Le tableau décrit
un peintre au travail, dans son atelier. La lumière
entre par la gauche d'une fenêtre qui est masquée
par un rideau à demi ouvert, retenu semble-t-il,
par un dossier de chaise.
La lumière baigne un modèle qui pose
pour le peintre. Il s'agit d'une jeune fille debout,
vêtue d'une robe ample qui tient, dans les bras,
un instrument de musique et un livre (de rhétorique).
Elle porte sur la tête une couronne de lauriers.
Son regard se est dirigé vers une table basse
qui se trouve devant elle, sur laquelle sont posés
un masque de carton (ou de plâtre ?) et divers
vêtements et tissus, étalés en
vrac.
Le peintre est assis, de dos sur un tabouret. Il est
dans le tiers droit de l'image alors que le modèle
se trouve dans sa moitié gauche. L'œil du peintre
est à la hauteur du cou de la jeune fille (la
signature du tableau est inscrite sur la ligne du
regard) alors que l'oeil de l'observateur est à
la hauteur de la main du peintre.
La lumière du jour
inonde la partie gauche de la peinture où se
trouve le modèle et surexpose le visage de
la jeune fille au point d'en effacer les traits alors
qu'elle baigne de façon équilibrée
le dos du peintre et la toile sur laquelle il travaille.
Elle inonde également la carte des Pays Bas
accrochée au mur et en révèle
les défauts et les cassures.
L'arrière plan, surexposé, nous conduit
à accommoder le regard sur la partie médiane
où se trouve le peintre : c'est la partie qui
est éclairée de façon nuancée
(entre surexposition et pénombre).
C'est ainsi que se produit
un décrochage entre le modèle du peintre
et le modèle du tableau et une hésitation
chez le spectateur qui est à la fois ou successivement
spectateur de l'un et l'autre tableaux.
Cette mise en scène du spectateur est renforcée
par la présence du rideau (élément
théâtral) qui couvre près d'un
tiers de l'espace du tableau, et de la chaise vide
qui convie un absent ou un témoin hors cadre
à faire un pas en avant.
Le tableau propose donc
une imbrication de cadres emboîtés les
uns dans les autres :
1. La cadre théâtral où le peintre
joue son propre rôle et où le spectateur
est invité à s'asseoir à l'avant-scène,
2. Le cadre du tableau où le peintre a entrepris
un portrait de son modèle assez curieusement
par la couronne de lauriers qui en orne la tête
(masquée),
3. La carte surexposée et la fenêtre
lumineuse et invisible qui ouvre sinon sur l'inconnu
du moins sur l'invisible.
Ce jeu de cadres se redouble d'un jeu de regards qui
va du regard du spectateur (transparent), dont la
place est marquée par la chaise, au regard
caché et sautillant du peintre (opaque) de
son tableau à son modèle, vers le regard
détourné (et donc aveugle pour le spectateur
et pour le peintre) du modèle qui se porte
vers le masque posé sur la table dont
le regard, vide, est tourné vers le plafond
(où est accrochée une suspension éteinte
!). Aucun de ces regards n'accroche ni n'obtient de
retour de son objet.
Autrement
dit, le spectateur n'est ni dans le contrechamp du
peintre, ni dans celui du modèle ; le peintre
n'est pas dans le contrechamp de son tableau ni même
dans le contrecadre de son modèle qui lui-même
observe le regard vide du masque tourné vers
le plafond où se trouve accroché un
lustre éteint.
Sur ce spectacle
de dupes, le soleil (invisible) étale vigoureusement
sa lumière aveuglante, en direction d'un pays
dont les cassures se substituent au relief...