5.
Naissance du journalisme
Interview est un mot anglais qui est apparu dans
la langue française à la fin du 19ème siècle.
Son origine est elle-même un emprunt de l’anglais au français
entrevue. Selon le dictionnaire Robert, l’interview
« est une entrevue au cours de laquelle un journaliste interroge
une personne sur sa vie, ses projets, ses opinions dans l’intention
de publier une relation de l’entretien ».
L’utilisation
spécifique du mot interview et la pratique même de
l’interview sont attachées aux débuts du journalisme moderne
tel qu’il a été popularisé par les Anglo-saxons. Le développement du journalisme est lui-même
profondément lié à l'émergence
des sociétés industrielles démocratiques
dont le mode de distribution du pouvoir favorise l'expression
d'une opinion populaire au dériment des vérités
révélées et des discours savants.
Le pouvoir dans les sociétés industrielles
ne procède plus, comme sous le régime traditionnel,
de vérités révélées, ni
même de la conservation des usages, mais de la loi du
nombre telle qu'elle se manifeste dans le comportement quotidien
d'une population anonyme.
Les mass media en tant que vecteurs et creusets de l'opinion
publique trouvent une formidable justification dans ce renversement
de la légitimation du pouvoir et deviennent simultanément
l'objet de toutes les attentions des représentants
multiples des collectivités, communautés, institutions
et autres lobbies.
Les
18ème et 19ème siècles en Europe ont
vu apparaître la figure du citoyen, comme élément
de base, mesure et référence du jeu social.
Sa nature multiple et variée a imposé l'élaboration
de procédures d'expression et de représentation
qui puissent rendre compte de l'unité dans la diversité.
La presse, puis les medias qui en ont hérité,
ont pris en charge ce rôle complexe d'élaboration
d'une opinion commune dans un jeu dialectique où la
formulation jamais achevée des opinions se propose
à chaque instant à l'assentiment de ceux dont
elle est censée donner l'avis.
Plus
encore que l'élu ou le décideur, c'est le journaliste
en tant que porte-voix du peuple qui est au cur du jeu
politique. Car il se trouve à l'endroit même
où se forment à la fois le sens commun à
partir des opinions individuelles et l'opinion individuelle
à partir des représentations collectives.
Le journaliste n'est pas à la recherche d'une
vérité (qui se manifesterait comme une parole
non contradictoire) mais à la recherche d'une formulation
que son lecteur souhaite s'approprier. Le journaliste est le rapporteur d'un exotisme de l'ordinaire
où la curiosité l'emporte sur la vérité,
l’anecdote sur l’histoire au jour le jour telle qu’elle est
vécue et construite par ses acteurs, célèbres ou anonymes.
L’interview cherche à mettre en valeur l’insolite, l’atypique
ou encore ce qu’il y a de plus irréductible dans la pensée
et l’expression individuelles. Elle apporte sur l’événement
le regard subjectif... de n'importe qui. Elle est le lieu
d’expression du témoignage anonyme.
Période d’expansion colonisatrice pour la société européenne,
le 19ème siècle fut également une période de curiosité
et de recherche scientifiques intenses, aussi bien dans les
sciences dites de la nature que dans les sciences sociales
ou humaines. La société européenne découvre et s’enthousiasme,
sur la lancée du romantisme, pour les cultures exotiques de
l’Egypte, la Chine, l’Afrique, l’Amérique latine, etc.
Les missions colonisatrices prennent un triple aspect
militaire, religieux et scientifique au sens large. Suivant
l’exemple de Napoléon qui entraîne dans son expédition militaire
en Egypte une troupe de savants, les chefs de mission emmènent
souvent avec eux des géographes, des archéologues, etc. Ces savants publient à leur retour non seulement leurs
observations scientifiques mais aussi leurs observations personnelles.
Peu à peu se développe le métier d’explorateur. L’explorateur
est une sorte d’honnête homme aux connaissances
vastes mais imprécises qui part à la découverte de l’inconnu
et relate ensuite ses expériences.
Le journalisme est né. Le journaliste est un témoin sans
qualité particulière. Il est censé représenter le public le
plus large. Sa prose doit être immédiatement accessible au
grand public de son journal. Les questions qu’il se pose doivent
être celles que se pose ou se poserait tout un chacun à sa
place. Ce n’est donc pas un spécialiste. Ce n’est pas non plus
à proprement parler, le représentant d’un groupe ou d’une
institution. Ni soldat, ni diplomate, ni missionnaire, il
n’a pas d’autre fonction que de raconter l'ailleurs.
Le journaliste introduit dans la vie publique la voix
et le regard du peuple. Il n’est pas soumis à la réserve,
il pose des questions indiscrètes. Il cherche à connaître
le fond des choses. C’est ainsi que le journaliste va être amené à rechercher
non seulement les déclarations officielles mais encore et
surtout les témoignages. Il va essayer de vivre l’événement
ou de faire parler les gens qui ont vécu l’événement de la
façon la plus immédiate et la plus gratuite.
L’interview, telle qu’elle se développe alors, est une
façon de faire parler les acteurs d’un événement, de les faire
témoigner de ce qu’ils ont vu ou vécu. La démarche de l’interviewer est impressionniste. Il
ne cherche pas la vérité mais le plus grand nombre possible
de vérités subjectives qu’il met bout à bout. Semblable à
un peintre qui crée une impression de réalité, à partir d’une
multiplicité de segments non-figuratifs ou de couleurs brutes,
il recrée une ambiance à partir d’une multiplicité de témoignages.
6.
L’essor des médias
Le développement des médias audio-visuels a renforcé
grandement l’usage du témoignage. La radio, tout d’abord,
permet de diffuser la parole brute, le témoignage à chaud.
L’impression de vérité y est d’autant plus grande qu’il ne
s’agit plus là de transcription mais de matériau brut. La
personne est présente par sa voix, ses intonations, ses silences,
ses hésitations qui en disent souvent plus long que de longues
phrases. La télévision renforce encore le phénomène en présentant
la personne tout entière. L’interview devient un spectacle
qui se suffit à soi-même et, dans le meilleur des cas, un
mode d’expression artistique au même titre quasiment que le
portrait classique.
L'interview
a accompagné le développement des médias
de masse comme lieu et forme privilégiés du
contact entre l'objet de l'information et le public auquel
elle est destinée. Une utilisation appropriée
de l'interview filmée permet en particulier d'offrir
simultanément à la personne interrogée
un interlocuteur représentant le public du media, et
au public l'image vivante et parlante, in situ et in tempore,
de l'acteur de l'événement.
7.
Action sociale, thérapie et marketing
L'écoute analytique
Il s'agit dès lors de mettre en confiance et de faire
parler plutôt que d'obtenir des réponses à
des questions précises. Le matériau obtenu est
infiniment plus riche mais il est également plus contradictoire,
plus personnel, plus difficile à analyser, à
interpréter, à utiliser. Cette forme de parole
"libre" tend à se rapprocher de la parole
analytique. Elle procède par glissements métaphoriques
ou métonymiques, elle est paradoxale, onirique. Elle
est riche de ses lapsus, de ses silences, de ses interrogations.
Elle n'est pas toujours consciente de ce qu'elle dit ou de
ce qu'elle cache. Dès lors, l'interviewer, à
l'instar du psychanalyste, conduit l'interviewé dans
sa propre recherche. Il l'aide à suivre le fil de sa
pensée en relançant les passages qui lui semblent
importants, en revenant sur les blocages, en proposant certaines
interprétations.
Les
études de marché
La personne qui accepte de se laisser interviewer, accepte
de sortir d'elle-même. Elle se dépossède
de son regard sur soi au profit de son interviewer. Elle se
regarde à travers le miroir de son interlocuteur. L'interview
est un dialogue avec soi-même. De même que la
confession et l'analyse, elle est un chemin vers l'inconscient.
L'interviewer, comme l'analyste, comme le prêtre n'a
pas pour rôle de juger, ni même de comprendre,
mais de garantir l'authenticité de la parole. Il incite
à parler, il surveille le débit et les lapsus,
il interprète les résistances non pas pour ce
qu'elles disent ou ce qu'elles cachent mais parce qu'elles
s'opposent au bon écoulement du flux.
L'interview comme l'analyse est une des formes modernes de
la confession. Ce que la confession révèle n'est
à proprement parler une surprise que pour celui qui
parle. Ce dont a peur l'interviewé ou le patient c'est
que la révélation et la formulation de ses pensées
intimes ne mette en danger son intégrité, qu'elles
puissent lui être reprochées. Ce qu'il découvre
grâce à la bienveillance de son interlocuteur,
c'est que sa propre parole lui est étrangère,
c'est qu'il peut rendre publics ses sentiments intimes et
les observer ensuite comme ceux d'un étranger. L'interviewé
offre sa vieille peau en spectacle et sort rajeuni de l'expérience.
L'action
sociale
L'entretien d'action sociale est un événement
ambivalent qui d'une part met en relation deux individus,
sous la forme d'un (faux) dialogue, d'autre part met en relation
l'animateur (l'interviewer) avec son institution commanditaire.
Tout
l'intérêt de l'entretien tient à la façon
dont le médiateur gère l'articulation entre
les deux instances concernées, soit qu'il s'efface
pour simuler une relation directe entre l'interviewé
et son destinataire, soit qu'il intervienne de façon
sélective, pour valoriser tel ou tel aspect, telle
ou telle fonction du jeu d'échange.
En
chaque cas, la qualité de l'entretien est liée
au contrat de confiance qui se noue implicitement entre les
deux parties. En cet événement peut se renouer
symboliquement la relation interrompue entre l'individu et
la communauté. L'entretien conduit le sujet à
exprimer une demande que l'opérateur essaie de cadrer
en des termes interprétables par le destinataire.
Le
rôle de l'opérateur est donc de rapporter l'histoire
individuelle à l'histoire collective. Médiateur
entre le sujet et la collectivité, il doit s'interdire
toute interprétation purement personnelle de ce qui
lui est donné à entendre. Il est un écran
plus ou moins transparent entre l'institution -ou le public-
qu'il représente et le sujet de l'entretien.
La
vidéo est un outil privilégié de formation
à l'entretien et à l'analyse de cas, non seulement
parce qu'elle permet de fixer le mouvement même de la
parole, mais aussi et surtout parce qu'elle renforce ou accélère
les processus de dissociation et de restructuration, d'analyse
et de synthèse, inhérents à toute (re)socialisation
du sujet.
Le marketing, dont l’essor est spectaculaire depuis les
années 50, est une technique qui, s’inspirant aussi
bien de la sociologie que du journalisme, vise à reconnaître,
utiliser, voire détourner les tendances de l’opinion publique
afin de promouvoir un produit, un spectacle, une idée, un
personnage, etc.Voir infra :
Technique
de l'entretien
8.
Sondages, enquêtes et reportages
L’interview
se propose comme une garantie d’authenticité. La sociologie
va tenter de lui donner en outre un statut scientifique. Ce
qui se manifestera sous la forme d’études statistiques, de
sondages, d’analyses de marchés.
La publication d’une enquête ou d’un reportage, quelle
que soit l’objectivité du travail réalisé, ne manquera pas
d’avoir une influence sur l’opinion publique. Tout le monde
est bien conscient de ce phénomène et c’est pourquoi les hommes
politiques aussi bien que les industriels, commerçants ou
artistes sont très attentifs à se ménager les bonnes grâces
des médias, à organiser leur publicité et à faire valoir les
sondages et enquêtes qui leur semblent favorables.
L’interview, donc, devient une façon d’accéder à la majorité
silencieuse, de connaître l’avis de la multitude, de ceux
qui ne parlent jamais, de ceux qui ne savent pas parler ou
qui croient n’avoir rien à dire. Pratiquée sous la forme de
sondage, d’enquête ou de reportage, l’interview est devenue
la clé de voûte de toute recherche sociale. Au-delà de l’analyse
théorique d’un phénomène, l’interview permet aux acteurs dudit
phénomène de s’exprimer et met ainsi à jour les opinions,
les tendances, les familles de pensée et de parole.
Expression directe de l’opinion populaire, elle peut
cristalliser l’opinion commune et interpeller les pouvoirs
publics (certaines émissions de télévision ont plus d’impact
politique que de vastes manifestations).
Tribune des porte-parole partisans ou des vedettes, elle
peut être le lieu ou se crée et se développe la mode ; elle
peut servir de support à un projet publicitaire tout aussi
bien qu’à un travail d’information.
9.
L'opinion publique
Le 19éme
siècle est l’époque du développement du journalisme. C’est
aussi l’époque où se constituent les sciences humaines et
où se développent les premières démocraties modernes. Ces
trois phénomènes procèdent d’un même mouvement humaniste.
L’individu devient à la fois le sujet de l’intérêt collectif
et l’acteur de l’histoire.
C’est à cette époque que ce qu’on appelait jusque là
le sens commun tend à se transformer en opinion publique.
L’opinion publique devient une donnée essentielle de la vie
publique, et singulièrement de la vie politique, puisque le
pouvoir est désormais lié au choix des électeurs.
Les médias vont se spécialiser dans le rôle d’« accoucheur
» ou de résonateur de l’opinion publique tandis que les sciences
humaines chercheront à rendre compte de la façon la plus objective
possible des mouvements qui traversent les sociétés et des
lois qui les régissent. Une même technique se trouvera au
centre de ces deux démarches : l’interview que les sciences
humaines, et en particulier la sociologie, empruntent au journalisme
pour l’utiliser à leurs fins propres.
II.
TYPOLOGIE DE L'INTERVIEW AUDIOVISUELLE
1. L’interview
dans le reportage de grande actualité
On appelle reportage de grande actualité, par opposition
à l’actualité immédiate, les reportages qui traitent de façon
approfondie un événement ou un sujet de société.
Ces reportages nécessitent une longue préparation et
mobilisent des moyens matériels importants. Ils sont constitués
d’un montage de séquences descriptives munies d’un commentaire
et d’interviews sollicitées auprès de personnages-clé.
2. Les informations
d’actualité immédiate (news)
Il s’agit là de reportages réalisés à chaud, rapidement
et avec des moyens légers. Ils sont conçus sur le même modèle
que les reportages de grande actualité mais leur durée est
nettement plus courte (de 1 à 3 minutes) et le montage est
simplifié. Ils constituent une part essentielle des journaux
télévisés.
3.
L’interview de plateau
Il s’agit généralement de l’interview en direct, lors
d’un journal télévisé, d’une émission de variété ou d’un magazine,
d’un personnage célèbre ou d’un responsable.
4.
L’entretien diffusé en différé
Il s’agit d’une interview de longue durée où un personnage
raconte, explique, commente sa vie, son oeuvre, son passé,
ses souvenirs etc. Ce type d’interview est à rapprocher du
reportage de grande actualité du fait qu’elle mobilise des
moyens matériels importants et exige un montage complexe.
5.
Le micro-trottoir
Mentionnons à part ce type d’interview que l’on rencontre
fréquemment soit dans les journaux télévisés, soit dans les
magazines. Il s’agit d’un montage rapide de réactions ou d’opinions
brèves recueillies auprès de passants anonymes dans la rue
ou dans un lieu public.
Chacun de ces types d’interview nécessite une procédure
de travail adaptée aussi bien du point de vue de la préparation
et du choix du matériel que de l’élaboration du questionnaire
et du montage éventuel. Cependant les principes du travail
restent les mêmes. Nous allons donc décrire une procédure
optimale qui, bien sûr, pourra être aménagée en fonction du
type d’interview à réaliser.
III.
TECHNIQUES DU QUESTIONNAIRE
Inséparable
de l’interview, le questionnaire peut prendre des formes bien
diverses, (de quelques mots jetés sur un paquet de cigarettes)
jusqu’ à l’analyse complexe d’une problématique), il faut,
en tous cas, s’ imprégner d’une idée : une interview se prépare.
1.
La qualité de la personne interrogée
Il faut tout d'abordprendre en compte le statut de la
personne interrogée En effet la personne interrogée peut répondre
soit à titre personnel, soit en tant que représentant d’un
groupe ou d’une catégorie sociale.
On distinguera donc le témoignage (j’ai vu, j’ai vécu...)
du propos rapporté (on m’a dit que, il paraît que...) et l’opinion
individuelle (je pense que) de l’opinion collective (en tant
que représentant des locataires, en tant que délégué syndical,
en tant qu’élu de la nation...).
Tête-à-queue
ou à chacun son témoignage
(Raymond
Devos, Stock, 1976, extrait)
A
la suite d'un accident d'automobile, le conducteur ayant
été conduit à l'hôpital à
fin d'examen, un agent interroge les présumés
témoins (un ouvrier, un bourgeois et un dandy)
pour établir son rapport...
L'agent
(après avoir demandé son identité
à l'ouvrier :)
Alors, comment cela s'est-il passé ?
L'ouvrier : Ben voilà, monsieur l'agent...
Je venais de sortir du bistrot, là... je vois
une bagnole s'amener à toute vibure... une Mercedes
220 SE à injection directe... ça bombe
terrible !!! Là-dessus, il y a un corniaud de
klébar qui traverse la rue, la gueule enfarinée...
Ah ! dis donc 1... Pourtant le mec, il a freiné
à mort... et, là-dessus, il y a des pneus
hydrauliques... ça bloque terrible... Mais comme
il y a du verglas... la bagnole a ripé... Le
mec, il a braqué tout ce qu'il a pu... Et, pourtant,
ça braque terrible, c'te bagnole-là...
C'est une direction DB à billes avec rattrapage
automatique... Mais quand ça patine... ça
patine ! Le mec, il s'est retourné, cul par-dessus
tête !
L'agent : Vous voulez dire qu'il a fait un tête-à-queue
?
L'ouvrier : Oui, si vous voulez, c'est pareil
!... La Mercedes a accroché l'arrière
du klébar... et elle est allée s'avachir
sur une 4 cv, modèle courant. Elle a changé
d'expression, c'est moi qui vous le dis !
L'agent : Qui a changé d'expression ?
L'ouvrier : La 4 cv, tiens !
L'agent : Qu'est-ce que vous entendez par "
changer d'expression ? "
L'ouvrier : Ça veut dire qu'elle en a
pris un coup dans l'aile !
L'agent : Vous aussi, vous m'avez l'air d'en
avoir pris un coup dans l'aile !
L'ouvrier : Ah non ! moi, je n'ai rien !
L'agent : Bon, enfin !... D'après vous,
qui était dans son tort ?
L'ouvrier : Ben... d'après moi, c'est
le klebs !
L'agent : Merci!... Au suivant !
Le bourgeois : Moi !
L'agent : Racontez !
Le
bourgeois (après avoir décliné
son identité) Oh ! ce n'est pas difficile
! La voiture devait rouler très vite... Parce
que, maintenant, les gens roulent comme des fous...
les jeunes surtout. Ils ne respectent rien ! Dans mon
quartier, il y a une bande de jeunes... Après
10 heures du soir, avec leurs motos, ils font un pétard
de tous les diables... Et personne ne dit rien ! Enfin
!...
L'agent : Au fait, monsieur ! Au fait !
Le bourgeois : Alors, le conducteur est arrivé
au carrefour... Il a dû voir un chien traverser
tout seul ! Parce que les chiens se baladent comme ils
veulent ! Dans mon quartier, il y en a cinq ou si toujours
les mêmes, qui se promènent en liberté
! Et personne ne dit rien ! Enfin !...
L'agent : Les faits, monsieur ! Les faits !
[...]
|
2.
L’influence du rapport entre interviewer et interviewé
La nature du rapport qui s’instaure entre l’interviewer
et l’interviewé peut avoir une grande influence sur le contenu
des réponses.
La réponse peut varier, par exemple, en fonction de la
sympathie ou de l’antipathie que les interlocuteurs éprouvent
l’un pour l’autre et, plus profondément encore, en fonction
de l’opinion que la personne interrogée tente de se faire
de la réponse qu’on attend d’elle.
Un comportement très classique des personnes interrogées
est de vouloir faire plaisir à la personne qui interroge.
Cela peut conduire la personne interrogée à tenter de deviner
quelle est l’opinion propre de la personne qui interroge afin
de lui répondre sinon de façon identique du moins sans la
contredire trop fortement. (C’est ce qui se passe également
dans une conversation courante).
Inversement, si l’interviewer suscite de l’antipathie
chez l’interviewé, ce dernier cherchera à prendre le contre-pied
de son opinion supposée. Ce comportement se manifeste parfois
par des contre-questions du genre: «Et vous, qu’en pensez-vous
?».
La personne interrogée est également attentive à l’évolution
de l’expression du visage de la personne qui interroge. C’est
pourquoi l’interviewer, s’il veut obtenir une réponse authentique,
se gardera de manifester d’autre sentiment qu’un intérêt soutenu
pour ce qu’on lui raconte, évitant en tous cas d’engager une
véritable conversation avec son interlocuteur.
3. La variété des propos recueillis
Les questionnaires permettent de rassembler divers types
d’information, à savoir :
— des faits se rapportant à la personne interrogée
(âge, sexe, profession, etc.), et à son univers (habitat,
relations, etc.),
— des témoignages relatifs à des événements ou
à des situations vécues (la véracité ou l’honnêteté de ces
témoignages peuvent être sujets à caution),
—
des on dit, par nature invérifiables. Produits de la
rumeur, leur valeur d’information est nulle mais leur valeur
explicative d’une situation peut être forte,
— des opinions, c’est-à-dire des jugements que
portent les individus interrogés sur divers problèmes ou événements:
opinions politiques, jugements moraux, artistiques, etc.
L’authenticité d’une opinion n’est pas plus avérée que
la valeur informative d’un témoignage. L’opinion est souvent
reprise d’un modèle auquel le sujet s’identifie. L’opinion
«prête à porter» est en effet disponible en grande quantité
et en grande diversité dans les journaux, magazines, livres,
films et autres émissions de télévision. On peut également
rattacher à ce dernier groupe les impressions, les sentiments,
ainsi que manifestations d’intention, d’aspirations ou de
besoins.
L’élaboration du questionnaire et l’analyse des interviews
doivent prendre en compte ces divers registres d’informations
afin d’éviter la confusion dans l’esprit du spectateur.
4. Du questionnaire standardisé au questionnaire particularisé
Les sondages et études d’opinion ont vulgarisé l’usage
de questionnaires standardisés. Il s’agit d’un ensemble de
questions imprimées sur un formulaire distribué à un échantillon
d’individus choisis suivant des critères de représentativité
statistique.
Les questionnaires récupérés sont analysés suivant la
méthode statistique, ce qui permet d’obtenir une certaine
image de la population considérée, de ses caractéristiques
propres ou de ses opinions.
Le commerce et la politique font une consommation considérable
de ce type d’enquête, avec un certain succès. Il faut bien
voir cependant que, plus encore que l’opinion des personnes
interrogées, ce type d’enquête teste leur réaction à l’image
proposée par les medias.
La problématique d’une interview audio-visuelle est un
peu différente en ce sens que la quantité de personnes interrogées
ne peut qu’être faible et que l’on cherchera donc à privilégier
la qualité de la prestation.
On sera donc amené, le plus souvent, à renoncer au questionnaire
standardisé et à élaborer un questionnaire souple et particularisé
qui prenne en compte la personnalité de la (ou des) personne
interrogée, en mêlant l’usage de questions ouvertes et de
questions fermées selon un mode semi-directif ou non-directif.
5. Interviews directives, interviews non directives
D’une façon générale on peut classer les interviews en
interviews directives et interviews non directives.
- On
appellera interviews directives les interviews construites
à partir d’un questionnaire précis, fermé ou ouvert, sollicitant
l’opinion et le jugement sur un sujet présenté de façon
explicite et claire.
- On
appellera interviews non directives, ou interviews
en profondeur, les interviews qui sollicitent l’imagination
ou l’affect de la personne interrogée plus que son jugement
ou sa mémoire.
L’interview directive donne un cadre aux réponses de
la personne interrogée. L’interview non-directive tente de
laisser la plus grande liberté d’expression à la personne
interrogée.
Le développement de 1’interview non-directive, d’usage
relativement récent, a correspondu à la volonté des enquêteurs
de franchir le barrage de la mode, des opinions toute faites
et de l’image que chacun se fait ou donne à voir de soi-même,
pour accéder aux motivations profondes et souvent inconscientes
des personnes interrogées. L’interview non-directive exige
disponibilité et confiance. Elle procède par approches successives
et indirectes du sujet.
L’interview non-directive, qu’il s’agisse d’étude de marché, d’enquête d’opinion
ou de reportage se déroule généralement en trois temps :
La
mise en confiance
Dans cette première phase la (ou les) question posée
ne porte pas directement sur le sujet central de l’interview
mais vise à mettre en confiance la personne interrogée.
Le
cœur du sujet.
Quand le rapport de confiance est établi on peut en venir
au sujet mais une fois encore il n’est pas conseillé de poser
directement des questions fermées. Il est préférable d’amener
progressivement la personne à parler «spontanément» du sujet
sur lequel on veut l’interroger.
La
contre-épreuve.
Même si l’on a l’impression d’avoir obtenu toutes les
réponses que l’on désirait, il est bon de poursuivre la conversation
et de revenir une seconde fois, par une question détournée,
sur le sujet de l’interview. En effet, il apparaît souvent
qu’ «à la réflexion» la personne interrogée peut être amenée
à nuancer son opinion ou même parfois à la reformuler complètement.
Exemple
1
Vous êtes chargé de conduire un reportage sur la publicité
dans le métro. Vous tenez à savoir :
— si les voyageurs éprouvent du plaisir ou de l’agacement
à regarder la publicité,
— s’ils sont plus ou moins sensibles à la publicité,
le matin en allant au travail ou le soir en revenant,
— s’il y a des emplacements plus visibles que d’autres,
— quelles sont les associations ou les rêveries le plus
souvent provoquées par la publicité ?
Vous décidez de mener votre enquête en deux temps :
1ère phase
Vous établissez un questionnaire semi-fermé que vous
soumettez de façon directive aux voyageurs.
a) dans les wagons du métro,
b) sur les quais,
c) à la sortie des bouches de métro.
2ème phase
Vous prenez rendez-vous avec un échantillon de voyageurs
afin de les questionner chez eux, selon le mode non-directif.
Le type d’interview et le choix du questionnaire se justifient,
dans la première phase par le fait que les voyageurs sollicités
sont peu disponibles et pressés. Le choix de l’interview non-directive
à domicile doit permettre soit de confirmer les réponses obtenues
dans la première phase, soit de découvrir que les voyageurs
ont, à tête reposée, une opinion différente, plus nuancée,
ou franchement contraire de celle qu’ils expriment à brûle-pourpoint.
Questionnaire
1ère phase
— Est-ce que vous aimez regarder la publicité dans le
métro?
— Citez moi une affiche qui vous a plu?
— Citez moi une affiche qui vous a déplu?
— Vous souvenez-vous de l’endroit où elles étaient affichées?
— Est-ce que la publicité vous fait rêver? A quoi?
Les questions doivent être courtes et assez simples.
Elles ne doivent pas solliciter une trop longue réflexion
ni des réponses trop compliquées.
Questionnaire
2ème phase
(Les personnes que vous interrogez alors sont, bien sûr,
différentes de celles que vous avez interrogées précédemment).
Dans un premier temps vous évitez d’interroger votre interlocuteur
directement sur la publicité. Vous commencez, par exemple,
par l’interroger sur la distance qu’il parcourt chaque jour,
son lieu de travail et le temps qu’il passe dans le métro.
Vous le laissez s’exprimer librement, même si vous avez l’impression
d’être hors du sujet. Vous pouvez ensuite l’amener à s’exprimer
sur les conditions du transport, la fatigue, les autres voyageurs,
la propreté des lieux, l’aménagement des stations, la télévision
interne, les coloris, etc. Il est alors probable que dès cette
phase vous aurez reconnu les centres d’intérêt et préoccupations
principales de votre interlocuteur. Sans doute aura-t-il,
de lui-même, évoqué la décoration et la publicité. C’est le
moment d’engager la seconde phase de l’interview en précisant
vos questions à partir de ce qui vient d’être dit.
— Vous dîtes qu’il y a des jours où vous ne supportez
pas de regarder la tête des voyageurs ? Qu’est-ce que vous
faites alors ? Vous lisez le journal ? Vous regardez les affiches
?
— Le changement à Concorde vous semble trop long? Vous
pensez que les couloirs pourraient être aménagés autrement
? Vous préféreriez plus d’affiches, ou moins d’affiches ?
— Il vous arrive d’aller voir un film parce que vous
avez vu son affiche dans le métro ?
— Etc.
Une fois que vous pensez avoir obtenu toutes les réponses
que vous désiriez, il peut être bon de revenir sur l’un ou
l’autre aspect de l’entretien ou de poser enfin des questions
très générales.
Exemple 2:
Dans le fond, est-ce que vous aimeriez un métro sans
publicité ?
Les
questions fermées
Les questionnaires fermés proposent pour chaque question
une liste exclusive de réponses closes.
Exemple 3
« Est-ce
que l’attrait de l’argent a eu une influence sur le choix
de votre métier ?
— Oui
— Non. »
Exemple 4
« Si
quelqu’un vous demande l’heure dans la rue :
— vous passez votre chemin ?
— vous répondez au hasard ?
— vous engagez une conversation ?
— vous dites : «je n’ai pas de montre» ? »
Les questionnaires fermés sont particulièrement utilisés
pour les enquêtes quantitatives lorsqu’il s’agit d’avoir l’opinion
d’une population sur un produit ou sur un personnage.
Exemple
5
« Vous considérez le Président du Conseil comme
un personnage :
— très sympathique?
— sympathique?
— plutôt sympathique?
— plutôt antipathique?
— antipathique?
— très antipathique? »
Ils permettent une analyse quantitative précise de l’opinion
mais n’apportent pas d’information sur les fondements de cette
opinion. Ils se prêtent en outre à toute sorte de manipulations
soit dans la formulation des questions, soit dans l’analyse
des réponses.
Formulation de la question
Exemple 6
« Vous pensez que l’usage du tabac est mauvais pour
la santé et qu’il doit être réglementé ?
OUI — NON »
Ce type de formulation oblige en fait à donner une seule
réponse à deux questions :
Question n°1 :
« Pensez-vous que l’usage du tabac est mauvais pour
la santé ? »
Question
n° 2
« Pensez-vous que l’usage du tabac doit être réglementé
? »
Il oblige en outre à donner des réponses sans nuance.
On peut penser, en effet, que l’usage du tabac peut être dans
certains cas ou pour certaines personnes dangereux.
Analyse de la réponse
Exemple 7
« Vous pensez que l’introduction de la publicité
à la télévision est positive pour le développement du commerce
? OU — NON »
Si l’analyse des réponses fait apparaître, par exemple,
une majorité de 80 % pour le oui, une analyse tendancieuse
des réponses permet d’affirmer qu’«une majorité de téléspectateurs
considère comme positive l’introduction de la publicité à
la télévision».
Exemple 8
« Vous pensez que la publicité télévisée est :
— amusante ?
— belle ?
— distrayante?
— sans intérêt?
La formulation privilégie, quantitativement, les réponses
positives au détriment de la réponse négative. Elle facilite
donc une analyse tendancieuse du type : « 80 % des téléspectateurs
trouvent la publicité télévisée amusante, belle, distrayante...».
La formulation ne laisse pas de place en revanche à des
réponses nuancées du genre :
— la publicité est parfois belle ou amusante mais souvent
vulgaire,
— la publicité est distrayante mais insignifiante et
envahissante.
Les questions ouvertes
Les questionnaires ouverts laissent aux personnes interrogées
la possibilité de personnaliser, de préciser, de nuancer leurs
réponses. Ils sont donc d’un dépouillement plus difficile
et les réponses fournies se prêtent mal à une analyse statistique.
Ils permettent de déceler les tendances de l’opinion de façon
qualitative et non de façon quantitative.
Leur usage est donc tout indiqué pour la réalisation
d’interviews de magazines, T.V. ou autres.
Exemple 9
· Vous préférez vivre à la ville ou à la campagne ? Pourquoi
?
· Vous utilisez plutôt votre voiture ou plutôt les transports
en commun ? Pourquoi ?
· Qu’est-ce que vous a incité à choisir le métier qui
est le vôtre ?
Il existe bien sûr la possibilité de mêler questions
ouvertes et questions fermées ce qui peut faciliter le démarrage
d’une interview.
Exemple 10
· Vous allez au restaurant
— pour vous distraire ?
— pour faire un bon repas ?
— pour sortir avec des amis ?
— parce que vous n’avez pas le temps de faire la cuisine
?
— pour une autre raison, laquelle ?
6. Sincérité, fidélité, compréhension
La pratique de l’interview se confronte également à un
problème de fiabilité ou d’évaluation des réponses obtenues,
lié à la sincérité et à la fidélité des témoignages, voire
à la bonne compréhension des questions posées.
Le mensonge peut être délibéré, soit que la question
ou l’interviewer aient éveillé une méfiance, soit que l’image
que l’interviewé veut donner de lui-même (ou se fait de lui-même)
soit différente de la réalité. On obtiendra alors une réponse
de «façade».
D’une façon plus générale, et sans approfondir ici la
question, on conviendra que toute réponse autre que purement
objective, peut être analysée en deux éléments : un contenu
manifeste ou conscient et un contenu latent ou inconscient.
Il existe bien sûr des sujets qui sont particulièrement
propices au mensonge ou à la dissimulation consciente ou inconsciente
: les revenus, la vie sexuelle, les études, la santé, etc...
sont autant de domaines où le réel et l’imaginaire se mêlent
plus ou moins étroitement.
La valeur d’un témoignage est toujours fragile. Elle
est liée à la fois à la mémoire et à la capacité de perception
d’un témoin. Notons qu’un témoignage se déforme d’autant plus
qu’il est répété plus souvent soit par la même personne, soit
par des personnes différentes.
Il arrive enfin qu’il y ait malentendu, équivoque ou
méprise entre l’interviewer et l’interviewé soit que la question
posée soit peu claire, mal formulée ou ambiguë, soit que l’interviewé
ait une mauvaise connaissance de la langue ou encore que les
conditions de la communication fassent obstacle à la compréhension.
IV.
La préparation de l’enregistrement
1.
Le synopsis
Qu’elle soit
conçue seule ou à l’intérieur d’un reportage, une interview
exige, au même titre qu’un documentaire ou qu’un film de fiction,
l’élaboration d’un synopsis. Il s’agit :
1) d’exprimer en quelques phrases le sujet de l’enquête
ou du reportage,
2) de déterminer les lieux et décors où sera réalisée
l’interview,
3) de décrire sommairement le (ou les) personnage choisi
pour l’interview.
2.
Le questionnaire
L’élaboration du questionnaire se fait selon les principes
que nous avons décrits précédemment et à partir d’une définition
claire de l’objet de l’enquête établie dans le synopsis.
Exemple
1
Soit l’interview d’un acteur à propos de la première
représentation d’une pièce de théâtre. Le synopsis mentionnera
l’auteur, le metteur en scène, le sujet de la pièce, les autres
rôles importants, le passé professionnel de l’acteur interrogé,
puis le lieu et la date de l’interview. Le questionnaire sera
conçu à partir des éléments ainsi précisés.
Exemple
2
Soit l’interview d’un délégué syndical à propos d’une
grève.
Le synopsis décrira l’entreprise, son activité, le nombre
d’employés, l’origine de la grève, les syndicats présents,
puis le lieu de l’interview, le nom de la personne interrogée,
etc...
De même que précédemment les renseignements ainsi recueillis
serviront de base à l’élaboration du questionnaire. L’élaboration
d’un synopsis et d’un questionnaire précis sont d’autant plus
importants si l’interview est réalisée en direct sur un plateau.
Il n’y a en effet dans ce cas ni possibilité de reprise ni
possibilité de montage.
3.
Le script ou bordereau de tournage (voir tableau)
Le script vous servira pendant le tournage pour savoir
où vous en êtes, pendant le montage pour préparer votre plan
de montage et par la suite comme document d’archives.
Colonne 1 (cassette ou bobine) :
Chaque cassette ou bobine doit être répertoriée et munie
d’une étiquette indiquant le titre du reportage, la date,
le nom du réalisateur, le nom de la production.
Colonnes 2 et 3 (plan et prise) :
Ne pas confondre le plan et la prise. Il y a changement
de plan chaque fois que l’on change de décor, de point de
vue ou de focale, après avoir interrompu la prise de vues.
On change de prise lorsqu’on tourne une nouvelle fois le même
plan pour des raisons techniques ou autres.
Colonnes 4 (compteur) :
On relève le numéro du compteur au début et à la fin
de chaque prise. Ceci est essentiel pour pouvoir travailler
rapidement pendant le montage.
Colonne 5 (image) :
Description technique du plan-image. Il est important
de noter également dans cette colonne les éventuels défauts
de la prise de vues (mise au point, contre jour, etc.) qui
peuvent exiger le tournage d’une nouvelle prise.
Colonne 6 (son) :
On mentionne dans cette colonne les défauts éventuels
du son (ambiance trop forte, bruits parasites, coups de vent).
Il est parfois possible d’améliorer au montage ou au mixage
la qualité du son ou encore de n’utiliser qu’une partie du
plan tourné. Si le son est de bonne qualité et l’image de
mauvaise qualité, il est possible de remplacer l’image par
un plan de coupe tout en conservant l’enregistrement sonore.
Lors d'une interview, on note la première et la dernière phrases
de chaque prise ce qui facilite le travail de montage en évitant
les confusions entre plans de même valeur.
Colonne 7 (plan de montage) :
La dernière colonne n’est pas utilisée pendant le tournage
mais pendant la phase du dépouillement et du montage. Elle
permet de noter les plans qui seront effectivement assemblés
lors du montage.
Titre
Réalisateur
Producteur
Date
Lieu
de tournage
|
4.
Le tournage
Les conseils concernant l’organisation et le déroulement
du tournage d’une interview reprennent en partie ceux que
l’on prodigue pour tout tournage de films documentaires ou
autres, mais ils ont également une spécificité que nous mettrons
en valeur dans ce chapitre.
5.
Le plan de tournage
Votre plan de tournage doit comprendre :
- le synopsis,
- le ou les questionnaires établis,
- la liste des personnes que vous voulez interroger avec
leur adresse et éventuellement quelques détails sur leur personnalité
(âge, profession, etc.),
- la liste des décors et plans de coupe qu’il faudra
adjoindre à l’interview. (11 n’est pas toujours possible de
l’établir à l’avance),
- le calendrier du tournage mentionnant l’ordre d’enregistrement
des interviews, la durée prévue pour chaque enregistrement
des interviews, la durée prévue pour chaque enregistrement
ainsi que le temps consacré aux déplacements,
- le bordereau d’enregistrement des prises.
6.
Le repérage
Comme dans tout tournage de film, le repérage
est préférable si l’on dispose d’un peu de temps. Il permettra
d’une part de faire connaissance avec les conditions matérielles
du tournage, d’autre part de prendre contact avec les personnes
à interroger.
Il est le plus souvent préférable de ne pas déflorer
l’interview en posant les questions à l’avance, mais il arrive
que certaines personnes n’acceptent de s’exprimer qu’après
avoir réfléchi aux questions qu’on leur posera. C’est là une
question de tact dans la direction de l’interview.
7.
Choix et préparation du matériel
Le choix du matériel dépend bien sûr de l’utilisation
que l’on veut faire de l’interview. Si l’interview doit servir
à la rédaction d’un article de joumal ou de magazine, la qualité
du son importe peu, si elle doit être utilisée dans un montage
audio-visuel ou une émission TV, elle importe beaucoup.
L’équipe de tournage TV d’une interview est généralement
constituée d’un caméraman, d’un preneur de son et d’un journaliste
ou réalisateur. Mais de plus en plus la tendance est de réduire
le nombre des techniciens. L’utilisation de camescopes permet,
dans de nombreux cas, à une seule personne d’effectuer le
travail.
Quel que soit le matériel choisi, n’oubliez pas de vérifier,
avant le tournage, que vous disposez des accessoires nécessaires
:
- casque,
- perchette,
- micro directif ou semi-directif (et éventuellement
micro-cravate),
- bonnette (pour protéger le micro des coups de vent),
- câble (dont la longueur doit être suffisante),
- batteries (chargées et éventuellement chargeur),
- trépied,
- éclairage (si nécessaire),
- cassettes ou bandes magnétiques ou films.
8. Consignes de tournage
L’image
Installez votre matériel, prenez le temps de vérifier
la qualité du son et de l’image. N’oubliez jamais d’enregistrer
30 secondes de mire (ou de noir) au début de votre cassette
afin d’obtenir une bonne stabilité de défilement de la bande
dès vos premières prises de vues. Pour la même raison, ne
filmez jamais jusqu’au bout de la cassette.
Le son
Si votre interview doit se prolonger, utilisez le micro-cravate
plutôt que la perche. Si vous voulez avoir une bonne qualité
d’enregistrement des questions, utilisez un deuxième micro
et une petite table de mixage. Mais ne vous compliquez pas
inutilement la vie. Il est le plus souvent loisible de supprimer
les questions au montage ou de les réenregistrer au mixage.
Place du journaliste
Prévoyez
dès le début de l’interview les divers cadrages que vous utiliserez.
Si vous travaillez en équipe, installez-vous tout près de
la caméra, à droite ou à gauche, en conservant toujours la
même place. Dites à votre interlocuteur qu’il peut indifféremment
vous regarder vous ou la caméra, l’idéal étant qu’il regarde
alternativement l’un et l’autre.
Consignes à l’interviewé
Donnez à votre interlocuteur une indication du temps
de réponse que vous espérez pour chaque question. une réponse
trop longue est souvent difficile à monter. Informez-le que
s’il n’est pas satisfait de sa réponse. il est toujours possible
de recommencer la prise. Demandez lui de prendre son temps
(quelques secondes) avant de répondre. Cela vous facilitera
le montage.
Pendant l’enregistrement, si vous travaillez en équipe,
ne quittez pas du regard votre interlocuteur et montrez de
l’intérêt pour ce qu’il vous dit. N’hésitez pas cependant
à l’interrompre s’il est trop long et à reprendre la prise
s’il apparaît quelque défaut technique ou autre.
L’annonce
Après toute mise en route de la caméra, comptez mentalement
ou à haute voix cinq secondes avant de poser votre question.
Si vous travaillez en équipe, laissez ce soin au caméraman.
De même à la fin de chaque prise laissez tourner la caméra
cinq secondes après la fin de la réponse.
Ces précautions facilitent le montage en assurant une
bonne stabilité de défilement de la bande et une sécurité
pour la coupe.
Si vous arrêtez le moteur de votre caméra (vidéo) n’oubliez
pas de vous recalez à la fin de la prise avant toute nouvelle
prise vues. Méfiez-vous du retour de bande qui peut mordre
sur l’enregistrement précédent. Pour éviter ce désagrément,
travaillez avec la touche pause aussi souvent que possible.
L’utilisation de la claquette pour l’annonce des prises
est particulièrement utile lors d’un tournage sur support
film. Elle permet en effet la synchronisation des plans sonores
et visuels.
Le principe en est simple. Au début de chaque prise,
vous présentez devant la caméra une ardoise, munie d’une claquette,
sur laquelle sont inscrits l’intitulé de l’interview, le numéro
du plan et le numéro de la prise. Vous actionnez alors rapidement
la claquette afin d’obtenir un son ponctuel qui vous permettra,
lors du montage, la synchronisation des plans.
L’utilisation d’un caméra vidéo supprime le problème
de la synchronisation mais il est souvent utile de posséder
un repérage visuel du défilement des plans. Nous vous conseillons
donc de réaliser, en tous cas, une annonce pour chaque prise
en utilisant un petit carnet à spirale sur lequel vous noterez
les plans et les prises successives. A chaque mise en route,
vous présentez à la caméra une feuille du carnet sur laquelle
sont inscrits le numéro du plan et le numéro de la prise engagés.
9. Plans de coupe et plans d’ambiance
Une fois l’interview terminée, demandez à votre interlocuteur
de se prêter à l’enregistrement d’une prise muette, c’est-à-dire
de poser quelques secondes sans parler. Cette image pourra
vous être utile lors du montage.
C’est le moment également de filmer des plans de coupe
sur d’autres membres de la famille ou sur des détails du décor
et de réaliser un enregistrement d’ambiance sonore d’une trentaine
de secondes. Pour cet enregistrement d’ambiance, demandez
le silence...
10. Le micro-trottoir
Si vous interviewez des gens dans la rue, préparez votre
matériel et vos questions avant de les aborder. Il faut savoir
dans ces cas-là limiter le temps de mise en route sans sacrifier
la qualité de l’enregistrement.
Abordez franchement vos interlocuteurs. Lancez la caméra
(que vous aurez préalablement mis en pause) tout de suite.
Présentez-vous de façon très brève, posez une question simple,
courte, facile à comprendre. Ayez toujours deux autres questions
prêtes pour poursuivre éventuellement.
Evitez d’enchaîner plusieurs interviews. Prenez le temps
de remplir votre bordereau de tournage puis de choisir une
nouvelle personne à interroger.
Méfiez-vous de ne pas interroger toujours le même genre
de personnes (celles qui vous attirent). Vous devez en principe
avoir prévu dans votre plan de tournage les divers types de
personnes que vous voulez interroger. Mais ne cherchez pas
non plus systématiquement la difficulté. Il y a des gens dont
on devine qu’ils refuseront de répondre et il faut éviter
de se faire éconduire trop souvent...
Vérifiez fréquemment que l’enregistrement se déroule
de façon correcte : le stress de le micro-trottoir conduit
parfois à des erreurs techniques irréparables... Respectez
votre plan de tournage. Si vous avez prévu d’interroger dix
personnes, n’en interrogez pas vingt.
Enfin, dès que le tournage est terminé (et cela vaut
pour toutes les interviews vidéo) vérifiez rapidement à l’œilleton
(ou au moniteur) que ce que vous avez enregistré est intéressant
et utilisable. Le lendemain, c’est trop tard...
V.
Le montage
Le reportage est terminé. Vous disposez maintenant des
rushes. Dans chaque cas le montage possède ses contraintes
propres mais il existe quelques principes généraux à observer.
1.
Le dépouillement
Si vous avez établir un script précis, le dépouillement
sera facilité. Commencez par vérifier que chaque bobine et
son enveloppe portent l’ensemble des indications nécessaires.
Ecoutez ensuite (et/ou regardez) chacune des bobines attentivement,
en ayant votre script à portée de main.
Vérifiez que les indications du script sont pertinentes.
Corrigez éventuellement et ajoutez les annotations qui vous
semblent judicieuses. Ces annotations peuvent être de deux
types :
Annotations techniques
Il
s’agit essentiellement de la qualité du son ou de l’image.
Ces indications ont déjà dû être portées sur le script mais
le visionnement ou l’écoute permettent un contrôle plus précis.
Il s’agit en particulier de noter les prises inutilisables
soit parce que l’image est floue mal cadrée, surexposée etc.
soit parce que le son est trop faible, trop fort, couvert
ou perturbé par un bruit d’ambiance, etc.
Annotations de contenu
Il s’agit là de faire un résumé simple du contenu de
chaque réponse en mentionnant les passages qui vous semblent
particulièrement intéressants, les répétitions, les longueurs,
les propos hors sujet.
Une fois ce travail fait, on ne saurait trop vous recommander
d’écouter et de regarder une nouvelle fois l’ensemble des
documents mais cette fois-ci sans prendre de notes, en essayant
simplement de vous imprégner du contenu de l’interview réalisée.
Le temps passé à écouter, à plusieurs reprises, l’enregistrement
n’est pas du temps perdu. Il vous permet de mémoriser et de
mettre, plus ou moins consciemment, en ordre les divers centres
d’intérêt de l’interview.
2. Le plan de montage
Lorsque vous pensez avoir une idée claire sur le contenu
de votre enregistrement, vous pouvez passer à la phase du
montage.
Il s’agit tout d’abord, à partir de votre script annoté
et corrigé, d’établir un plan de montage. C’est à ce moment
que, selon le type d’interview choisi et le type de matériel
collecté, vous ferez le choix entre un montage en continuité
et un montage en parallèle.
Si votre interview ne concerne qu’un seul personnage
vous êtes amené à choisir l’ordre dans lequel vous monterez
questions et réponses. Il se peut que vous ne respectiez pas
l’ordre dans lequel les questions ont été posées. En effet
il arrive qu’une question posée en fin d’interview mérite
d’être présentée plus tôt parce qu’elle éclaire l’ensemble
de l’interview d’une lumière particulière. Il faut en fait
choisir le meilleur ordre possible de passage en fonction
du projet de l’enquête et de la logique des réponses fournies.
Si votre enquête rassemble plusieurs interviews menées
selon un même questionnaire il vous est également possible
de monter chacune des interviews en continuité, soit en répétant
chaque fois les questions, soit en aménageant le montage de
telle façon que les questions puissent être supprimées.
Il vous est également possible de monter les interviews
en parallèle.
Monter une série d’interviews en parallèle, c’est coller
bout à bout l’ensemble des réponses à une même question. C’est
un procédé fréquemment utilisé dans les micro-trottoir qui
sont le plus souvent de type directif, à questionnaire fermé.
Cela permet un montage rapide et vivant, très prisé dans les
journaux télévisés qui ne peuvent consacrer que peu de temps
à l’analyse d’un sujet.
3.
Le bout à bout
— Si vous travaillez sur un support film, le plan de
montage étant ainsi établi vous pouvez réaliser un premier
bout à bout des éléments sans vous préoccuper des raccords.
Dans cette phase d’élaboration, il est en particulier préférable
de conserver toutes les questions. A l’écoute ou au visionnement
de ce pré-montage, vous allez pouvoir affiner votre procédure
: changer l’ordre des réponses, supprimer les longueurs, les
répétitions, voire, parfois, renoncer complètement à l’une
ou l’autre réponse qui vous semblerait n’apporter aucune information
importante.
—
Si vous travaillez sur support vidéo professionnel, il peut
être judicieux d’effectuer une copie de vos rushes sur un
support vidéo amateur et d’établir une maquette de votre montage
en réalisant un assemblage sommaire de votre interview.
Vous aurez ainsi une première idée des qualités et des
défauts de votre plan de montage et vous pourrez donc l’affiner
avant de passer sur la table professionnelle.
4.
Le montage
Une fois l’ordre de l’interview établi et les plans montés,
il peut subsister, dans l’enchaînement des plans, des raccords
visuels de qualité médiocre.
Il s’agit le plus souvent de l’enchaînement de deux plans
de même valeur, dû à la suppression d’une longueur à l’intérieur
d’une même prise de vues.
Ce type de raccord provoque une saute dans l’image. On
peut souvent y remédier en insérant un plan de coupe ou une
illustration sur la fin du premier plan ou sur le début du
second plan concernés, l’interviewé poursuivant son discours
en voix off.
Le plan de coupe utilisé est à choisir dans le stock
de ceux que vous avez pris la précaution de tourner (voir
précédemment) ou dans des images d’archives dont le contenu
est proche du sujet de l’interview.
VI.
Exercices
Exercice n° 1
Découpez une interview dans un magazine. Reconstituez
les questions posées. Imaginez deux questions supplémentaires.
Exercice n° 2
Etablissez une liste des interviews présentées dans un
journal télévisé de vingt heures. Pour chaque interview, vous
donnerez le nom et la fonction de la personne interrogée ainsi
que la durée de l’interview. Rapportez ensuite la durée totale
des interviews à la durée totale du J.T.
Exercice n° 3
Cherchez dans un magazine un exemple de fausse interview
à vocation publicitaire.
Exercice n° 4
A
propos de bruit dans la rue, vous établirez trois questionnaires
que vous pourriez soumettre à vos voisins :
- un questionnaire fermé (4 questions);
- un questionnaire semi-ouvert (4 questions);
- un questionnaire ouvert (4 questions).
Exercice n° 5
Vous proposez une enquête sur la réhabilitation d’un
quartier HLM au maire de la commune concernée.
a) Définissez brièvement l’intérêt et l'objectif
de votre enquête.
b) Choisissez 3 personnages-clé à interroger.
c) Etablissez un questionnaire de 2 questions communes
aux trois personnages-clé et de 2 questions propres à chacun
d’eux.
Exercice n° 6
Le maire d'une petite ville de la région parisienne
vous charge de réaliser une enquête sur les préoccupations
des jeunes de sa commune.
a) Rédigez un projet de micro-trottoir qui précisera
en quelques lignes :
- les caractéristiques des personnes que vous désirez
interroger,
- les lieux et heures où vous réaliserez vos interviews.
b) Elaborez six questions que vous soumettrez à vos interlocuteurs,
en justifiant leur enchaînement et leur progression.
Exercice n° 7
Vous interviewez chez lui un acteur ou un chanteur célèbre.
Imaginez cinq plans de coupe que vous pourrez insérer dans
votre montage.
Exercice n° 8
Imaginez cinq plans de coupe que vous pourrez insérer
dans le montage du micro-trottoir que vous avez conçu dans
l'exercice n°6.