Copyright 2004: Chung So-Sung, Jean-Paul Desgoutte, Kim Jin-Young (tous droits réservés)

Chapitre 16

Lorsque se répandit la nouvelle du commencement des hostilités, Tuck Seu, qui était toujours à la mine d'Aosie, attendait l'occasion de s'évader. La visite de Chul Woo lui avait procuré quelques égards. Mais comme les combats au Sud se prolongeaient sans résultat, il fut décidé de mettre au secret les éléments jugés dangereux, dont Tuck Seu. Si la situation devait tourner à son désavantage, le Nord les liquiderait tous sans scrupule. Un jour que deux de ces prisonniers se battaient entre eux comme des fauves, un surveillant accourut en hurlant.
- Arrêtez immédiatement, bande d'abrutis ! Arrêtez ou je tire dans le tas !
Il entra dans la cellule pour séparer les deux hommes et se mit à leur donner des coups de pied quand soudain l'un d'eux l'attrapa et le fit tomber. Tout de suite l'autre prisonnier se jeta sur lui, lui bourra un chiffon dans la bouche et commença de l'étrangler. Le surveillant résista un temps puis s'arrêta net après une convulsion. C'était un coup monté. L'homme qui avait étranglé le surveillant se releva sans montrer aucune émotion et s'adressa à ses compagnons.
- Il faut fuir mais nous ne pouvons laisser personne derrière nous. Nous partirons tous ensemble ! Ce sera facile, la plupart des gardiens ont été envoyés sur le front. Écoutez-moi bien, si par hasard il y a quelqu'un qui n'est pas d'accord, je lui mettrai une balle dans la tête, compris ? ajouta-t-il en brandissant son fusil. Il faut que nous nous dépêchions de sortir d'ici avant la relève. Allez ouvrir les portes des cellules. Moi, je m'occuperai du surveillant de la sortie. Qui veut m'accompagner ?
Plusieurs se proposèrent.
- Viens, toi, mais vérifie d'abord que ce salaud est bien mort.
Puis il s'adressa à ses compagnons :
- Ce que nous faisons est dangereux mais si vous êtes prêts, on y va ! Si parmi vous il y en a qui ne savent pas où se réfugier, qu'ils aillent au temple qui se trouve sur la montagne de Songjin, ajouta l'homme.
- Nous avons bien compris, mais qui es-tu, comment t'appelles-tu ?
- On m'appelle Tuck Seu et vous pouvez me faire confiance ! dit l'homme en agitant son fusil.
- Oui, oui, vous êtes notre chef, notre grand chef !
- Restons unis, sinon ils nous abattront comme des chiens. Toi, ouvre toutes les cellules et toi, prends le fusil… Au fait quel est ton nom ? demanda Tuck Seu à l'homme qui l'avait aidé à monter le piège.
- Je m'appelle Jongpal.
- Sais-tu te servir d'un fusil ? Suis-moi mais ne tire pas. Sinon nous ameuterons tout le camp. Tu ne tireras qu'en cas d'urgence. Je te donnerai le signal. Suivez-moi ! Dès que vous serez dehors, n'oubliez pas de vous baisser. D'accord ? Bon, c'est parti.
Les mineurs, conscients de la gravité de la situation, faisaient confiance à Tuck Seu, dont chacun reconnaissait les qualités de force, d'intelligence et d'expérience. Tuck Seu fit éteindre toutes les lumières puis dans l'obscurité et le silence, il prit la tête de la troupe. Un fusil dans une main, dans l'autre un poignard qu'il s'était procuré dans l'éventualité d'avoir à lutter contre des chiens, il avançait, les yeux brillants comme ceux d'un fauve. L'atmosphère était tendue, irrespirable. Il gravit les escaliers avec souplesse. Les autres le suivaient en retenant leur souffle et entendirent bientôt des gémissements étouffés qui sortaient de la bouche du surveillant surpris par l'attaque. Ils attendirent en silence le signal de Tuck Seu.
- Nous sortirons un par un, dit Jongpal qui, à la tête des hommes, franchit la porte du bâtiment.
- Qui veut prendre ce fusil ? demanda Tuck Seu en tendant l'arme qu'il venait de récupérer.
- Qu'on le donne à Palsik ! dit une voix.
- Palsik, approche-toi, tiens !
Tuck Seu lui tendit l'arme.
- Il n'y a pas de chien dans le voisinage, dit Jongpal qui observait alentour.
- Ils sont sûrement en patrouille avec les soldats. Bon, maintenant couvrez-moi, je m'approche du poste de garde. Tu ne tires qu'en cas d'urgence ! Il doit rester une petite troupe de soldats à la mine, ce serait bête d'attirer leur attention inutilement. Il faut qu'on en finisse avec les gardes, après on pourra franchir la clôture et se sauver dans la montagne. Le sort en est jeté ! dit Tuck Seu avec détermination.
- Bonne chance !
- Je t'accompagne, grand frère, j'ai un poignard, moi aussi.
- Si tu veux, Palsik, dans ce cas donne le fusil à Jongpal. D'après ce que j'ai pu observer, il doit y avoir deux gardiens. Dès que je m'en serai débarrassé, je vous ferai signe. Ce sera le signal du départ. À ce moment-là, Jongpal, tu prendras la tête de la troupe. Restez ensemble. Une fois dehors, vous nous attendrez et on décidera selon la situation ce qu'il y aura de mieux à faire…
Tuck Seu s'avança alors dans le noir, suivi de Palsik. Ils firent le tour de la prison et s'approchèrent du poste de surveillance sans être remarqués. Ils réussirent à se débarrasser des gardes. La mine était toujours plongée dans le silence et l'obscurité. On entendait le bourdonnement d'un moteur et on devinait au loin la lumière d'une galerie, où les équipes de nuit continuaient de travailler…
Pour passer au Sud, Tuck Seu comptait traverser le massif des monts Hamgyong jusqu'aux environs de Hamhung, puis les monts Nangnim afin de pénétrer dans la province de Gangwon. C'était un projet hardi, un pari difficile à tenir, compte tenu du temps à passer dans ces montagnes profondes et hostiles. Il risquait de finir sa vie comme un animal égaré sans jamais parvenir au Sud. Si l'armée du Sud pénétrait au Nord, il espérait la rejoindre. Mais ce n'était qu'une simple supposition. Il préférait en tous cas tenter quelque chose pour échapper à une vie sans avenir.
À la sortie de la mine, les prisonniers se séparèrent et chacun prit son chemin. Palsik et Jongpal restèrent avec Tuck Seu. Ils firent un long trajet pendant la nuit et attendirent l'aube pour se reposer. Tard dans l'après-midi, ils sortirent de leur cachette improvisée, il leur fallait reprendre la route. Ils descendaient dans la vallée à la recherche de nourriture, quand soudain ils virent devant eux des corps en travers du chemin. Les trois hommes se mirent instinctivement à plat ventre, prêts à faire usage de leurs armes, mais ce n'était que des cadavres.
- Ils sont morts, dit-il Jongpal.
- Qui peuvent-ils bien être ? Des francs-tireurs infiltrés du Sud ? demanda Tuck Seu.
- Mais non, ce sont des camarades de la mine…
- Des mineurs d'Aosie ? s'écria Palsik en courant vers eux. Oui, Jongpal a raison, approuva-t-il. Ah ! les pauvres gars ! Ils sont sûrement morts de faim. Lui, je ne connais pas son nom, mais l'autre s'appelle… cela me revient maintenant, oui, il s'appelait Geonchun. Le pauvre, il était si sûr de lui, sûr de réussir… mais voilà…
- Ceux qui sont partis vers le fleuve Tuman auront peut-être eu plus de chance…
- C'est pile ou face, la vie ou la mort ! murmura Tuck Seu.
- Chef, nous pourrions nous diriger vers le nord-ouest d'Aosie, traverser le mont Taphyang pour rejoindre Jongseong et de là franchir le fleuve Tuman…
- Tu en sais des choses, toi. Mais que faisais-tu avant pour connaître si bien la géographie ? demanda Tuck Seu à Jongpal triomphant.
- Je connais les montagnes et les fleuves, les côtes et les vallées… Sans moi vous êtes perdus ! Où va-t-on ?
- Faites-moi confiance, c'est tout ce que je vous demande pour le moment. La direction de la montagne Taphyang dont tu viens de parler, c'est très risqué. C'est un chemin stratégique pour l'armée populaire. En plus, les environs de la montagne Taphyang et du fleuve Tuman sont des régions de mines, truffées de gardes. On ne peut échapper à une telle surveillance. Et, supposons même que nous arrivions sains et saufs en Mandchourie, que ferons-nous ? Nous ne sommes plus sous l'occupation japonaise. Si on nous arrête, on n'essayera même pas de nous rapatrier pour nous juger, ce sera la mort immédiate. Comprenez-vous ?
- Ca alors ! Chef, il bouge !
Tuck Seu se pencha sur l'homme appelé Geonchun et essaya de tâter son pouls.
- Va chercher un peu d'eau… ordonna-t-il à Jongpal qui courut vers un ruisseau.
Tuck Seu mouilla la bouche de Geonchun, son pouls battait encore.
- On va changer de plan. On ne peut pas l'abandonner ici dans cet état. Il a besoin de manger. Il s'en sortira lorsqu'il aura avalé quelque chose. Vous deux, allez chercher de quoi manger dans les chaumières qu'on voit là-bas.
- Camarade chef, nous sommes pressés, nous ne pouvons…
- Faites ce que je vous dis. On ne peut abandonner cet homme qui meurt de faim...
Jongpal et Palsik n'osèrent pas contredire Tuck Seu qui, après avoir transporté Geonchun dans un endroit plus frais, sous un arbre, continuait de lui donner à boire. Quelques heures après, les deux hommes étaient de retour avec un sac de riz et un peu de condiments. Ils firent un feu de bois mort pour faire bouillir un potage de riz.
- Cet homme a eu tort de s'enfuir ainsi. Il avait tellement envie de recouvrer la liberté qu'il a négligé de mesurer ses forces. Il ne connaissait rien à la montagne. Les montagnes sont muettes mais elles sont pleines de ressources, à condition que l'homme essaie d'en comprendre les mystères. Il faut savoir écouter par delà le silence… dit Tuck Seu aux deux hommes qui l'écoutaient attentivement.
Les trois hommes décidèrent alors de passer la nuit sur place pour veiller leur compagnon qui ne pouvait bouger. La nuit tomba, les étoiles étincelaient. Tard dans la nuit, l'homme reprit connaissance, il ouvrit les yeux.
- Où suis-je… où suis-je ? Qui êtes-vous ? murmura-t-il en regardant ses compagnons.
- C'est moi, Jongpal, ton camarade d'Aosie, et lui Palsik et l'autre, c'est le grand frère Tuck Seu.
L'homme rassuré referma les yeux. Tuck Seu et ses compagnons restèrent encore une journée auprès de Geonchun qui commençait à peine à reprendre des forces.
- Ne serait-il pas préférable de trouver un toit pour soigner Geonchun ? demanda Jongpal. Il y serait mieux pour bien se reposer. Il fait quand-même froid dehors pour dormir.
- C'est impossible, ce serait prendre le risque d'être repérés.
Lendemain, ils reprirent la route. Jongpal et Palsik portèrent chacun à son tour Geonchun sur le dos. Une semaine plus tard, ils passèrent tout près du village natal de Tuck Seu, Suck Mak. Malgré son envie de retrouver sa famille, Tuck Seu passa son chemin, car il craignait que sa maison soit sous surveillance. C'était d'autant plus dangereux de contacter sa famille qu'il n'était pas seul. Il avait la responsabilité de la vie de ses compagnons. L'état de Geonchun était toujours critique, sa santé ne s'améliorait guère. Il pouvait à peine se mettre debout, sa force ne lui permettait toujours pas de marcher tout seul. Arrivés au col de Kwanmo, à deux mille cinq cent mètres d'altitude, ils trouvèrent une grotte qui pouvait leur servir provisoirement de refuge.
- Le plus urgent est de savoir où en est la guerre, où se trouve le front. Il faut que nous trouvions l'armée du Sud. Nous sommes désormais les ennemis de l'armée populaire puisque nous avons tué des leurs. Quant à moi, je dois aller chercher ma famille. Et vous, avez-vous une famille à emmener ?
Les autres firent non de la tête. Tous avaient bien sûr une famille mais ils se trouvaient trop loin d'elle.
- Dans ce cas, Palsik, tu restes ici et tu continues à surveiller l'état de Geonchun. Il ne faut pas faire de feu dans cette grotte. Le système d'alerte est remarquablement bien organisé. Si tu fais du feu pendant la nuit, on peut te remarquer très facilement, même de loin. As-tu bien compris ? Fais très attention.
- Ne vous inquiétez pas pour nous. Revenez vite, surtout faites attention à vous.
- Quant à Jongpal, je veux que tu fasses un saut jusqu'à Musan.
- Musan ? Mais pour quoi faire ?
- Ecoute-moi bien. Va à la mine de Musan, tu y trouveras un homme nommé Han Chul Woo, c'est le responsable du Comité culturel de la mine. Procure-toi une tenue de mineur en arrivant et fais comme si tu étais l'un des leurs. Approche-toi de lui, peut-être pendant l'heure du repas lorsqu'il est tout seul. Tu lui diras que c'est moi qui t'envoie et tu lui demanderas quelle est la situation du front. Ensuite, explique-lui notre situation. Tu lui diras que nous allons traverser les monts Macheonryong puis les monts Nangnim pour passer au Sud. Ce sera ta mission. Pourras-tu réussir à faire cela ?
- Je ne crois pas que ce soit plus difficile que s'évader d'Aosie, non ?
- Je ne pense pas que ce sera très difficile de passer inaperçu, puisqu'il y a plus de mille mineurs qui travaillent jour et nuit. La surveillance non plus ne devrait pas être aussi stricte que celle d'Aosie qui est le bagne le plus terrible. Tu porteras toujours ton poignard sur toi et en cas d'urgence, tu t'en serviras, d'accord ? Emporte du riz et du sel. On se donne rendez-vous ici dans une semaine…
- Il n'y a pas de barrière autour de la mine ?
- Non, seulement par-ci, par-là, des hommes armés qui assurent la garde. Bon, nous partons tout de suite. Nous n'avons plus rien à perdre, faisons notre possible pour nous en sortir.
Tuck Seu redescendit la montagne en compagnie de Jongpal. Il fallait éviter d'être aperçu par la population qui n'hésiterait pas à donner l'alerte. On était en guerre et on devait se montrer coopératif avec l'armée ! Tuck Seu et Jongpal avaient laissé à Palsik leur fusil trop encombrant à porter, chacun n'avait sur lui qu'un poignard comme arme. Tuck Seu mit trois jours pour regagner à bout de force son village de Suck Mak. Il observa les mouvements des villageois pendant toute une journée avant d'oser pénétrer dans sa maison vers trois heures du matin. Il entra sans faire de bruit dans la chambre où dormaient sa femme et sa fille Hila.
- Punyeo, c'est moi, réveille-toi… dit Tuck Seu en lui secouant doucement l'épaule.
- Hum… qui c'est… qui est là ?
- C'est moi… lève-toi.
- C'est toi ? Enfin, c'est toi ?
Punyeo s'assit promptement. Cela faisait plus d'un an que Tuck Seu avait quitté le village. Elle n'avait reçu qu'une seule fois des nouvelles de son mari par Chul Woo mais il n'était pas passé une seule journée sans qu'elle pense à lui.
- Veux-tu que j'allume la lumière ? demanda-t-elle.
- Non, non, calme-toi. Tu vas réveiller les enfants puis tu rassembleras de la nourriture dans des sacs et nous partirons tout de suite !
- Tout de suite ?
- Oui, avant le lever du jour.
- Très bien. La vie pour nous est devenue impossible, ici. On ne nous laisse pas tranquilles un seul instant. Allons-nous en n'importe où. Je pensais partir depuis longtemps, mais j'espérais que tu reviendrais…
- Allons… nous parlerons plus tard… Va réveiller les enfants. N'as-tu pas de nouvelles de Hiyae ?
- Non, je n'en ai pas.
Tuck Seu réveilla sa fille, Hila.
- Papa ! s'écria-t-elle tout étonnée, Tuck Seu mit sa main devant la bouche.
- Ne parle pas trop fort. Assieds-toi. Ecoute-moi bien, Hila, nous allons partir maintenant. Habille-toi.
Punyeo réveilla ses deux fils, fit quelques ballots de nourriture et de vêtements puis la famille de Tuck Seu quitta sa maison. Lorsque le jour se leva, ils étaient déjà loin. Après quelques jours de marche, Tuck Seu et sa famille arrivèrent à la grotte du col de Kwanmo. On était au début du mois d'août. Tuck Seu était soulagé d'avoir retrouvé sa famille tandis que Punyeo pleurait souvent à la pensée de leur fille aînée, Hiyae.
- Oublie Hiyae. Cela ne sert rien de pleurer ! Nous avons encore un long chemin à faire.
- Comment pourrais-je oublier, ma fille ? Cette nuit, je l'ai vue encore dans mon rêve. Elle était à Busan, elle avait réussi à gagner le Sud.
- Busan…? répéta Tuck Seu.
Lui non plus n'avait pas oublié sa fille et il la voyait dans ses rêves, comme sa femme. Il la voyait à Séoul et il commença à penser que Hiyae était quelque part au Sud, suivant le présage qui se montrait dans les rêves de ses parents. Jongpal lui aussi revint bientôt, deux jours plus tard que prévu. À la tombée de nuit, il rejoignit la grotte. A la vue de ses vêtements et de sa maigreur, on imaginait combien il avait dû avoir de difficulté à accomplir sa mission. Dès qu'il fut entré dans la grotte, il se laissa tomber par terre.
- Camarade chef… voilà, je suis de retour.
- Oui, camarade Jongpal, comment ça s'est passé ?
Jongpal leur raconta ce qu'il avait appris sur la situation du front. Il avait apporté un vieux poste de radio.
- Je ne comprends pas pourquoi le commandant Walker ne résiste pas plus fermement, dit Palsik après avoir écouté Jongpal.
- C'est sûrement pour gagner du temps… Les Américains se préparent à la grande offensive… dit Tuck Seu.
- Partons tous au Sud, c'est l'unique solution. Si par hasard si nous pouvions rejoindre l'armée du Sud ou des soldats américains, nous leur demanderions de l'aide. Nous n'avons aucun intérêt à passer les frontières du nord vers la Chine ou vers l'Union soviétique.
- Tu as raison. La Chine et les Soviétiques considèrent la république populaire de Corée du Nord comme un pays frère… on ne nous accueillera pas les bras ouverts…
- Il faut que l'armée du Sud entre au Nord le plus tôt possible, avant qu'il ne fasse trop froid…
- Sinon, nous mourrons tous de froid ou de faim !
- Partons au Sud…il n'y a pas d'autre choix. Tant de gens sont déjà partis, nous aurions dû partir plus tôt.
Chacun donna son avis et on décida de partir dès le lendemain.
- Il faut dissimuler notre passage et ne pas laisser de traces… dit Tuck Seu. Allons ramasser des herbes sèches…
Tuck Seu prit la tête de la troupe. Désormais leur sort dépendait entièrement de leur volonté de survivre. C'était une lutte contre soi-même et contre le temps. Ils gagnèrent bientôt les monts Macheonryong qui séparent les deux provinces de Hamgyeong du Nord et de Hamgyeong du Sud. Cette montagne abrupte se perdait dans les nuages et cachait des précipices sans fond. Ce fut un parcours miraculeux. Même Hichan et Higou qui n'étaient encore que des enfants, supportèrent bien la rude épreuve. Quant à Hila, elle se montra courageuse malgré la douleur que lui causaient des blessures aux mains et aux pieds.


Chapitre 17