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C'est en 1948, le 9 septembre, que fut fondée, au nord
de la Corée, la République populaire de Chosun
et que fut créée, dans le même mouvement,
l'armée populaire. En réalité, rien n'empêchait
le Parti travailliste du Nord de proclamer plus tôt la
fondation de la République, mais on avait attendu que
le Sud prenne l'initiative afin de lui faire endosser la responsabilité
de la division. Le 15 août de la même année,
en effet, le président Lee Seng Man, élu par le
peuple, proclama officiellement la fondation de la République
de Corée du Sud.
Dès le 14 mai 1948, le Nord avait cessé d'alimenter
le Sud en électricité et, de fait, c'est cet événement
qui concrétisa véritablement la division entre
les deux provinces. Dès lors, les échanges et
les rencontres se firent de plus en plus rares ; les populations
devinrent étrangères l'une à l'autre.
Cette même année en Chine, la grève générale,
organisée à Shanghaï par les communistes,
mit le gouvernement du Parti nationaliste en difficulté,
mais n'empêcha pas Chang Kai-Shek d'être nommé
président. Les communistes, qui avaient su obtenir le
soutien d'une masse importante de paysans et d'ouvriers, créèrent
en septembre le gouvernement d'union de la République
du Nord de la Chine. La guerre civile s'engagea alors entre
nationalistes et communistes. Ces derniers, bien implantés
dans la population, conquirent rapidement du terrain. Au mois
de décembre, Pékin tomba en leur pouvoir. Au début
de l'année 1949, le gouvernement nationaliste demanda
l'aide des pays alliés, États-Unis, Grande Bretagne,
France et URSS, pour trouver une solution politique à
la guerre civile mais en vain. La défaite du Guomindang
ne pouvait plus être enrayée. Les nationalistes
firent retraite jusqu'à Canton tandis que Mao Tsé-Toung
s'installait à Pékin. Le gouvernement du Guomindang
tenta en vain une ultime négociation mais la partie était
déjà jouée. Au mois de mai, les communistes
engagèrent la dernière offensive et les nationalistes
s'effondrèrent. Chang Kai-Shek s'enfuit à Formose
avec ses derniers fidèles. Le président Mao annonça
la fondation de la République populaire de Chine sur
la place Tienanmen à Pékin, le premier octobre
1949.
La Russie, quant à elle, avait fait sa Révolution
en octobre 1917. Les bolcheviks, dirigés par Lénine,
Trotski et Staline, s'étaient débarrassé
du Parti menchevik et des capitalistes qui avaient joué
un grand rôle dans le développement industriel
du pays. Dès 1905, s'était organisé le
mouvement des soviets, syndicats ouvriers révolutionnaires.
La lutte avait duré douze ans avant que le pouvoir tombe
dans les mains des bolcheviks qui dès lors confisquèrent
les terres des propriétaires terriens, de même
que les entreprises et les banques. La réussite de la
Révolution d'Octobre permit à Lénine de
s'emparer de pouvoir et de diriger le pays jusqu'à sa
mort en 1924. Staline prit sa succession au détriment
de Trotski, après une longue lutte. Au prix d'une politique
d'oppression systématique, il réussit à
stabiliser le pays en centralisant le pouvoir.
En Corée, la rupture entre le Nord et le Sud se confirma
en juin 1949, par la fondation du Parti travailliste de Chosun,
produit de la fusion entre les Partis travaillistes de Chosun
du Nord et du Sud.
*
Chul Woo, malgré l'amélioration
de sa situation, n'envisageait pas de reprendre ses études.
Il n'y tenait d'ailleurs plus vraiment et s'était convaincu
que si son beau-père Dal Sou, ne faisait rien en ce sens,
c'était parce qu'il n'en avait pas le pouvoir. En fait,
Dal Sou avait suffisamment de pouvoir pour arranger la poursuite
des études de Chul Woo, même si la République
nouvelle surveillait l'origine de classe de chacun. Ceux qui
n'étaient pas de bonne origine de classe, selon les critères
établis, subissaient exclusions et oppressions. Les dirigeants
du Parti n'hésitaient pas à affirmer que, pour
construire une véritable nation communiste, il fallait
se débarrasser des mauvais sujets. L'objectif était
donc de les éliminer le plus rapidement possible. Chul
Woo avait l'impression depuis un moment que son beau-père
lui cachait quelque chose.
- Père, avez-vous des soucis ? lui demanda-t-il un jour.
- Non, pourquoi ? Si je ne m'empresse pas de te faire sortir
de cette mine isolée, c'est pour une raison que je ne
peux t'expliquer pour le moment. Mais tu le sauras le moment
venu. Ne m'en demande pas plus
- Je suis non seulement votre beau-fils mais aussi votre camarade
- Ce n'est pas de notre faute si le Sud nous agresse ! Dès
que Lee Seng Man ouvre la bouche, il parle de libérer
le Nord. Que veut-il ? Il veut nous tuer tous. Pourtant, nous
aussi, nous avons des femmes et des enfants, nous sommes des
êtres humains
On ne se laissera pas faire !
- Vous avez raison ! La guerre est donc inévitable ?
- Ce n'est pas sûr mais on doit se préparer à
tout.
- Parlez-moi comme au mari de Ga Young, votre fille, à
celui dont vous avez sauvé la vie
On prépare
la guerre, n'est-ce pas ?
- Pourquoi suis-je resté ici, à la mine ? Il nous
faut du minerai pour fabriquer des armes. L'armée de
libération chinoise et celle de l'Union soviétique
nous aident bien sûr, mais il faut que nous en fabriquions
nous-mêmes. C'est ce qu'on est en train d'essayer de faire.
Nous allons bientôt recevoir des ingénieurs de
l'armée soviétique ici même.
- On prépare donc la guerre ?
- Ne dis pas cela, jamais, à personne !
- Si la guerre éclate, je devrai m'engager, moi aussi
?
- Ce sont les jeunes gens de ton âge qui seront appelés.
La mobilisation est d'ailleurs déjà commencée.
On offre l'opportunité aux jeunes qui le veulent de prendre
les armes pour défendre notre République socialiste
!
- Alors, je serai bientôt appelé, moi aussi ?
- Ce que je voulais te dire, c'est que les mineurs de Musan
seront dispensés de se battre pour le moment. Il est
vrai que, toi, tu travailles au Comité culturel, pas
dans la mine, mais on te considère comme un élément
indispensable pour encourager les mineurs et favoriser la production.
As-tu bien compris ?
- Oui
- Fais très attention à ne pas répéter
ce que je t'ai dit. Je ne dois en parler à personne.
Je te fais confiance. Tu verras, on va bientôt mettre
le feu au monde ! tu n'as qu'à attendre
- Oui, j'ai bien compris. C'est pour cette raison qu'on pousse
les mineurs à produire de plus en plus, n'est-ce pas
?
- Exactement ! Et moi, j'attends l'arrivée imminente
d'ingénieurs de l'armée soviétique, ma
mission est de les recevoir. Quant à ton nouveau travail,
c'est le secrétaire du Comité de la mine qui en
a pris l'initiative. J'ai laissé faire. Si je leur avais
ordonné quoi que ce soit, il est évident qu'ils
auraient protesté, et une fois rentré à
Pyongyang, je n'aurais pas échappé à une
sévère autocritique. On m'aurait accusé
d'avoir favorisé mon beau-fils en profitant d'une mission
officielle.
- Oui, je comprends. Il y a encore une chose qui me préoccupe
- Quoi donc ? Dis-moi.
- Je ne vous en ai pas encore parlé, c'est la situation
de Tuck Seu. Elle est devenue très difficile.
- Hein ? Comment as-tu appris cela ? s'étonna Dal Sou.
- Nous avons rencontré par hasard le père de Tuck
Seu dans la rue, à Hoeryong. Nous avons même passé
une nuit chez lui.
- C'est devenu très compliqué ! Même moi,
je ne peux plus rien faire pour Tuck Seu, puisque son frère
est parti au Sud. Je ne crois pas qu'il puisse garder son poste
dans la police locale. J'ai sollicité le président
du Parti départemental pour éteindre le feu. Je
lui ai raconté qu'autrefois Tuck Seu et moi étions
très proches. Mais je crains le pire. Quand on a un père
collaborateur et un frère enfui au Sud, on ne peut pas
s'en sortir
- Sam-Dol a-t-il collaboré avec les Japonais ?
- C'est-à-dire que
tu ne peux pas le savoir, c'est
normal. On dit qu'il a souvent fourni de la viande aux occupants
japonais.
- N'était-ce pas pour survivre ?
- C'est bien possible. Mais le problème, c'est que lorsque
sont arrivés les partisans, le père Sam-dol leur
a fermé la porte au nez. Il a refusé de les approvisionner.
C'était une grave erreur. Il est ainsi devenu leur ennemi.
- A l'époque, ce n'était qu'une troupe de bandits
tout le monde le sait, non ?
- Ne dis jamais plus ce genre de chose ! Désormais, tu
n'es pas tout seul, il faut penser à Ga Young. Si jamais
on t'entend dire une chose pareille, ce sera la fin, on t'éliminera
tout simplement. Je ne veux pas que ma fille soit veuve à
son âge, c'est compris ?
- Oui.
- En plus Tuck Seu a eu un gros problème, l'automne dernier
Il est dans une impasse
- Qu'est ce que vous voulez dire par là ? Quel problème
? Lorsque je suis passé chez eux, ils avaient l'air de
s'en sortir tant bien que mal.
- C'est Hiyae qui pose problème. Elle a catégoriquement
refusé le fiancé que lui a désigné
le Parti. C'est impensable. On ne doit pas s'opposer à
ce que le Parti demande. L'individu n'existe plus ! Mais Hiyae
ne s'en rend pas compte
Elle n'a pas encore mûri
- S'il ne lui plaît pas, elle a bien le droit de refuser,
non ?
- Si c'était une fille ordinaire, on aurait pu laisser
passer, mais vu la situation de Tuck Seu
Il n'avait pas
besoin de ça ! Et ce n'est pas tout ! Sais-tu ce qu'elle
a fait ?
- Quoi donc ?
- Elle s'est rendue au port de Chong Jin et a demandé
à un matelot japonais de l'emmener dans son pays.
- Comment ?
- Elle a pris l'habitude de se retrouver là-bas, la nuit,
avec des filles japonaises.
- Avec des Japonaises ? Je ne comprends pas.
- Des Japonaises qui se vendent aux Russes. Ce sont des filles
qui ont raté l'occasion de retourner au Japon après
la libération. Apparemment, Hiyae s'est mêlée
à leur troupe. C'est vraiment grave. Même son père,
Tuck Seu ne réussit pas à la contrôler.
Il a demandé à ses fils de la surveiller. Mais
la situation leur échappe. Comment a-t-elle pu se transformer
à ce point-là, elle qui était si sage ?
Chul Woo sentait son cur battre à se rompre. Il
devinait qu'il était coupable du comportement désespéré
de Hiyae mais il ne voulait pas manifester son émotion
en présence de son beau-père. Il fit un effort
pour reprendre la conversation.
- Que cherche-t-elle donc ? Il doit y avoir une raison.
- Je n'en sais rien, qui aurait pu imaginer un tel changement
? J'ai entendu dire qu'elle voulait quitter le pays à
tout prix, partir pour l'étranger et devenir danseuse.
C'est vrai que c'est une belle fille, grande et bien faite,
mais
- Est-ce qu'il y en a encore des bateaux japonais qui font escale
à Chong Jin ?
- Certainement, nous ne pouvons pas cesser complètement
nos relations avec le Japon ! Leurs équipages sont formés
de Coréens vivant au Japon et proches de nous. Le Japon
est beaucoup plus développé que notre pays, nous
sommes donc demandeurs. Il arrive ainsi de voir débarquer
quelques Japonais. Et un certain nombre de gens sont partis
grâce à l'aide de matelots japonais. C'est ce qu'espère,
Hiyae. Quelle drôle d'idée ! Elle qui ne connaît
rien à la vie.
- Comment a-t-elle pu en arriver là ? Ce n'est pourtant
pas une fille ordinaire.
- C'est le moins qu'on puisse dire ! Elle n'est pas comme les
autres filles, et cela finira mal.
La conversation avec Dal Sou jeta Chul Woo dans un trouble profond.
Il était responsable de ce qui arrivait à Hiyae.
La malheureuse, en plein désarroi, n'avait qu'une envie
: quitter son village et même son pays. Il la revoyait
pleurer en silence lors de leur dernière rencontre. Chul
Woo décida soudain d'aller lui rendre visite. Il annonça
sa décision à Ga Young et lui proposa de l'accompagner.
Mais Ga Young, qui savait trop bien quel sentiment Hiyae portait
à Chul Woo, refusa de l'accompagner, sous prétexte
de n'avoir plus de famille à Suck Mak.
Chul Woo profita donc d'une mission à l'usine sidérurgique
de Chong Jin pour se rendre au village de Suck Mak. Il y remarqua
des changements. Jae Kyu travaillait désormais au Comité
et vivait avec Bunnie, l'ancienne femme de Chil Kyu. Um Guy
Pal avait pris la tête du Comité populaire du village.
Tuck Seu manifesta sa joie de revoir Chul Woo.
- J'aurais aimé venir avec ma femme, dit Chul Woo, mais
notre situation ne nous le permet pas. Voilà, je suis
venu tout seul.
- Et oui, tout ce qui compte pour le moment c'est de survivre.
Tu es seul, tu es en mission, c'est bien normal. Le monde n'est
plus comme avant. Cela me fait vraiment plaisir te voir revenir
au pays natal.
- C'est vous qui avez eu l'idée de nous marier, c'est
grâce à vous que je suis encore là. Et vous,
comment vous en sortez-vous, oncle Tuck Seu, n'avez-vous pas
trop de difficultés ?
- C'est la vie ! Il y a toujours des difficultés. Si
ma famille résiste jusqu'à présent, c'est
grâce à Dal Sou, vois-tu, c'est ainsi. Mon plus
grand bonheur est de te savoir en sécurité, cela
me rassure vraiment ! Comment vont tes parents ?
- Ils sont retournés à Sessoula avec le grand-père
de Ga Young. Ils auraient été malheureux de rester
à la mine, à leur âge. Quant à vous,
racontez-moi un peu
- Ca ne va pas si mal. Au pire on me forcera à travailler
à la mine. Te rappelles-tu O Jae Gap, celui qui travaillait
à Chong Jin comme chauffeur de locomotive ?
- Le procureur du tribunal populaire, non ?
- Oui, justement. Il est devenu, grâce à son origine
de classe, le nouveau chef de la Sûreté du village.
C'est un homme entêté. Il est très exigeant
envers moi. Dal Sou a essayé de lui faire changer d'avis
en lui disant deux mots, mais il n'a pas réussi... dit
Tuck Seu en soupirant au moment même où la porte
s'ouvrait et où trois de ses enfants entraient dans la
chambre.
Tuck Seu avait eu successivement deux filles et deux fils. Les
enfants reconnurent Chul Woo mais hésitèrent à
lui dire bonjour ne sachant comment l'appeler.
- Dites-lui bonjour, c'est l'oncle Chul Woo, dit Tuck Seu.
Les enfants se prosternèrent devant Chul Woo à
qui Tuck Seu expliqua qu'il méritait d'être appelé
oncle, puisqu'il était désormais un homme marié.
- Où est Hiyae ? demanda Chul Woo.
Il se regardèrent entre eux en silence.
- N'as-tu pas vu Hiyae ? demanda Tuck Seu à sa femme.
Tous les enfants sont venus saluer notre ami et que fait-elle
? Hiyae ! cria-t-il. N'avez-vous donc pas vu votre grande sur
? Pourquoi ne dites-vous rien ? L'avez-vous vue ou non ? insista
Tuck Seu qui commençait à s'énerver.
- Elle est dans la chambre, mais il vaut peut-être mieux
ne pas l'appeler, elle pleure
finit par dire l'un des
fils.
- Elle pleure, pourquoi cela ?
- On n'en sait rien.
- Que racontes-tu ? Alors que notre jeune maître est venu
nous voir, elle pleure ! Hiyae ! cria-t-il encore une fois vers
la chambre.
La soir était bien avancé, on entendit siffler
le train de nuit.
- Je vais aller la chercher, proposa finalement Chul Woo.
- Mais non, restez ici. Qu'est-ce qu'elle a ? Je ne comprends
rien ! Va la voir, demanda-t-il à sa femme.
Chul Woo, déjà debout, s'avançait vers
la chambre et Punyeo le suivit. Il essaya d'ouvrir la porte
qui, verrouillée de l'intérieur, résistait
à son effort.
- Hiyae ? Hiyae, ouvre-moi
demanda Chul Woo d'un ton suppliant,
sans obtenir aucune réaction.
- Hiyae, c'est moi, maman. Ouvre-moi, je voudrais te parler.
Chul Woo n'entrera pas dans la chambre si tu n'as pas envie
de le voir.
Punyeo commençait à s'inquiéter du silence,
Tuck Seu vint les rejoindre et frappa à son tour.
- Hiyae, c'est moi, si tu ne nous ouvres pas tout de suite la
porte, je vais la forcer !
Les enfants regardaient la scène d'un air soucieux.
- Mon Dieu ! Que se passe-t-il ? Il lui est arrivé quelque
chose. Donne-moi un marteau, vite ! cria Tuck Seu, impatient.
Punyeo lui apporta un marteau. Tuck Seu parvint à enfoncer
la serrure et il entra dans la chambre, suivi de Punyeo et Chul
Woo. Hiyae était assise devant une table basse près
de la fenêtre, le visage enfoui dans ses bras.
- Hiyae, ce n'est pas pour te déranger
mais le
fils de notre maître Han est ici. Je voudrais simplement
que tu le salues.
Le ton de Tuck Seu avait changé. Chul Woo devinait qu'il
craignait une réaction imprévue de Hiyae. Tuck
Seu faisait attention à ne pas la froisser. Chul Woo
remarqua que les épaules de Hiyae tremblaient doucement.
Elle était désormais une femme à son plus
bel âge. Tous la regardaient pleurer sans savoir que faire.
Punyeo fit un signe à son mari et tous deux quittèrent
la chambre en laissant les deux jeunes gens. Tuck Seu ferma
la porte derrière lui. Chul Woo s'assit près de
Hiyae. Ne pouvant retenir son émotion, il se mit à
pleurer lui aussi comme un enfant.
- Hiyae, pardonne-moi. Voilà que je me suis marié,
mais tu le sais mieux que moi, je n'avais pas le choix. C'est
Dal Sou et ton père qui ont pris la décision
Chul Woo avait soudain honte de sa passivité. Il se haïssait
de s'être laissé faire, tout cela pour prolonger
sa vie si misérable. Il s'arracha les cheveux en poussant
un cri de douleur puis il prit Hiyae dans ses bras et sentit
son doux visage s'abandonner contre lui. Le souvenir lui revint
cruellement du temps qui s'était écoulé
depuis leur dernière rencontre. Mais il était
pourtant trop tard, on ne pouvait revenir en arrière.
- Hiyae, il faut que tu m'oublies, je t'en supplie. Le Parti
te choisira un jeune homme bien
un vrai combattant de
la nation socialiste. Il ne sera pas comme moi, un rejeton misérable
de la classe ennemie, un individu indésirable qui flotte
à tout vent
Hiyae ne répondit rien et comme elle lui refusait même
un regard, Chul Woo, qui ne savait plus quoi dire, décida
de s'en aller. Ils devaient maintenant accepter le sort que
la vie leur avait réservé.
- Je n'étais au courant de rien
ma femme ne m'a
rien dit du tout. Elle ne savait peut-être pas, elle non
plus
pauvre enfant ! dit Tuck Seu, en poussant un soupir.
Il venait de comprendre que sa fille et Chul Woo étaient
liés par plus qu'une simple amitié. L'ironie du
sort avait voulu qu'il ait eu le premier l'idée de marier
Chul Woo et Ga Young. Par la suite, Dal Sou avait décidé
Chul Woo à accepter, compte tenu la situation. Tuck Seu
avait lui-même brisé le rêve de sa fille
! Il se mit à hurler de douleur comme un animal à
l'agonie. C'était un homme affectueux, attaché
au bonheur de ses enfants. Il avait toujours espéré
beaucoup pour l'avenir de son aînée, une fille
si belle et intelligente. Han Man Gu, le père de Chul
Woo, avait pris soin de l'éducation de Hiyae. Peut-être
était-ce pour cette raison que Tuck Seu l'avait servi
avec autant de dévouement ? Tuck Seu se souvint d'une
conversation qu'il avait eue avec son ancien maître.
- Prends soin de l'éducation de ta fille Hiyae. Il n'y
en a pas deux comme elle dans toute la province
- Mon bon maître, je vous remercie infiniment. Je donnerais
ma vie pour vous servir.
- Voyons, ce n'est pas ce que je te demande, mais non. Ta fille
est d'une beauté si rare
J'ai entendu dire qu'il
existe au Japon une danseuse renommée du nom de Choi.
Un jour, Hiyae sera aussi célèbre qu'elle
Crois-moi, c'est un cadeau du ciel.
Les années étaient passées, le monde avait
changé mais Tuck Seu et Dal Sou étaient restés
les mêmes, ils avaient toujours le même dévouement
pour la famille de Chul Woo.
- J'ai fait ce que je n'aurais pas dû faire... et nous
nous sommes promis l'un à l'autre
dit Chul Woo
à Tuck Seu.
- Ah ! c'est donc ça
une promesse de mariage
- Si j'avais su que je ferais tant de mal à Hiyae
j'ai commis une faute, c'est impardonnable.
- Ce qui est fait est fait. Si tu t'étais marié
avec Hiyae, tu serais mort aujourd'hui, au fond de la mine de
Musan. Merci à Bouddha ! C'est lui qui a voulu te sauver
oui, c'est ça, murmura Tuck Seu. Puis il se leva brusquement,
ouvrit la porte d'un placard et en sortit une bouteille qu'il
se mit à boire au goulot.
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