4.
La post-production
1.
Technique du montage
Le
montage a pour objet la mise en ordre, suivant les indications du scénario,
du découpage et du script, des plans visuels et sonores enregistrés
lors du tournage. Cette phase fondamentale de la réalisation d'un film
peut prendre plus ou moins d'importance, d'ampleur et de signification selon l'objet
du film et le style propre au réalisateur.
Le
montage n'intervient pas sur le contenu du plan mais il intervient sur sa durée,
sur le choix des images, initiale et finale, et enfin sur le choix des enchaînements,
trucages et effets. Tous ces choix sont bien sûr essentiels à la
forme et à la signification du film.
Il
est essentiel, avant d'engager un processus de montage, de comprendre que l'unité
du film procède autant de l'intelligence du regard que de la cohérence
de l'objet, qu'il s'agisse du regard du réalisateur ou de celui du spectateur.
Si
le scénario et le découpage technique ont prévu de façon
très précise le nombre de plans à réaliser, leur contenu
et leur enchaînement, et si la phase de tournage a scrupuleusement respecté,
dans les limites des obstacles rencontrés, le plan de travail, la phase
de montage peut apparaître comme un simple jeu technique d'emboîtement
des divers plans sonores et visuels.
Si,
en revanche, le réalisateur a engagé son tournage sur un scénario
sommaire, improvisant au jour le jour les prises de vue, ou, si les contraintes
propres au tournage ont imposé une modification du plan de tournage, la
phase de montage sera plus délicate... et plus créative.
Il
en est de même lors de la réalisation de reportages d'actualité
ou de documentaires, où les prises de vues sont largement soumises à
l'évolution propre des événements et non à la volonté
du réalisateur.
1.1.
L'analyse des rushes et le plan de montage
On
appelle rushes, éléments ou bouts; l'ensemble des plans visuels
et sonores enregistrés lors de la phase de production selon les indications
du plan de tournage.
Tout
processus de montage requiert une phase préalable d'analyse des rushes,
sur la base du script, afin que soit opérés l'identification et
le choix des éléments utilisables. Cette phase dite de dérushage
permet la mise en place d'un plan de montage qui établit l'ordre (provisoirement)
définitif d'organisation des éléments et de construction
du récit.
Le
montage mêle trois types d'éléments : des éléments
visuels et sonores synchrones, des images muettes (une part des prises
de vues d'un film ne nécessite pas l'enregistrement d'un son simultané,
soit qu'il s'agisse de décors, vues d'ensemble, plans de coupe, soit qu'une
post-synchronisation ait été prévue d'emblée pour
les scènes en question) et des éléments sonores seuls
(une part des enregistrements sonores peuvent avoir été effectués
sans prises de vues simultanées qu'il s'agisse de sons d'ambiance, d'interviews,
de commentaires, de musiques, etc. Ces éléments seront insérés
sur l'image soit en surimpression d'un son déjà existant, soit comme
illustration d'une image muette).
1.2.
Le bout à bout
La première phase du montage est celle de
l'élaboration d'un "bout-à-bout" encore appelé
"ours", Il s'agit de mettre en ordre, suivant le plan préétabli
dans le scénario, l'ensemble des séquences et des plans qui constituera
le film.
L'élaboration
de l'ours exige
- qu'un choix soit effectué parmi les diverses prises
utilisables d'une même scène (ce qu'on appelle parfois le dérushage).
Les critères de choix sont la qualité relative de l'image ou du
jeu des acteurs mais aussi la possibilité d' obtenir un bon raccord avec
les plans précédents et suivants.
-
que l'ensemble des séquences et des plans soit ordonné suivant les
indications du scénario. Certains effets de montage qui jouent sur la structure
de la narration ne seront mis en œuvre qu'à la phase suivante,
-
que les images muettes soient insérées à leur place dans
la continuité du montage synchrone.
Une
fois réalisée cette première mouture du film, il est bon
de visionner l'ensemble pour avoir un premier regard de spectateur sur ce que
sera la film, en déceler les faiblesses de structure, de rythme, d'articulation
ou de construction.
2.
Le montage
proprement dit intervient pour donner au film sa forme définitive :
-
en établissant l'ordre d'enchaînement des séquences et leur
durée respective,
- en insérant les procédés narratifs
particuliers : flash-backs, anticipations, montage alterné, montage parallèle,
etc.
- en établissant la coupe ou le procédé choisi de
raccord plan à plan de l'image,
- en établissant simultanément
ou subséquemment la nature des raccords sonores: cut, fondu, chevauchement,
- en élaborant les pistes sonores surajoutées : musique, ambiance,
commentaire, effets spéciaux.
2.1.
L'enchaînement des séquences
Elle
amène souvent à supprimer certaines séquences qui apparaissent
répétitives ou vides de sens, voire à modifier la logique
même de la narration.
Le tournage met en effet en valeur certaines séquences
au détriment de certaines autres, ce qui n'était ni prévu
ni prévisible lors de l'élaboration du scénario.
C'est
la part proprement créative du tournage qui fait que la prestation des
acteurs met en valeur certaine scène ou que telle série d'images
tournées sur le vif éclipse une séquence longuement préparée
que l'on jugeait essentielle.
Le montage doit prendre acte de ces faits et
rendre possible et harmonieuse la métamorphose du scénario.
Une
fois établi l'ordre d'enchaînement des séquences, il est parfois
nécessaire de réduire la durée de certaines séquences
en supprimant un certain nombre de plans. L'introduction d'ellipses non prévues
dans le découpage doit se faire dans le respect des raccords (voir plus
loin).
2.2.
Procédés narratifs particuliers
Le
flash-back et l'anticipation sont des procédés d'enchâssement,
à l'intérieur d'une séquence, d'un plan ou d'une série
de plans relatant un événement survenu antérieurement ou
préfigurant un événement à venir.
Le
montage alterné mêle en une séquence deux points de
vue sur une même action.
L'exemple
classique est celui de la poursuite où s'alternent à plusieurs reprises
les plans présentant le poursuivant et les plans présentant le poursuivi.
Un autre exemple typique est
celui de la conversation téléphonique.
Le
montage parallèle présente successivement un ensemble de
séquences convergentes dont l'enchaînement n'est pas chronologique.
Les
procédés d'alternance et de parallélisme sont souvent mêlés
dans l'élaboration d'un montage. On réserve le terme d'alternance
lorsque l'unité du décor ou de l'action est immédiatement
perceptible au spectateur.
2.3.
Les raccords
Une
fois que l'armature du film est réglée, c'est-à-dire que
l'ensemble des séquences ont trouvé leur place relative, il reste
à effectuer le travail délicat des raccords plan à plan.
Il s'agit de choisir de façon précise l'image initiale et l'image
finale de chaque plan.
La nature de chaque raccord est en principe prévue
par le découpage mais nous avons vu que d'une part le tournage ne respecte
pas toujours précisément les indications du découpage, et
d'autre part que l'analyse du pré-montage peut amener à changer
l'ordre et la durée des séquences ainsi que leur structure interne.
Il est alors nécessaire de trouver pour chaque raccord une solution
qui respecte les usages établis ou exprime le plus précisément
possible la volonté stylistique du réalisateur.
Les
règles qui régissent les raccords de montage sont les mêmes
que celles qui président à l'écriture du découpage
(si le montage permet parfois de pallier certains défauts de conception
ou de tournage, il ne peut bien sûr le faire qu'avec les éléments
qu'il possède !).
Elles ont pour objet d'assurer une unité de
perception des divers plans d'une même séquence. Cette unité,
que doit ressentir le spectateur, n'est pas seulement - ni nécessairement
- liée à la cohérence objective du décor ou de l'action,
mais plus profondément à la cohérence sémantique du
propos. Il s'agit, encore une fois, d'établir une logique énonciative
par-delà la logique référentielle (ou diégétique).
2.4.1.
Les raccords-images
Les raccords de plan à plan sont en principe
conçus lors du découpage qui précise l'ensemble des paramètres
nécessaires à la prise de vues.
Les indications portent soit
sur la distance relative de l'objectif de la caméra au sujet filmé
(valeurs du plan.) soit sur l'angle de la prise de vues, (c'est-à-dire
l'angle que fait l'axe de la caméra avec l'axe principal de l'objet ou
du personnage filmé), soit encore sur les mouvements respectifs dont sont
animés la caméra et/ou le sujet filmé.
Le montage technique
consiste à choisir l'instant le plus propice au raccord entre les deux
plans filmés et à harmoniser leur durée relative.
Si
la matière de tournage est riche, le monteur doit disposer d'un certain
choix dans les raccords. Il doit ce faisant respecter un certain nombre de règles
d'usage.
2.4.1.1.
La valeur de plan
L'enchaînement
de plans de grosseur différente évite d'ordinaire une trop grande
proximité des valeurs. On s'approche ou on s'éloigne franchement
de l'objet afin d'apporter un élément d'information nouveau (détail
ou hors champ). on distingue les raccords dans l'axe des raccords couplés
avec un changement d'angle.
2.4.1.2.
Le changement d'angle
La
variation de l'angle de prise de vues doit être franche. On donne généralement
30° minimum. Toute traversée de l'axe central (angle 0°) exige
une prise de vues dans l'axe.
Le
changement d'angle peut être combiné avec une variation de la distance
subjective de la caméra à l'objet. C'est un procédé
classique qui mêle la description à la narration .
2.4.2.
Raccords dans le mouvement
La description du déplacement d'un personnage
ou d'un objet peut consister en la juxtaposition d'une série de décors
traversés successivement par le personnage ou l'objet.
En
ce cas, les entrées et sorties du cadre éventuelles doivent se faire
du même côté du cadre, sauf à vouloir dire que le sujet
revient sur ses pas :
Ex.
1 ; Le mouvement se maintient de la gauche du cadre vers la droite du cadre,
Il
est également possible de monter le raccord avant que le personnage, ou
l'objet, ait quitté le cadre. On jouera alors soit sur le changement de
focale, soit sur le changement d'angle, tout en prenant garde que la distribution
des masses dans le cadre reste harmonieuse, c'est-à-dire respecte les règles
déjà décrites.
La
description d'une action en plusieurs plans peut ménager des transitions
diverses. Si le mouvement est complexe et concerne par exemple plusieurs personnages,
on pourra passer successivement d'un personnage à un autre, ou d'un personnage
à un objet, ou d'un objet à un autre, ou d'un détail à
un ensemble. Il importe à chaque fois de vérifier qu'un mouvement
entrepris dans un plan se poursuit sans saute dans le plan suivant .
2.4.3.
L'ellipse
La loi de la continuité du mouvement à l'intérieur
d'une même action peut souffrir d'exception. Un geste, un regard, une action
peuvent toujours être analysés en temps forts et en temps faibles,
comme une partition musicale. Il est alors possible de ne conserver d'une action
que les temps forts ou d'aménager du moins le montage de telle façon
que le rythme de l'action soit préservé.
La rupture introduite
par le montage dans la continuité de l'action s'appelle une ellipse.
2.4.4. Le contrechamp
Le contrechamp est une forme de raccord dans le regard.
Il consiste à substituer à l'image d'un plan l'image obtenue symétriquement
en plaçant la caméra à la place même du sujet ou de
l'objet précédemment décrit.
Dans
les faits, il existe une certaine latitude dans le choix de l'angle de contrechamp
et dans complémentarité relative ou absolue des espaces filmés.
Le
contrechamp absolu est très rare car il tend à introduire la caméra
comme sujet de l'action. Le contrechamp classique, qui permet de restituer un
dialogue en attirant l'attention alternativement sur l'un et l'autre des interlocuteurs
exige que l'axe de la caméra ne coïncide pas a\i l'axe des visages.
Il
faut prendre garde, en ce cas, lors de la prise de vues en contre-champ de ne
pas traverser l'axe formé par les interlocuteurs.
Toutes
ces précautions doivent en principe être prises lors de l'élaboration
du découpage et respectée lors du tournage. Mais il arrive que le
monteur soit amené à réduire ou à reconstituer une
scène et donc à repenser l'organisation de la succession des plans.
Il en va de même lors du montage d'un événement pris sur le
vif ou l'opérateur n'aura pas toujours eu la possibilité de concevoir
de façon précise l'enchaînement des plans ..
La
règle, en ce domaine, pour un opérateur obligé d'improviser
les prises de vues est, bien sûr, d'assurer une certaine variété
des angles et de la focale mais il importe également et surtout qu'il s'assure
de filmer une continuité minimum de l'action. Il doit assurer au monteur
le choix d'un raccord d'entrée et d'un raccord de sortie du plan.
2.5.
Les opérateurs logiques de l'enchaînement
Indépendamment
du contenu de l'image, la technique du raccord peut prendre plusieurs formes .
2.5.1.
La coupe ou raccord cut
C'est le raccord le plus simple mais ce n'est
pas le plus facile. Il consiste à juxtaposer tout simplement la dernière
image d'un plan à la première image du suivant. Une fois respectées
les règles précédemment décrites il reste à
choisir l'image précise sur laquelle doit être effectuée la
coupe. Le visionnement de l'enchaînement permet de rectifier pour obtenir
la meilleure transition possible.
2.5.2.
Le volet
Le volet est un procédé de trucage préparé
à la table et réalisé en laboratoire, qui permet de balayer
l'écran d'une ligne qui efface le plan précédent et laisse
apparaître le plan suivant.
Fréquemment utilisé dans les
films d'avant-guerre, ce procédé tend à disparaître
du cinéma. Il connaît en revanche une vogue à la télévision,
le montage vidéo rendant extrêmement facile cette forme de transition.
2.5.3.
Le fondu au noir
Le fondu au noir peut être réalisé
au tournage ou en laboratoire. Il consiste à supprimer progressivement
l'éclairage de la scène (ou à fermer le diaphragme de l'objectif).
Il peut être porteur d'une signification précise de nature temporelle
par exemple : une nuit ou une longue période se déroule entre les
deux plans ou servir tout simplement de ponctuation. En ce dernier cas, le plan
suivant s'ouvre généralement au noir.
2.5.4.
L'ouverture au noir:
C'est le procédé inverse de celui décrit
précédemment. On passe d'une image noire à une scène
qui s'éclaire progressivement.
2.5.5.
La surimpression et le fondu-enchaîné
Le
principe de la surimpression et celui du fondu-enchaîné sont identiques.
Il y a dans les deux cas un chevauchement partiel des deux plans. Le
fondu-enchaîné permet de substituer progressivement la fin d'un plan
au début du suivant.
2.6.
Le plan de coupe
Il
arrive que, malgré toutes les précautions prises au tournage, un
raccord fasse défaut. Il est alors nécessaire de trouver une "cheville",
c'est-à-dire un plan intercalaire qui facilite la transition, le plan de
coupe. Le plan de coupe est généralement un plan fixe descriptif
: objet ou paysage. Il casse plus ou moins le rythme et la logique de l'action
mais permet d'éviter le désagrément du faux-raccord.
2.7.
Les raccords sonores
Nous
avons vu que les plans sonores sont de trois natures:
1.
Plans synchrones enregistrés
lors de la prise de vues.
2.
Sons seuls et sons d'ambiance enregistrés
indépendamment de l'image.
3.
Musique et voix off surajoutés
lors du montage ou lors du mixage.
Un
plan sonore, de même qu'un plan image ne peut commencer au hasard. S'il
s'agit de dialogue, on commence sur un silence, ou un temps de pause, s'il s'agit
de musique, on s'arrange pour sauvegarder la mesure.
Il faut donc harmoniser
la coupure de l'image avec la coupure du son.
En
pratique, chaque fois que cela est possible, on laisse déborder le plan
sonore de part et d'autre du plan image, ce qui est rendu possible par la multiplication
des pistes sonores. On se ménage ainsi la possibilité de réaliser
un fondu sonore dans le raccord de plan à plan.
Les
pistes sonores reçoivent chacune une attribution:
-
La première piste est réservée au son synchrone et tout particulièrement
aux dialogues.
-
La deuxième piste est réservée aux ambiances et à
la musique.
-
La troisième piste aux commentaires ou aux effets ponctuels.
Il
est toujours possible de multiplier le nombre des pistes sonores, ce qui s'avère
en particulier nécessaire lorsqu'on ménage un jeu de fondu sur le
son synchrone, mais il faut veiller, en tous cas, à rassembler sur la même
piste les sons de qualité identique (voix, musique, etc.) afin de faciliter
le travail du mixage.
2.8.
Les boucles
Certains sons d'ambiance peuvent être montés en
boucle. Le procédé vise simplement à répéter
indéfiniment la même séquence sonore ce qui facilite la prise
de son et l'élaboration des bandes sonores.
2.9.
Le mixage
Le plan de mixage est un organigramme qui reconstitue de façon
précise la succession des plans visuels et sonores dans leur synchronisme
en mentionnant les effets éventuels (cuts, fondus, boucles, etc.).
Il
permettait traditionnellement à l'ingénieur du son de mélanger
les diverses bandes sonores en une seule, au vu du défilement des images
et des repères chronologiques qui y sont surimposés.