Issu
d'un reportage effectué en 1979 auprès de travailleurs étrangers
résidant en France, de leurs familles, de la population et de l'administration
françaises, ce montage a été conçu comme un outil
d'animation dont la fonction était de provoquer une discussion et un échange
sur le rapport qu'entretient la société française avec ses
"travailleurs migrants".
Ce document
ne prétendait pas présenter un exposé objectif de la situation
mais il se voulait le prétexte à un échange d'expériences
et de points de vue au moment où le gouvernement engageait une réforme
de la règlementation concernant "les conditions de séjour et
de travail des étrangers en France".
Plus
de 25 ans se sont écoulés et l'on est étonné, surpris
et peut-être déçu, de voir que les termes de la question n'ont
que bien peu évolué...
Transcription
de la bande sonore :
(Interviews
: Jean-Paul Desgoutte ; photographies : Frédérique Simon et Xavier
Anquetin)
" On évite les histoires.
On ne veut pas avoir beaucoup d'ennuis, surtout avec la police, parce que des
fois on tombe sur des agents qui sont un peu polis quand même et puis la
plupart ils sont pas tellement polis... Enfin, peut-être, je peux dire question
un peu de racisme, peut-être ?"
"
Moi, elle m'a servie. Je voulais des timbres, c'était rien, elle était
très polie, la dame, très gentille. Deux minutes après, j'accompagne
une autre qui parlait assez pour se faire comprendre mais pas très bien...
Je vous assure qu'elle lui a dit de remballer et de partir... Quand on comprend
pas, on demande rien, elle lui a dit. C'est une réponse à faire,
ça ? J'ai jamais vu ça, moi ! "
"
Des fois, je prends le métro, je m'assieds à côté d'une
dame... que ce soit, je sais pas, moi, certainement c'est une Française,
des fois, elle me regarde, elle change la place, elle change la place, vite fait.
On dirait qu'elle a eu peur de moi ou que je vais la salir! J'en sais rien, moi.
Je sais pas qu'est-ce qu'elle pense... "
" Pour le Français, on
est l'autre. On n'est pas Français... on est l'autre ! "
"
Pour dire franchement, on a beaucoup de difficultés en France, beaucoup,
hein! "

"
Je crois que le premier souci du gouvernement a été de stopper,
de stopper les entrées. C'est réalisé. Il n'y a pas d'introduction
de travailleurs immigrés nouveaux. Maintenant, la deuxième étape
a été de mettre en place un dispositif d'aide au retour par des
moyens financiers, ce qu'on a appelé un peu rapidement le million. La troisième
étape, c'est de trouver un type de renouvellement des titres de travail
en fonction de la situation du marché de l'emploi, c'est, dans l'avenir,
de ne renouveler les titres de travail qu'en fonction de nos possibilités
économiques en France. "
"
Je suis tourneur et je me présente à l'embauche et puis ils préfèrent
toujours des Français, quoi ! On dit " Mais voilà, vous êtes
étranger" et là qu'ils n'ont pas de boulot, ben, ils essaient
par tous les moyens de nous mettre à la porte... "
"
Enfin, à ce moment, les étrangers ils ont du mal à être
embauchés dans les usines. Je vois beaucoup qui se promènent avec
leur carte de chômage. Ils se présentent et puis ils pointent leur
carte de chômage et ils s'en vont. "
"
Il y a de plus en plus une opinion au niveau des employeurs qui dit " Bon,
ben, il y a du chômage, on vous propose des postes, alors envoyez nous des
Français ".
"Bon, on a un métier,
on a appris un métier, pourquoi on pourrait pas travailler? C'est parce
que la nationalité on est Algérien... parce qu'on est Algérien,
on peut pas travailler. "
" Premièrement
qu'on voit, c'est la tête. Si on a la tête d'un étranger, c'est
plus difficile, hein !"
" On voit une
annonce, on téléphone, on nous dit : c'est d'accord de venir ! ".
Quand on vient, quand on voit qu'on est Noire on nous dit : " c'est désolé,
la place est prise... "
"
Ou bien " on vous écrira ! ". On connaît le truc, hein
!
"
C'est normal, les Français sont tout le temps les Français ! Même
s'ils sont bons à rien, Ils sont tout le temps les Français, vous
comprenez ? Les étrangers, s'il va demander du travail à n'importe
quel coin, on lui dit : " Qu'est-ce que vous êtes ? Vous êtes
étranger, alors fous le camp voir votre pays ! " Il nous dit comme
ça. C'est les réponses qu'on nous fait. C'est dur la vie. "
"
Nous pensons qu'effectivement, à partir du moment où les gens sont
venus en France pour y travailler et que manifestement - pour y travailler et
non pour y résider définitivement - et qu'il y a fort peu de chances
qu'ils puissent se reclasser et retrouver un autre emploi, on peut se poser effectivement
le problème de leur présence en France et de savoir si... si nous
devons continuer à... à... à assurer, à les maintenir
dans notre système d'indemnisation et de chômage."
"
Quand il y a du travail, on veut bien l'exploiter et quand il n'yen a plus, on
le renvoie chez lui ! Alors, je trouve ça assez
Non, je trouve pas
ça normal. "

"
S'il a pas de travail, oui, pour moi c'est normal. S'il travaille, non, c'est
pas normal, mais s'il est au chômage, s'il a pas de travail, c'est normal
qu'il retourne dans son pays. "
" Je
pense qu'il y a trop d'étrangers qui travaillent en France et il y a beaucoup
de Français qui sont au chômage, et... "
"
Non, c'est pas valable, parce qu'ils ont travaillé, ils ramassent la merde
des Français et puis après on les vire comme ça ! C'est pas
valable. "
" C'est une forme de racisme,
hein ? Il n'y a pas de doute possible, c'est une forme de racisme ! C'est de la
xénophobie, ni plus, ni moins ! A savoir que à partir du moment
où le gars est étranger on le refoule mais quand on en a besoin,
on ouvre larges les frontières. Moi, je trouve ça totalement anormal
et immoral, sur le fond de la chose, immoral même. "
"
Toutes les prévisions économiques que l'on peut faire - et ce ne
sont pas des prévisions économiques propres à la France -
font que finalement, au cours des vingt prochaines années, la situation
de l'emploi ne va pas évoluer en volume d'emplois, que nous allons avoir,
jusqu'en 85 au moins, des années pleines de jeunes qui vont arriver sur
le marché du travail à raison de 100 à 250.000 personnes
et que par conséquent nous allons avoir toujours cette distorsion entre
le nombre de gens susceptibles d'occuper un emploi et les possibilités
de création d'emplois. Alors, ça conduit à s'interroger effectivement
sur le problème de la présence des travailleurs immigrés
et à souhaiter finalement la diminution progressive de ce nombre de travailleurs
immigrés. "
"
Les enfants des immigrés, ils auront pas mal de problèmes. En France,
ils seront pas considérés comme Français, en Algérie,
ils ne seront pas considérés comme Algériens. C'est des enfants
qui seront déchirés entre deux civilisations. "
"
Donc, je suis retourné là-bas. C'était différent d'ici,
quoi ! Je n'avais pas de famille, je ne connaissais personne. Je me sentais, enfin,
étranger, je me sentais plus étranger que en France, peut-être.
"
" Quand on est là-bas
on se sent un peu étranger, et quand on est ici, c'est pareil ! "
" On est étrangers dans les deux pays ! "
QUELQUES CHIFFRES ET COMMENTAIRES réunis
à l'époque de la réalisation du document
A)
Nombre d'étrangers en France
4.000.000,
environ, au 1er Janvier 1974 dont 2.000.000 salariés, 800.000 femmes (dont
300.000 actives) et 800.000 jeunes de moins de seize ans (auxquels il faut ajouter
140.000 enfants de moins de 16 ans de la Région Parisienne dont la nationalité
n'a pas été établie), soit :
7,7 % de la population
totale, 8,5 % de la totalité des salariés, 6 % de l'effectif scolaire
total
De 1962 à 1968, un tiers des emplois créés dans
l'industrie française étaient occupés par des travailleurs
étrangers.
67 % de la population étrangère vit en France
depuis 12 ans ou plus.
B} Origines
| | 1963 | 1974 | 1976 | 1979 |
| Algériens | 480.000 | 845.694 | 884.320 | 819.053 |
| Marocains | 70.000 | 269.000 | 322.000 | 385.991 |
| Tunisiens | 46.500 | 149.000 | 267.500 | 180.429 |
| Portugais | 150.000 | 812.000 | 859.000 | 873.736 |
| Yougoslaves | 21.000 | 79.000 | 78.000 | 73.232 |
Turcs | | 86.000 (environ) |
On relève que près de 1.500.000 travailleurs étrangers
sont musulmans.
| | 1963 | 1974 | 1976 | 1979 |
| Italiens | 688.000 | 573.000 | 558.000 | 496.079 |
| Polonais | 153.000 | 92.000 | 86.000 | 74.364 |
| Belges | 83.000 | 64.000 | | 63.423 |
| Espagnols | 585.000 | 570.000 | 531.000 | 457.134 |
A noter :
Forte densité de la population de 20 à 44 ans (50 %) donc dans la
tranche d'âge la plus active.
Population
portugaise et maghrébine en forte majorité masculine.
Population espagnole très jeune et en majorité féminine (de
15 à 25 ans).
Immigration italienne
se renouvelant peu.
Poussée de
l'immigration turque.
Immigration africaine,
en progression constante; 100.000 personnes environ vivant essentiellement en
région parisienne et en Seine Maritime principalement Sénégalais,
Maliens et Mauritaniens.
A strictement
parler, les Antillais, Réunionnais, etc. ne font pas partie des étrangers
quoiqu'ils partagent dans bien des cas leur situation particulière.
C)
Répartition géographique
La
répartition géographique de la population étrangère
se caractérise par une forte concentration dans trois régions :
Région parisienne : 1.523.518 personnes, soit 36,3 % de la population
étrangère en France et 16,2 % de la population totale (Français
+ étrangers) de la région ;
Rhône-Alpes : 535.569 soit respectivement 12,8 % et 11,2 % ;
Provence-Côte d'Azur : 404.504 soit respectivement 9,6 % et 11 %.
Au
niveau communal, en dehors de Paris et de la Région Parisienne, les principales
implantations sont les suivantes (au 1er Janvier 1975) .
| Lyon | 116.548 |
| Marseille | 112.061 |
| Lille | 88.748 |
| Grenoble | 59.323 |
| Nice | 34.693 |
| Toulouse | 33.840 |
| Saint-Etienne | 31.311 |
| Strasbourg | 31.200 |
(sources : liaisons sociales 5 août
1976)
D) Divers modes d'arrivée
(jusqu'en Juillet 1974)
Librement en tant
que ressortissants de la Communauté Européenne ou des Etats membres
de l'ex-Communauté française.
Après avoir rempli les conditions fixées par l'Office National d'Immigration.
Selon les termes des accords bilatéraux entre Etats (ressortissants algériens
jusqu'en Septembre 1973)
Clandestinement
ou avec un passeport de tourisme régularisé sur place (jusqu'en
Novembre 1973).
E) PROJET DE LOI RELATIF
AUX CONDITIONS DE SEJOUR ET DE TRAVAIL DES ETRANGERS EN FRANCE (dit projet STOLERU,
1979).
"Article l'' - (L 341-4).
Un étranger ne peut exercer une activité professionnelle salariée
sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée
à l'article L. 341-2. Cette autorisation est, pour les résidents
ordinaires, valable pour une durée de trois ans. Elle est délivrée
dans des conditions qui sont fixées par décret en Conseil d'Etat".
"Article
2" - (L 341-4-1). L'autorisation de travail peut être retirée
lorsque l'étranger se trouve sans emploi depuis plus de six mois. La rupture
du contrat de travail pour retour tardif d'un étranger à l'issue
d'une période de congés peut également motiver le retrait
de l'autorisation de travail."
"Article
3" - (L 342-5). Dans des conditions déterminées par un décret
en Conseil d'Etat, le Ministre chargé du Travail peut fixer, par département,
et en fonction de la situation
de l'emploi, le nombre maximum de renouvellements
d'autorisations de travail qui pourront être effectués chaque année
au profit de travailleurs étrangers permanents."
"Article
4" - (9-1). La carte de séjour d'un travailleur étranger est
retirée lorsque son autorisation de travail lui a été retirée
dans les conditions prévues à l'article L 341-4-1 du Code du Travail
ou ne lui a pas été renouvelée en application de l'article
3 du même Code sauf si celui-ci justifie de ressources stables et suffisantes
ne résultant pas de l'exercice d'une activité professionnelle salariée."
"Article
5" - La carte de séjour de résident privilégié
peut être délivrée sur sa demande à l'étranger
qui justifie en France d'une résidence non interrompue d'au moins vingt
années ainsi que du paiement des impôts exigibles à la date
de la demande. Elle est valable dix ans et renouvelable."
Le
projet de loi dit "STOLERU" a été retiré sine die
de l'ordre du jour de l'Assemblée.
F.
QUELQUES DECLARATIONS OFFICIELLES SUR L'IMMIGRATION, LE SEJOUR ET LE TRAVAIL D'ETRANGERS
EN FRANCE
" L'immigration est un moyen
de créer une certaine détente sur le marché de l'emploi et
de résister à la pression sociale. " Georges Pompidou, devant
l'Assemblée Nationale, 1963.
" Une
immigration étrangère importante constitue un instrument incomparable
de lutte contre l'échauffement conjoncturel ". (M. Massenet, Directeur
de la Population et des Migrations, avril 1966).
"
L'immigration clandestine elle-même n'est pas inutile car, si l'on s'en
tenait à l'application stricte des règlements et accords internationaux,
nous manquerions peut-être de main-d'oeuvre." (M. Jeanneney, 28.3.66).
"
Un pays doit avoir une politique claire d'immigration. Que peut être cette
politique pour la France ? Elle consiste à distinguer deux groupes : les
personnes qui sont venues vivre en France, y travailler, qui, en fait, font partie
de notre vie nationale, même quand elles conservent leur nationalité
d'origine. Elles doivent pouvoir continuer à rester en France, même
si elles rencontrent dans leur travail, dans leur vie personnelle, telle ou telle
difficulté. On ne peut pas leur dire de quitter notre territoire national
parce que la conjoncture change."
"
Il y a, en revanche, ceux qui sont venus en France chercher un travail temporaire.
Notre législation doit être telle que lorsqu'ils trouvent ce travail
temporaire, ils aient les titres de séjour et de travail correspondants.
S'ils ne le trouvent pas, ces titres de séjour et de travail ne doivent
pas être renouvelés. Cela est prévu par la loi ... "
Extrait de l'allocution télévisée de V. Giscard d'Estaing,
Président de la République, le 19 Juin 1979.
G)
ECHOS DANS LA PRESSE
" Il ne s'agit
pas de se lancer sur la voie des rapatriements brutaux et massifs" des étrangers,
a déclaré M. Stoléru, secrétaire d'Etat à la
condition des travailleurs immigrés, lors du discours de clôture
des "journées nationales du dialogue Français - immigrés"
qui se sont déroulées à Paris les 30 et 31 mai. Et pourtant,
précisant le sens du projet de loi concernant l'expulsion des immigrés
clandestins, qui vient d'être voté par l'Assemblée nationale,
il a évalué de deux cent mille à trois cent mille le nombre
d'étrangers qui, ne possédant ni carte de séjour ni carte
de travail, devront quitter progressivement le territoire français. Dans
une période où les perspectives économiques sont moins favorables,
le projet viserait, avec les mesures déjà prises de "verrouillage
de l'immigration nouvelle" et d'aide au "retour volontaire", à
transformer le flux migratoire, jusque-là positif, en flux négatif.
(Le Monde 2/6/79)
"
Frère, il faut partir. C'est, au mieux, par cette formule désabusée
que bien des Français voudraient mettre un terme au problème des
immigrés. Les pousser gentiment dehors sans qu'ils récriminent.
Ainsi se dissimuleraient nos humeurs racistes ou xénophobes sans que l'on
perde de vue pour autant les nécessités de rester entre soi pour
mieux se partager le travail.
Les préfets
deviendront-ils les exécuteurs des basses oeuvres de la loi du marché
? Du temps de la " prospérité inflationniste ", rien n'était
trop beau pour attirer la main-d'oeuvre étrangère. Les situations
les plus illégales se régularisaient sans tarder. Le bâtiment
allait bon train, les poubelles se vidaient sans à-coups. Ce n'est plus
vrai aujourd'hui. Le "réalisme" commande sans doute de fermer
les frontières, ou du moins de ne les ouvrir que dans le sens du retour.
Mais la ligne de partage est bien mince entre ce qui paraît dicté
par les difficultés économiques et ce qui subsiste de méfiance
raciale. Le défaut de mobilisation réelle contre les projets en
cours montre que l'indignation, jusqu'à présent, n'est pas telle
qu'elle suscite une réaction unanime et spontanée. "
(Le
Monde Juin 1979)
" HAMEIDA a épousé
une Française en 1967, il a trois enfants. L'Administration refuse de lui
renouveler "ses papiers" en 1978. Il est expulsé mais, ne pouvant
supporter d'être séparé de ses enfants, il revient en 1979.
Sur dénonciation, il est arrêté et fait huit mois de prison,
il ne désire qu'une chose : travailler et vivre auprès de sa femme
malade et de ses enfants. Il avait demandé à plusieurs reprises
la nationalité. française, jamais il n'a eu de réponse ..."
Extrait de "Messages du Secours Catholique"
n° 317.
" Confronté au statut
de l'étranger résidant en France, le législateur a toujours
un partage difficile à faire : entre la tradition libérale qui est
la nôtre et les nécessités de l'ordre public. L'Assemblée
nationale, en discutant d'une loi nouvelle (finalement adoptée) et qui
est une loi de police n'a pas échappé à ce type de débat.
Il s'agit, fondamentalement, de donner à l'administration des pouvoirs
plus efficaces à l'encontre d'étrangers en situation irrégulière
ou frauduleuse ... Ce qui vient d'être décidé par les députés
tend à réduire les facilités d'entrée sur le territoire
national et, plus encore à rendre effectives, lorsqu'elles sont régulièrement
édictées, les mesures d'expulsion. Inévitablement, les grands
principes y compris le droit d'asile, ont été évoqués.
C'est de tradition chez nous et c'est à l'honneur de nos élus. Le
fond du débat, quoi qu'on en veuille cacher, est pourtant simple. Ce sont
la crise économique et les tensions persistantes qui en résultent
sur le marché du travail qui motivent les nouvelles dispositions. Dix pour
cent des travailleurs sont, en France, des étrangers. Rétréci
comme il l'est, le marché de l'emploi ne saurait en tolérer davantage.
Il n'est pas dans nos habitudes, comme c'est le cas pour certains de nos voisins,
de renvoyer chez eux, brusquement et par trains entiers, les travailleurs immigrés
apparaissant en surnombre par rapport aux capacités d'emploi. Mais il nous
est difficile de ne pas stabiliser le niveau de la main-d'oeuvre étrangère,
sans encourir le risque de voir s'établir un sur-chômage incontrôlé
et dangereux. Les sentiments, aussi respectables soient-ils, n'ont rien à
voir en l'affaire. Il s'agit de la maîtrise aussi correcte que possible
du marché du travail, fortement perturbé pour les Français
eux-mêmes, et notamment pour les jeunes. Le projet de loi adopté
par les députés est donc de stricte nécessité. "
Le.
FIGARO du 31.05.79.
La deuxième génération
"
Les jeunes immigrés constituent en France une population importante. Ils
sont 1.200.000 âgés de moins de 20 ans, en majorité Algériens
et Portugais. Leur nombre augmentera encore dans les années à venir,
tant en raison des regroupements familiaux qu'en raison de la fécondité
des femmes immigrées (3,32 enfants contre 1,84 pour les françaises).
On peut prévoir notamment un accroissement de 23 % du groupe des 300.000
adolescents en âge d'entrer dans la vie active."
"Selon
le secrétariat d'Etat à l'immigration, les jeunes étrangers
fixés en France, enfants en bas âge ou jeunes d'âge scolaire
- ils sont environ neuf cent mille ne seraient pas concernés par les projets
de loi Bonnet et Stoléru. Il sera tenu compte, dans chaque examen de dossier
de renouvellement des titres de séjour des parents, de la situation familiale
des intéressés indique-t-on chez M. Stoléru. Rien, cependant,
n'indique dans les textes de loi soumis au Parlement ni même dans l'exposé
des motifs, que les immigrés pères de famille se verront accorder
le renouvellement de leur carte de résident. M. Stoléru, explique-t-on
au secrétariat d'Etat, aurait souhaité inscrire ces cas d'exception
dans la nouvelle législation, mais il y aurait renoncé par la suite,
le Conseil d'Etat ayant estimé qu'il s'agissait là de mesures d'ordre
réglementaire, applicables par décrets ou circulaires."
"Les
parlementaires se contenteront-ils de tant d'imprécisions ? Ou bien souhaiteront-ils
garantir dans la loi les droits des enfants des migrants, envers qui la France
a d'incontestables responsabilités ? S'il n 'en était pas ainsi,
quel serait le sort de dizaines de milliers, voire de centaines de milliers d'enfants
et d'adolescents, nés ou élevés en France, et qui, pour la
plupart, ignorent jusqu'à la langue du pays de leur père? Encore,
la question n'est-elle pas posée des jeunes gens ayant quitté l'école
et qui, au bout de trois ans de travail chez nous, risqueraient de se voir opposer
un refus de prolongation de séjour en raison de la situation économique.
Même si les intentions de M. Stoléru sont pures et nullement suspectes
de racisme, ne peut-on craindre que demain son successeur, voire un simple fonctionnaire
de police, s'arroge le droit d'expulser sans ambages des familles entières,
si ces dernières ne sont plus protégées par les textes ?
Voilà bien l'un des plus importants débats proposés aux parlementaires
français, en matière d'immigration depuis 1945. " Le Monde