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L'invasion
de terrains est une tradition bien établie à Lima,
au Pérou, où quatre millions d'habitants vivent
dans des campements de bambous, de tôles et de terre battue,
hors de toute légalité... Huaycàn est l'un
des multiples "pueblos jovenes" situés dans
la grande banlieue de la métropole. Trois mille familles
s'y sont installées depuis 1982 en envahissant collectivement
une moraine désertique.
L'invasion
de Huaycàn a été suscitée par la
municipalité de Lima qui, incapable de prendre en charge
et de planifier l'urbanisation consécutive à l'exode
rural, s'est engagée depuis peu à accompagner
les mouvements spontanés d'invasion afin de faciliter
l'aménagement progressif des lieux et des services. Une
équipe technique municipale assiste ainsi les nouveaux
habitants en proposant un cadre juridique et territorial à
l'urbanisation sauvage, un plan progressif d'aménagement
des services et une aide à l'auto-construction.
LES
ANTECEDENTS
Le principe même des invasions de terrain constitue au
Pérou et surtout à Lima une forme courante d'accession
à l'habitat pour les populations de plus en plus nombreuses
qui n'ont pas accès au marché immobilier traditionnel.
Les bidonvilles et "Pueblos Jovenes" représentent
actuellement près de 60 % du parc immobilier à
Lima et constituent encore aujourd'hui la forme la plus dynamique
et la plus répandue de développement de la ville.
Les
politiques officielles ont eu très souvent tendance à
nég1iger cette forme de développement urbain jusqu'à
ce que la pression des habitants, pour la mise en place des
services et des infrastructures, oblige les autorités
gouvernementales à s'en préoccuper. Mais ces interventions
tardives se traduisent par des coûts de travaux excessifs
et des résultats techniques peu satisfaisants. Cette
situation est aggravée par le fait que les invasions
se font en général sur des terrains en pente et
d'accès difficile.
Le
nouveau gouvernement [Alan Garcia, 1985] a opéré
un changement radical basé sur une réflexion plus
réaliste dont les conséquences commencent à
se faire sentir sur le projet de Huaycàn. Les promoteurs
de Huaycàn ont tous vécu, à des titres
divers, de nombreuses invasions et ils en connaissent parfaitement
le processus. Ce projet constitue donc en réalité
une sorte de mise en uvre à grande échelle
d'un ensemble de principes de gestion urbaine qui se sont dégagés
d'expériences diverses vécues à Lima.
LE
PROJET
Le site d'urbanisation est une zone pentue de 460 hectares,
située à 17 Km du centre de la capitale, au pied
la Cordillère. Le terrain, proche du Rio Rimac, est un
désert minéral de pierres et de sable. Son altitude
est comprise entre 400 et 700 m.
Le
projet global prévoit l'implantation de 24.000 familles,
soit 120.000 habitants. Une première étape organisant
l'installation de 12.000 familles sur 205 hectares est en cours.
4.000 familles vivent déjà sur le site.
Les
familles qui constituent le noyau de base du projet font partie
des catégories les plus pauvres de la ville. Beaucoup
ont déjà vécu une invasion et considèrent
leur arrivée sur le site comme la fin de leur errance.
Les
unités communales : UCV
Afin que le processus participatif puisse fonctionner, il a
été décidé la création d'unités
communales de logements, UCV, organisées par rues et
ruelles. L'UCV constitue la cellule de base de Huaycán
autour de laquelle tout s'organise. C'est un ensemble homogène
de 60 familles installées sur un hectare. Chaque famille
dispose d'une parcelle individuelle de 90 m2 sur laquelle elle
pourra construire une maison de trois niveaux maximum. Chaque
UCV possède une existence juridique officielle et un
titre de propriété, son règlement, une
association de propriétaires en charge de la gestion
des investissements et du fonctionnement des équipements
et des zones collectives. Elle est organisée autour d'un
comité élu au suffrage universel de dix personnes
avec un président qui participe au Comité de Gestion
de la zone, lui-même constitué de dix personnes
dont certaines participent au Comité de Gestion Central
de Huaycán. Ce Comité Central est un organe tripartite
avec des représentants de la Municipalité de Lima
et du district de Vitarte.
Un
certain nombre de principes sous-tendent le déroulement
du projet :
La
planification participative
Il importe de ne pas casser les initiatives créatrices
des populations dans l'organisation de leur territoire mais
de les canaliser. Telle est la préoccupation constante
des planificateurs. C'est ainsi que les urbanistes se sont efforcés
de définir un réseau primaire de voirie et un
schéma de zonage définissant des espaces d'échelle
appropriée pour le dessin participatif.
La
gestion démocratique
Ne pas isoler la planification et les phases de construction
de la gestion ultérieure. Dépasser les limites
de la seule gestion revendicative. Tels sont les objectifs poursuivis
dans la mise en place des Comités de Gestion mentionnés
ci-dessus.
Développement
progressif
Tout le projet est basé sur la mise en uvre de
processus permettant un développement progressif intégral.
La phase initiale de développement, qui ne devrait pas
dépasser un coût objectif de 200$ par famille,
est donc très limitée au niveau de l'étendue
des prestations mais homogène pour l'ensemble du projet.
Le regroupement des habitations en UCV permet une réduction
sensible des voies et des divers réseaux de distribution,
donc une économie suffisante réalisée dans
les infrastructures (ex : 200 connexions d'eau et d'électricité
pour 12.000 familles).
Innovations
technologiques
Le développement progressif, l'emploi intensif de main-d'uvre
locale et de matériaux du site constituent les facteurs
principaux pris en compte pour le développement d'innovations
technologiques.
[Programme
interministériel de Coopération, ACA, Lima, 1987]
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