Copyright 2004: Chung So-Sung, Jean-Paul Desgoutte, Kim Jin-Young (tous droits réservés)

Chapitre 12


C'est en 1948, le 9 septembre, que fut fondée, au nord de la Corée, la République populaire de Chosun et que fut créée, dans le même mouvement, l'armée populaire. En réalité, rien n'empêchait le Parti travailliste du Nord de proclamer plus tôt la fondation de la République, mais on avait attendu que le Sud prenne l'initiative afin de lui faire endosser la responsabilité de la division. Le 15 août de la même année, en effet, le président Lee Seng Man, élu par le peuple, proclama officiellement la fondation de la République de Corée du Sud.
Dès le 14 mai 1948, le Nord avait cessé d'alimenter le Sud en électricité et, de fait, c'est cet événement qui concrétisa véritablement la division entre les deux provinces. Dès lors, les échanges et les rencontres se firent de plus en plus rares ; les populations devinrent étrangères l'une à l'autre.
Cette même année en Chine, la grève générale, organisée à Shanghaï par les communistes, mit le gouvernement du Parti nationaliste en difficulté, mais n'empêcha pas Chang Kai-Shek d'être nommé président. Les communistes, qui avaient su obtenir le soutien d'une masse importante de paysans et d'ouvriers, créèrent en septembre le gouvernement d'union de la République du Nord de la Chine. La guerre civile s'engagea alors entre nationalistes et communistes. Ces derniers, bien implantés dans la population, conquirent rapidement du terrain. Au mois de décembre, Pékin tomba en leur pouvoir. Au début de l'année 1949, le gouvernement nationaliste demanda l'aide des pays alliés, États-Unis, Grande Bretagne, France et URSS, pour trouver une solution politique à la guerre civile mais en vain. La défaite du Guomindang ne pouvait plus être enrayée. Les nationalistes firent retraite jusqu'à Canton tandis que Mao Tsé-Toung s'installait à Pékin. Le gouvernement du Guomindang tenta en vain une ultime négociation mais la partie était déjà jouée. Au mois de mai, les communistes engagèrent la dernière offensive et les nationalistes s'effondrèrent. Chang Kai-Shek s'enfuit à Formose avec ses derniers fidèles. Le président Mao annonça la fondation de la République populaire de Chine sur la place Tienanmen à Pékin, le premier octobre 1949.
La Russie, quant à elle, avait fait sa Révolution en octobre 1917. Les bolcheviks, dirigés par Lénine, Trotski et Staline, s'étaient débarrassé du Parti menchevik et des capitalistes qui avaient joué un grand rôle dans le développement industriel du pays. Dès 1905, s'était organisé le mouvement des soviets, syndicats ouvriers révolutionnaires. La lutte avait duré douze ans avant que le pouvoir tombe dans les mains des bolcheviks qui dès lors confisquèrent les terres des propriétaires terriens, de même que les entreprises et les banques. La réussite de la Révolution d'Octobre permit à Lénine de s'emparer de pouvoir et de diriger le pays jusqu'à sa mort en 1924. Staline prit sa succession au détriment de Trotski, après une longue lutte. Au prix d'une politique d'oppression systématique, il réussit à stabiliser le pays en centralisant le pouvoir.
En Corée, la rupture entre le Nord et le Sud se confirma en juin 1949, par la fondation du Parti travailliste de Chosun, produit de la fusion entre les Partis travaillistes de Chosun du Nord et du Sud.

*

Chul Woo, malgré l'amélioration de sa situation, n'envisageait pas de reprendre ses études. Il n'y tenait d'ailleurs plus vraiment et s'était convaincu que si son beau-père Dal Sou, ne faisait rien en ce sens, c'était parce qu'il n'en avait pas le pouvoir. En fait, Dal Sou avait suffisamment de pouvoir pour arranger la poursuite des études de Chul Woo, même si la République nouvelle surveillait l'origine de classe de chacun. Ceux qui n'étaient pas de bonne origine de classe, selon les critères établis, subissaient exclusions et oppressions. Les dirigeants du Parti n'hésitaient pas à affirmer que, pour construire une véritable nation communiste, il fallait se débarrasser des mauvais sujets. L'objectif était donc de les éliminer le plus rapidement possible. Chul Woo avait l'impression depuis un moment que son beau-père lui cachait quelque chose.
- Père, avez-vous des soucis ? lui demanda-t-il un jour.
- Non, pourquoi ? Si je ne m'empresse pas de te faire sortir de cette mine isolée, c'est pour une raison que je ne peux t'expliquer pour le moment. Mais tu le sauras le moment venu. Ne m'en demande pas plus…
- Je suis non seulement votre beau-fils mais aussi votre camarade…
- Ce n'est pas de notre faute si le Sud nous agresse ! Dès que Lee Seng Man ouvre la bouche, il parle de libérer le Nord. Que veut-il ? Il veut nous tuer tous. Pourtant, nous aussi, nous avons des femmes et des enfants, nous sommes des êtres humains… On ne se laissera pas faire !
- Vous avez raison ! La guerre est donc inévitable ?
- Ce n'est pas sûr mais on doit se préparer à tout.
- Parlez-moi comme au mari de Ga Young, votre fille, à celui dont vous avez sauvé la vie… On prépare la guerre, n'est-ce pas ?
- Pourquoi suis-je resté ici, à la mine ? Il nous faut du minerai pour fabriquer des armes. L'armée de libération chinoise et celle de l'Union soviétique nous aident bien sûr, mais il faut que nous en fabriquions nous-mêmes. C'est ce qu'on est en train d'essayer de faire. Nous allons bientôt recevoir des ingénieurs de l'armée soviétique ici même.
- On prépare donc la guerre ?
- Ne dis pas cela, jamais, à personne !
- Si la guerre éclate, je devrai m'engager, moi aussi ?
- Ce sont les jeunes gens de ton âge qui seront appelés. La mobilisation est d'ailleurs déjà commencée. On offre l'opportunité aux jeunes qui le veulent de prendre les armes pour défendre notre République socialiste !
- Alors, je serai bientôt appelé, moi aussi ?
- Ce que je voulais te dire, c'est que les mineurs de Musan seront dispensés de se battre pour le moment. Il est vrai que, toi, tu travailles au Comité culturel, pas dans la mine, mais on te considère comme un élément indispensable pour encourager les mineurs et favoriser la production. As-tu bien compris ?
- Oui…
- Fais très attention à ne pas répéter ce que je t'ai dit. Je ne dois en parler à personne. Je te fais confiance. Tu verras, on va bientôt mettre le feu au monde ! tu n'as qu'à attendre…
- Oui, j'ai bien compris. C'est pour cette raison qu'on pousse les mineurs à produire de plus en plus, n'est-ce pas ?
- Exactement ! Et moi, j'attends l'arrivée imminente d'ingénieurs de l'armée soviétique, ma mission est de les recevoir. Quant à ton nouveau travail, c'est le secrétaire du Comité de la mine qui en a pris l'initiative. J'ai laissé faire. Si je leur avais ordonné quoi que ce soit, il est évident qu'ils auraient protesté, et une fois rentré à Pyongyang, je n'aurais pas échappé à une sévère autocritique. On m'aurait accusé d'avoir favorisé mon beau-fils en profitant d'une mission officielle.
- Oui, je comprends. Il y a encore une chose qui me préoccupe…
- Quoi donc ? Dis-moi.
- Je ne vous en ai pas encore parlé, c'est la situation de Tuck Seu. Elle est devenue très difficile.
- Hein ? Comment as-tu appris cela ? s'étonna Dal Sou.
- Nous avons rencontré par hasard le père de Tuck Seu dans la rue, à Hoeryong. Nous avons même passé une nuit chez lui.
- C'est devenu très compliqué ! Même moi, je ne peux plus rien faire pour Tuck Seu, puisque son frère est parti au Sud. Je ne crois pas qu'il puisse garder son poste dans la police locale. J'ai sollicité le président du Parti départemental pour éteindre le feu. Je lui ai raconté qu'autrefois Tuck Seu et moi étions très proches. Mais je crains le pire. Quand on a un père collaborateur et un frère enfui au Sud, on ne peut pas s'en sortir…
- Sam-Dol a-t-il collaboré avec les Japonais ?
- C'est-à-dire que… tu ne peux pas le savoir, c'est normal. On dit qu'il a souvent fourni de la viande aux occupants japonais.
- N'était-ce pas pour survivre ?
- C'est bien possible. Mais le problème, c'est que lorsque sont arrivés les partisans, le père Sam-dol leur a fermé la porte au nez. Il a refusé de les approvisionner. C'était une grave erreur. Il est ainsi devenu leur ennemi.
- A l'époque, ce n'était qu'une troupe de bandits… tout le monde le sait, non ?
- Ne dis jamais plus ce genre de chose ! Désormais, tu n'es pas tout seul, il faut penser à Ga Young. Si jamais on t'entend dire une chose pareille, ce sera la fin, on t'éliminera tout simplement. Je ne veux pas que ma fille soit veuve à son âge, c'est compris ?
- Oui.
- En plus Tuck Seu a eu un gros problème, l'automne dernier… Il est dans une impasse…
- Qu'est ce que vous voulez dire par là ? Quel problème ? Lorsque je suis passé chez eux, ils avaient l'air de s'en sortir tant bien que mal.
- C'est Hiyae qui pose problème. Elle a catégoriquement refusé le fiancé que lui a désigné le Parti. C'est impensable. On ne doit pas s'opposer à ce que le Parti demande. L'individu n'existe plus ! Mais Hiyae ne s'en rend pas compte… Elle n'a pas encore mûri…
- S'il ne lui plaît pas, elle a bien le droit de refuser, non ?
- Si c'était une fille ordinaire, on aurait pu laisser passer, mais vu la situation de Tuck Seu… Il n'avait pas besoin de ça ! Et ce n'est pas tout ! Sais-tu ce qu'elle a fait ?
- Quoi donc ?
- Elle s'est rendue au port de Chong Jin et a demandé à un matelot japonais de l'emmener dans son pays.
- Comment ?
- Elle a pris l'habitude de se retrouver là-bas, la nuit, avec des filles japonaises.
- Avec des Japonaises ? Je ne comprends pas.
- Des Japonaises qui se vendent aux Russes. Ce sont des filles qui ont raté l'occasion de retourner au Japon après la libération. Apparemment, Hiyae s'est mêlée à leur troupe. C'est vraiment grave. Même son père, Tuck Seu ne réussit pas à la contrôler. Il a demandé à ses fils de la surveiller. Mais la situation leur échappe. Comment a-t-elle pu se transformer à ce point-là, elle qui était si sage ?
Chul Woo sentait son cœur battre à se rompre. Il devinait qu'il était coupable du comportement désespéré de Hiyae mais il ne voulait pas manifester son émotion en présence de son beau-père. Il fit un effort pour reprendre la conversation.
- Que cherche-t-elle donc ? Il doit y avoir une raison.
- Je n'en sais rien, qui aurait pu imaginer un tel changement ? J'ai entendu dire qu'elle voulait quitter le pays à tout prix, partir pour l'étranger et devenir danseuse. C'est vrai que c'est une belle fille, grande et bien faite, mais…
- Est-ce qu'il y en a encore des bateaux japonais qui font escale à Chong Jin ?
- Certainement, nous ne pouvons pas cesser complètement nos relations avec le Japon ! Leurs équipages sont formés de Coréens vivant au Japon et proches de nous. Le Japon est beaucoup plus développé que notre pays, nous sommes donc demandeurs. Il arrive ainsi de voir débarquer quelques Japonais. Et un certain nombre de gens sont partis grâce à l'aide de matelots japonais. C'est ce qu'espère, Hiyae. Quelle drôle d'idée ! Elle qui ne connaît rien à la vie.
- Comment a-t-elle pu en arriver là ? Ce n'est pourtant pas une fille ordinaire.
- C'est le moins qu'on puisse dire ! Elle n'est pas comme les autres filles, et cela finira mal.
La conversation avec Dal Sou jeta Chul Woo dans un trouble profond. Il était responsable de ce qui arrivait à Hiyae. La malheureuse, en plein désarroi, n'avait qu'une envie : quitter son village et même son pays. Il la revoyait pleurer en silence lors de leur dernière rencontre. Chul Woo décida soudain d'aller lui rendre visite. Il annonça sa décision à Ga Young et lui proposa de l'accompagner. Mais Ga Young, qui savait trop bien quel sentiment Hiyae portait à Chul Woo, refusa de l'accompagner, sous prétexte de n'avoir plus de famille à Suck Mak.
Chul Woo profita donc d'une mission à l'usine sidérurgique de Chong Jin pour se rendre au village de Suck Mak. Il y remarqua des changements. Jae Kyu travaillait désormais au Comité et vivait avec Bunnie, l'ancienne femme de Chil Kyu. Um Guy Pal avait pris la tête du Comité populaire du village. Tuck Seu manifesta sa joie de revoir Chul Woo.
- J'aurais aimé venir avec ma femme, dit Chul Woo, mais notre situation ne nous le permet pas. Voilà, je suis venu tout seul.
- Et oui, tout ce qui compte pour le moment c'est de survivre. Tu es seul, tu es en mission, c'est bien normal. Le monde n'est plus comme avant. Cela me fait vraiment plaisir te voir revenir au pays natal.
- C'est vous qui avez eu l'idée de nous marier, c'est grâce à vous que je suis encore là. Et vous, comment vous en sortez-vous, oncle Tuck Seu, n'avez-vous pas trop de difficultés ?
- C'est la vie ! Il y a toujours des difficultés. Si ma famille résiste jusqu'à présent, c'est grâce à Dal Sou, vois-tu, c'est ainsi. Mon plus grand bonheur est de te savoir en sécurité, cela me rassure vraiment ! Comment vont tes parents ?
- Ils sont retournés à Sessoula avec le grand-père de Ga Young. Ils auraient été malheureux de rester à la mine, à leur âge. Quant à vous, racontez-moi un peu…
- Ca ne va pas si mal. Au pire on me forcera à travailler à la mine. Te rappelles-tu O Jae Gap, celui qui travaillait à Chong Jin comme chauffeur de locomotive ?
- Le procureur du tribunal populaire, non ?
- Oui, justement. Il est devenu, grâce à son origine de classe, le nouveau chef de la Sûreté du village. C'est un homme entêté. Il est très exigeant envers moi. Dal Sou a essayé de lui faire changer d'avis en lui disant deux mots, mais il n'a pas réussi... dit Tuck Seu en soupirant au moment même où la porte s'ouvrait et où trois de ses enfants entraient dans la chambre.
Tuck Seu avait eu successivement deux filles et deux fils. Les enfants reconnurent Chul Woo mais hésitèrent à lui dire bonjour ne sachant comment l'appeler.
- Dites-lui bonjour, c'est l'oncle Chul Woo, dit Tuck Seu.
Les enfants se prosternèrent devant Chul Woo à qui Tuck Seu expliqua qu'il méritait d'être appelé oncle, puisqu'il était désormais un homme marié.
- Où est Hiyae ? demanda Chul Woo.
Il se regardèrent entre eux en silence.
- N'as-tu pas vu Hiyae ? demanda Tuck Seu à sa femme. Tous les enfants sont venus saluer notre ami et que fait-elle ? Hiyae ! cria-t-il. N'avez-vous donc pas vu votre grande sœur ? Pourquoi ne dites-vous rien ? L'avez-vous vue ou non ? insista Tuck Seu qui commençait à s'énerver.
- Elle est dans la chambre, mais il vaut peut-être mieux ne pas l'appeler, elle pleure… finit par dire l'un des fils.
- Elle pleure, pourquoi cela ?
- On n'en sait rien.
- Que racontes-tu ? Alors que notre jeune maître est venu nous voir, elle pleure ! Hiyae ! cria-t-il encore une fois vers la chambre.
La soir était bien avancé, on entendit siffler le train de nuit.
- Je vais aller la chercher, proposa finalement Chul Woo.
- Mais non, restez ici. Qu'est-ce qu'elle a ? Je ne comprends rien ! Va la voir, demanda-t-il à sa femme.
Chul Woo, déjà debout, s'avançait vers la chambre et Punyeo le suivit. Il essaya d'ouvrir la porte qui, verrouillée de l'intérieur, résistait à son effort.
- Hiyae ? Hiyae, ouvre-moi… demanda Chul Woo d'un ton suppliant, sans obtenir aucune réaction.
- Hiyae, c'est moi, maman. Ouvre-moi, je voudrais te parler. Chul Woo n'entrera pas dans la chambre si tu n'as pas envie de le voir.
Punyeo commençait à s'inquiéter du silence, Tuck Seu vint les rejoindre et frappa à son tour.
- Hiyae, c'est moi, si tu ne nous ouvres pas tout de suite la porte, je vais la forcer !
Les enfants regardaient la scène d'un air soucieux.
- Mon Dieu ! Que se passe-t-il ? Il lui est arrivé quelque chose. Donne-moi un marteau, vite ! cria Tuck Seu, impatient.
Punyeo lui apporta un marteau. Tuck Seu parvint à enfoncer la serrure et il entra dans la chambre, suivi de Punyeo et Chul Woo. Hiyae était assise devant une table basse près de la fenêtre, le visage enfoui dans ses bras.
- Hiyae, ce n'est pas pour te déranger… mais le fils de notre maître Han est ici. Je voudrais simplement que tu le salues.
Le ton de Tuck Seu avait changé. Chul Woo devinait qu'il craignait une réaction imprévue de Hiyae. Tuck Seu faisait attention à ne pas la froisser. Chul Woo remarqua que les épaules de Hiyae tremblaient doucement. Elle était désormais une femme à son plus bel âge. Tous la regardaient pleurer sans savoir que faire. Punyeo fit un signe à son mari et tous deux quittèrent la chambre en laissant les deux jeunes gens. Tuck Seu ferma la porte derrière lui. Chul Woo s'assit près de Hiyae. Ne pouvant retenir son émotion, il se mit à pleurer lui aussi comme un enfant.
- Hiyae, pardonne-moi. Voilà que je me suis marié, mais tu le sais mieux que moi, je n'avais pas le choix. C'est Dal Sou et ton père qui ont pris la décision…
Chul Woo avait soudain honte de sa passivité. Il se haïssait de s'être laissé faire, tout cela pour prolonger sa vie si misérable. Il s'arracha les cheveux en poussant un cri de douleur puis il prit Hiyae dans ses bras et sentit son doux visage s'abandonner contre lui. Le souvenir lui revint cruellement du temps qui s'était écoulé depuis leur dernière rencontre. Mais il était pourtant trop tard, on ne pouvait revenir en arrière.
- Hiyae, il faut que tu m'oublies, je t'en supplie. Le Parti te choisira un jeune homme bien… un vrai combattant de la nation socialiste. Il ne sera pas comme moi, un rejeton misérable de la classe ennemie, un individu indésirable qui flotte à tout vent…
Hiyae ne répondit rien et comme elle lui refusait même un regard, Chul Woo, qui ne savait plus quoi dire, décida de s'en aller. Ils devaient maintenant accepter le sort que la vie leur avait réservé.
- Je n'étais au courant de rien… ma femme ne m'a rien dit du tout. Elle ne savait peut-être pas, elle non plus… pauvre enfant ! dit Tuck Seu, en poussant un soupir. Il venait de comprendre que sa fille et Chul Woo étaient liés par plus qu'une simple amitié. L'ironie du sort avait voulu qu'il ait eu le premier l'idée de marier Chul Woo et Ga Young. Par la suite, Dal Sou avait décidé Chul Woo à accepter, compte tenu la situation. Tuck Seu avait lui-même brisé le rêve de sa fille ! Il se mit à hurler de douleur comme un animal à l'agonie. C'était un homme affectueux, attaché au bonheur de ses enfants. Il avait toujours espéré beaucoup pour l'avenir de son aînée, une fille si belle et intelligente. Han Man Gu, le père de Chul Woo, avait pris soin de l'éducation de Hiyae. Peut-être était-ce pour cette raison que Tuck Seu l'avait servi avec autant de dévouement ? Tuck Seu se souvint d'une conversation qu'il avait eue avec son ancien maître.
- Prends soin de l'éducation de ta fille Hiyae. Il n'y en a pas deux comme elle dans toute la province…
- Mon bon maître, je vous remercie infiniment. Je donnerais ma vie pour vous servir.
- Voyons, ce n'est pas ce que je te demande, mais non. Ta fille est d'une beauté si rare… J'ai entendu dire qu'il existe au Japon une danseuse renommée du nom de Choi. Un jour, Hiyae sera aussi célèbre qu'elle… Crois-moi, c'est un cadeau du ciel.
Les années étaient passées, le monde avait changé mais Tuck Seu et Dal Sou étaient restés les mêmes, ils avaient toujours le même dévouement pour la famille de Chul Woo.
- J'ai fait ce que je n'aurais pas dû faire... et nous nous sommes promis l'un à l'autre… dit Chul Woo à Tuck Seu.
- Ah ! c'est donc ça… une promesse de mariage…
- Si j'avais su que je ferais tant de mal à Hiyae… j'ai commis une faute, c'est impardonnable.
- Ce qui est fait est fait. Si tu t'étais marié avec Hiyae, tu serais mort aujourd'hui, au fond de la mine de Musan. Merci à Bouddha ! C'est lui qui a voulu te sauver… oui, c'est ça, murmura Tuck Seu. Puis il se leva brusquement, ouvrit la porte d'un placard et en sortit une bouteille qu'il se mit à boire au goulot.


Chapitre 13