.
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LE TRACÉ A MAIN LEVÉE
Le tracé à main levée est certainement
(comme l'écriture cursive ou scripte) un de ces
serpents de mer qui ont surgi depuis des dizaines d'années
dans l'enseignement technique bien avant d'atteindre
le milieu de l'enseignement aux étrangers. D'un
côté la rigueur des cotes, de l'autre,
le coup d'œil et la maîtrise de l'instrument.
. . (en fait, le souci parfois ambigu de l'uniformité
opposée aux images idéologiques du beau
coup de crayon) se rejoignent dans le cache représenté
par toujours plus de technicité, ou d'instruments,
qui devraient faciliter le pénible apprentissage
des étrangers et qui, à coup sûr,
protègent les enseignants. Pour nous le problème
est la maîtrise de l'instrument, un simple crayon
à mine moyenne, en évaluant d'où
il faut partir et où il faut arriver, le dessin
de type industriel assumant son rôle irremplaçable
au niveau des apprentissages techniques seulement après
une bonne maîtrise de l'espace et des mouvements
musculaires fins. De cette façon les membres
du groupe prendront confiance et maîtriseront
la surface ; certes ils n'y arriveront pas seulement
avec ce type de support, mais avec toute la série
d'approches successives que nous allons présenter.
Pour quelques observations sur le vocabulaire géométrique
et mathématique dont ils ont besoin pour le travail
exposé dans ce chapitre, et, surtout, dans la
vie de tous les jours, cf. annexe 5.
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14.2. LES ELEMENTS COMPONIBLES
INTRODUCTION
L'introduction d'un matériel
visuel permettant de soutenir l'aspect de discussion des séances
soulève relativement peu de difficultés pour l'animateur
à l'écoute du groupe qu'il anime. Lorsqu'il cherche,
en revanche, à sortir de l'utilisation traditionnelle
- souvent inefficace - du tableau noir, il n'en va plus de même.
Comment faire apparaître visuellement et simplement des
" structures grammaticales " élémentaires
à des étrangers qui ne savent pas lire, ou qui
ne maîtrisent pas suffisamment la lecture pour abstraire
à partir d'un modèle écrit, pour l'analyser,
le recomposer, le démultiplier ?
Les éléments componibles
ont été créés pour répondre
à cette question. Ils se présentent délibérément
comme un matériel souple et polyvalent que l'animateur
pourra, au fur et à mesure de son propre apprentissage
du métier, exploiter de plus en plus largement pour visualiser
les difficultés.
Comme toujours, il s'agit de favoriser
la réflexion des étrangers sur leur propre
production. Les éléments componibles sont les
supports d'une représentation élémentaire
de la structure grammaticale d'un énoncé. Ils
sont donc des substituts très simples du métalangage
grammatical traditionnel. Ils doivent permettre à l'animateur
de travailler sur un énoncé ou sur certains éléments
de cet énoncé sans recourir pour autant à
l'usage dudit vocabulaire grammatical. Le petit nombre de ces
éléments réduit leur valeur descriptive.
Ils ne peuvent donner lieu en aucun cas à un cours de
grammaire. Ils ne sont qu'un outil permettant de fixer sommairement
un énoncé et par là même d'introduire
à la linéarité ordonnée de
la représentation graphique.
Chaque animateur pourra, en fonction
de sa démarche propre, poursuivre l'élaboration
de ce matériel. Nous pensons cependant que son extrême
simplicité est le garant de son intérêt
didactique, et qu'il ne faut donc pas l'alourdir.
PROCEDURE DE PRESENTATION
Le tableau de feutre est constamment
accroché à côté de l'animateur si
celui-ci a une place attitrée (ce qui n'est pas souhaitable,
mais fréquent) pour qu'il puisse avoir l'instrument à
portée de la main. Le tableau est divisé en secteurs
imaginaires, la partie haute, par exemple, est toujours réservée
à ses interventions - visualisations, et la partie médiane
à l'illustration des performances des étrangers.
De la sorte on met en place un code qui renvoie à
la linéarité de la phrase et aux marges de la
surface ; de même les lignes successives d'éléments,
se composant rang par rang, permettent d'ordonner l'espace du
tableau de feutre. La superposition de l'élément
comportant un triangle rouge, qui signifie attention (et qui
renvoie à une erreur ou en tout cas à un élément
à modifier), " rompt " cette belle ordonnance
qu'il s'agit de reconstituer.
L'utilisation des éléments
se termine, toujours, par un tour de table. Au cours de ce dernier,
reste sur le tableau de feutre seulement la structure correcte.
EXEMPLES
Matérialisation de la
phrase
Nous sommes ici au niveau des mots-signaux
qui apparaissent dans tous les cas au début d'un cycle,
tout logiquement, avec un groupe de personnes inscrites à
un cycle 1, mais aussi avec des personnes de cycle 2. L'anxiété
propre à la la situation se manifeste pendant les deux
premières semaines par une expression réduite
à des mots-phrases. Par exemple, avec un groupe de Maliens,
banane et bateau sont les seuls termes "
audibles " pour ainsi dire, nantis d'un contenu perceptible
pendant la discussion. Les verbes qui auraient dû les
accompagner, pour que l'on sache à quoi les rattacher,
étaient proférés dans une sorte de magma
où on pouvait à la rigueur reconnaître une
sorte de valeur sémantique charg(er), (en fait
[sarz]) qui était loin de représenter ce qu'on
appelle communément une phrase.
Dans ce cas extrême (mais
pas uniquement), l'animateur a tout intérêt à
renforcer sa reformulation par une visualisation des trois éléments
fondamentaux :
où le circonstant "
sur un bateau " est essentiel, car sa présence renvoie
à tout le contexte et permet la relance de la discussion.
Après avoir symbolisé la phrase, on entame un
tour de table qui permet de relier bonne forme sonore à
bonne forme linéaire. Pendant le tour de table on pourra
dire :
J'ai chargé du café
sur le bateau
J'ai mangé du couscous sur la terrasse
qui ont une même structure.
Les éléments componibles offrent donc la possibilité
de matérialiser une structure simple ; le tour de table
en renforce l'acquisition.
RYTHMES VISUELS ET AUDITIFS
Au niveau des codes, l'animateur manipule les éléments
en les fixant au tableau et revient dessus en les reliant les
uns aux autres avec le doigt, d'un mouvement continu ; il matérialise
ainsi la suite sonore et montre bien la fluidité de l'émission.
Il faut rappeler que l'animateur n'ânonne jamais, n'accentue
jamais ; mais qu'il répète, bien entendu, autant
de fois qu'il est nécessaire pour être compris.
Il paraît indispensable de réussir à conserver
le rythme et l'intonation de l'expression orale normale. Naturellement,
il faut répéter cette " lecture " soutenue
par le geste au moins deux fois pour que les rythmes visuels
et auditifs soient associés; le tour de table vient seulement
ensuite.
Un rappel : pendant le tour de
table, le modèle se dégrade, l'animateur le reprend,
fait retour aux éléments et relance le tour.
CONCLUSION
Un matériel polyvalent
Les éléments ont
été volontairement choisis peu nombreux et leur
utilisation au niveau didactique est polyvalente, l'exemple
le plus clair étant le triangle rouge qui, signifiant
en définitive " Attention ! ", pourrait être
dédoublé en : " attention, bonne forme nouvelle
à acquérir " et " attention, mauvaise
forme ". On aurait alors foule d'éléments
spécifiques.
Ce choix dépend de :
- la volonté de garder un matériel extrêmement
léger, donc d'emploi rapide,
- la volonté de laisser au matériel un rôle
secondaire de visualisation,
- la volonté de laisser à l'animateur le maximum
de créativité en réponse aux besoins et
possibilités d'autonomie du groupe. L'animateur n'est
pas le servant de son matériel mais le matériel,
parfois, lui sert à se faire mieux comprendre d'un groupe
d'étrangers.
14.3. LA PRÉPARATION
A L'ÉCRITURE : CYCLE 1 STADE " LANGUE PARLÉE
"
INTRODUCTION
On ne peut pas passer à
l'apprentissage de l'écriture sans avoir d'abord longuement
préparé les gestes, les enchaînements, la
maîtrise de la feuille en tant qu'espace. L'obstacle le
plus important à cette longue préparation est
d'abord la perception très globale que l'animateur lui-même
a de l'écriture. Habitué comme il est à
écrire comme il respire, pour ainsi dire, il croit que
la demande est " écrire et lire des choses utiles
" (adresses, imprimés administratifs . . .), et
il est alors lui-même gêné d'avoir à
présenter des exercices " dépourvus de sens
" - les classiques bâtons des jeux graphiques -.
Tout en étant contraint de maintenir une exigence absolue
de qualité, il voudrait se défaire de cette phase
préparatoire au plus vite.
Comme pour la correction phonétique,
comme pour la morpho-syntaxe, dans cette approche du stade "
langue écrite et lue ", il aura tendance momentanément
à laisser courir, à se contenter de l 'à-peu-près,
en espérant que demain cela ira mieux, par la seule force
de la répétition. Ou alors il aura une sorte de
réaction inverse, il s'imposera, et imposera par là
même aux étrangers un découpage strict des
exercices, une exigence froide et décidée qui
en fait provient, comme dans le cas du laisser-faire, de la
même angoisse face à ce qui lui semble ridicule,
inopérant, douloureux pour les étrangers ; alors
que le but visé est tout autre.
PRENEZ UNE FEUILLE BLANCHE...
Mais, pour percevoir ce but, il faut que l'animateur s'observe
lui-même en train d'écrire ; prenez une feuille
blanche et écrivez n'importe quoi : " n'importe
quoi " (et peu importe si vous écrivez en cursive
ou en script). Voyons ce qu'implique, sur le simple plan graphique,
le " n'importe quoi " que vous venez d'écrire.
En premier lieu vous avez écrit
en haut de la feuille, en partant du coin gauche, en laissant
aussi une marge plus ou moins large toujours à votre
gauche, et vous êtes allé vers la droite : il y
a là des éléments d'utilisation de l'espace
(notre espace à deux dimensions, conditionné par
des habitudes d'écriture vieilles de plusieurs siècles),
qui sont loin d'être innés, et qui sont loin d'être
uniques. L'arabe s'écrit de droite à gauche et
le japonais de haut en bas sur des rouleaux. Seules les machines
à brocher importées par la technologie occidentale
ont fait changer, au siècle dernier, ce type de support,
en imposant le livre que nous connaissons, avec le résultat
qu'un livre japonais, s'ouvre à la page qui est pour
nous la dernière, et que, si nous feuilletons en tenant
un ouvrage de la main gauche et en faisant glisser les pages
sous le pouce droit, les Japonais font exactement l'inverse,
tenant le livre de la droite et faisant glisser les pages sous
le pouce gauche. C'est cela, entre autres choses, l'acculturation
par le canal de l'économie.
Ce qui est " inné "
pour nous, ou plutôt acquis depuis qu'âgés
de quelques mois nous fixions nos parents en train de lire quelque
ouvrage ou revue (et cela est plus ou moins vrai selon notre
origine sociale), est à apprendre de toutes pièces,
en manipulant, par un grand nombre d'étrangers. "
En manipulant", car il va de soi que tous les étrangers
qui viennent en formation ont vu et plus ou moins compris que,
généralement, notre civilisation va de gauche
à droite. . . mais une chose est de soupçonner
et une chose est de réaliser ; une chose est un geste
copié et une chose est un geste réalisé
à l'échelle. Regardez ce que vous venez d'écrire
: les signes dont cela se compose ont entre deux et trois millimètres
de hauteur pour les lettres qui n'ont pas de jambes (hampes)
; votre marge, si vous aviez continué d'écrire,
aurait toujours eu la même largeur, à deux millimètres
près (ou alors vous écrivez tout de travers, et
vous faites donc un brouillon lorsque vous avez à envoyer
une lettre à une personne à laquelle vous devez
faire " bonne impression ") ; pour finir, votre suite
de lettres (les trois mots en question) se trouvent toutes sur
la même ligne idéale (vous avez écrit sur
une feuille blanche). Vous le comprenez : la performance que
vous venez de réaliser est loin d'être aisée
pour une personne qui :
- n'est pas habituée à manier un instrument de
peu de diamètre (le stylobille, par exemple),
- n'est pas habituée à estimer sur une surface
plane des horizontales et des verticales non matérialisées,
- n'est pas habituée à disposer des masses, des
pavés, des lignes d'écriture selon " une
mise en page " qui est le fruit d'un certain nombre de
siècles de conventions graphiques.
Car, si d'aventure vous avez placé
votre " n'importe quoi " au centre de la page en haut,
ou au centre de la page tout court, ou même aux deux tiers
en bas, déporté vers la droite, vous n'avez, en
fait, que suivi inconsciemment la mise en page propre aux courtes
phrases comme celle que vous venez d'écrire : les titres.
Venons-en à l'examen détaillé
de votre propre écriture.
UN SYSTÈME GRAPHIQUE
PROPORTIONNEL ET DISCRET
Vos lettres s'inscrivent tout d'abord sur une sorte de portée
musicale, composée de quatre lignes séparées
par le même intervalle.
Les lignes 2 et 3 sont les plus
employées ; dans la bande qu'elles délimitent,
elles reçoivent toutes les voyelles. La ligne 1 est la
limite supérieure, toujours présente pour certaines
consonnes (b et f), alors que la ligne 4 est la limite inférieure
(p, q) ; et bien entendu des lettres comme f (lorsqu'on l'écrit
en cursive) touchent aux deux extrêmes à la fois.
Quel que soit le caractère choisi (script ou cursive),
les lignes extrêmes jouent un très grand rôle
dans les différences qui lient et contrastent les lettres
entre elles.
Si l'on écrit sur la portée
à quatre lignes, en cursive, b, f, e, l, il apparaît
clairement qu'il faut avoir une grande habitude pour percevoir
les différences minimes de proportions qui les distinguent
deux à deux. De plus, une fois que l'on a perçu
ces différences dans les similitudes, il faut une grande
maîtrise de l'instrument pour que la réalisation
matérielle corresponde à l'image intellectuelle
que l'on s'en fait.
De même pour les deux lettres
- cursives - a et o, qui réalisées entre les deux
lignes médianes ne se distinguent que par l'œil de o,
(rarement réalisé) et le jambage de a . . . On
sait par expérience que lorsqu'on donne à faire
des lignes de o, au bout de la ligne ce o a été
transformé en a. La différence tient au déplacement
minime (de l'ordre du millimètre) de l'œil du o ou du
jambage du a.
L'analphabète (plus exactement
l'illettré), même s'il articule correctement a
et o au début de cet apprentissage, n'est aidé
en rien, lorsqu'il passe à la réalisation graphique,
par ce savoir phonétique. Il ne distingue guère
les deux positions respectives de l'appendice graphique qui
dans le cas du o est une poursuite fluide du geste et dans le
cas du a est un autre geste accolant un autre élément
(qui est partie du i cursif) à une sorte de rond de base.
SCRIPT OU CURSIVE
Les mêmes observations valent
pour l'écriture script ; cela revient à dire qu'il
n'existe guère de critères de plus ou moins grande
facilité d'apprentissage qui conseilleraient de commencer
par l'une ou par l'autre. En effet, si l'on considère
l'écriture script on voit que u et v ne sont différenciés
que par un segment courbe et un angle aigu et que p, q, b, d,
sont doublement symétriques :
Ces graphèmes
qui dans l'un et l'autre type d'écriture se résolvent
en définitive en une série de composantes, dont
les écarts sont minimes et pourtant absolument significatifs,
rendent définitivement caduc l'affrontement traditionnel
entre les tenants de l'une ou l'autre graphie et mettent au
contraire en relief le problème de fond, la perception
de l'espace et les réalisations musculaires.
Naturellement, il faut d'abord maîtriser un code graphique;
il est exclu que l'on surcharge les étrangers illettrés
en leur proposant une maîtrise équivalente et contemporaine
des deux codes (et des majuscules respectives) ; il faut en
privilégier un, tout en présentant par la force
des choses le deuxième, car les caractères d'
imprimerie des journaux imposent leur présence (cf. plus
loin documents sur la lecture, et notamment dominos).
Il nous semble, pour des raisons qui tiennent à la maîtrise
de l'espace et des gestes, à leur fluidité et
à leur continuité, qu'il est plus opportun de
commencer par l'écriture cursive, mais dans l'un comme
dans l'autre cas, l'apprentissage met en jeu les mêmes
mécanismes de discrimination fine ; un regard minutieux
et non prévenu sur ce qui se passe réellement
quand on écrit conduit à conclure que les difficultés
sont équivalentes quelle que soit la graphie choisie.
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LA CALLIGRAPHIE
Il va de
soi que les étrangers au début de l'apprentissage
" copient ", " dessinent " des lettres
ou des groupes de lettres et que cette copie, comme
elle ne répond pas aux règles de composition
et de proportions que nous sommes en train de dégager,
ne signifie " rien " ; voyons par exemple
le cas de o et a dont l'appendice est accolé
n'importe comment.
Si vous
regardez comment sont formées les lettres de
votre propre phrase, vous constaterez vraisemblablement
que ces proportions, ces présences-absences,
sont loin d'être uniformément respectées
par vous-même, et que pourtant ce que vous avez
écrit est lisible ; en d'autres termes, vous
avez une " calligraphie " qui vous est personnelle
et qui permet à vos proches de dire : "
Tiens, une lettre de Maurice! " en voyant seulement
l'adresse écrite sur l'enveloppe ; et cela bien
que vos lettres soient parfois fantaisistes par rapport
aux règles de la calligraphie. De fait, si on
les examine dans leur ensemble, elles sont loin d'être
fantaisistes : elles font référence à
un système type, celui qu'on a appris dans les
petites classes : boucles, bâtons, rondes... sorte
de forme idéale ; mais bien qu'elles s'éloignent
sensiblement de cette forme idéale, elles en
gardent les traits distinctifs à l'intérieur
de votre système personnel.
Vos a se distinguent de vos o même si ces derniers,
encore une fois, sont mal réalisés par
rapport à vos premiers modèles de la communale
; de même pour les autres lettres... De plus,
l'allure générale de votre écriture,
droite, penchée, grande, petite, ronde, pointue.
. . peu importe, est toujours la même ; si vous
abrégez vos m en un petit serpent sinueux (qui
vaut aussi pour le n parfois), votre serpent sera toujours
le même, et l'invariant graphique est retrouvé,
même à travers une réalisation très
personnelle. Ceci parce que vous savez maîtriser
votre instrument et que toute une série d'automatismes
visuels et musculaires (et naturellement sociaux) vous
renvoient à une compétence de base, bien
qu'à travers des performances personnelles.
|
Les quatre lignes sont toujours
présentes même lorsque leur fonction est nulle
; par exemple, en écriture cursive un p s'inscrit entre
les deuxième, troisième et quatrième lignes,
on serait tenté de ne pas s'occuper de la première.
Mais cela est faux : si nous réalisons la hampe du p
en question en débordant la deuxième ligne et
en nous approchant de la première, nous réalisons
un " monstre " que l'on pourrait lire f. Si nous réalisons
de la même manière un a dont la jambe déborde
de la deuxième à la première ligne, inévitablement
le lecteur y verra d.
De même, il faut être
un lecteur à l'aise pour lire " il " dans les
caractères d'imprimerie qui suivent :
" Il existe
en France "
alors qu'on peut y voir à
volonté deux i majuscules ou deux l minuscules, etc.
Chaque graphème, somme toute,
est défini non seulement par ses traits graphiquement
présents et réellement inscrits entre les deux
lignes centrales et les lignes extrêmes, mais il est aussi
défini par tous les traits absents, qui constituent globalement
le système, comme le montrent ces deux exemples. Ces
rapprochements sont à expliciter constamment lors des
erreurs, car ils renvoient au système.
C'est pour cette
raison que dans les classeurs mis à la disposition des
étrangers il faut utiliser des feuilles lignées
tant verticalement qu 'horizontalement (Seyes). Les lignes verticales,
un peu plus marquées que les horizontales, forment deux
barres parallèles d'à peu près un centimètre
d'écartement; alors que les lignes horizontales, beaucoup
plus resserrées, matérialisent quatre à
quatre les lignes de construction. Cela donne en définitive
des feuilles où l'on. peut reconnaître des carreaux
de 1 cm de côté, soit les quatre lignes de la portée
et qui permettent de réaliser à la bonne dimension
les exercices graphiques.
Il est clair qu'une telle analyse de la graphie est un calque
du modèle d'analyse plus proprement linguistique. Cela
est, pédagogiquement, un atout remarquable, car il y
a cohérence entre les exercices linguistiques et les
exercices, graphiques que le même animateur propose aux
mêmes étrangers.
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LA POSITION DES
AVANT-BRAS ET LA TENUE DE L'INSTRUMENT
Venons-en
au plus important, la position des avant-bras, et la
tenue de l'instrument :
- vous êtes donc bien assis ;
- la main gauche fait adhérer la feuille au plan
de travail ; elle repose sur la partie gauche de sa
moitié inférieure, l'avant-bras est en
dehors du plan de la table et seul le poignet et la
main reposent sur celle-ci (autrement votre poids reposerait
sur le bras gauche et cela vous gênerait dans
l'écriture) ;
- la feuille est droite devant vous, ou à peine
inclinée, le coin haut droit deux ou trois centimètres
plus haut que le coin haut gauche, et cette légère
inclinaison donne inévitablement une écriture
penchée, mais elle facilite le glissement de
la main droite.
- La main droite glisse en effet, sa tranche effleure
la feuille, et l'avant-bras pivote - sans s'appuyer
- sur le bord de la table ; le pivotement se faisant
plutôt près du coude que du poignet. Vous
avez besoin de cet appui mobile, de ce pivotement léger,
pour bien former vos lettres et bien garder le parallélisme
des lignes; pour preuve, essayez d'écrire tout
au bas de la feuille, les dernières lignes, et
vous verrez que si l'avant-bras ne piv9te plus sur le
plan de la table tout le poids s'en vient sur le poignet,
qui est bloqué et procède par saccades
: votre lisibilité s'en ressent. C'est d'ailleurs
à ce moment-là que l'on remonte en général
la feuille vers le bord opposé de la table.
LE POIGNET ET LES
DOIGTS
C'est naturellement
le poignet droit qui est le plus important dans toute
cette affaire, mais pour y arriver il fallait prendre
en compte tous les éléments qui concourent
à permettre, ou à entraver, la souplesse
nécessaire. Car, revenez à vous-mêmes,
en tâtant votre poignet alors que vous êtes
en train d'écrire : votre poignet est souple,
les doigts sont en tension mais non en crispation et
tiennent légèrement votre instrument.
La main, on l'a vu, glisse sans saccades, bien qu'avec
des temps d'arrêt, du bord gauche de la feuille
au bord droit, c'est ce qu'on appelle un bon "
tonus musculaire ".
Reprenez
votre stylo et écrivez encore, regardez le mouvement
imperceptible de vos doigts, sentez leur souplesse et
constatez les infimes et nombreux ajustements musculaires,
jamais en crispation, qui vous permettent d'écrire
d'une façon fluide.
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TOUT LE CORPS ECRIT PAS SEULEMENT
LA MAIN
Vous êtes maintenant assis
pour lire ; levez-vous, faites un tour dans la pièce
et asseyez-vous à nouveau pour écrire. Observez-vous
en train de vous installer pour écrire :
- vous vous asseyez en calant bien vos reins contre le dossier
de votre chaise,
- vous vous soulevez légèrement et approchez la
chaise de votre table, pour être à bonne distance,
- très probablement vos deux pieds reposent sur le sol,
plus ou moins parallèles.
Il se peut qu'au
contraire vous les croisiez sous la chaise ou les allongiez
sous la table, mais dans les deux cas vous serez vite gêné
pour écrire. En les croisant sous la chaise, vous déportez
le poids de votre buste vers le bord de votre table, vous vous
écrasez l'estomac et vous soutenez votre poids d'une
contraction des muscles des bras, ce qui revient à dire
que, soit vous bloquez vos avant-bras, et votre écriture
s'en ressentira, soit vous vous tenez tout tordu - cela entraîne
la scoliose de bien des enfants à l'école primaire
-, et en tout cas en faisant reposer tout votre poids sur un
seul bras, le gauche si vous êtes droitier, vous le fatiguerez
vite ; ce qui vous obligera rapidement à vous réinstaller
au fond de votre chaise.
Les jambes allongées sous la table éloignent votre
buste, nécessairement, de celle-ci et vous obligent à
écrire " en suspension " sans reposer votre
avant-bras sur le plan de travail, et la main gauche qui tient
la feuille pour l'empêcher de bouger n'exercera pas la
pression suffisante, ce qui vous obligera… etc.
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PREMIÈRES
INDICATIONS DIDACTIQUES
Nous avons
fini cette analyse, qui surprend, car nous écrivons
depuis notre plus tendre enfance, mais il est clair
que pour des étrangers tous ces mécanismes
et ces automatismes doivent être acquis. Vous
n'avez qu'à poser votre main sur leur poignet
pour voir qu'au lieu de tenir leur instrument avec souplesse
ils luttent avec celui-ci, le tenant durement, gauchement,
le serrant jusqu'à en transpirer ; crispés,
contractés, mal assis, pesant lourdement de tout
leur buste sur leurs deux bras.
Très délicatement, sans hâte, il
faut leur dire - mais surtout leur montrer - comment
il faut s'installer, comment il faut prendre possession
de la surface de la table, de la chaise, comment on
guide l'instrument : on ne lutte pas avec lui.
Le meilleur moyen est de leur faire poser la main sur
le poignet de l'animateur lorsqu'il écrit lui-même
(pas au tableau, où l'écriture et les
positions sont toutes différentes) ; ils sentiront
que ce poignet est souple et que le déplacement
latéral est " coulant ".
Et puis, on fera des exercices d'assouplissement des
mains, dès le premier jour. Secouer les poignets,
les libérer, les assouplir ; jouer avec les doigts,
des pichenettes, des mouvements alternés ou croisés.
. .
Tout cela est très simple, nullement comique,
nullement inhibant si l'animateur fait lui-même
ces exercices ; il y trouvera son compte d'ailleurs
: la lisibilité de son écriture s'améliore
toujours lorsqu'il travaille cet aspect de la question
avec un groupe.
Au bout d'une semaine ou deux on arrivera d'ailleurs
à des exercices de décontraction des muscles
du cou, car en fait la position de la tête aussi
est importante ; souvent la crispation s'étend
jusqu'à celle-ci, et on a mal au cou sans savoir
pourquoi.
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Conclusion : si vous voulez
écrire convenablement, à savoir lisiblement -
bien qu'avec les tolérances dont on a parlé plus
haut -, il vous faut vous installer dans une position assise
qui, en fait, est loin d'être fantaisiste et "au
choix". Si malgré tout vous réussissez à
écrire lisiblement tout en vous déhanchant, par
exemple, cela veut tout simplement dire que vous êtes
très souple et que vous faites travailler à l'excès
certains muscles pour surcompenser la mauvaise position d'autres...
Avouez quand même que pour des gens qui apprennent à
écrire mieux vaut s'asseoir correctement.
Il devrait être clair, après
ce développement, qu'il n'y a dans cet adverbe aucune
idée morale se reliant à " la bonne tenue
" en classe et aux conseils-vexations concernant le maintien
que nous avons reçus souvent dans notre enfance, mais
qu'il y a en revanche quelque chose d'assez fonctionnel eu égard
à une civilisation qui s'attable pour écrire,
et qui écrit " en pointe raide d'un cylindre "
; le scribe égyptien du Louvre est assis en tailleur,
et le pinceau japonais est souple.
La table n'existe
guère dans la civilisation dite traditionnelle de l'Afrique
noire ou blanche, et le fait que les étrangers s'en servent
depuis des années à la cantine de l'entreprise,
par exemple (mais pas tous) ne signifie nullement qu'ils sachent
s'accommoder de ses impératifs lorsqu'il s'agit de s'en
servir pour écrire.
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LA TABLE
N'EST PAS SEULEMENT UN ESPACE FONCTIONNEL
Quand on
écrit, il ne doit rien y avoir sur le plan de
la table, car autrement on buterait contre les inévitables
musettes, paquets de cigarettes, cendriers, sacs à
main et paquetages que les gens - et pas seulement les
étrangers - déposent bien en vue devant
eux pour se protéger, pour se rassurer, pour
avoir des objets-fétiches qui leur rappellent
que - au-dehors - ils ne sont pas en situation scolaire,
mais en situation d'infériorité institutionnelle.
Lorsque l'animateur n'a plus besoin de faire libérer
et ranger les tables de travail et que les étrangers
le font spontanément en prenant possession de
la surface entière, cela veut dire :
- que, fonctionnellement, ils entrent enfin dans les
contraintes technologiques de notre mise en page, le
plan de la table n'étant que le prolongement
de celui de la feuille ;
- que, plus important encore, ils se sentent à
l'aise et se " campent " solidement face à
la tâche, sans appréhension. Cela suppose
aussi que, naturellement, il y ait la place matérielle
pour ranger les affaires ailleurs que sur les tables.
QUELQUES
INDICATIONS GÉNÉRALES POUR LES EXERCICES
GESTUELS ET DE POSTURE
Il faudrait
aboutir d'abord à des exercices d'assouplissement
des doigts, des poignets, des bras et des avant-bras.
Ensuite prendre en compte le buste tout entier :
- positions respectives du buste et des bras (contrepoids
et équilibre),
- façon de s'asseoir, centre de gravité
du corps (pas le dossier de la chaise),
- jambes, posture assise.
Pour aboutir à :
- la tête,
- la station debout,
qui sont naturellement les deux éléments
les plus difficilement admissibles
- tant par les animateurs,
- que par les étrangers,
car parfois on a l'impression de faire le pantin.
Cette impression
est surtout le fait de l'animateur, alors que les étrangers
se demandent peut-être quelle relation existe
entre des " choses " si éloignées
des membres directement impliqués dans l'écriture
et cette dernière.
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14.4. LES PLANCHES-MODÈLES
INTRODUCTION
On dispose de quatre séries
de planches ainsi réparties :
Composantes simples de lettres,
comme les " petites boucles " du r cursif,
du v, l'œil du o, la barre du t . . .,
qui sont en fait inscrites dans le quart supérieur ou
inférieur de telle ou telle des quatre lignes qui permettent
de construire l'alphabet.
On appelle ces planches planches-chiffres, car le travail
se fait autour des chiffres de 0 à 9.
Composantes de base de lettres
(on a fait allusion, plus haut, au " rond de base ",
à la hampe du a, qui est une composante du i et du u
. . .). Ces composantes sont généralement inscrites
entre les lignes 2 et 3 ou les débordent parfois.
Liaisons usuelles entre lettres : pi, jo, ch. . .
Graphismes fluides déformés pour la coordination
de l'œil et du geste : il s'agit d'un travail en pleine page.
Le but de ces planches est de familiariser
les étrangers à la fois avec les composantes des
lettres prises isolément et avec leurs enchaînements
dans l'écriture cursive. Ils auront à :
- les copier, ayant la planche
sous les yeux,
- les calquer,
- les reproduire à une échelle différente.
Pour cela, ils se serviront d'un matériel individuel
(classeur) qui aura :
- feuilles quadrillées 1 cm x 1 cm (Seyes) - feuilles
quadrillées du commerce (0,5 x 0,5 cm)
- feuilles blanches,
- ardoises.
Ils se serviront de :
stylobille,
- crayon noir à mine moyenne,
- crayon de couleur (de même diamètre que le stylobille).
Ils travailleront aussi au tableau
noir (il serait utile de disposer d'un tableau noir quadrillé
sur une face).
LES PLANCHES NE SUIVENT PAS
UNE PROGRESSION LINÉAIRE
Les planches ne suivent pas
une progression linéaire, du plus simple au plus
complexe, car tout est "difficile" quand on écrit
pour la première fois. . . En réalité,
un jour elles seront faciles pour l'un et difficiles pour l'autre,
celui qui n'a pas réussi le lundi réussira le
mercredi pour des raisons qui tiennent beaucoup plus à
son psychisme et à sa forme physique qu'à autre
chose. Ce qui importe, de notre point de vue, est l'idée
centrale du brassage entre un phénomène global
et une observation analytique.
Les planches-modèles ont été imprimées
les unes à la suite des autres avec une numérotation
progressive. De fait l'animateur ne doit pas se sentir obligé
de les utiliser les unes à la suite des autres; mais
il sera opportun au contraire de les choisir en fonction des
besoins spécifiques du groupe en relation avec le mot
qui en motive l'utilisation.
Par ailleurs les planches
sont nombreuses: il ne s'agit pas non plus de les passer en
revue systématiquement jusqu'à épuisement.
Si elles sont appropriées pendant le premier palier,
et utiles pratiquement à toutes les séances, il
sera opportun plus tard de les présenter seulement à
bon escient, une ou deux fois par semaine.
La série complète, dans ces limites, n'a de sens
que par rapport à des étrangers totalement illettrés
qui ont donc besoin à la fois de beaucoup d'exercices
et qui doivent aussi se familiariser avec tous les tracés.
Il va de soi que des personnes qui ont été déjà
en passe d'écrire, qui reconnaissent que dans telle ou
telle planche on peut lire ole ou autre chose, ne doivent pas
passer par la totalité des séries et que, même,
il convient de :
- leur présenter d'abord les planches " non significatives
" (par opposition à celles où l'on peut reconnaître
des groupes de lettres) ;
- leur demander de chercher elles-mêmes leurs propres
défauts dans la réalisation des lettres et de
choisir les planches qui leur paraissent mieux convenir à
l'exercice.
Pour finir, les meilleurs supports
étant ceux que l'animateur trouve lui-même
pour un groupe spécifique, il est possible de réaliser
soi même des planches, une fois qu'on les a expérimentées
à fond pendant au moins un cycle. A ce moment-là,
ayant une expérience pratique, l'animateur pourra faire
exactement les planches dont il a besoin pour telle personne.
PROCEDE DE PRESENTATION
A l'origine, il y a toujours une
situation réelle et globale : l'animateur demande par
exemple à tout le monde d'écrire sur le classeur
son nom (ou un mot que certains connaissent pour diverses raisons,
cf. chapitre 15, § 15.2) : c'est le processus de base de
la séance de discussion, le " matériel "
vient du groupe, l'animateur le reformule d'une façon
fonctionnelle (du moins on l'espère. . .).
L'animateur écrit à son tour son propre nom au
tableau, il fait remarquer que sa réalisation a telle
et telle caractéristique (cf. § 14. 3) et matérialise
avec la craie de couleur ses lignes de construction (majuscules
et minuscules). Il réalise aussi à côté
son nom de façon malhabile (comparable aux réalisations
des membres du groupe) ; mais naturellement, il n'invite personne
à venir au tableau et se garde de faire des observations
à la cantonade en regardant les classeurs : il comparera
seulement ses deux réalisations.
Il peut alors enchaîner :
" Il faut arriver à mettre en place ces petits bouts,
ces lettres. Je vais vous donner un certain nombre d'exercices
à faire. C'est pour que vous puissiez arriver à
faire faire à votre main exactement ce que voit votre
œil. Il faut du temps pour arriver à faire une bonne
tarte, non ? (il s'agissait de pâtissiers algériens).
Bon, il faudra un peu de temps pour arriver à faire ces
petits dessins ".
Cet exemple banal est une des entrées les plus fréquentes
(au même titre que la carte géographique et la
cuisine, cf. chapitre 9), car il n'y a guère d'étranger
qui ne sache signer de son nom, même si certains doivent
sortir de leur portefeuille leur carte d'identité. Cela
veut dire qu'immanquablement il faudra justifier les exercices
de reformulation de ce qu'ils savent déjà. Le
choix pédagogique est toujours le même, qu'il s'agisse
de l'oral ou de l'écrit.
Ajoutons que cette explication des raisons est à reprendre
et à illustrer constamment ; une seule allusion, en début
de cycle, ne sert proprement à rien, on ne comprend que
ce que l'on a vécu, et seulement lorsqu'on y réfléchit.
LE CHAMP DIDACTIQUE DES PLANCHES-MODÈLES
L'idée centrale qui préside
à la réalisation des planches est le brassage
des différentes approches qu'elles peuvent permettre.
Il s'agit à la fois d'un travail global (la prise en
compte de la surface, des axes qui l'ordonnent), et en même
temps d'une sorte de contrepoint, (l'attention portée
aux composantes de chaque planche). Une sorte de va-et-vient
global - analytique qui se soucie de respecter rangs et intervalles,
qui étudie minutieusement la construction des éléments
et leurs proportions ; si bien qu'une fois terminée,
une page d'écriture présente en même temps
des caractéristiques générales: la mise
en page, et une lisibilité spécifique, relative
à chaque élément.
L'animateur travaille avec le
souci des marges (gauche, haut, droite). On peut à
la fois analyser leur présence selon ces critères
et à la fois demander à " centrer ",
" composer ", " situer " tout le modèle,
globalement.
Il doit veiller à une
comparaison constante entre la planche-modèle et
la feuille sur laquelle travaille l'étranger ; certaines
personnes se lancent dans la copie en quelque sorte les yeux
fermés sans en voir la composition, les rangs et les
intervalles... d'autres, entraînées par la répétition
du modèle, ne laissent plus d'espaces. . . De la sorte,
une consigne formulée en termes de " faites attention
aux marges " est probablement moins utile qu'une consigne
" regardez bien le modèle avant de commencer, il
est fait comment? il est mis où ? "
Il est quand même important d'employer les deux formes
de consigne, pour ne pas rester seulement dans la perception
globale de la tâche, mais pour souligner aussi l'importance
d'une analyse.
En tout cas, il ne s'agit pas de dire : Comptez combien il y
a de lignes… ou d'éléments. Cela ligoterait les
membres du groupe dans un simple comptage mécanique.
Il s'agit d'attirer l'attention sur les caractéristiques
du modèle en tant que tel, non sur l'un ou l'autre élément.
Il faut arriver à ce que les personnes s'organisent sans
guidage extérieur.
Les intervalles ont une
grande importance. Si chaque élément des modèles
a été dessiné à l'intérieur
d'un carré approximativement d'un centimètre de
côté (bien que dans les planches liaisons les modèles
débordent: c'est leur fonction), c'est bien pour que
le groupe puisse voir qu'il y a là un rythme d'écriture,
au même titre qu'il y a un rythme dans la parole.
De même pour les intervalles
entre les lignes de la même planche : souvent, et faute
d'avoir placé le modèle bien nettement devant
soi, carrément installé au centre de la table,
la vision que les étrangers en ont est toute biaisée,
on pourrait dire minimisée.
- Regardez bien le modèle, vous êtes sûr
que c'est comme ça ?
- Qu'est-ce qu'il y a qui ne va pas sur votre feuille ?
- Mettez-la bien devant vous.
Veiller à la fluidité
du trait, qui doit être fait d'un seul jet. Il faut
déconseiller les ratures, les surcharges, le fait de
revenir dessus plusieurs fois. Chaque élément
doit être réalisé d'un trait coulant, et
d'un seul mouvement. Naturellement, au début, cela est
presque impossible. " Laissez tomber, continuez à
côté, finissez votre ligne... vous y arriverez
mieux la prochaine fois. "
Le sens gauche-droite dans
la réalisation du modèle a une très grande
importance, surtout pour les Maghrébins et pour ceux
des Africains noirs qui ont été scolarisés
en arabe : le " rond de base " est toujours fait de
droite à gauche, ce qui gêne pour un grand nombre
de graphèmes.
Il faut remarquer, quand il s'agit
de " boucles ", et elles sont fréquentes, qu'il
y a en fait une inversion temporaire de ce sens... c'est pour
cette raison que les planches proposent un certain nombre d'exercices
qui comportent spécifiquement des séries de boucles.
Le point d'attaque, si on
peut dire, a aussi une très grande importance, et justifie
le choix de l'écriture cursive en termes de réalisation
fluide, non hachée. En général ce point
d'attaque se trouve à hauteur de la ligne 2 ou à
mi-chemin entre les lignes 2 et 3, là où se forme
le corps des voyelles et celui de la plus grande partie des
autres lettres. Parfois le tracé descend de la ligne
2 à la 3, puis remonte dans tous les graphèmes
composés à partir du rond de base - ou d'une partie
de celui-ci, comme pour ceux composés avec la hampe du
i ; il remonte au contraire dans les lettres composées
des éléments du n ou du m.
Or il n'est pas rare de voir des étrangers commencer
leurs lettres de tout autre manière, en traçant
les hampes avant les ronds de base par exemple (il y a là
l'influence du sens de l'écriture arabe), ou en suivant
des tracés tarabiscotés, hachés de fait,
pour réaliser un r ou un p.
Dosage de la pression par rapport
à l'instrument :
Tous les débutants tiennent
le crayon ou le stylobille avec force, et ils écrasent
le papier, jusqu'à le déchirer parfois. "
Léger, léger, léger ", dit l'animateur,
en joignant le geste à la parole (sur une autre feuille
ou sur l'ardoise), " on ne doit presque pas voir ! "
Bien entendu, quand un débutant arrive à maîtriser
l'instrument de la sorte, c'est que désormais il n'a
plus guère besoin de préparation à l'écriture.
LE TRAVAIL DE L'ANIMATEUR :
OBSERVER
Un principe de base : observer.
L'animateur a trois choses à faire :
- observer réellement ce que font les étrangers,
comment ils s'y prennent pour former leurs lettres ; un moment
l'un, un moment l'autre;
- faire remarquer où commence exactement le modèle
en se servant des lignes de construction (cf. les planches).
Se servir en ce cas de la pointe d'un crayon, pour indiquer
exactement ce qui doit être observé;
- prendre l'ardoise (ou une feuille de papier blanc, sans carreaux)
et guider la main de l'étranger, en revenant plusieurs
fois sur le même tracé. Ce moyen, assez efficace
car il prend pleine possession d'une surface importante, est
pourtant le dernier à utiliser. parce que dans ce cas
le " maître fait à la place de l'élève
".
Champ pédagogique des
planches :
Les indications générales
ci-dessus, que nous appelons champ pour baliser un secteur d'observation
et d'intervention de la part de l'animateur, méritent
quelques commentaires. Il s'agit d'un champ parce que l'animateur
doit toujours avoir présent à l'esprit cet ensemble
d'indications :
- pour mettre l'accent sur l'une ou l'autre des consignes, par
rapport au groupe,
- pour personnaliser son intervention. Généralement,
ce qui importe est d'aboutir à une exécution fluide
et d'un seul trait assuré ; la composition générale
doit être nette, même quand il s'agit, comme dans
les planches de mise en page sur toute la feuille, d'un travail
minutieux et relativement long. Il est clair qu'on ne peut pas
demander à chacun de veiller à tout en même
temps : les rythmes de progression sont différents et
la disponibilité de chacun variable. Si donc un étranger
en est à s'escrimer avec la forme pure et simple de la
boucle qu'il n'arrive pas à réaliser, il n'est
pas en mesure de prêter une attention soutenue aux intervalles
des autres éléments sur la même ligne ou
de respecter la composition globale de la planche.
Il est alors parfaitement inutile
de lui conseiller de reprendre indéfiniment, pendant
des pages, la même série de boucles : il la réussira
plus tard après être passé par la réalisation
d'un certain nombre d'autres planches, d'autres mouvements.
Nous ne savons pas quels sont les
éléments qui entrent en jeu dans cette sorte de
mûrissement kinesthésique ; il y faudrait une recherche
particulière. Apparemment, les autres modèles
n'ont rien à voir avec la boucle en question, mais il
suffit qu'il y ait quelques réussites dans ce va-et-vient
entre la feuille, le quadrillage et les éléments
des planches qu'il faut y inscrire pour que cette capacité
de structurer des éléments apparemment différents
entre eux rejaillisse aussi sur d'autres modèles qui
jusque-là avaient posé un problèmes.
A l'expérience, il apparaît
donc que sur le plan pédagogique il faut inviter chaque
individu à ne pas se crisper et à ne pas rester
indéfiniment sur un échec ; tout au contraire,
il faut l'inviter à commencer la ligne suivante : "
Vous avez le temps. . . "
Le refus de la gomme est important
: ne pas effacer pour revenir sur ce qui a été
raté, relève de la même préoccupation
: laisser les gens faire ce qu'ils peuvent, ne pas les culpabiliser,
ne pas les pousser vers un rattrapage qui est un dressage et
- surtout - leur demander une très grande concentration,
mais pour peu de temps. La gomme - comme la règle ou
l'équerre, à ce stade - ne font qu'interposer
des écrans qui empêchent la fluidité et
la prise en charge directe de la tâche :
" Ce qui est important c'est que vous fassiez courir votre
crayon, que votre bras et votre main soient doux et légers.
. . vous avez autant de papier que vous voulez, et à
la prochaine séance on en fera encore. Fumez plutôt
une cigarette si vous en avez envie ".
Voilà encore une raison
de la brièveté du temps alloué à
ces exercices : trois fois cinq minutes dans la séance,
car il s'agit d'un effort 'extrêmement intense, et qu'il
est inutile de s'abîmer dans une copie mécanique.
Les consignes générales
Les planches-modèles se
présentent par groupes de trois ou deux exercices imprimés
sur la même page, cela pour des raisons typographiques.
L'animateur distribue une seule planche, pour éviter
qu'ayant sous les yeux plusieurs modèles à la
fois, les membres du groupe se fassent un devoir d'en faire
le plus possible.
Pour chaque modèle, distribué
à autant d'exemplaires qu'il y a de personnes, l'animateur
donne une consigne générale : aujourd'hui ce sera
le cadrage, au beau milieu de la feuille ; demain, la fluidité
du trait ; après-demain les proportions exactes des composantes
ou la légèreté du trait.
En cours de réalisation,
l'animateur ne dit rien, il regarde travailler les étrangers
(éviter autant que possible de passer derrière
eux, à la façon d'un surveillant, mais passer
devant) et il indique avec la pointe d'un crayon qu'il y a éventuellement
quelque chose que la personne n'a pas vu. Il invite chacun à
faire un retour constant au modèle : " Attention
! ce n'est pas pareil ! " Il s'intéresse à
la posture de chacun : en fait, il apaise en intervenant seulement
quand le travail est déjà commencé, en
faisant peu de commentaires à voix basse, et en donnant
des conseils d'ordre individuel.
Il y a bien entendu un délai
d'exécution: les exercices, qui se font en général
au crayon, surtout pendant les six premières semaines,
sont présentés deux ou trois fois par séance
pour un total de quinze minutes de travail effectif (et quelques
minutes de mise en place. Mais ne pas perdre de temps ne signifie
pas harceler.
Fermez les classeurs et posez
vos crayons
A la fin de chaque moment d'écriture
(soit préparation à l'écriture qui est
l'objet de ce chapitre, soit plus tard lorsqu'on écrit
réellement), l'animateur doit répéter souvent
cette consigne avant que les étrangers ne se décident
à l'écouter, preuve évidente qu'ils ne
l'entendent pas de cette oreille.
Cette résistance renvoie
à l'idée reçue de l'école traditionnelle
basée sur l'emploi du papier crayon, le cahier parfaitement
tenu et la valorisation du travail individuel ; de plus il y
a l'attrait quasi magique de l'écriture.
La pratique montre que si l'on
veut stimuler la créativité du groupe et en même
temps demander un effort conscient d'apprentissage par la comparaison
et l'analyse, il est préférable de se tenir fermement
à ce code (sans brimade, bien entendu).
Il est d'ailleurs opportun de relancer
ceux qui n'avaient peut-être pas entièrement fini
la copie des planches, en leur demandant d'être immédiatement
actifs au début même de cette nouvelle phase orale.
Cette attitude dérive :
- d'une volonté délibérée d'obtenir
un effet de groupe,
- de la priorité donnée à la parole qui
relate l'expérience,
- de la nécessité de limiter dans le temps ces
réalisations graphiques qui demandent un très
haut degré de concentration (fatigue rapide).
Vitesses différentes
A la différence de la discussion,
l'exercice d'écriture est un travail individuel ; si
on part tous ensemble, on arrive en ordre dispersé. Il
y a donc le problème de la perte de temps des plus rapides
et, en général, la rupture du rythme du groupe
: ce dernier s'effiloche.
Les plus rapides ont tendance à
recommencer l'exercice, et ils en viennent à une copie
mécanique ou, bien plus rarement, s'intéressent
au voisin et font à sa place. D'autres s'ennuient.
Chaque exercice est complet en
lui-même (non que " tout soit dans tout ", bien
entendu) et le refaire immédiatement n'apporte rien de
nouveau, mais seulement un dressage mécanique qui n'entraîne
aucune participation active ; on doit donc le faire d'une traite
et s'en tenir là, même pour les plus rapides. Ces
derniers, pour ne pas perdre de temps, peuvent feuilleter le
classeur et reprendre, en veillant à la qualité,
un tracé qu'ils ont déjà fait.
Ce code est valable pour tous les stades, par exemple pour les
boucles au moment de la préparation à l'écriture;
la calligraphie d'une phrase au stade " langue écrite
et lue 1 " ; une reformulation plus élaborée
d'un paragraphe au stade " langue écrite et lue
2 " . . .
Lorsque les plus lents ont terminé leur travail on arrête
tout, en laissant en train ce que les plus rapides avaient commencé
: " Fermez les cahiers et posez les stylos, maintenant
on va parler un peu.
Chaque jour une feuille nouvelle
Il est important de prendre chaque jour une feuille nouvelle
pour arriver à une mise en page claire et aérée
et pour s'exercer à écrire la date et le nom du
mois d'une façon correcte (la plus grande partie des
mois ont une orthographe absolument fantaisiste qui permet de
travailler des groupes consonantiques appuyés sur voyelle
qu'autrement on rencontrerait plus difficilement).
On veillera donc à la mise
en page, et à la composition dont on a déjà
parlé. On peut naturellement penser que cette façon
de faire conduit au gaspillage et charrie des valeurs petites-bourgeoises...
Le revers pratique de cette médaille est que chacun voit
ce qu'il fait, qu'il est invité à écrire
lisiblement, en première analyse à écrire
gros, et que donc on peut se repérer en feuilletant le
classeur, enfin on prend possession de la surface tout entière.
Mais changer de feuille peut
signifier aussi autre chose
A l'inverse, quand un membre du groupe tourne indéfiniment
les feuilles en recommençant " une nouvelle vie
" chaque fois que l'animateur lui a fait remarquer une
erreur matérielle, il faut lui conseiller de recommencer
plutôt dans la moitié inférieure de la feuille
: la question n'étant pas d' " oublier " l'erreur,
mais de relire (comparer, pendant la période de préparation
à l'écriture) ce qui ne va pas, et de se reporter
au modèle ou en tout cas à ce qui a déjà
été travaillé au lieu de foncer.
Cela renvoie naturellement à
des mécanismes de défense qui entravent l'apprentissage
; non que du côté de l'animateur on ne puisse pas
trouver des mécanismes étonnamment semblables.
CONCLUSION ET RÉSUMÉ
La séance, au stade "
langue parlée ", est basée essentiellement
sur la discussion ; elle comporte trois moments de préparation
à l'écriture qui durent chacun cinq minutes (plus
quelques minutes de battement) et qui ponctuent la discussion.
L'entrée en matière pour cette préparation
à l'écriture est fournie par le nom propre que
chacun écrit sur son classeur et par la démonstration
que l'animateur fait au tableau de la nécessité
de parfaire les lettres. Il va de soi que tout autre mot-signal
peut faire l'affaire, et qu'il sera nécessaire d'ailleurs
de s'en servir pendant les semaines suivantes. Les planches
des différents types alternent séance par séance.
En définitive, l'animateur
reste seul juge de l'imbrication du matériel pour cette
préparation à l'écriture, son critère
d'évaluation est contenu dans le champ didactique et
ses indications.
Rappelons les subdivisions du matériel :
1 - composantes simples des lettres, et planches chiffres ;
2 - composantes de base des lettres ;
3 - liaisons usuelles entre lettres;
4 - planches de mise en page ;
5 - graphismes fluides déformés.
LES PLANCHES-CHIFFRES
Ces planches portent imprimée, sur leur partie gauche,
la série des chiffres de 0 à 9 ; leur dimension
est de quelque dix centimètres. L'exercice consiste à
disposer, en suivant le contour du chiffre et d'une façon
tout à fait régulière, d'un trait et sans
rature, les composantes simples des lettres auxquelles on a
fait allusion. La même planche (le chiffre l, par exemple)
est utilisée une fois par séance, ou deux (le
troisième moment d'écriture étant réservé
au nom, comme on a vu, ou à un mot signal).
L'animateur dessine au tableau
le départ du chiffre et marque avec la craie de couleur
les éléments qui doivent en suivre le tracé.
La consigne : " Il faut suivre
exactement le tracé en faisant comme sur le tableau,
en respectant. les espaces et en faisant les signes tous pareils.
"
Ce travail dure cinq minutes.
L'animateur fait remarquer individuellement :
" Ici ce n'est pas pareil ", ou " Ici c'est très
bien, exactement comme sur le modèle ", et demande
aux étrangers de s'en tenir là.
La discussion reprend, jusqu'au
moment suivant de préparation à l'écriture.
A ce moment-là
l'animateur demande d'abord aux étrangers de refaire,
dans la partie droite de la feuille, le chiffre (d'un seul trait
fluide) ; ensuite il demande qu'on reprenne les mêmes
éléments, en veillant à la qualité
du tracé.
La discussion reprend...
Une exigence de qualité
:
La présentation type que l'on vient de lire n'est
pas absolument immuable, mais dépend essentiellement
de la rapidité du groupe, de sa familiarisation avec
ce type d'exercice et son code (si bien que le deuxième
moment peut parfaitement suivre le premier si celui-ci a été
réalisé rapidement et avec aisance par la plus
grande partie du groupe).
Le but de l'exercice est explicitement
de poser une exigence de qualité très élevée
pour arriver à mettre à leur place ces "
petits bouts d'écriture qui s'en vont de tous les côtés
et qui se retrouvent dans tout ce qu'on écrit ".
Didactiquement, on a choisi de suivre des chiffres pour rendre
moins abstrait l'exercice et pour permettre aux étrangers
de réviser cet aspect de la question. Le tracé
en est à la fois singulièrement compliqué
et pourtant rigoureux. Ce n'est donc pas une ligne telle qu'on
l'entend
habituellement, mais un tracé qui est en lui-même
un modèle, tout comme la ligne matérialisée
par les éléments componibles. Les composantes
des graphèmes s'ordonnent par rapport à cette
rigueur et en prennent le sens.
Il est opportun de demander aux
étrangers de bouger le moins possible leurs feuilles,
mais d'en assurer la stabilité en se servant de leur
main gauche qui plaque la feuille sur le plan de la table :
cela facilite l'entraînement à la maîtrise
de l'instrument.
Lorsque la planche est utilisée
pour le deuxième moment d'écriture, il faut que
l'animateur ait une grande exigence qualitative (sans pour cela
être étouffant).
Lorsqu'on dit : " Ici ce n'est pas pareil ", laisser
l'étranger découvrir pourquoi. En tout cas ne
jamais refaire le dessin à la place de la personne (sauf
pendant les deux ou trois premières séances, le
temps de mettre en place le code), car cela l'empêcherait
de maîtriser l'instrument. Les séries de planches
du cahier alternent l'une avec l'autre :
Dans tous les cas,
il est opportun que ces planches alternent avec celles des "
composantes de base des lettres ", qui sont des éléments
réels d'écriture et qui renvoient aux mots-signaux.
Non que les composantes des planches-chiffres ne le soient pas,
mais cette caractéristique est moins visible.
Il faut donc qu'une séance basée sur 10 ou 15
minutes de planches-chiffres soit suivie d'une séance
basée sur les planches du type " composantes de
base" ou, mieux, que les deux séries apparaissent
dans la même séance. Cela est plus aisé,
naturellement, au bout d'une semaine, quand les codes ont été
bien compris.
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INSTRUMENTS ET
PRÉSENTATION
Crayon
noir n° 2 (prévoir deux taille-crayons)
Crayon
rouge de même diamètre que le précédent,
stylobille noir de bonne qualité (qui ne bave
pas).
Modifier
l'instrument équivaut à renouveler l'exercice,
car la pression exercée et la dureté de
la mine changent en fait la tenue de l'instrument. Il
ne faut donc pas craindre de proposer un modèle
déjà vu si on modifie l'instrument. Pour
commencer, pendant les premières semaines, il
est opportun de travailler surtout avec le crayon noir.
Ne pas attendre d'avoir terminé la série
des planches-chiffres pour en proposer d'autres avec
un autre instrument.
Tableau
noir et ardoise individuelle
Vers la
troisième semaine, chaque étranger sera
invité à reproduire à bien plus
grande échelle, les chiffres au tableau (et les
autres le feront sur les ardoises). L'exercice se fait
ensuite de la même manière, l'animateur
proposant l'un ou l'autre des modèles contenus
dans ses planches à lui.
Même
en les alternant avec les planches contenues dans les
pages 30 à 41 du cahier et en modifiant l'instrument,
ces planches-chiffres seront rapidement épuisées
: elles seront remplacées et enrichies par les
planches de type " graphismes fluides et déformés
", qui en prennent la suite dès que l'animateur
a épuisé les modèles des planches
" composantes simples de lettres ", qui accompagnent
les planches-chiffres.
TABLEAU DES COMPOSANTES
DE BASE
Certains
éléments comme les accents, la barre du
t se retrouvent dans les planches de composantes simples
des lettres (cf. matériel de l'animateur). Restent
quelques éléments comme e, o, s, f
qu'il est préférable d'exécuter
d'un seul geste en variant les dimensions et les supports.
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LES PLANCHES COMPOSANTES DE
BASE DES LETTRES
Il suffit de jeter un coup d'œil
à la planche de synthèse pour comprendre ce que
veut dire l'expression " composantes de base " qui
a déjà été illustrée lorsqu'on
a fait allusion aux boucles, au rond de base, etc.
Les analphabètes doivent
arriver à reproduire avec la plus grande exactitude ces
modèles en tenant compte de tous les éléments
qui ont été définis au paragraphe "
champ didactique ".
Procédés de présentation
:
L'animateur a le choix entre un certain nombre de présentations,
qui pourront aussi servir de rappel des buts de l'exercice au
fil des semaines (rappelons d'abord que l'utilisation des planches
dérive toujours d'un mot-signal écrit au tableau
et copié-dessiné par le groupe).
L'animateur peut décomposer une lettre au tableau pour
montrer comment se décomposent ces formes qu'il trace
si rapidement. Connaissant les planches-modèles et l'alphabet
choisi pour les tampons (voir chapitre 15, " Le matériel
"), il lui sera facile de construire, en couleurs, les
quatre lignes et d'y situer les éléments en question.
Il distribuera ensuite à chacun la planche-modèle
d'où il a tiré ces éléments, et
chacun travaillera sur une feuille du classeur. Ne pas oublier
de faire mettre en haut le nom et la date (cette dernière
éventuellement copiée à partir du modèle
au tableau). C'est en général la présentation
des premières séances.
L'animateur peut aussi donner à
chacun la planche qu'il a choisie et demander de la copier.
Il peut aussi, soit en dessinant le modèle au tableau,
soit en distribuant une planche demander à tout le monde
de reproduire les éléments sur l'ardoise.
L'animateur peut demander à deux personnes (un "
fort " et un " faible ") de venir au tableau
et de refaire le modèle. Il leur tendra la planche, ou
aura laissé dans un coin du tableau le modèle
choisi.
Une dernière présentation des planches est le
calque. Chaque personne dispose dans son classeur d'un certain
nombre de feuilles blanches, d'un papier pas trop lourd qui
permet de voir le tracé de la planche glissée
en dessous. On demandera, surtout pendant les premières
séances (deux semaines), de calquer les modèles
pour bien voir et sentir le point d'attaque des composantes
en veillant à la légèreté du trait.
Rappelons que les étrangers
doivent aussi se familiariser avec ce type de travail; probablement,
au début, leur tracé sera tremblant, car dans
leur souci d'exactitude ils procéderont avec crispation
et une lenteur excessive.
Utilisation de l'ardoise individuelle
On ne reproduit qu'un seul élément, au centre,
ce qui a l'avantage de modifier sensiblement les dimensions,
le travail à une autre échelle étant certainement
un excellent entraînement. Il est opportun par ailleurs
que, dans ce cas, les étrangers ne fassent pas les lignes
de construction, mais qu'ils travaillent absolument à
main levée. En contrôlant rapidement les résultats,
l'animateur tracera, lui, les lignes de construction pour montrer
les défauts éventuels de la réalisation
individuelle.
Si après cette correction un étranger efface l'ardoise
et recommence, l'animateur n'intervient pas, naturellement;
mais il ne demande pas systématiquement à tout
le groupe de refaire le modèle une deuxième fois.
L'intérêt du procédé Lamartinière
(tout le monde écrit sur l'ardoise, ensuite on la lève
et on la montre à l'instituteur) est dans la rapidité
de l'exécution et de la correction... Ces méthodes
sont loin d'être surannées ou répressives,
elles sont tout simplement fonctionnelles, pourvu qu'elles soient
employées avec le sourire.
On peut aussi demander de reproduire
sur l'ardoise les deux premiers éléments de chaque
ligne de la planche-modèle. Ce travail devient alors
d'une grande finesse parce que la surface est petite par rapport
à l'épaisseur du trait de la craie et parce qu'il
faut composer sur au moins trois lignes ; il faudra alors travailler
avec beaucoup de légèreté, sans appuyer.
Il sera donc opportun de reprendre de temps en temps, vers la
fin du premier palier, cette forme de présentation, en
insistant sur la légèreté du trait.
Parfois l'animateur peut donner
à chacun des feuilles de papier pelure (celui qu'on emploie
pour les doubles lorsqu'on écrit à la machine)
; ce papier extrêmement léger se déchire
si le stylo-bille, ou parfois même le crayon, est manié
avec trop de vigueur : cela conduit à matérialiser
l'exigence de légèreté du trait. Il faut
toutefois bien préciser dans la consigne qu'il s'agit
vraiment d'un travail exceptionnel, un véritable tour
de force : par cela on justifie, dans la logique de notre culture
occidentale, l'exploit demandé.
Pour mémoire : La
discussion reprend avec ses tours de table à la fin de
chaque moment de préparation à l'écriture.
Les instruments sont les mêmes que ceux énumérés
pour les planches-chiffres.
Conclusion :
- Ce deuxième type de planches accompagne donc, en alternance,
les planches-chiffres ; leur nombre n'est pas très élevé,
mais le fait de les reprendre avec des instruments différents
permet de s'en servir aisément pendant toute la première
étape du stade " langue parlée ", de
0 à 60 heures. Il ne faut pas oublier en effet que la
préparation à l'écriture est absolument
essentielle pendant longtemps si l'on veut obtenir des résultats
quant à la lisibilité (cf. aussi les conclusions
de la première série de planches).
- Ces planches sont aussi extrêmement utiles pour les
étrangers qui ont déjà été
scolarisés en leur langue et en caractères latins.
Il faut les présenter comme une révision.
PLANCHES DE LIAISONS USUELLES
ENTRE LETTRES
Ces planches se passent désormais
de commentaire : pour leur utilisation, on se référera
à ce qui a été dit pour les deux types
de planches précédents.
On remarquera seulement que
dans cette troisième série reviennent encore souvent
les composantes de base. Cela est dû à une double
nécessité :
- le choix pédagogique des
tracés et des difficultés,
- la nécessité de proposer souvent des révisions
qui permettront, en feuilletant le classeur, de se rendre compte
des progrès accomplis.
Ces planches accompagnent le stade
" Langue parlée " tout au long du deuxième
palier, de 60 à 120 heures. L'animateur toutefois ne
s'en servira plus systématiquement deux ou trois fois
par séance comme pour les planches précédentes
mais, comme désormais le groupe en est à travailler
régulièrement sur des mots-signaux (cf. chapitre
15), il les proposera une, deux, trois ou même quatre
fois très rapidement, pour mettre au point tel ou tel
aspect de la graphie. Il semble opportun dans la mesure du possible
de présenter à chaque individu une planche spécifique
en rapport avec ses propres difficultés.
L'instrument à utiliser
est désormais le stylobille de préférence
au crayon ; mais l'animateur conseillera parfois de reprendre
le crayon pour revenir à une exigence de qualité.
PLANCHES DE MISE EN PAGE
On remarquera que les dernières planches sont en pleine
page, et qu'elles reproduisent grosso modo la mise en page d'une
lettre ou d'un rapport. Il s'agit d'un travail fin, qui demande
du temps, et qui est l'aboutissement de ce travail de préparation.
Ces planches ont aussi une fonction de révision.
GRAPHISMES FLUIDES DÉFORMÉS
Ces planches prennent la suite
des " planches chiffres " et sont donc employées
concurremment avec les planches " composantes de base ".
Leur but est de faciliter la fluidité du geste et la
précision du tracé : elles sont extrêmement
utiles quand il s'agit de travailler le sens de l'écriture
(cf. paragraphe " Le champ didactique "), car elles
permettent par leurs dimensions de suivre le mouvement du crayon
comme avec une sorte de loupe grossissante.
Utilisations possibles
1. On calque le modèle, sans s'arrêter, en maniant
légèrement le crayon.
2. On repasse directement sur le modèle avec le crayon
de couleur; là encore il ne faut pas s'arrêter,
et il faut appuyer fort peu.
3. On reproduit sur une autre feuille blanche.
4. On reproduit, en agrandissant bien entendu, au tableau.
5. On calque au tableau (le modèle a été
préalablement dessiné par l'animateur, à
la craie de couleur).
6. Surtout au début, l'animateur trace lui-même
le modèle dans le haut du tableau. L'étranger
le calque d'abord et le refait ensuite sur la partie basse du
tableau (craie blanche, et de couleur pour le calque).
Une coordination de l'œil et
du geste
- Pour les deux premières
utilisations, il n'y a pas de commentaires à faire qui
n'aient pas déjà été exposés
à propos des trois autres types de planches ;
- la troisième et la quatrième utilisation posent,
bien entendu, beaucoup plus de difficultés : la déformation
des graphismes ne peut être obtenue que par un mouvement
très libre du poignet et une très bonne et fort
rapide coordination de l'œil et de la motricité. Il est
presque impossible, sans un entraînement sérieux,
de reproduire avec une approximation suffisante le modèle,
surtout quand il y a un changement d'échelle important
(au tableau).
C'est exactement pour acquérir cette très étroite
coordination de l'œil et du geste que nous insistons vivement
pour que l'animateur demande fréquemment au groupe de
travailler les utilisations l et 2 dès la fin de la série
des " planches-chiffres ", et pour qu'il reprenne
très souvent cet exercice en 3, 4, 5 et 6.
Un exercice à reprendre
à tous les stades
Il va de soi que ces planches sont extrêmement utiles
non seulement au stade " langue parlée ", mais
aussi pendant les deux cycles suivants, stades " langue
écrite et lue l et 2 ", car ce type de travail renvoie
à ce qui a été dit plus haut sur la calligraphie
personnelle, c'est-à-dire la maîtrise complète
de l'instrument. Ce travail est donc utile à tous les
stades car il vise à combattre, encore une fois, l'inhibition
face à la feuille blanche et il exige une adaptation
immédiate à des gestes amples et imprévisibles.
Pourquoi des déformations
?
On aura remarqué, en regardant les planches, qu'il ne
s'agit nullement de dessins sans significations, mais de déformations
de noms mythologiques : tardif hommage à nos humanités.
La raison de ce choix est qu'il est opportun de présenter
des suites qui existent réellement (liaisons entre graphèmes),
car autrement on aurait risqué de construire un exercice
qui serait déconnecté de la réalité,
et que, d'autre part, les étrangers doivent concentrer
tout leur effort sur l'aspect purement graphique du modèle,
sans essayer de lire, ce qui entraverait le mouvement.
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