1.3.
L'angle de prise de vues
L’angle de prises de vues est celui que forme la
direction du regard de l’opérateur avec la direction de l’axe principal de l’objet
filmé autrement dit, il s’agit du rapport existant entre le système de coordonnées
ayant pour origine l’objectif, et le système de coordonnées ayant pour origine
l’objet visé.
L’angle
de prises de vues s’analyse en deux éléments l’un se rapportant à la projection
horizontale (droite, gauche), l’autre à la projection verticale (plongée, contre-plongée)
des deux axes de référence. Bien entendu, le choix d’un axe de référence ne s’impose
pas toujours naturellement. Les compositions complexes peuvent donner lieu à des
références multiples.
Si
le récit d’un événement se fait du point de vue extradiégétique d’un narrateur,
l’axe premier de la narration lie le point de vue du narrateur à l’événement constitué
en objet. L’axe second de la narration lie le sujet de l’événement (assimilé à
un prédicat) à l’objet de l’événement. Autrement dit, il révèle une relation entre
deux (ou plusieurs) éléments diégétiques. L’angle intradiégétique révèle un enchâssement
d’événements ou de récits.
Le
point de vue du narrateur est plus ou moins explicite. Il peut être confondu avec
le point de vue de l’un ou l’autre des acteurs. En ce cas, l’axe de la narration
et l’axe de l’événement se confondent. Les rapports existant entre les différents
acteurs de l’événement peuvent donner lieu à autant de points de vue délégués
équivalents qu’il existe d’acteurs.
Ainsi
un événement peut-il être décrit de divers points de vue extra ou intradiégétiques.
Le changement de point de vue impose une rupture à la continuité du récit, tout
en préservant la continuité sémantique du propos. Le changement de point de vue
peut donc indifféremment simuler l’évolution des rapports intersubjectifs, liant
les acteurs de l’événement, ou mettre en valeur l’un quelconque des points de
vue du narrateur ou des acteurs. Le choix proprement narratif consiste à élire
à chaque instant l’un des points de vue disponibles dans un ensemble que l’on
pourrait qualifier de «polymorphe ».
1.4.
La profondeur de champ
L’objectif
de la caméra détermine un axe de prises de vues par rapport auquel s’ordonnent
les objets du décor. L’axe de la caméra simule la direction du regard et
traverse un espace constitué d’une infinité de plans.
La
portion d’espace dans laquelle la vision des objets est nette est appelée profondeur
de champ. Elle est fonction de l’éclairage et du choix de l’objectif.
Une
vaste profondeur de champ permet de donner beaucoup à voir et laisse donc une
relative liberté au regard du spectateur. Elle permet également d’utiliser le
premier plan en amorce et de mettre l’accent sur un objet ou sur un personnage.
Inversement, une faible profondeur de champ permet d’isoler un détail à l’intérieur
d’une scène complexe.
1.5.
Le mouvement
On
distingue deux grands types de mouvements les mouvements propres aux objets saisis
dans le cadre et les mouvements propres à la caméra.
1.5.1.
Les mouvements intradiégétiques qui concernent les objets présents
dans le champ sont de deux types : continus ou périodiques. Les mouvements continus
se caractérisent par une trajectoire,
le mouvement continu a un début et une fln. Les
mouvements périodiques sont
caractérisés par une période et une amplitude.
Il
suffit ordinairement, pour rendre compte d'un mouvement répétitif,
d'en filmer une période alors que la représentation d'une trajectoire
demande pour le moins l'identification de la source et de la cible.

| Mouvement
périodique : le tangage |
Le
raccord dans le mouvement est un type de raccord qui pérennise, d’un plan à l’autre,
la phase et l’amplitude du mouvement.
1.5.2.
Les mouvements de caméra sont habituellement rassemblés en deux types :
Les
mouvements panoramiques (droite-gauche, haut-bas, etc.) sont des mouvements
de pivot autour de l’un des axes de la caméra.
Les mouvements de travelling
sont produits par un déplacement de la caméra (avant, arrière, latéral,
etc.)
Les
mouvements de caméra peuvent être induits par les mouvements propres aux objets
filmés (recadrages, zooms, etc.), ou manifester un projet du narrateur sur l’objet
de la prise de vues. En chaque cas, le mouvement de caméra est le lieu où se révèle
l’interaction entre objet et sujet du regard.
1.6.
La durée
Toute
perception a une durée. La
durée institue le plan en unité temporelle. Elle manifeste l’accord entre mouvement
objectif et mouvement subjectif. Autrement dit, elle est l’objet d’une négociation
ou d’un équilibre entre la proposition que constitue le regard et la proposition
que constitue l’objet.
La
durée minimale du plan est sans doute égale à la somme des moments nécessaires
à la reconnaissance de l’objet et à l’identification de l’observateur,
rapportés l’un et l’autre à leur système propre de coordonnées.
Le
plan, en tant que proposition, possède également une durée maximale caractérisée
par le changement de registre de conscience intersubjective. C’est-à-dire que
la durée du plan est tout autant déterminée par les conditions objectives de l’action,
que par les conditions de l'énonciation et du processus narratif.
Le
mouvement livre donc à l’analyse, l’outil d’une segmentation du temps. Le temps
est triple il est temps du référent, temps de l’énonciateur et temps du spectateur.
Temps
du référent, il est caractérisé par l’ensemble des mouvements à l’œuvre dans le
cadre; temps de l’énonciateur, il est caractérisé par la durée de la prise de
vues ou du plan monté, temps du spectateur, il est caractérisé par le rythme et
l’intensité de son attention.
Le
travail de montage vise à harmoniser ces trois registres, en faisant coïncider
les temps forts et les temps faibles, ou en jouant au contraire sur le contretemps
et la rupture de rythme.
L’étude
statistique de la durée moyenne d’un plan de reportage (sept à huit secondes,
révèle une remarquable stabilité, qui correspond sans doute à la durée nécessaire
à la reconnaissance et à l’interprétation d’une image (cinq à dix secondes). Il
semble qu’il y ait là, empiriquement, la marque du segment de conscience.
Tout
découpage ou tout plan de durée supérieure, peut être analysé en plusieurs mouvements,
et tout plan de durée inférieure est soumis, dans son interprétation, à un autre
plan qui le détermine. Cette durée est à rapporter à l’alternance du jeu intersubjectif.
L’utilisation systématique de périodes plus courtes ou plus longues marquent l’irruption
de l’énonciateur dans le spectacle (plans séquences ou flashes).