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15.
Le système de l'écrit
15.1. INTRODUCTION : LA TECHNIQUE
DU DOMINO
Jouer avec des dominos est
un des procédés didactiques les plus anciens que
l'on connaisse. Donner à manipuler des lettres gravées
dans le bois et éventuellement enduites de miel paraît
avoir été, si on s'en tient à ce que dit
Schwartz-Bart dans " Le dernier des justes ", une
méthode aussi efficace que plaisante pour apprendre à
lire.
Au siècle dernier, des lettres creusées sur des
planchettes de bois conduisaient les mains malhabiles et certains
instituteurs de la vieille garde fournissent encore aux enfants
des lettres découpées dans du papier de verre
très fin pour leur faire réaliser par le toucher
la direction de leur construction... Quant aux dominos proprement
dits, il n'est d'éditeur spécialisé dans
le matériel pédagogique qui n'en vende de toutes
sortes.
Ce qui fonde théoriquement
l'usage des dominos dans l'apprentissage de la lecture est
la possibilité qu'ils offrent de simuler concrètement,
de visualiser, le processus implicite de découpage, d'analyse
que tout lecteur est amené à réaliser lorsqu'il
se trouve confronté à un texte. L'animateur qui,
à partir d'un titre de journal, d'un mot-signal, de la
transcription d'une phrase, etc. constitue par le découpage
un ensemble de dominos de lettres, de syllabes, de morphèmes,
de mots etc. provoque ce faisant une certaine lecture plus ou
moins analytique. Il stimule ainsi la lecture de l'étranger
en sériant et en balisant les problèmes. Il met
l'accent sur tel ou tel élément de l'énoncé.
Il en facilité la mémorisation analytique ou globale.
Simultanément et sans recourir à l'usage d'un
métalangage grammatical, il peut constituer et présenter
des séries d'unités linguistiques grammaticalement
homogènes.
Le deuxième intérêt
pédagogique de l'utilisation des dominos est d'inciter
l'étranger à recomposer, à partir des éléments
mélangés, soit l'énoncé original
proposé en modèle, soit un autre énoncé
rassemblant les mêmes éléments dans un ordre
différent.
La première démarche
renforce essentiellement, et paradoxalement, la compétence
de l'étranger à la lecture. En manipulant les
dominos et en recomposant l'énoncé, il mémorise
plus facilement les éléments, qu'il pourra dorénavant
appréhender dans leur spécificité morphologique
ou syntaxique.
La deuxième démarche
permet à l'étranger d'utiliser les unités
en dehors de la fonction qu'elles jouent dans le texte d'origine.
Cette démarche est fondamentale à l'intérieur
du processus d'apprentissage de l'écriture. Elle permet
de passer d'une phase passive d'analyse et de lecture à
une phase active de synthèse et d'écriture. Elle
marque par ailleurs un degré d'abstraction supérieur
dans l'apprentissage de l'écriture en tant que métalangage.
Elle exige en effet que l'étranger effectue une dissociation
entre la fonction de support que possède la lettre en
tant qu'unité linguistique et sa fonction d' " élément
de signification ".
En découvrant l'arbitraire
du signe, l'étranger devient à même de produire
de lui-même des énoncés dotés d'un
sens (et pas seulement de déchiffrer le sens des énoncés
qu'on lui propose).
LE MATÉRIEL
Nous conseillons à l'animateur
de se procurer dans les magasins spécialisés un
alphabet composé de tampons en caoutchouc (majuscules
et minuscules) ayant environ deux centimètres de hauteur,
en choisissant un caractère simple. Si ce caractère
ne fait pas l'affaire, à cause des dimensions trop réduites,
on pourra faire reproduire par un magasin spécialisé
les planches que l'on trouve ci-dessous.
L'animateur compose chez lui les
mots ou les phrases issus de la discussion avec ces tampons
en se servant de bandes de carton fort de trois centimètres
de largeur; il les découpe pour obtenir les diverses
sortes de dominos qu'il désire utiliser.
Il aura garde de ne pas oublier des dominos blancs, qu'il
faut fournir en même temps que les autres, de façon
à séparer les mots ou les syllabes. De cette manière,
on matérialise les intervalles et on permet aux étrangers
de s'habituer, encore une fois, à un des aspects essentiels
de la mise en page. Le blanc, utilisé ainsi est lui aussi
une sorte de graphème.
Pour faire comprendre aux étrangers l'importance de l'usage
de ces dominos blancs, il se servira, plutôt que du tableau
- où il lui faudrait matérialiser les intervalles
entre les mots par des barres de couleur qui créent plus
de confusion que d'images explicites - des éléments
componibles, dont le fond blanc ressort vivement sur la
feutrine.
Tampons ou photocopie
Les tampons permettent ainsi de préparer des mots, ou
des syllabes : les noms des personnes du groupe, des syntagmes
comme c'est ou ce sont ou il y a et qui
sont indispensables dès la troisième ou quatrième
semaine de travail avec les mots-signaux.
Le procédé est évidemment
un peu lent quand il s'agit d'en faire pour une douzaine de
personnes : s'il était possible de disposer d'une machine
à photocopier les choses seraient plus faciles ; mais
dans ce cas il vaut mieux coller les photocopies sur du carton
fort et massicoter le tout, le papier des photocopies se prêtant
mal à des manipulations nombreuses.
Il y a une autre raison qui fait
pencher en faveur de l'utilisation de la photocopie quand on
en a la possibilité : c'est la présentation aux
étrangers :
- des coupures de journal, qui garantissent la réalité
de l'étude ;
- des lettres de forme et taille différentes, qui favorisent
la comparaison et donc le processus d'apprentissage par l'abstraction
d'une forme générale.
Les supports
Les " énoncés " que l'animateur découpera
en dominos ne doivent pas être choisis au hasard. Deux
types de supports principaux sont présentés dans
les exemples qui suivent :
les mots-signaux,
les titres de journaux.
15.2. L'UTILISATION DES MOTS-SIGNAUX OU REPÈRES D'EXPERIENCE
PRESENTATION
Nous appelons mots-signaux
l'ensemble des mots et sigles qui jalonnent l'expérience
des étrangers : leur nom propre (mais on évitera
de l'écrire au tableau), le nom de l'entreprise où
ils travaillent, certains chiffres, certaines dates, le nom
de leur pays, certaines enseignes de commerces (bar, café..
.), certaines consignes qui varient selon les métiers
(danger, poison. . .) et, bien entendu police ou gendarmerie,
entrée, sortie.
Il y a un certain nombre d'étrangers qui ne reconnaissent
pas ces mots (en général écrits en majuscules)
soit parce qu'ils ne les connaissent réellement pas,
soit parce qu'ils n'osent pas les reconnaître… mais le
sourire entendu qui se dessine sur le visage de la plupart lorsque
l'animateur écrit au tableau police en dit long soit
sur leur peu de confiance en eux-mêmes soit sur la réalité
de leurs imprégnations. Dans la presque totalité
des cas, les étrangers connaissent au moins la voyelle
o, souvent a et i.
Dans les exemples qui suivent,
on peut introduire un principe de classement :
- sont des mots-repères d'expérience, ces mots,
sigles, qui jalonnent le parcours des étrangers bien
avant qu'ils viennent au cours et qu'ils lisent déjà
pour se mouvoir dans la ville.
- sont mots-signaux les mots qu'ils découvrent pendant
le cours et qui suffisent à rappeler une discussion.
L'utilisation des mots-signaux
prend place au début du cycle langue parlée.
Les mots-signaux ne sont pas à ce niveau l'objet d'un
découpage systématique en dominos, mais leur manipulation
est cependant une introduction à cette technique.
Dès la première semaine
du cycle, l'animateur recense les repères d'expérience
que les étrangers reconnaissent (globalement, bien entendu)
ou qu'ils ont en tout cas déjà vus. Pour cela
il a deux possibilités :
- mettre au tableau en vrac (en
majuscules) un certain nombre de mots (sans oublier les transports,
par exemple en région parisienne : RATP, MÉTRO,
BUS ).
A ce propos il est important de
remarquer que l'animateur doit explorer systématiquement
les sigles, en y passant du temps (deux ou trois séances
pendant les premières semaines), pour arriver à
en avoir un stock important : non seulement RATP, mais aussi
BNP, CGT, CCP, P et T, SNCF, etc.
Les lettres y sont lues, généralement,
comme dans l'alphabet et elles sont la plupart du temps en majuscules
(rappelons que ce fait ne doit pas inciter pourtant à
enseigner systématiquement l'alphabet).
- faire appel au vocabulaire du
travail, à partir de la discussion (ainsi un pâtissier
algérien savait parfaitement reconnaître "
Saint-Honoré ")
Les mots qui synthétisent
la discussion
Cette deuxième possibilité introduit une autre
catégorie de mots-signaux: les mots issus de la discussion,
qui d'une certaine façon la synthétisent, car
ils reprennent un moment essentiel de son contenu. Ces mots,
qui sont parfois " objectivement difficiles " portent
en réalité une telle charge affective ("
valise" parce qu'on a vu la pièce de Kateb Yacine
" Mohamed prend ta valise " ; " charbonnier "
parce qu'on a vu le film ; " liberté " parce
que ce groupe de Portugais avait commencé quelques jours
après le 25 avril 1974 ; " pré " parce
que les Maliens avaient parlé de la sécheresse.
. .) qu'ils deviennent des mots-signaux indélébiles,
points de référence.
On écrit ces mots après
un moment culminant dans la discussion, car ils marquent un
point central, et de cette manière, ils sont une sorte
de conclusion, ils représentent l'affirmation que ce
qui a été dit a un poids pédagogique et
didactique. Mais tout le monde constate, par là même,
que le tracé est malhabile : voilà un renforcement
à l'introduction aux planches-modèles.
Ajoutons que ces mots sont
toujours copiés (bien entendu on ne peut dire qu'il s'agit
d'écriture, mais bien plutôt d'un dessin global)
avec leur article. A la vérité, la situation se
présente ainsi : on ne conçoit guère un
substantif sans article, défini ou indéfini (le
pré ou un pré), ou démonstratif
ou même possessif (mon pré, nos prés,
nos bêtes mortes de soif...!). Le pronom sujet doit
être joint au verbe (sauf si on veut indiquer un impératif,
qui vaut par lui-même) ; par contre un adverbe peut parfaitement
être écrit tout seul : vite!
On voit bien ici la multiplicité des possibilités
de manipulation qu'offre une seule situation, même réduite
à un seul substantif et à ses déterminants,
ou à un verbe et à un adverbe : il y a là,
pour des personnes analphabètes, de quoi travailler longtemps,
avec un grand nombre de manipulations possibles, de façon
à intégrer non seulement l'image visuelle du mot,
mais aussi une ébauche de système.
Il faut donc dire, et on retrouvera
cette observation constamment dans cette partie de l'ouvrage,
que la lenteur des manipulations est le seul gage d'un apprentissage
réel. Bien entendu " lenteur " n'est pas synonyme
d'ennui ou de rabâchage, la technique didactique à
laquelle est consacré l'exemple détaillé
qui suit est là pour le démontrer. Ce que l'on
veut mettre en évidence ici est l'importance d'une participation
active, nous disons bien d'une manipulation, de la part dés
étrangers, de ces mots-signaux, ou repères, sans
que l'animateur se contente de les présenter, de les
faire copier et de passer à autre chose.
Copier ces mots est la moindre
des activités, il s'agit des les insérer dans
le système linguistique, de les voir écrits sous
différentes graphies, de les manipuler en tant que mots
dominos, de les recomposer - quand cela est possible - en tant
que groupes syllabiques appuyés sur voyelle, de les tracer
sur l'ardoise, de les tracer au tableau de les tracer sur papier
quadrillé ou sur papier blanc : il s'agit de s'en emparer
comme modèles de base. Et les étrangers se prennent
à ce jeu qui fait appel à leur capacité
de comparer et d'ordonner, d'apprendre consciemment, de mémoriser,
ce qui est différent d'apprendre par cœur.
EXEMPLE 1 : CHANTIER
Présentation du groupe
Stade " Langue parlée
" Premier palier, de 0 à 60 heures
Un groupe de Maliens et de Sénégalais
est ici à la fin de la quatrième semaine (24ème
heure). Les semaines précédentes avaient vu l'utilisation
des éléments componibles, des diapositives de
voyage et, pour un début d'écriture proprement
dite, un travail avait été fait à partir
du nom de chacun, ce qui avait permis d'introduire les planches-modèles
d'écriture.
Préparation à
l'écriture : une première séance
Nous partons d'un mot bien connu " le chantier ",
qu'ils ont prononcé nombre de fois " le santier
" et qui donc représente un acquis (instable) sur
le plan oral.
Première phase :
écrit au tableau, le mot est d'abord recopié d'une
manière globale; il est évidemment mal calligraphié.
Deuxième phase :
la discussion reprend à propos du travail.
Troisième phase :
l'animateur introduit tout naturellement les planches-modèles,
en rappelant que ces exercices servent à mieux écrire,
à mieux manipuler l'instrument. Une fois que les éléments
ont été décomposés sur les feuilles
à carreaux 1 x 1 cm, on prend une feuille de classeur
nouvelle, et on écrit le mot globalement avec l'article.
Les moments d'écriture de
la séance sont ainsi terminés. Les séances
suivantes verront l'emploi de : un chantier, mon chantier,
son... (copie et manipulation de dominos). Dans tous les
cas, comme ci-dessus, le temps alloué est de l'ordre
de vingt à vingt-cinq minutes.
La séance comporte donc un ancrage au réel, le
mot repère ; un travail de copie qui entraîne les
planches-modèles ; un travail de manipulation qui est
la réécriture ou encore l'usage des dominos; le
tout en moments brefs et intenses. Le mot en question reste
le même mais non ses déterminants, ce qui permet
l'exploration de séries.
Il ne s'agit pas de présenter les planches reproduites
dans le cahier de " Préparation à l'écriture
", rigoureusement, les unes à la suite des autres.
On présentera dans le cas de chantier, celles
qui paraissent les plus proches des graphèmes car, sur
le plan pédagogique, il est bien meilleur de fournir
des exercices directement inspirés de la difficulté.
Pour le détail des deux
autres séances, et notamment les dominos, on verra plus
loin. Nous indiquons seulement ici les autres mots-repères
utilisés par la suite :
- Je change (à Barbès).
- Monsieur X (un membre du groupe) chante.
Tant Barbès que Monsieur
n'ont pas fait l'objet d'un travail spécifique; ils étaient
donnés oralement, alors que la discussion avait permis
de dégager les deux verbes en relation avec le premier
mot chantier. Sans développer cet exemple, nous
préférons en donner un autre, plus détaillé,
à partir du nom de l'entreprise; car ce mot signal, connu
de tout le groupe, constitue évidemment un exemple plus
clair, pour l'animateur débutant et un point de départ
plus simple (sans que cela ait une importance capitale).
EXEMPLE 2 : ALCATEL
Même public, même
stade, une suite de séances basées sur le nom
de l'entreprise. Plusieurs pistes sont possibles tout au
long de la semaine :
- tout d'abord travailler la lecture du motsignal écrit
au tableau en lettres majuscules, parce que c'est ainsi qu'il
est indéfiniment répété partout
dans l'usine ALCATEL ;
- travailler le même sigle en lettres minuscules. La première
démarche fait appel à la mémoire visuelle
: il faut donc commencer par là. La deuxième permet
d'envisager l'utilisation bien plus courante de l'écriture
cursive; mais naturellement les étrangers ne verront
jamais le nom de l'entreprise écrit de cette façon
: d'où la nécessité de faire appel à
d'autres mots ayant les mêmes syllabes. .
Nous aurons donc trois moments
dans cette présentation : majuscules, minuscules (avec
recherche de la syllabation), puis recherche d'autres mots.
Indiquons que l'on ne peut utiliser que al et ca,
(tel suggérant l'abréviation de téléphone
qu'il n'est pas opportun d'indiquer à ce stade).
Comme nous avons à notre disposition un tableau de
papier, il sera possible d'épingler au mur les feuilles
" majuscules / minuscules " pour s'y référer
lors des séances suivantes. C'est un procédé
que nous conseillons pour tous les groupes.
PREMIÈRE SÉANCE
Ayant écrit au tableau le
mot ALCATEL, l'animateur demande aux étrangers s'ils
le reconnaissent : bien entendu tout le monde ne se hasarde
pas à le lire, mais dès qu'une personne a osé
le reconnaître, tout le monde est d'accord. L'animateur
lit et fait lire plusieurs fois, il réécrit dans
un coin du tableau ; il fait venir le premier qui a lu, le fait
écrire.
L'animateur fait remarquer que le sigle est fait " de trois
morceaux ", AL / CA / TEL, qu'il indique
du doigt, simple indication gestuelle.
La discussion reprend ; elle porte sur l'usine, naturellement.
Quelques minutes plus tard, l'animateur procède de la
même façon pour les caractères minuscules.
A partir de là une nouvelle discussion s'engage où
les " trois morceaux " sont entourés d'un trait
de craie rouge :
connaissez-vous d'autres mots qui contiennent AL ? Cherchez
d'autres mots où on entend AL . . .
Certains étrangers disent : Ali, Mali, valise.
. . et il est clair que ce sont ceux qui ont le plus de connaissances,
en général les plus jeunes. L'animateur fait remarquer
que la prononciation de Ali est certainement très différente
de la sienne, conforme aux habitudes françaises : les
arabisants du groupe lui donnent raison et on passe quelques
instants à faire des essais ; cela permet à l'animateur
de faire plusieurs tours de table : toujours la dominante orale.
Le nom propre est écrit
sous ses deux graphies sur l'ardoise, après que l'animateur
en a donné le modèle au tableau.
La discussion reprend et, en fin
de séance, l'animateur fait écrire ALCATEL sous
ses deux graphies sur le classeur. En passant, il a donné
raison à ceux qui ont proposé d'autres mots :
" Oui, vous avez raison, lorsqu'on écrit on emploie
ces lettres. . . "
mais cette observation n'est pas appuyée, elle concerne
seulement ceux qui en sont les destinataires, elle n'est pas
mise en valeur.
DEUXIÈME SÉANCE
La séance suivante, à
partir du nom de l'entreprise qu'ils connaissent bien globalement,
on peut faire plusieurs types d'exercices :
- découpage et introduction d'autres mots qui contiennent
la même syllabe ;
- reconnaissance systématique des voyelles, et notamment
A.
Pour le découpage en syllabes (car le sigle s'y prête)
on écrit au tableau :
ALCATEL
puis on lit chaque syllabe en masquant les autres, ce qui permet
de réécrire au fur et à mesure de la lecture,
en colonne :
AL / CA / TEL
et
AL
CA
TEL
L'animateur veille à cette correspondance entre emplacement,
masquage, lecture.
Remarques :
- Ne pas masquer avec la main,
mais avec le dos d'un élément componible ou en
tout cas quelque chose de rigide. Indiquer avec un crayon plutôt
qu'avec le doigt. Séparer par des barres, à la
craie de couleur autant que possible.
- On peut entourer ou souligner à la craie de couleur
les voyelles que l'on met en relief.
La reconnaissance systématique des voyelles (n'oublions
pas qu'il est rare que les étrangers n'en connaissent
point quelques-unes) est peut-être plus importante, à
ce palier, que celle des syllabes. Il est important d'insister
sur une seule voyelle - en signalant au passage les autres,
comme pour les graphies - par séance. Ainsi, ici, ce
qui importe est A, sous ses différentes formes, majuscule,
minuscule, cursive.
Pour le travail avec les syllabes
Il faut sérier les problèmes,
et poser certaines questions en évitant d'en poser d'autres.
- Demander qu'on cherche des mots qui contiennent AL
signifie en effet faire appel à ceux qui savent déjà
lire quelque peu, et qui connaissent l'alphabet, si bien qu'ils
peuvent répondre Ali, Mali, valise.. . Si tout
le groupe en était à ce degré de connaissances
il n'y aurait pas grand mal... mais il est pratiquement impossible
d'avoir des groupes absolument homogènes et la plus grande
partie de ceux que les tests assignent au stade " Langue
parlée " ont une histoire scolaire très variée
; il est opportun de procéder d'une autre façon
:
- Trouvez d'autres mots qui commencent par AL (Albert)
- Trouvez d'autres mots qui finissent par AL (brutal)
L'animateur a un exemple, pour
fournir un point de départ si la réponse ne vient
pas : banal, naval, général ; Alfred, alcool.
Deux ou trois de ces mots - pas
plus - sont écrits par l'animateur au tableau, en majuscules
; il entoure seulement la partie en question, ayant disposé
les mots en colonnes:
ALBERT
ALCOOL
BRUTAL
GÉNÉRAL
et il fait reconnaître la
similitude, en s'arrêtant là. Il n'est pas question
d'écrire sur le classeur ; mais on écrira, bien
entendu, sur l'ardoise ce qui veut dire, du point de vue de
l'animateur, que ce travail d'écriture est en fait une
mise en train musculaire, sans plus.
Ce qui compte, non seulement
dans l'exemple, mais dans la totalité du chapitre, n'est
pas la syllabation en tant que telle, mais la possibilité
de reconnaître et de lire un élément parce
qu'on l'a manipulé.
Ainsi l'animateur recherche à
la fois des mots qui réellement commencent par la même
syllabe AL, et il obtient alcool et Albert, mais
il fait aussi rechercher des mots comme brutal où les
mêmes graphèmes apparaissent : ceci dans le but
de faire constater aux étrangers
- que l'on peut retrouver fréquemment les mêmes
éléments,
- qu'un petit nombre d'éléments permettent de
transcrire tout ce que l'on dit.
Bien entendu il ne s'agira pas de dire que tous les éléments
égaux ont le même statut dans la théorie
linguistique, mais on souligne que les mêmes éléments
apparaissent et sont isolables.
Utiliser les apports du groupe
au bon moment.
Restent ces mots lancés
à la cantonade par l'un ou l'autre membre du groupe Ali,
Mali, valise. Les deux premiers sont utiles non du point
de vue de la syllabation, mais parce qu'ils contiennent la lettre
i. Dans ce cas, si quelques personnes dans le groupe
savent les lire ou même les écrire, l'animateur
les écrit sur un coin du tableau; il s'en servira pour
fixer le son et la graphie de i.
Ces mots seront utilisés dans un deuxième temps
; certes, ils ne présentent pas la même syllabation
que ALCATEL... donc ils ne doivent pas servir à étendre
le groupe AL mais ils peuvent permettre l'analyse de la syllabe
AL, A + L. En un mot : s'ils ont été dits
on ne les refuse pas, mais on les utilise au bon moment.
Feuille de synthèse à insérer dans
le classeur-livre de lecture
C'est pendant la troisième
séance, qui clôture la semaine, que l'animateur
présente une feuille de lecture où ce qui
a été étudié apparaît dans
les trois caractères.
Le nom de l'entreprise est naturellement
en majuscules mais on utilisera aussi les minuscules :
1 ALCATEL
2 alcatel
3 ALBERT
4 albert
5 ALCOOL
6 alcool
Chaque ligne est numérotée ; cela permet de dire
:
" Monsieur X, lisez la ligne
6 " (il est très utile d'éviter les confusions).
L'ordre d'apparition des caractères n'est pas toujours
le même.
Les caractères de la machine
à écrire doivent rappeler ceux d'imprimerie, utilisés
pour les journaux, ils renverront aussi à la script par
la même occasion.
Ces feuilles hebdomadaires constituent
les premiers documents du livre de lecture spécifique
au groupe. Elles ont donc une grande importance. Il faut prévoir
les instruments adaptés pour les perforer et les intégrer
dans le classeur individuel. Il se peut que le format trop grand
des classeurs empêche les étrangers de les transporter
avec eux s'ils en ont envie : discuter avec eux du format et
en changer éventuellement.
Il ne faut pas dépasser
la trentaine de lignes, même en révisant le travail
de 3 ou 4 semaines. Surtout, dans ce laps de temps, on renouvelle
le stock aux deux tiers, en gardant les derniers éléments,
naturellement les plus élaborés ; cela veut dire
que, au fur et à mesure que l'on avance dans le cycle,
l'animateur reprend la totalité des fiches hebdomadaires
et, tout en faisant un tri, il les présente sur une seule
feuille, nouvelle, qui finit donc par avoir l'aspect d'une véritable
page entièrement rédigée. Les feuilles
précédentes restent naturellement dans le classeur.
On lit tout ou partie de ces feuilles
(ne pas oublier de numéroter les lignes), à un
moment quelconque de la séance, comme phase de rappel.
Cet exemple concerne un Stade "
Langue parlée ", donc essentiellement oral, où
il faut préparer la lecture et l'écriture.
Le fait que nous ayons choisi pour
la commodité de l'exposé de séparer la
présentation de la dominante orale de celle de la dominante
écrite ne doit donc pas faire oublier que la base essentielle
de ces séances est la discussion. L'activité décrite
ne dépasse pas vingt minutes. Le reste du temps est alloué
au travail oral.
TROISIÈME SÉANCE
La semaine suivante, l'animateur
revient sur l'acquis en faisant un grand usage de l'ardoise,
du tableau, et en veillant à la qualité du tracé
lorsqu'on écrit sur le cahier. .
Par la suite il n'est pas possible de dire, en général,
à quoi doit être consacrée la première
séance, cela dépend de ce que le groupe a réellement
acquis et de la qualité de la discussion, qui peut provoquer
l'apparition de nouveaux mots-signaux. L'animateur veille en
tout cas à réviser la synthèse précédente
par la manipulation des éléments ci-dessus. Il
s'agit en quelque sorte d'un souci de vérification constant
qui apparaît fréquemment au cours de la première
et de la deuxième séance de la nouvelle semaine.
En même temps l'animateur
introduit un autre support, qui sera son souci constant jusqu'à
la semaine nouvelle.
La combinatoire de lettres
La suite de la démarche consiste à réaliser
diverses combinaisons de lettres en se basant sur le matériel
des séances précédentes:
- A partir de AL on propose donc LA (et aussi
al et la).
- A partir de ALI on propose IL A (et aussi il
a) et ensuite IL, en masquant A.
- A partir de MALI on fait lire LIMA, MILA,
LAMI, MIL, en masquant A.
Le but est d'aboutir à une
combinatoire qui est l'indication même de la possibilité
de lecture en soi, par la permutation des éléments
qui produisent un sens différent. Ces travaux se font
au tableau et éventuellement sur ardoise.
On peut penser que les suites ainsi
obtenues, qui n'ont pas toujours le soutien du sens, doivent
être justifiées aux yeux des étrangers :
rien n'est moins sûr. Ce qui arrive, c'est qu'il faut
les justifier aux yeux des animateurs. Ces derniers pensent
souvent qu'il faut se servir seulement de mots " qui existent
" et qui sont d'usage courant ; cette précaution
est parfaitement cohérente avec nos choix pédagogiques,
mais nous ne sommes pas en contradiction avec ceux-ci si, après
le travail très soigné des séances précédentes,
nous aboutissons à sa conclusion logique peu de signes
combinés entre eux offrent un grand nombre de possibilités
formelles ; toutes ne sont pas utilisées dans la langue,
mais pouvoir les discerner et les énoncer est la preuve
d'une familiarisation avec l'acte de lecture qui est par là
même le gage de la réussite de cette même
opération dans d'autres circonstances.
Les étrangers ne s'y trompent pas, qui s'amusent à
cet exercice.
Naturellement, l'animateur est aussi à l'affût
de toute possibilité d'exploitation dans le sens du lexique
et de la morpho-syntaxe ; ainsi, ici, il a posé le problème
de l'espacement qui est résolu en même temps que
celui du sens:
" Monsieur M. a beaucoup de mil chez lui, n'est-ce pas
? Il a du mil, non ? Eh bien, on écrit comme ça.
" Ici, l'utilisation du tableau de feutre avec les éléments
est centrale.
De même, on a fait remarquer
que si tout le monde sait ce qu'est le mil, Lima est un mot
qui existe aussi ; " mila " et " lami "
n'existent pas en français, mais on pourrait parfaitement
trouver des personnes qui s'appellent comme ça. "
Et l'animateur conclut : " Ce qui est important c'est que
vous puissiez voir que c'est ainsi qu'on arrive à lire
des choses, parce qu'on peut combiner et mélanger ces
lettres, cela permet de faire des milliers de mots, c'est ce
que vous êtes venus apprendre. "
|
LA COMBINATOIRE
NE CONVIENT PAS À TOUTES LES CULTURES D'ORIGINE
La combinatoire
de lettres est aisée avec des Ibériques,
et fort appréciée des Africains noirs,
car les jeux logiques de cette sorte appartiennent à
leur culture (qui en fait des éléments
de formation pour les jeunes).
Mais avec des Maghrébins âgés qui
n'ont pas suivi un début de scolarisation à
l'occidentale chez eux, elle est difficile à
réaliser : ils ont été habitués
à respecter la lettre (Le Coran n'est pas seulement
la révélation de l'esprit, mais celle
de la lettre).
Pour bien comprendre les raisons de ces résistances
ou de ces facilités, il serait sans doute nécessaire
de faire des recherches dans les pays d'origine : mais
cela suppose un financement et une volonté politiques
assez rares aujourd'hui. Il faudrait sans doute rechercher
dans le domaine de la sociologie religieuse, des arts
appliqués, de l'éducation des enfants
en milieu dit traditionnel. . .
Au niveau de la pratique il faut dans tous les cas passer
par différents supports et manipulations.
On saura
en tout cas que pour consolider ces combinatoires, pour
aller au-delà de la simple compréhension
du fait. il est nécessaire, pour les cycles qui
s'adressent à des analphabètes en leur
langue, que le temps d'enseignement soit systématiquement
porté à 240 heures consécutives
pour atteindre le seuil de sortie du stade " Langue
écrite et lue 1 ". Il faudra donc que les
deux cycles se suivent, avec au maximum un intervalle
d'un mois, pour que ne jouent pas les phénomènes
d'oubli.
|
EXEMPLE 3 : LES DOMINOS SYLLABIQUES
Après l'utilisation de la
combinatoire de lettres, et sans jamais l'abandonner, la suite
du cycle comporte, les semaines suivantes, la manipulation de
dominos syllabiques.
Il est nécessaire de prendre possession solidement et
lentement des graphèmes : on peut dire que la présentation
du mot-signal (ou du mot-repère) et sa manipulation par
le canal des dominos et de l'ardoise, suffisent pendant les
trois séances de la semaine entre la 40ème et
la 80ème heure du cycle.
Sans reprendre l'exemple ci-dessus
car on peut le transposer facilement présentons-en un
autre.
Si l'on prend donc comme mot-signal de référence
CAFÉ, on aura :
- dans un premier temps, le mot entier (domino, ou photocopie)
;
- dans un deuxième temps, la décomposition en
deux parties : CA / FÉ et sa reconstitution
(ardoise ou dominos) ;
- ensuite, le travail de reconnaissance des majuscules et des
minuscules, immédiatement suivi de
- la réalisation écrite sur le classeur (quatrième
temps).
Cet exercice, divisé en
deux et même trois phases de quelques minutes chacune,
suffit largement à une séance, et doit être
repris la séance suivante en modifiant le support de
manipulation (dominos ou ardoises) et en veillant à la
qualité de la mise en page sur le classeur.
De cette façon, l'exercice est modifié sur le
plan didactique et méthodologiquement, on obtient un
renforcement. La discussion reprend et continue à chaque
phase. Dans la même séance, on procède de
la sorte (sans avoir recours aux dominos ou aux photocopies,
mais seulement au tableau noir) pour encore un ou deux mots
qui reprendront l'un ou l'autre graphème de café,
par exemple cinéma.
Au moment où nous nous plaçons (20e/30e heures
du cycle), les voyelles ont naturellement une grande importance
; au cours de la discussion l'animateur saisit un mot "
utile " (dans notre cas comportant A, E, I, cf.
ALCATEL, ALI, CAFÉ) et l'inscrit
au tableau :
- il le fait lire par ceux qui le peuvent ;
- il fait rechercher ce qui est comparable ;
- il décompose, éventuellement, le mot en
syllabes, sans insister, pour poser les jalons du travail ultérieur
;
- il le fait copier dans son entier, en ayant soin d'effacer
les découpages en syllabes, et reprend la discussion.
A la fin de la séance, on
récapitule ces acquis en faisant lire au tableau. L'animateur
dispose un peu partout sur la surface les mots de référence
en stock (ALCATEL, ALI) et ceux de la séance (CAFÉ,
CINÉMA), en les écrivant trois fois chacun ; il
fait ensuite lire en sautant d'un coin du tableau à l'autre
(c'est un procédé banal pour éviter le
" copiage " auditif) ; il fait ensuite reconnaître
des voyelles :
- en les indiquant avec la pointe du crayon,
- en les entourant (craie de couleur),
- en les écrivant une à une en différents
endroits du tableau.
Il termine par quelques syllabes, en les écrivant ici
et là sur le tableau au fur et à mesure qu'il
demande nommément aux étrangers de les lire.
Au cours des deux autres séances
de la semaine, le groupe disposera du matériel à
manipuler pour café et pour cinéma
seulement; si dans le cours des séances l'animateur met
au tableau MARDI et MERCI, par exemple (toujours
issus de la discussion et choisis parce qu'ils étaient
" utiles ") il les travaillera comme cinéma
et café. Toutefois il n'apportera pas, la séance
suivante, le matériel à manipuler pour merci et
mardi : car il faut que les étrangers approfondissent
le travail avec les deux seuls premiers mots sans courir le
risque d'être submergés par l'abondance du matériel.
Il n'y aura d'autre domino que pour le café et un cinéma.
Cela peut paraître infime,
mais d'expérience il faut procéder ainsi si l'on
veut fixer durablement les lettres et surtout les voyelles !
Au cours des deux séances qui suivent la présentation
de café et cinéma :
- on fera reconstituer ces mots ;
- on demandera de ranger " à l'endroit " les
dominos en vrac ;
- on dictera ces mots, qu'il faudra retrouver dans une série
de dominos.
Ces travaux de reconnaissance sont
constamment jumelés avec des exercices de préparation
à l'écriture. La semaine suivante sera une reprise
des premiers mots-signaux :
- le nom de chacun, le nom de l'entreprise ; café
et cinéma ;
- merci et mardi.
On continuera les planches-modèles.
On introduira aussi des dominos
comportant l'identificatif le plus employé : c'est.
On le considère comme une entité (un logogramme)
sans le détailler. En même temps on introduit quelques
déterminants, les articles défini et indéfini.
Ce matériel permet de construire des propositions.
Il va de soi que, dès
que le stock de dominos dépassera quinze pièces,
il sera possible de dicter - ou d'inciter à trouver -
des mots nouveaux jamais étudiés. On retrouvera
alors la combinatoire (voir plus loin).
|
Quand les membres
du groupe apportent eux-mêmes des imprimés,
ce matériel a toujours la priorité.
Si l'animateur
ne peut pas faire tout de suite des photocopies, il
lance la discussion en demandant à la personne
d'expliquer pourquoi elle a apporté le texte
: on le restitue ainsi dans le contexte. Certaines phrases
peuvent être écrites au tableau pour un
travail de groupe. Pour la séance suivante, il
sera possible d'apporter des photocopies du texte et
de terminer le travail entrepris sur ce dernier.
|
15.3. L'UTILISATION DES TITRES DE JOURNAUX
INTRODUCTION
Nous présentons ici l'utilisation
que l'on peut faire de ce type de matériel pendant le
deuxième palier (60e/120e heures) du cycle 1, stade "
Langue Parlée ", en envisageant uniquement des publics
Africains du Nord ou de l'Ouest. Cette utilisation suppose qu'ils
soient passés par le premier palier.
En revanche, nous ne donnerons pas d'exemple du deuxième
type de public possible (personnes scolarisées dans leur
langue) puisque dans ce cas les titres de journaux peuvent être
présentés plus tôt; nous donnerons des exemples
dans le chapitre suivant.
Indiquons enfin
que la pleine utilisation des titres de journaux se fait en
général au cours du cycle suivant, stade "
Langue écrite et lue 1 " ; on s'en sert toutefois
ici pour d'évidentes raisons de motivation.
Les titres de journaux sont des
phrases réelles ayant un sens plus ou moins condensé
que l'animateur devra choisir en fonction de ce que le groupe
peut comprendre ou des journaux que les étrangers apporteront.
Il lui suffira de donner un coup d 'œil sur les quotidiens pour
choisir en fonction :
- du contexte de l'entreprise,
- du niveau de langue de départ,
- des intérêts actuels et de l'autorégulation
du groupe.
Chaque personne dispose d'une photocopie qui est en général
présentée au début de l'exercice, comme
mise en place du travail à effectuer, de façon
à prendre connaissance de la totalité de l'information.
Certaines personnes déchiffrent comme elles peuvent quelques
syllabes... et l'animateur lit à tous le titre.
PREMIER EXEMPLE : PHOTOCOPIE
D'UN TITRE DE " PARIS TURF "
Présentation du groupe
Nous donnons ici un exemple de travail fait avec un groupe de
Maghrébins. Il s'agissait d'O.S. travaillant à
la chaîne, ayant un certain âge et un temps de présence
en France relativement long. Ils étaient inscrits dans
un cycle 1, stade " Langue parlée ", mais avaient
naturellement manifesté un très vif désir
d'apprendre à lire et à écrire bien que
tous aient accepté de parler longuement : ils savaient
que leur connaissance de la langue orale était nettement
insuffisante. Le travail avec les mots signaux, les planches-modèles
et la fixation de quelques voyelles avaient été
très laborieux. Les dominos n'avaient pratiquement pas
été utilisés (avec certains groupes il
faut procéder avec une extrême lenteur). Les photos
avaient été le support principal de discussion.
Le groupe en était à
sa septième semaine (42 heures), il était donc
important de changer de support, tout en ayant en vue le seul
premier palier.
Le texte
CAGNES : le grand jour !
PRIX DE LA CÔTE D'AZUR
Ce titre avait été
choisi parce qu'un certain nombre des membres du groupe jouaient
au tiercé ; ils en avaient parlé et certains avaient
apporté ce journal. L'animateur a découpé
le titre et a fait une série de photocopies.
A propos des titres des journaux
Ce titre est remarquable par son absence de verbe ; mais les
titres respectent rarement les formes canoniques de la phrase.
Ils ont une syntaxe particulière qui constitue un soussystème
du français ; or ce sous-système est partout présent,
il est difficile de l'ignorer. Comme la ponctuation y joue un
grand rôle, on peut même dire que, de ce point de
vue, le titre en question est un support excellent pour la pratique
de cet élément du système écrit
(dès que le processus de lecture sera entamé il
faudra s'efforcer de rendre la ponctuation par l'intonation.)
Ce journal et ce titre répondent
à une attente spécifique de ce groupe. Après
une ou deux semaines de travail, on introduira les dominos c'est,
ce sont... qui permettront de retravailler le titre et sa ponctuation
(l'animateur fabrique ces dominos avec les tampons).
Le groupe fonctionne comme un ensemble de reconnaissance essentiellement
globale, exprimée par la manipulation des dominos-mots,
si bien que toute l'attention est centrée sur le mot
et non sur la phrase (d'où l'importance de la relecture
de tout le titre par l'animateur et ensuite par les étrangers,
comme de la discussion).
Généralement les séances se succèdent
rapidement et apportent de nouveaux titres qui complèteront
la présentation des formes des phrases. Ici encore jouent
d'une manière évidente les essais de prédictibilité
et les synthèses que les étrangers opèrent
d'euxmêmes. Cela signifie que, après l'introduction
des identificatifs, les étrangers se débrouilleront
relativement vite tout seuls pour réaliser composer d'autres
mots, d'autres phrases.
PREMIERE SEANCE
Démarche de l'animateur
Distribution de la feuille photocopiée (qui sera par
la suite insérée dans le classeur) :
" Regardez " (phase d'appropriation, de reconnaissance
globale). " Qui peut lire ? " (Certains épèlent
a ou gn qui est lu comme gr. Certains se
trompent et lisent i à la place de a ;
l'animateur s'en aperçoit, soit parce qu'ils suivent
avec le doigt, soit parce qu'il contrôle lui-même
systématiquement en pointant avec un crayon la voyelle
en question.
Après chaque tentative l'animateur reprend lui-même
la lecture, sans corriger nommément ni attendre une meilleure
performance, qui actuellement n'est pas possible. Le but de
cette relecture est de rétablir un débit et une
intonation normaux du mot ou de la phrase ânonnée
; il vise une bonne forme sonore liée à la fluidité.
Classiquement, c'est à ce moment que les étrangers
se mettent à sourire, ravis, et qu'ils répètent
avec un débit normal : ils ont compris ce que cela voulait
dire. C'est pour cette raison que l'animateur relit toujours,
pour reconstituer l'unité du débit oral.
Discussion à propos de
la nouvelle
L'animateur relance l'activité de tout le groupe en faisant
référence à ce qu'il vient de lire (Cagnes,
Côte d'Azur, le tiercé, les courses. . .). afin
de tester la compréhension du groupe. Il l'invite à
s'exprimer d'abord sur le mode objectif du contenu et ensuite
sur le mode subjectif de l'expérience. Chacun s'exprime,
et par là même s'éloigne du contenu objectif;
à la fin de chaque intervention personnelle, l'animateur
reconduit le groupe au titre, à l'objet en question :
" C'est ce qu'ils disent ici, sur cette feuille "
Vocabulaire et connotations
Explication sommaire de l'expression
" le grand jour ": " Pourquoi ils disent
grand jour ? Pourquoi c'est un grand jour ? "...
" Parce que c'est le dimanche ", dit un Algérien,
et il veut dire que les tiercés les plus importants se
courent le dimanche.
L'animateur, au contraire, voudrait
aboutir à une autre interprétation : " C'est
un grand jour parce qu'il s'agit d'un tiercé important.
" ; mais il n'insiste pas, le but de cette phase de compréhension
n'est pas d'aboutir à une idée commune, mais de
décrypter le langage journalistique, pour le relier à
un contenu précis. J.'animateur accepte donc toute proposition
montrant que l'étranger a compris la mise en valeur d'un
jour spécifique en relation aux courses de chevaux et
dit en reformulant : " C'est un jour important, c'est une
course importante, c'est un prix important ".
Travail sur la feuille photocopiée
- lecture
Animateur : " Maintenant on
va apprendre ce qui est écrit là-dessus ".
Au tableau : ou / la / e / a /.
Certains lisent. L'animateur relit. En fait il s'agit d'une
révision du travail fait avec les mots-signaux les premières
semaines.
L'animateur efface le tableau et écrit : A, a,
et le a cursif. Nouvelle lecture tant de la part de quelques
étrangers que de l'animateur. Retour à la feuille
pour la reconnaissance de cette voyelle : il faut entourer avec
le crayon
(exemple au tableau).
" Combien il y en a ? - Cinq ".
On procède de même pour i, u, la.
Dominos-mots
Enveloppes individuelles, contenu
et réalisation matérielle. L'animateur a préparé
des enveloppes avec le nom de chacun inscrit dessus ; elles
contiennent des dominos-mots
CAGNES le grand
jour !
PRIX DE LA
CÔTE D'AZUR
La ponctuation sera acquise plus
tard, en la liant à une lecture fluide, lorsque ce titre
sera repris pour consolider les acquisitions. Schématiquement,
on peut dire qu'on travaillera essentiellement l'intonation
pendant la deuxième séance, qu'on spécifiera
le rôle joué par les " : " pendant la
troisième, et que l'on reviendra sur la totalité
du titre lu avec le débit normal (en fait, comme on a
déjà fait remarquer à propos de la bande-reformulation,
il s'agit presque d'une mémorisation) au cours de la
semaine suivante, en feuilletant le classeur.
Les dominos-mots en caractères
majuscules sont dans une enveloppe : on a reporté sur
cette enveloppe à la machine à écrire,
en colonne, le texte de ces dominos de façon à
faciliter le classement que feront les étrangers à
la fin du travail. Ce classement impliquera encore une fois
un exercice de lecture-reconnaissance, un dernier coup de pouce,
si l'on peut dire.
L'animateur, sans retirer la
photocopie, distribue l'enveloppe " dominos-mots ".
La première consigne est de les ranger. La deuxième
est de comparer le texte aux dominos : en comparant, chacun
reproduit le texte avec les dominos. Dans cette phase, bien
entendu, certains ânonnent, d'autres ne font que comparer
silencieusement des graphèmes et personne ne lit réellement
tout l'ensemble.
But de cette phase :
- détruire " l'unicité " du message
; ce sont des morceaux différents et ayant pourtant la
même valeur, le même sens. Reproductibles à
l'infini, ils disent toujours la même chose ;
- faciliter la " mise en page " linéaire, et
pourtant indiquer qu'il y a des positions, grand vient après
le et non l'inverse.
" Mais c'est des dominos, comme au café ! "
s'exclame un Algérien. L'animateur ne leur avait pas
donné ce nom (ne pas surcharger, attendre les réactions,
écouter). On passe quelques minutes à parler du
café et des dominos : tours de table.
L'animateur retire la photocopie ne laissant donc que les phrases
en dominos.
Cela suppose que les dominos-mots soient disposés régulièrement
devant chacun, sur une seule ligne : ce n'est pas évident.
Le rôle des " dominos blancs " est important.
L'animateur doit contrôler chaque réalisation.
Celles-ci ne sont pas statiques ; déjà les étrangers
désorganisent leur bel assemblage pour essayer de le
reproduire sans " modèle ". L'animateur observe
et donne de l'aide seulement si quelqu'un la réclame.
Certains essaient avec plus ou moins de succès de lire
: c'est-à-dire, ici, à la fois de reconnaître
certaines lettres et de retrouver certains mots de la phrase
lue auparavant par l'animateur.
Cette phase de reconstruction sans modèle est longue
; elle est silencieuse et très active dans le sens de
la participation personnelle. L'animateur intervient peu et
seulement après avoir raisonné avec l'étranger
en difficulté les diverses possibilités que celui-ci
a de manipuler à nouveau, différemment : on ne
fait pas " à la place ", ou le moins possible.
Les capacités de chacun sont différentes, mais
cette reconstruction est la base d'une véritable "
prise en main " de l'apprentissage par l'étranger.
La phase d'écriture-copie qui suit prolonge cette activité
dans le même esprit.
Composer de nouveaux mots
Selon le groupe, l'animateur peut
proposer une activité qui complètera celle qui
vient d'être décrite. Il s'agit ici de chercher
avec les étrangers d'autres mots qui ont un élément
commun avec ceux qui viennent d'être manipulés.
L'animateur peut préparer quelques uns des dominos parmi
ceux qui risquent de surgir à partir du titre en question
: il peut proposer de chercher des mots qui commencent par :
CA
CAMION - CA / MION
CABINE - CA / BINE
JOUR - JOURNAL - JOUR / NAL
COTE - COTELETTE - COTE / LETTE
A partir de ces mots proposés
par l'animateur, et dont il a préparé les dominos,
on se trouve en phase de composition (ou d'écriture,
si l'on veut) proprement dite, car il n 'y a pas de planche-modèle
pour composer les mots.
L'animateur propose un paquet de
dominos syllabiques (il s'agit de syllabes orales) à
chaque étranger en lui demandant d'en faire " quelque
chose ".
Au fur et à mesure que tel
ou tel étranger trouve un mot et le compose, l'animateur
le note au tableau, dans les deux caractères.
Remarque
Cette activité, très importante, sera développée
dans un deuxième exemple. Disons simplement qu'ici, on
aurait pu composer :
Le camion
Le journal
et qu'on le fera quelques séances plus tard avec ce
groupe.
Écriture de deux ou quatre mots sur l'ardoise.
Les étrangers disposent
d'ardoises (et de craies, petites éponges ou chiffons)
pour travailler alternativement avec les dominos.
L'animateur écrit au tableau le grand jour en
montrant bien qu'il écrit ce qui est imprimé sur
les dominos. Chacun copie la phrase sur son ardoise. .. et cela
est une occasion pour reprendre quelques planches-modèles
dont l'utilité sera confirmée une fois de plus.
Après ce rapide exercice de préparation à
la véritable écriture, l'animateur redemande d'écrire
le grand jour ; il fait remarquer les améliorations.
Chacun lit et relit les deux versions (majuscules et minuscules)
; il s'agit d'un travail individuel et " murmuré
". Ensuite on écrit d'autres mots, issus des échanges
de cette phase :
Le grand prix
Le grand prix d'Amérique, propose un étranger.
Il gagne le tiercé, dit un autre.
L'animateur écrit au tableau
et, si les propositions des étrangers lui paraissent
trop difficiles pour l'instant, il le signale en proposant de
les garder en réserve, dans un coin du tableau. Il souligne
ce qu'il faut réellement copier (ou le met éventuellement
sur une autre zone du tableau) et les étrangers copient
sur leurs ardoises. L'animateur vérifie :
- la graphie,
- la capacité de lecture (reconnaissance),
- la compréhension.
Restent enfin au tableau - éventuellement écrites
avec une craie de couleur - deux titres :
le grand jour / le grand prix
ou trois mots
le prix / le tiercé /le
grand jour
que l'animateur fait lire à
tout le monde en un ou deux tours de table rapides. Chaque mot
ou phrase aura été écrit sur l'ardoise
et lu plusieurs fois par tout le monde.
Rappelons que ce qui est décrit ici comme un continuum
est entrecoupé de moments très nombreux de discussion
et d'observations sur levécu :
" Jouez-vous au tiercé ?
- Connaissez-vous des gens qui ont gagné ? "
UNE RECHERCHE INTERCULTURELLE A
PROPOS DE RANGEMENT
La consigne de " rangement " ne peut être
que très vague :
Nous ne savons pas s'ils
comprennent vraiment dessus, dessous,
en colonne ; ou bien pareil, mettre
avec. . . parce que la situation est nouvelle
pour eux. Ils ont rangé des milliers de fois
des outils ; s'ils ont fait l'armée ils savent
très bien ce qu'est se mettre en colonne...
mais dans ce cas ils éprouvaient cette "
mise en ordre " au niveau du corps tout entier,
non au niveau d'un travail musculaire très
fin, inconnu et pourtant tellement valorisé
qu'il en devient mythique.
De plus, notre objectif
n'est pas exactement un rangement, mais une comparaison-rangement.
Il s'agit de sérier dans une foule d'éléments,
investis de plusieurs fonctions. Que font-ils, au
fait, lorsqu'ils les rangent ? Il y entre plusieurs
composantes :
- haut / bas,
- symétrie : d peut être lu p
(prendre la précaution de souligner le bas
du domino quand il s'agit d'une seule lettre),
- majuscules,
- minuscules (et en arrière-plan il y a la
cursive),
- linéarité (d'un tas de dominos en
vrac il faut aboutir à des correspondances
avec un modèle développé linéairement
!
- lecture, car en fait ils sont là pour
apprendre à lire, et tout ce qui s'est passé
auparavant tournait autour de cet apprentissage si
désiré. En fait la consigne doit être
vague, car nous ne savons pas par quels cheminements
précis ils arriveront à les ranger quand
même : parce qu'ils y arrivent de fait.
|
Écriture sur le cahier
:
- Mettre la date (chaque jour une feuille nouvelle).
- Restent au tableau pendant la dictée les seuls mots
que l'animateur entend faire apparaître sur le classeur
;
- l'animateur, après avoir dicté le premier mot,
fait le tour et contrôle immédiatement. Il précise
la consigne : " Les autres, vous les écrivez dessous,
en colonne " ou encore " Les autres vous les écrivez
à la suite, sur la même ligne " ;
- l'animateur dicte au total deux ou trois mots avec leur article
ou le possessif.
Il est préférable
que les mots soient en colonne, cela fait mieux ressortir le
rang de l'article et du nom... Mais en fait, ce qu'il faut obtenir
c'est que l'étranger comprenne la consigne, et qu'il
arrive à une mise en page régulière, claire.
On se servira des éléments componibles pour visualiser
la consigne.
Insister pour que les étrangers écrivent gros,
même et surtout ceux qui sont déjà scolarisés.
Le conseil est valable pour tous les stades.
Ensuite les cahiers sont fermés pour éviter que
cette phase d'écriture soit indéfiniment reprise
par la copie, qui est uniquement dressage.
Pour mémoire :
On entame une autre discussion selon la technique habituelle,
soit qu'on reprenne le thème du tiercé et des
courses, soit qu'on exploite l'une ou l'autre des observations
recueillies au vol pendant la séance, soit que l'on parle
de tout autre chose.
Reformulations de la part de l'animateur et " tour de table
".
Alternance discussion-lecture-écriture
à propos du titre
Dans la réalité, cette séance " titre
du journal " a duré en fait soixante minutes, car
chaque phrase mentionnée donne l'occasion d'une discussion,
d'une reformulation et de tours de table (mais naturellement
toute l'attention est concentrée sur le titre) .
Cela est normal, car il s'agissait de présenter pour
la première fois un nouveau support ; par la suite l'animateur
pourra ramener ce travail à une trentaine de minutes
sur les 120 de la séance. L'apprentissage y gagnera parce
que, comme les consignes seront connues, il n'y aura pas de
temps morts : les étrangers savent ce qu'ils ont à
faire.
On a intérêt à faire dès que possible
trois moments d'écriture, le premier étant le
travail sur le titre, pour pouvoir arrêter la discussion
à deux autres moments pour écrire quelque chose
qui synthétise ce que l'on vient de dire : la production
réelle du groupe, basée sur la relation affective
qu'entretient telle personne avec le tiercé, par exemple.
DEUXIÈME SÉANCE
La deuxième séance
consistera en une phase de rappel qui peut se passer indifféremment
au tableau, ou en relisant la feuille photocopiée avec
le titre entier. Le but est de remettre en mémoire la
totalité de l'information pendant quelques minutes. Ensuite
l'animateur écrit au tableau l'un ou l'autre mot
La prix / le jour
Qu'il fera lire et écrire à nouveau sur les ardoises.
Il demandera si quelqu'un se souvient
des mots nouveaux, ceux qui n'étaient pas dans le titre
mais qu'on avait ajoutés à partir des dominos.
A ce moment-là, il peut reprendre les ardoises ou envoyer
une ou deux personnes au tableau. Tout cela ne prend pas plus
de 5 minutes.
Par la suite la discussion redémarre normalement sur
un sujet quelconque : le centre de gravité de la séance
se déplace vers de nouveaux thèmes. L'animateur
reprendra encore une fois les dominos et fera composer trois
ou quatre mots de la séance précédente
(5 minutes).
II en fera écrire un ou deux sur le cahier, ayant au
préalable fait copier une planche-modèle en soulignant
l'utilité de cet entraînement. En fin de séance,
il fera copier un mot issu de la discussion (et il préparera
chez lui les dominos correspondants pour la séance suivante
: séance de synthèse).
Il prépare aussi une "
feuille de synthèse " où l'on retrouve à
nouveau le titre et les mots composés avec les dominos
reproduisant les structures à noyau syllabique. Voilà
une nouvelle page ajoutée au " livre de lecture
".
DEUXIÈME EXEMPLE : TRAVAIL
SUR LES SYLLABES
Le groupe
Stade " langue parlée " deuxième palier.
80è heure. Algériens résidant en France
depuis plus de cinq ans.
Matériel
Choix du titre et découpage des dominos en fonction d'objectifs
précis de Lecture - Écriture.
UN / IN / SPEC / TEUR / DES / IM / PÔT / S / EST / EN
/ LEVÉ / À / MAR / SEILLE /
Ce découpage permet de lire
des groupes graphiques appuyés sur une voyelle, sauf
le s du pluriel, désinence qui peut être réutilisée
dans un travail singulier / pluriel.
Le problème du découpage se pose également
pour les espaces en fin et début de mot; il s'avère
qu'il vaut mieux découper les groupes graphiques au ras
des caractères et utiliser des dominos blancs, qui seront
à intercaler entre les différents mots pour habituer
les étrangers à isoler les mots, c'est-à-dire
à analyser dans l'écriture.
Présentation
- enveloppes complètes,
- séries numérotées,
- nombre de pièces écrit sur l'enveloppe.
Utilisation
C'était la première
fois qu'on travaillait avec ce type de matériel ; l'animateur
a donné les enveloppes que chacun a vidées et
manipulées longuement ; spontanément des mots
ont été constitués :
AMAR
UN MARIN
UN POT
La syllabation de MARIN est naturellement
MA / RIN, mais il serait mal venu de refuser le mot parce que
la syllabe donnée est MAR. En fait, la coupure syllabique
(graphique ou orale) apparaît à de nombreux étrangers
beaucoup moins importante que la possibilité combinatoire
: MAR - IN.
Cela fortement souligné,
on ne pourra pas se dispenser de rationaliser l'effort et de
séparer combinatoire et syllabation, dans les cycles
suivants surtout.
Consignes
La première consigne, après ce moment de découverte,
a été d'ordre général : " Mise
en ordre " (on voulait voir quel type de mise en ordre
pourrait s'opérer). En fait les étrangers, ont
mis les dominos à l'endroit.
Il semble que, si l'on veut effectuer
une recherche de syllabes par la suite, il soit préférable
de mettre les dominos en colonne. Plus tard on pourra envisager
de les regrouper dans un ordre plus précis.
Deuxième consigne :
" Qu'est ce qu'on peut faire avec ça ? "
ressortent spontanément les mots
AMAR
UN MARIN
UN POT
On vérifie que les mots créés spontanément
sont compris par tous, et cela renvoie au " tour de table
" qu'il faut constamment avoir présent à
l'esprit.
Cela permet aussi d'éliminer
ou maîtriser le " copiage " quand, sans avoir
compris, certains font comme le voisin.
D'autre part, il faut veiller à
ce que l'article soit utilisé devant les noms communs
: c'est souvent une syllabe que l'on retrouvera ailleurs. Nous
cherchons ensemble des phrases où chaque mot pourrait
être utilisé, elles ne seront pas écrites
avec des dominos mais intégreront les mots de la "
phrase-mère " dans une situation :
AMAR A PRIS UN POT AVEC UN MARIN.
Si on avait le temps (et en tout
cas à la séance suivante) on pourrait les "
écrire ", les transcrire donc. On les retrouvera
dans la phrase de synthèse, le vendredi.
Troisième consigne :
L'animateur dicte des mots à reconstituer avec les dominos.
On commence par celui qui est supposé le plus connu (graphiquement
/ visuellement)
MARSEILLE.
Le praticien fait ici un choix
: il tient compte du fait que la migration de ce groupe-ci passe
par Marseille, et ne suit pas la logique grammaricale, qui commanderait
de commencer par :
- un inspecteur est enlevé,
- un inspecteur des impôts est enlevé,
- un inspecteur des impôts est enlevé à
Marseille.
De fait dans la discussion et l'appropriation
les choses se passent autrement : ce qui est connu est Marseille,
seule réalité directement appréhendée
par les étrangers, intégrée ; le reste
est au contraire apport de l'animateur et donc discussion plus
ou moins laborieuse pour savoir ce que cela veut dire. . . On
commence par ce qui est terre ferme, c'est le cas de le dire.
En général, les étrangers du groupe réussissent
la tâche proposée, mais ils ont tendance à
s'intéresser seulement aux premières lettres du
groupe syllabique, ce qui donne par exemple :
MAR / SPEC /
Il faut donc qu'ils lisent le domino
en entier avant de le choisir, d'où l'utilité
- plus tard de mettre les dominos en colonnes commençant
par la même consonne. Le problème posé par
la ressemblance phonique de IN et UN nous amènera plus
tard à un exercice. A ce stade ils ont tendance à
réaliser :
UN / SPECTEUR
ou IN / SPECTEUR ou IM / SPECTEUR
D'autres disent qu'il manque un
domino NIN, ou encore qu'il manque un domino ZIM,
cherchant par là une trace graphique de la liaison orale
: un-inspecteur des-impôts
Exploitation :
Un des objectifs du travail sur
cette phrase était de travailler sur des graphèmes
aisément confondus : UN / IN / IM /
il a fallu dégager quelques règles simples d'orthographe
(UN était connu) on peut remplacer IN par IM devant P
et B).
La phrase entièrement reconstruite
et expliquée du point de vue de l'orthographe, on vérifie
la compréhension. On se plonge alors dans une phase de
" contemplation / lecture " - manipulant les dominos
et les remettant en ordre spontanément chacun ânonne
sa phrase et la fixe.
L'animateur distribue les photocopies
sur lesquelles la phrase n'est pas découpée :
ils comparent et reproduisent spontanément la mise en
page de la photocopie avec les dominos.
Écriture (copie)
La phrase est au tableau, en majuscules et en cursive.
Ils regardent, comparent, et copient
sur leur cahier. Lorsque ce travail de copie est terminé,
nous reprenons les dominos pour travailler sur un problème
particulier : celui de la mise au pluriel.
UN INSPECTEUR / DES INSPECTEURS
UN IMPÔT / DES IMPÔTS
UN MARIN / DES MARINS
Selon les acquis du groupe on pourra
envisager :
- la phrase au tableau, en majuscules et en cursive: les étrangers
regardent, comparent, copient sur leur classeur
- à partir de la phrase de base écrite au tableau
l'animateur incite le groupe à trouver, avec à
peu près les mêmes mots, une formulation différente.
Il va de soi que ce genre de travail est assez difficile et
qu'il ne peut pas être proposé à n'importe
quel public. En tout cas on pourra avoir (c'est l'animateur
qui écrit au tableau) :
- Enlèvement par des bandits d'un inspecteur des impôts,
Marseille : enlèvement d'un inspecteur, Encore un enlèvement
à Marseille.
Critique
Le projet de travail sur des syllabes
phoniquement semblables, ou proches mais orthographiquement
différentes (car plusieurs graphèmes transcrivent
ce qui est ici considéré un seul phonème),
était peut-être un peu ambitieux dans un premier
temps, surtout parce que la syllabe choisie était prononcée
par les étrangers comme l'article UN.
D'autre part le texte comportait
deux liaisons ; or la liaison déplace la frontière
syllabique. Si l'étranger travaille mentalement à
partir de ce découpage (mais cela est une hypothèse
que nous faisons sur son comportement, non une certitude) il
est normal qu'ayant prononcé mentalement
UN-NINSPECTEUR DES-SIMPOTS
il cherche le domino NIN
et le domino ZIM qui, bien entendu, ne sont pas là.
Ce qui est apparu important :
- la manipulation active,
- la " contemplation " - " intégration
", par un effort constant de construction - lecture, chacun
à son rythme en travail collectif (tour de table), et
individuel.
La même pédagogie, mais méthodologies
didactiques différentes :
On aura remarqué que la
procédure de présentation de ce titre est exactement
l'inverse de celle du titre précédent : ici les
enveloppes ont été distribuées en premier
lieu, et le travail sur la feuille photocopiée a conclu
la phase d'appropriation et même de création de
nouveaux mots.
En règle générale,
il semble plus simple de commencer par la photocopie : mais
cette autre façon de faire est parfaitement admissible
surtout si, comme c'est le cas, il s'agit d'un groupe d'Algériens
(mixte) qui travaille depuis désormais 80 heures et qui
a derrière lui une approche très sérieuse
de l'écriture à la suite d'un long travail sur
les mots signaux et les planches-modèles.
Il est utile dans un groupe de
présenter l'un et l'autre déroulement pour renouveler
la façon d'approcher ce support en sollicitant la réflexion
des étrangers.
CONCLUSIONS ET RÉSUMÉ
Le choix du premier support
est justifié par la motivation du groupe qui souhaitait
lire des choses réelles et qui, dans les discussions
précédentes, avait parlé de tiercé
; le deuxième avait pour raison l'actualité.
Les titres choisis sont
relativement simples : le gnes de Cagnes a été
passé sous silence et le eur d'inspecteur est un affixe
extrêmement courant.
Le déroulement de l'apprentissage,
relayé par les dominos, les ardoises, les planches-modèles
est extrêmement lent : le titre suffit pour la semaine
entière, car il faut essentiellement : mettre en place
les noyaux syllabiques, réviser les voyelles, réviser
l'intonation.
La composition de " nouveaux
mots " à partir des noyaux syllabiques et l'apparition,
sous forme de dominos-mots et dominos syllabes, de termes qui
synthétisent les discussions de chaque séance,
permettent de renouveler et d'enrichir le stock initial constitué
par le titre. Cela évite en fait tout automatisme et
fait appel à la combinatoire.
La présentation de dominos
comme " c'est " et " ce sont " et des déterminants
permet la construction non seulement de nouveaux mots mais de
nouvelles phrases. Cela renforce l'intérêt pour
le travail produit en propre par le groupe.
Un nouveau titre n'apparaîtra
qu'après une deuxième semaine de manipulation
(basée notamment sur les deux derniers points et la nouvelle
quantité d'informations viendra se greffer sur une manipulation
qui aura duré assez longtemps pour que tout le monde
soit réellement familiarisé avec les dominos.
Se familiariser ne signifie nullement
avoir appris définitivement; mais cela signifie qu'un
certain seuil d'autocorrection a été rejoint par
la plus grande partie du groupe (2/3) qui sera capable de reproduire
la bonne forme graphique, lors d'une erreur, si l'animateur
rappelle " Pensez à Marseille, comment vous écririez
Marseille ? "
Naturellement on peut dire que, à ce rythme, le contenu
du titre disparaît et qu'il n'est plus qu'un prétexte.
Cela n'est pas faux : mais reste que ce support est réaliste
et que les étrangers le considèrent comme hautement
valorisant, autrement ils n'en apporteraient pas eux-mêmes.
Il reste entendu que ce travail
est toujours du niveau du déchiffrage et que pour le
consolider il faut un nouveau cycle : stade " Langue écrite
et lue 1 ".
Dès que l'animateur se sent capable de maîtriser
la technique que l'on vient d'exposer, et qui a l'avantage de
lui permettre de préparer son intervention chez lui à
tête reposée, il sera opportun de travailler directement
avec le matériel issu de la discussion, avec peut-être
moins de préparation mais plus d'attention à la
situation immédiate du groupe. Il faudra donc qu'il prévoie
des tampons, (ou des gros feutres, mais la normalisation standardisée
des lettres s'en ressentira), des bandes de carton de la largeur
voulue (+ 3 centimètres) et au moins trois paires de
ciseaux : il est très important que les étrangers
confectionnent eux-mêmes, de temps en temps, certains
dominos).
NB : C'est à l'animateur
que revient le soin de préparer les séries de
dominos, une pour chaque étranger. Mais dans ce travail
il sera d'abord aidé par les étrangers, ensuite
- comme il laisse le matériel à la disposition
du groupe -, les plus rapides se construiront des dominos ;
enfin, quand tout le monde sera réellement familiarisé
tant avec cet instrument qu'avec les combinaisons les plus fréquentes,
il.sera possible de pousser chacun à produire lui-même
du matériel.
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