|
Lorsque se répandit la
nouvelle du commencement des hostilités, Tuck Seu, qui
était toujours à la mine d'Aosie, attendait l'occasion
de s'évader. La visite de Chul Woo lui avait procuré
quelques égards. Mais comme les combats au Sud se prolongeaient
sans résultat, il fut décidé de mettre
au secret les éléments jugés dangereux,
dont Tuck Seu. Si la situation devait tourner à son désavantage,
le Nord les liquiderait tous sans scrupule. Un jour que deux
de ces prisonniers se battaient entre eux comme des fauves,
un surveillant accourut en hurlant.
- Arrêtez immédiatement, bande d'abrutis ! Arrêtez
ou je tire dans le tas !
Il entra dans la cellule pour séparer les deux hommes
et se mit à leur donner des coups de pied quand soudain
l'un d'eux l'attrapa et le fit tomber. Tout de suite l'autre
prisonnier se jeta sur lui, lui bourra un chiffon dans la bouche
et commença de l'étrangler. Le surveillant résista
un temps puis s'arrêta net après une convulsion.
C'était un coup monté. L'homme qui avait étranglé
le surveillant se releva sans montrer aucune émotion
et s'adressa à ses compagnons.
- Il faut fuir mais nous ne pouvons laisser personne derrière
nous. Nous partirons tous ensemble ! Ce sera facile, la plupart
des gardiens ont été envoyés sur le front.
Écoutez-moi bien, si par hasard il y a quelqu'un qui
n'est pas d'accord, je lui mettrai une balle dans la tête,
compris ? ajouta-t-il en brandissant son fusil. Il faut que
nous nous dépêchions de sortir d'ici avant la relève.
Allez ouvrir les portes des cellules. Moi, je m'occuperai du
surveillant de la sortie. Qui veut m'accompagner ?
Plusieurs se proposèrent.
- Viens, toi, mais vérifie d'abord que ce salaud est
bien mort.
Puis il s'adressa à ses compagnons :
- Ce que nous faisons est dangereux mais si vous êtes
prêts, on y va ! Si parmi vous il y en a qui ne savent
pas où se réfugier, qu'ils aillent au temple qui
se trouve sur la montagne de Songjin, ajouta l'homme.
- Nous avons bien compris, mais qui es-tu, comment t'appelles-tu
?
- On m'appelle Tuck Seu et vous pouvez me faire confiance !
dit l'homme en agitant son fusil.
- Oui, oui, vous êtes notre chef, notre grand chef !
- Restons unis, sinon ils nous abattront comme des chiens. Toi,
ouvre toutes les cellules et toi, prends le fusil
Au fait
quel est ton nom ? demanda Tuck Seu à l'homme qui l'avait
aidé à monter le piège.
- Je m'appelle Jongpal.
- Sais-tu te servir d'un fusil ? Suis-moi mais ne tire pas.
Sinon nous ameuterons tout le camp. Tu ne tireras qu'en cas
d'urgence. Je te donnerai le signal. Suivez-moi ! Dès
que vous serez dehors, n'oubliez pas de vous baisser. D'accord
? Bon, c'est parti.
Les mineurs, conscients de la gravité de la situation,
faisaient confiance à Tuck Seu, dont chacun reconnaissait
les qualités de force, d'intelligence et d'expérience.
Tuck Seu fit éteindre toutes les lumières puis
dans l'obscurité et le silence, il prit la tête
de la troupe. Un fusil dans une main, dans l'autre un poignard
qu'il s'était procuré dans l'éventualité
d'avoir à lutter contre des chiens, il avançait,
les yeux brillants comme ceux d'un fauve. L'atmosphère
était tendue, irrespirable. Il gravit les escaliers avec
souplesse. Les autres le suivaient en retenant leur souffle
et entendirent bientôt des gémissements étouffés
qui sortaient de la bouche du surveillant surpris par l'attaque.
Ils attendirent en silence le signal de Tuck Seu.
- Nous sortirons un par un, dit Jongpal qui, à la tête
des hommes, franchit la porte du bâtiment.
- Qui veut prendre ce fusil ? demanda Tuck Seu en tendant l'arme
qu'il venait de récupérer.
- Qu'on le donne à Palsik ! dit une voix.
- Palsik, approche-toi, tiens !
Tuck Seu lui tendit l'arme.
- Il n'y a pas de chien dans le voisinage, dit Jongpal qui observait
alentour.
- Ils sont sûrement en patrouille avec les soldats. Bon,
maintenant couvrez-moi, je m'approche du poste de garde. Tu
ne tires qu'en cas d'urgence ! Il doit rester une petite troupe
de soldats à la mine, ce serait bête d'attirer
leur attention inutilement. Il faut qu'on en finisse avec les
gardes, après on pourra franchir la clôture et
se sauver dans la montagne. Le sort en est jeté ! dit
Tuck Seu avec détermination.
- Bonne chance !
- Je t'accompagne, grand frère, j'ai un poignard, moi
aussi.
- Si tu veux, Palsik, dans ce cas donne le fusil à Jongpal.
D'après ce que j'ai pu observer, il doit y avoir deux
gardiens. Dès que je m'en serai débarrassé,
je vous ferai signe. Ce sera le signal du départ. À
ce moment-là, Jongpal, tu prendras la tête de la
troupe. Restez ensemble. Une fois dehors, vous nous attendrez
et on décidera selon la situation ce qu'il y aura de
mieux à faire
Tuck Seu s'avança alors dans le noir, suivi de Palsik.
Ils firent le tour de la prison et s'approchèrent du
poste de surveillance sans être remarqués. Ils
réussirent à se débarrasser des gardes.
La mine était toujours plongée dans le silence
et l'obscurité. On entendait le bourdonnement d'un moteur
et on devinait au loin la lumière d'une galerie, où
les équipes de nuit continuaient de travailler
Pour passer au Sud, Tuck Seu comptait traverser le massif des
monts Hamgyong jusqu'aux environs de Hamhung, puis les monts
Nangnim afin de pénétrer dans la province de Gangwon.
C'était un projet hardi, un pari difficile à tenir,
compte tenu du temps à passer dans ces montagnes profondes
et hostiles. Il risquait de finir sa vie comme un animal égaré
sans jamais parvenir au Sud. Si l'armée du Sud pénétrait
au Nord, il espérait la rejoindre. Mais ce n'était
qu'une simple supposition. Il préférait en tous
cas tenter quelque chose pour échapper à une vie
sans avenir.
À la sortie de la mine, les prisonniers se séparèrent
et chacun prit son chemin. Palsik et Jongpal restèrent
avec Tuck Seu. Ils firent un long trajet pendant la nuit et
attendirent l'aube pour se reposer. Tard dans l'après-midi,
ils sortirent de leur cachette improvisée, il leur fallait
reprendre la route. Ils descendaient dans la vallée à
la recherche de nourriture, quand soudain ils virent devant
eux des corps en travers du chemin. Les trois hommes se mirent
instinctivement à plat ventre, prêts à faire
usage de leurs armes, mais ce n'était que des cadavres.
- Ils sont morts, dit-il Jongpal.
- Qui peuvent-ils bien être ? Des francs-tireurs infiltrés
du Sud ? demanda Tuck Seu.
- Mais non, ce sont des camarades de la mine
- Des mineurs d'Aosie ? s'écria Palsik en courant vers
eux. Oui, Jongpal a raison, approuva-t-il. Ah ! les pauvres
gars ! Ils sont sûrement morts de faim. Lui, je ne connais
pas son nom, mais l'autre s'appelle
cela me revient maintenant,
oui, il s'appelait Geonchun. Le pauvre, il était si sûr
de lui, sûr de réussir
mais voilà
- Ceux qui sont partis vers le fleuve Tuman auront peut-être
eu plus de chance
- C'est pile ou face, la vie ou la mort ! murmura Tuck Seu.
- Chef, nous pourrions nous diriger vers le nord-ouest d'Aosie,
traverser le mont Taphyang pour rejoindre Jongseong et de là
franchir le fleuve Tuman
- Tu en sais des choses, toi. Mais que faisais-tu avant pour
connaître si bien la géographie ? demanda Tuck
Seu à Jongpal triomphant.
- Je connais les montagnes et les fleuves, les côtes et
les vallées
Sans moi vous êtes perdus ! Où
va-t-on ?
- Faites-moi confiance, c'est tout ce que je vous demande pour
le moment. La direction de la montagne Taphyang dont tu viens
de parler, c'est très risqué. C'est un chemin
stratégique pour l'armée populaire. En plus, les
environs de la montagne Taphyang et du fleuve Tuman sont des
régions de mines, truffées de gardes. On ne peut
échapper à une telle surveillance. Et, supposons
même que nous arrivions sains et saufs en Mandchourie,
que ferons-nous ? Nous ne sommes plus sous l'occupation japonaise.
Si on nous arrête, on n'essayera même pas de nous
rapatrier pour nous juger, ce sera la mort immédiate.
Comprenez-vous ?
- Ca alors ! Chef, il bouge !
Tuck Seu se pencha sur l'homme appelé Geonchun et essaya
de tâter son pouls.
- Va chercher un peu d'eau
ordonna-t-il à Jongpal
qui courut vers un ruisseau.
Tuck Seu mouilla la bouche de Geonchun, son pouls battait encore.
- On va changer de plan. On ne peut pas l'abandonner ici dans
cet état. Il a besoin de manger. Il s'en sortira lorsqu'il
aura avalé quelque chose. Vous deux, allez chercher de
quoi manger dans les chaumières qu'on voit là-bas.
- Camarade chef, nous sommes pressés, nous ne pouvons
- Faites ce que je vous dis. On ne peut abandonner cet homme
qui meurt de faim...
Jongpal et Palsik n'osèrent pas contredire Tuck Seu qui,
après avoir transporté Geonchun dans un endroit
plus frais, sous un arbre, continuait de lui donner à
boire. Quelques heures après, les deux hommes étaient
de retour avec un sac de riz et un peu de condiments. Ils firent
un feu de bois mort pour faire bouillir un potage de riz.
- Cet homme a eu tort de s'enfuir ainsi. Il avait tellement
envie de recouvrer la liberté qu'il a négligé
de mesurer ses forces. Il ne connaissait rien à la montagne.
Les montagnes sont muettes mais elles sont pleines de ressources,
à condition que l'homme essaie d'en comprendre les mystères.
Il faut savoir écouter par delà le silence
dit Tuck Seu aux deux hommes qui l'écoutaient attentivement.
Les trois hommes décidèrent alors de passer la
nuit sur place pour veiller leur compagnon qui ne pouvait bouger.
La nuit tomba, les étoiles étincelaient. Tard
dans la nuit, l'homme reprit connaissance, il ouvrit les yeux.
- Où suis-je
où suis-je ? Qui êtes-vous
? murmura-t-il en regardant ses compagnons.
- C'est moi, Jongpal, ton camarade d'Aosie, et lui Palsik et
l'autre, c'est le grand frère Tuck Seu.
L'homme rassuré referma les yeux. Tuck Seu et ses compagnons
restèrent encore une journée auprès de
Geonchun qui commençait à peine à reprendre
des forces.
- Ne serait-il pas préférable de trouver un toit
pour soigner Geonchun ? demanda Jongpal. Il y serait mieux pour
bien se reposer. Il fait quand-même froid dehors pour
dormir.
- C'est impossible, ce serait prendre le risque d'être
repérés.
Lendemain, ils reprirent la route. Jongpal et Palsik portèrent
chacun à son tour Geonchun sur le dos. Une semaine plus
tard, ils passèrent tout près du village natal
de Tuck Seu, Suck Mak. Malgré son envie de retrouver
sa famille, Tuck Seu passa son chemin, car il craignait que
sa maison soit sous surveillance. C'était d'autant plus
dangereux de contacter sa famille qu'il n'était pas seul.
Il avait la responsabilité de la vie de ses compagnons.
L'état de Geonchun était toujours critique, sa
santé ne s'améliorait guère. Il pouvait
à peine se mettre debout, sa force ne lui permettait
toujours pas de marcher tout seul. Arrivés au col de
Kwanmo, à deux mille cinq cent mètres d'altitude,
ils trouvèrent une grotte qui pouvait leur servir provisoirement
de refuge.
- Le plus urgent est de savoir où en est la guerre, où
se trouve le front. Il faut que nous trouvions l'armée
du Sud. Nous sommes désormais les ennemis de l'armée
populaire puisque nous avons tué des leurs. Quant à
moi, je dois aller chercher ma famille. Et vous, avez-vous une
famille à emmener ?
Les autres firent non de la tête. Tous avaient bien sûr
une famille mais ils se trouvaient trop loin d'elle.
- Dans ce cas, Palsik, tu restes ici et tu continues à
surveiller l'état de Geonchun. Il ne faut pas faire de
feu dans cette grotte. Le système d'alerte est remarquablement
bien organisé. Si tu fais du feu pendant la nuit, on
peut te remarquer très facilement, même de loin.
As-tu bien compris ? Fais très attention.
- Ne vous inquiétez pas pour nous. Revenez vite, surtout
faites attention à vous.
- Quant à Jongpal, je veux que tu fasses un saut jusqu'à
Musan.
- Musan ? Mais pour quoi faire ?
- Ecoute-moi bien. Va à la mine de Musan, tu y trouveras
un homme nommé Han Chul Woo, c'est le responsable du
Comité culturel de la mine. Procure-toi une tenue de
mineur en arrivant et fais comme si tu étais l'un des
leurs. Approche-toi de lui, peut-être pendant l'heure
du repas lorsqu'il est tout seul. Tu lui diras que c'est moi
qui t'envoie et tu lui demanderas quelle est la situation du
front. Ensuite, explique-lui notre situation. Tu lui diras que
nous allons traverser les monts Macheonryong puis les monts
Nangnim pour passer au Sud. Ce sera ta mission. Pourras-tu réussir
à faire cela ?
- Je ne crois pas que ce soit plus difficile que s'évader
d'Aosie, non ?
- Je ne pense pas que ce sera très difficile de passer
inaperçu, puisqu'il y a plus de mille mineurs qui travaillent
jour et nuit. La surveillance non plus ne devrait pas être
aussi stricte que celle d'Aosie qui est le bagne le plus terrible.
Tu porteras toujours ton poignard sur toi et en cas d'urgence,
tu t'en serviras, d'accord ? Emporte du riz et du sel. On se
donne rendez-vous ici dans une semaine
- Il n'y a pas de barrière autour de la mine ?
- Non, seulement par-ci, par-là, des hommes armés
qui assurent la garde. Bon, nous partons tout de suite. Nous
n'avons plus rien à perdre, faisons notre possible pour
nous en sortir.
Tuck Seu redescendit la montagne en compagnie de Jongpal. Il
fallait éviter d'être aperçu par la population
qui n'hésiterait pas à donner l'alerte. On était
en guerre et on devait se montrer coopératif avec l'armée
! Tuck Seu et Jongpal avaient laissé à Palsik
leur fusil trop encombrant à porter, chacun n'avait sur
lui qu'un poignard comme arme. Tuck Seu mit trois jours pour
regagner à bout de force son village de Suck Mak. Il
observa les mouvements des villageois pendant toute une journée
avant d'oser pénétrer dans sa maison vers trois
heures du matin. Il entra sans faire de bruit dans la chambre
où dormaient sa femme et sa fille Hila.
- Punyeo, c'est moi, réveille-toi
dit Tuck Seu
en lui secouant doucement l'épaule.
- Hum
qui c'est
qui est là ?
- C'est moi
lève-toi.
- C'est toi ? Enfin, c'est toi ?
Punyeo s'assit promptement. Cela faisait plus d'un an que Tuck
Seu avait quitté le village. Elle n'avait reçu
qu'une seule fois des nouvelles de son mari par Chul Woo mais
il n'était pas passé une seule journée
sans qu'elle pense à lui.
- Veux-tu que j'allume la lumière ? demanda-t-elle.
- Non, non, calme-toi. Tu vas réveiller les enfants puis
tu rassembleras de la nourriture dans des sacs et nous partirons
tout de suite !
- Tout de suite ?
- Oui, avant le lever du jour.
- Très bien. La vie pour nous est devenue impossible,
ici. On ne nous laisse pas tranquilles un seul instant. Allons-nous
en n'importe où. Je pensais partir depuis longtemps,
mais j'espérais que tu reviendrais
- Allons
nous parlerons plus tard
Va réveiller
les enfants. N'as-tu pas de nouvelles de Hiyae ?
- Non, je n'en ai pas.
Tuck Seu réveilla sa fille, Hila.
- Papa ! s'écria-t-elle tout étonnée, Tuck
Seu mit sa main devant la bouche.
- Ne parle pas trop fort. Assieds-toi. Ecoute-moi bien, Hila,
nous allons partir maintenant. Habille-toi.
Punyeo réveilla ses deux fils, fit quelques ballots de
nourriture et de vêtements puis la famille de Tuck Seu
quitta sa maison. Lorsque le jour se leva, ils étaient
déjà loin. Après quelques jours de marche,
Tuck Seu et sa famille arrivèrent à la grotte
du col de Kwanmo. On était au début du mois d'août.
Tuck Seu était soulagé d'avoir retrouvé
sa famille tandis que Punyeo pleurait souvent à la pensée
de leur fille aînée, Hiyae.
- Oublie Hiyae. Cela ne sert rien de pleurer ! Nous avons encore
un long chemin à faire.
- Comment pourrais-je oublier, ma fille ? Cette nuit, je l'ai
vue encore dans mon rêve. Elle était à Busan,
elle avait réussi à gagner le Sud.
- Busan
? répéta Tuck Seu.
Lui non plus n'avait pas oublié sa fille et il la voyait
dans ses rêves, comme sa femme. Il la voyait à
Séoul et il commença à penser que Hiyae
était quelque part au Sud, suivant le présage
qui se montrait dans les rêves de ses parents. Jongpal
lui aussi revint bientôt, deux jours plus tard que prévu.
À la tombée de nuit, il rejoignit la grotte. A
la vue de ses vêtements et de sa maigreur, on imaginait
combien il avait dû avoir de difficulté à
accomplir sa mission. Dès qu'il fut entré dans
la grotte, il se laissa tomber par terre.
- Camarade chef
voilà, je suis de retour.
- Oui, camarade Jongpal, comment ça s'est passé
?
Jongpal leur raconta ce qu'il avait appris sur la situation
du front. Il avait apporté un vieux poste de radio.
- Je ne comprends pas pourquoi le commandant Walker ne résiste
pas plus fermement, dit Palsik après avoir écouté
Jongpal.
- C'est sûrement pour gagner du temps
Les Américains
se préparent à la grande offensive
dit Tuck
Seu.
- Partons tous au Sud, c'est l'unique solution. Si par hasard
si nous pouvions rejoindre l'armée du Sud ou des soldats
américains, nous leur demanderions de l'aide. Nous n'avons
aucun intérêt à passer les frontières
du nord vers la Chine ou vers l'Union soviétique.
- Tu as raison. La Chine et les Soviétiques considèrent
la république populaire de Corée du Nord comme
un pays frère
on ne nous accueillera pas les bras
ouverts
- Il faut que l'armée du Sud entre au Nord le plus tôt
possible, avant qu'il ne fasse trop froid
- Sinon, nous mourrons tous de froid ou de faim !
- Partons au Sud
il n'y a pas d'autre choix. Tant de gens
sont déjà partis, nous aurions dû partir
plus tôt.
Chacun donna son avis et on décida de partir dès
le lendemain.
- Il faut dissimuler notre passage et ne pas laisser de traces
dit Tuck Seu. Allons ramasser des herbes sèches
Tuck Seu prit la tête de la troupe. Désormais leur
sort dépendait entièrement de leur volonté
de survivre. C'était une lutte contre soi-même
et contre le temps. Ils gagnèrent bientôt les monts
Macheonryong qui séparent les deux provinces de Hamgyeong
du Nord et de Hamgyeong du Sud. Cette montagne abrupte se perdait
dans les nuages et cachait des précipices sans fond.
Ce fut un parcours miraculeux. Même Hichan et Higou qui
n'étaient encore que des enfants, supportèrent
bien la rude épreuve. Quant à Hila, elle se montra
courageuse malgré la douleur que lui causaient des blessures
aux mains et aux pieds.
|