En
mai 2002, Jacques Chirac est réélu Président
de la République. Le journal "Le Monde"
publie à cette occasion la photographie présentée
ci-dessus qui rend compte de l'installation du nouveau
gouvernement...
Le
champ de cette photographie ne rend pas compte,
à proprement parler, de la composition
du nouveau conseil (on a d'ailleurs du mal à
en distinguer tous les membres) mais de la cérémonie
de la photographie officielle de la mise en
place.
Le
cadrage saisit, en plan américain, de profil,
l'ensemble des ministres du nouveau gouvernement,
debout sur le perron de l'Elysée. Tous regardent
dans la même direction, face à eux, et
sourient d'un même mouvement au photographe
officiel (dont on devine la présence hors
champ) qui les hèle probablement de quelque
apostrophe convenue. Seul
le Président refuse de se plier à l'injonction
du photographe officiel. Son regard se sépare
de celui de ses ministres pour se diriger de côté,
vers nous, autrement dit vers un deuxième objectif
qui le saisit, comme à l'improviste.
L'enchâssement
(ou l'imbrication) des procédures énonciatives
semble manifester une compétition ou une hiérarchie
entre deux types de regards : celui des ministres
et celui du président. Le
regard détourné du président
met ainsi en évidence la pose prise par les
ministres nouvellement installés. Le chef de
l'état semble faire un clin d'œil au photographe
(et à travers lui à nous lecteurs présents
à ses côtés), un regard qu'on
pourrait interpéter : " Ne soyez pas dupes
! Ils sont ministres, moi président ! "
On
ne peut que s'interroger sur la façon dont
le photographe a mis en scène cette complicité
qui transforme une séance convenue en instant
de confidence. A-t-il préparé son affaire
ou a-t-il improvisé une façon de l'interpeller
qui ne parle qu'à lui : "Monsieur le président
!"ou peut-être "Jacques !" ?