L'image,
extraite du film " Voyage en Italie " de Roberto Rossellini (1953),
met en scène la visite du musée de Naples par une jeune femme britannique
(jouée par Ingrid Bergman) - au moment où elle s'arrête devant
une statue d'Hercule [Il s'agit d'une copie en marbre inspirée d'un original
grec de Lysippe : IVème siècle av. JC] représentant le héros
fatigué après l'accomplissement de ses Travaux.
Le
champ de l'image est occupé pour l'essentiel par le dos de la statue
[le cadrage achève un travelling de contournement du héros]. On
distingue la massue, que le fils de Zeus tient du bras gauche et, dans le creux
de sa main droite, les pommes volées au jardin des Hespérides. Face
à lui, à quelque distance, sur la droite de l'image, se tient une
jeune femme blonde, vêtue d'un ensemble de couleur sombre, à la mode
des années 50. Elle croise les mains sur son sac qu'elle tient serré
à sa taille, le bras droit légèrement écarté
de son buste, de façon symétrique à la position prise par
le bras droit de la statue d'Hercule. Un foulard de couleur claire est noué
sur sa poitrine.
Le cadrage en plan moyen,
saisit les deux personnages, debout l'un en face de l'autre, en pied. Le regard
de la jeune femme se dirige, en contre-plongée, vers le visage du personnage,
non sans embrasser, avec un étonnement amusé et respectueux, la
puissante virilité de son corps d'athlète. Les 2/3 à gauche
de l'image sont occupés par la statue, présente en premier plan,
alors que le 1/3 à droite révèle la perspective de la salle
du musée, en arrière-plan. La jeune femme quant à elle occupe,
en deuxième plan, le coin droit de l'image, soit 1/6 environ de l'espace
restant. L'angle de prises de vues est en plongée (ce qui accentue la disproportion
entre les personnages).
Le point de vue énonciatif
est légèrement oblique (de ¾ droite) par rapport à
l'alignement des personnages et tend à épouser l'axe des regards
ce qui permet au photographe d'introduire le spectateur dans le dialogue
qui semble s'instaurer entre Hercule et la visiteuse. L'énonciation met
ainsi en place un " dialogue à trois " champ/contrechamp/contrecadre
où le spectateur est invité à prendre place, tout près
du héros.
La présence en amorce
de la statue, comme métaphore de la virilité, proposée au
regard de la jeune femme, dit à la fois le pouvoir et son invisibilité,
le désir et l'interdit, imaginé dans le regard de l'autre. Si une
image implique toujours un regard, un regard parallèlement, implique toujours
un objet réel ou imaginaire, présent ou hors champ, imaginaire ou
symbolique…
Le centre de la photo est occupé
par la main que le héros cache dans son dos. Invisible de l'héroïne,
elle serre dans sa paume les fruits volés au jardin des Hespérides.
Le couple apparaît alors comme une libre variation du mythe de la Chute.
L'homme dont le sexe est invisible au spectateur cache à la femme les fruits
qu'il a dérobés dans le jardin des Hespérides dans le mouvement
même où il offre à sa compagne l'objet nu de son désir…
Le
message énonciatif, adressé directement du photographe au spectateur,
énonce que le désir ne peut être contemporain de son objet
pas plus que le regard ne peut être contemporain de l'image…
Il
s'agit également de la métaphore de l'histoire du couple que forment,
dans le film, Ingrid Bergman et George Sanders, un couple sans enfant, qui ne
réussit pas à prendre corps.
(C'est
peut-être également la métaphore du couple que forment, dans
la vie, Ingrid Bergman et Roberto Rossellini où l'admiration de l'actrice
pour le " Grand homme " se substitue au désir de la rencontre
avec l'autre). Voir infra.