Copyright 2004: Chung So-Sung, Jean-Paul Desgoutte, Kim Jin-Young (tous droits réservés)

Chapitre 17

Au milieu de la montagne, il n'y avait plus aucune trace de présence humaine. Tuck Seu et ses compagnons se retrouvèrent à plus de deux mille mètres d'altitude, en pleine nature.
- Camarade chef, si l'armée du Sud et ses alliés américains ne parviennent pas à pousser leurs troupes jusqu'au Nord, que deviendrons-nous ? demanda Palsik.
- Dans ce cas, nous resterons dans cette montagne et nous nous débrouillerons… mais pourquoi cette question ?
- La vingt-quatrième division américaine a été battue à Daejeon. Selon la radio, son général a été capturé et on l'a conduit devant le grand dirigeant Kim Il Sung. Peut-être l'armée populaire est-elle plus forte et plus expérimentée que les Américains ?
- C'est possible. La sixième division installée à Yongcheon et la cinquième de Najin sont composées de partisans qui ont lutté contre les Japonais ou encore de volontaires de l'armée chinoise qui ont lutté contre l'armée nationaliste. Tu vois, ce n'est pas n'importe qui. Ce sont des vétérans qui savent se battre. Ils ont contraint Chang Kai-Shek à se retirer à Formose… Mais on verra. La guerre ne fait que commencer. Je ne pense pas qu'une telle situation puisse durer longtemps. Si l'Amérique s'engage complètement, l'armée populaire ne pourra pas résister…
- L'armée populaire n'imaginait pas que l'intervention américaine serait si rapide, n'est-ce pas ? Si j'ai bien compris, le Nord a espéré que les Américains n'interviendraient pas… dit Palsik qui cheminait tout en portant Higou sur le dos.
En effet, Higou qui au début supportait tant bien que mal l'aventure ne pouvait plus marcher à cause des ampoules qui s'étaient formées sur ses pieds. De surcroît, depuis quelques jours il avait de la fièvre et n'arrivait plus avaler de nourriture. Il maigrissait à vue d'œil. Pour la famille de Tuck Seu, l'épreuve était rude. Ce fut ensuite le tour de Hila de souffrir à cause d'ampoules aux pieds et d'un genou enflé qui lui faisait très mal. Tuck Seu prit sa fille sur son dos.
À la mi-août, Tuck Seu et ses compagnons finirent de traverser les monts Macheonryong. Chacun se sentit soulagé et fier de ce qu'il avait fait. Mais ils n'étaient pas au bout de leurs peines. Il leur fallait continuer de progresser vers le Sud. Le plateau Gaema succède aux monts Macheonryong. Le courant tempéré du littoral oriental n'y parvient pas tandis que le vent froid en provenance de Sibérie s'y engouffre sans rencontrer d'obstacle. Dès le début de septembre, la température y tombe brusquement pour arriver au milieu de l'hiver jusqu'à trente degrés au-dessous de zéro. Tuck Seu et Jongpal le savaient bien. Il était indispensable de sortir du plateau avant l'arrivée du froid. Cependant, leurs forces les abandonnaient. Ils s'installèrent dans une grotte non loin d'un lac.
- Nous allons nous reposer ici. Il faut que nous reprenions des forces… proposa Tuck Seu au bord de l'épuisement.
- Croyez-vous que ce soit raisonnable ? demanda Palsik d'un air sceptique.
- Peux-tu continuer, toi ? Dans l'état où nous sommes, il vaut mieux nous reposer. Nous repartirons dès que nous aurons repris un peu de force.
- Vous avez raison. Je suis à bout. Le voyage à Musan m'a épuisé. Je donnerais tout pour manger et dormir à ma guise.
- Fais d'abord un tour d'inspection, va voir s'il y a des maisons alentour. Essayons de savoir où nous pouvons bien nous trouver… Emmène Jongpal, Geonchun est encore fragile.
- Oui. Hé, Jongpal, on y va ! Camarade chef, si on trouve des maisons, peut-on demander de la nourriture aux gens ? Évidemment, au cas où ils refuseraient…
- Non. Pas de victimes innocentes ! Agissez sans vous faire remarquer. Tant que nous sommes en territoire ennemi, il faut que nous évitions de contacter les villageois et de faire remarquer notre présence ou notre identité. Mais nous avons besoin de nourriture, prenez-en à la dérobée ! dit Tuck Seu aux deux hommes.
- Finalement, cela revient même, non ? Les villageois suspecteront de toute manière la présence d'inconnus ! dit Palsik en s'éloignant.
Geonchun pénétra dans la grotte, son fusil à la main, pour vérifier qu'elle n'était pas habitée par quiconque, homme ou fauve. L'inspection finie, il ramassa des herbes sèches pour couvrir le sol puis fit entrer Punyeo et les enfants.
- Camarade chef…
- Oui, qu'est ce qu'il y a, Geonchun ?
- Je vous remercie beaucoup de m'avoir sauvé. Sans vous, je ne serais plus de ce monde…
- C'est normal… N'importe qui aurait agi ainsi.
- Merci, en tout cas. Mais…
- Quoi ?
- Suivez-moi… dit Geonchun en entraînant Tuck Seu dans un coin. Camarade chef, il faut se méfier de Jongpal !
- Hein ? Que veux-tu dire par là ?
- Si Jongpal le juge utile, il nous abandonnera sans hésiter…
- Et que deviendra-t-il ?
- Il tentera sa chance… Je pense qu'il va profiter de cette patrouille pour essayer d'avoir des informations sur la situation du front... Si le vent tourne contre nous...
- Oui ?
- Il m'a dit un jour qu'il n'y a rien de plus important que de sauver sa propre vie… Il fera tout pour sauver sa peau.
- Peut-être, mais pour l'instant je lui fais confiance…
- Il ne souhaitait pas qu'on s'occupe de moi. N'est-ce pas ?
- C'est vrai. Mais tu sais, notre chemin est encore long et notre vie ne tient qu'à un fil…
- J'ai choisi de faire le chemin avec vous, quoi qu'il arrive.
- Même si l'armée populaire parvient à envahir le Sud ?
- Cela n'arrivera pas. Si les Américains reculent, c'est par tactique. C'est pour gagner du temps. Ils ne se laisseront pas battre par un petit pays, c'est impensable, n'est-ce pas ?
- Oui, mais si l'armée du Sud ne se dépêche pas, il n'est pas certain que nous survivions au froid et à la faim.
- Il est vrai que sur le plateau, la température chute au-dessous de zéro dès le mois d'octobre. Ce n'est pas comme à Chong Jin où il ne gèle qu'à partir de décembre ou janvier.
Tuck Seu, plongé dans ses pensées, gardait le silence.
Deux jours après leur départ, Jongpal et Palsik n'étaient toujours pas revenus. Par prudence, au cas où les deux hommes auraient été arrêtés, Tuck Seu décida de changer de refuge. Il trouva une autre grotte un peu plus loin. Geonchun, resta près de l'ancienne pour avertir ses deux camarades s'il les voyait revenir.
- Si jamais j'entends une détonation, j'arriverai immédiatement, lui dit Tuck Seu.
- J'ai peur qu'il ne leur soit arrivé quelque chose.
- On verra, on va attendre un peu. Jongpal n'est pas homme à se laisser capturer facilement...
La nourriture leur manquait de plus en plus et ils ramassaient à l'entour tout ce qui est comestible. Tuck Seu se refusait toujours à voler les fermiers des environs. L'attente durait depuis plus d'une semaine quand un soir, Jongpal et Palsik réapparurent sains et saufs.
- Que vous est-il arrivé ?
- On a pris le temps d'explorer la contrée mais on ne pouvait se déplacer que la nuit…
Geonchun les conduisit au nouveau refuge où Tuck Seu les reçut avec joie. Il interrogea les deux hommes qui lui racontèrent ce qu'ils avaient appris.
- On s'inquiétait pour vous… Mais je comprends la difficulté… dit Tuck Seu après avoir écouté le récit de Jongpal et Palsik.
Ils mangèrent de façon frugale puis écoutèrent les informations à la radio.
- Camarade chef, je sors voir si tout va bien, dit ensuite Jongpal en saisissant le fusil.
- Comme tu veux. Il est trop tôt pour être pessimiste, ajouta-t-il. Même si le commandant Walker envisage de se retirer au Japon… Il devrait encore se trouver à Pusan. Restons optimistes !
Jongpal sortit sans faire de commentaire à ce que disait Tuck Seu mais son regard trahissait le découragement. L'atmosphère dans la grotte était devenue oppressante. La nuit tomba et Jongpal ne revenait toujours pas, ils finirent par s'endormir l'un après l'autre tandis que Geonchun faisait les cent pas devant la grotte comme s'il montait la garde, ce que personne ne lui avait demandé. Puis il s'éloigna et revint un peu plus tard en roulant devant lui une pierre énorme qu'il installa devant la grotte afin d'en masquer l'entrée. Tuck Seu observa son manège puis se rendormit sans un mot dire. Geonchun s'endormit enfin, lui aussi, le dos appuyé à la paroi, un fusil entre les jambes.
La nuit était bien avancée quand un bruit étrange réveilla Tuck Seu. Il eut le pressentiment d'un danger, il ouvrit les yeux mais il faisait tellement noir qu'il ne put rien distinguer. Il se rendit compte alors que le bruit provenait de gémissements étouffés que poussait sa fille, Hila. Quelqu'un était en train de l'entraîner de force vers la sortie. C'était sans doute l'un des deux jeunes hommes taraudé par le désir de posséder la jeune fille.
Tuck Seu aurait bien aimé pouvoir agir immédiatement, mais il préféra attendre qu'ils soient dehors. L'homme devait avoir un fusil, et l'affrontement pouvait faire des victimes parmi les dormeurs. Il fallait également éviter tout coup de feu qui ferait un vacarme dans le silence de la nuit. Tuck Seu saisit donc son poignard et se glissa vers la sortie.
Il comprenait qu'on puisse désirer sa fille mais n'approuvait pas le procédé. L'autre aurait dû lui parler d'abord, d'homme à homme, et non faire usage de sa force. Alors qu'il atteignait l'entrée, il sentit une présence près de lui.
- Camarade chef, vous avez raison de les laisser sortir…
Tuck Seu reconnut la voix de Geonchun : c'était donc Palsik qui maltraitait sa fille, puisque Jongpal n'était toujours pas rentré. La nuit était profonde et, sous la pâle lumière des étoiles, Tuck Seu devina les corps emmêlés. Plaquée à terre, Hila se débattait contre Palsik dont l'intention n'était pas de l'enlever mais de la prendre de force. Tuck Seu et Geonchun s'approchèrent doucement sans révéler leur présence.
- Palsik, lève-toi immédiatement ou je tire !
- Non, vous n'oserez pas tirer sur moi ! s'écria Palsik, un fusil dans une main, les cheveux de Hila dans l'autre.
- Je n'ai aucune envie de te tuer, jette ton fusil, rends-toi immédiatement. C'est tout, je ne te ferai pas de mal.
- De toute façon, on ne s'en sortira jamais. Nous sommes au bord du précipice, tout ce qui nous attend, c'est la chute ! J'ai le droit de connaître une femme avant de mourir. Je sais qu'il y a des paysans, pas loin d'ici. Ils accourront s'ils entendent un coup de fusil. Laisse-moi donc partir avec ta fille… Décide-toi, chef !
- Ecoute bien Palsik, si tu te sauves comme ça, tu n'as aucune chance de survivre ! Si tu tiens à la vie, reste avec nous. Crois-moi, les Américains vont attaquer et nous les rejoindrons très bientôt, fais-moi confiance. Tout ce qui nous reste, c'est le chemin du Sud. Jette ton fusil !
- Vous n'allez pas me tuer, c'est vrai ?
- Je te le promets.
- Mais, Hila, elle est déjà devenue ma femme…
- Nous en parlerons après, ce n'est vraiment pas le moment de nous battre entre nous. Si ce que tu dis est vrai, elle sera désormais ta femme ! Pensons plutôt à lutter ensemble contre les épreuves qui nous attendent. Le froid ne tardera pas arriver et le chemin est encore long, allons Palsik, jette ton arme !
- Chef… pardonnez-moi… donnez-moi Hila, je vous en supplie ! J'avais tellement envie d'avoir une femme à moi… cria Palsik en jetant son fusil.
Hila gisait sur le sol sans bouger. Geonchun ramassa le fusil et Tuck Seu jeta son poing sur le visage de Palsik qui s'effondra.
- Sale brute, tu n'es qu'un ingrat ! Si tu tiens toujours à ta pauvre vie, ne touche plus jamais un fusil, compris ?
- Oui, chef, j'ai compris… Vous n'oublierez pas votre promesse, n'est-ce pas - Palsik reçut encore une fois un grand coup de poing sur la figure sans tenter de se protéger.
- Comment oses-tu me demander ma fille !
- Camarade chef, je ne vous ai pas trahi. Ma seule erreur, c'était de vouloir Hila, elle est tellement désirable que je ne pouvais pas m'empêcher… Ce n'est pas moi qui vous ai trahi, c'est l'autre… Nous sommes tous en danger. C'est pour cela que je voulais m'enfuir avec Hila. C'est vrai !
- Que racontes-tu encore ?
- C'est vrai !
- Quoi ? Parle ! dit Tuck Seu en pointant son poignard sur Palsik qui prit peur. Tu veux perdre un œil, c'est cela ?
- Attendez ! Je vous dirai…
- Alors ?
- C'est… c'est-à-dire que… Jongpal m'a proposé de nous rendre à la Sûreté… après vous avoir tous tués…
- Quelle idée !
- Ce sont les informations à la radio qui l'ont convaincu… Il m'a dit d'attendre cette nuit… mais je ne saurais dire exactement quoi.
- Cette nuit ? Il t'a dit qu'il reviendrait cette nuit, tu es sûr ?
- Oui, c'est ce qu'il m'a dit.
- Bon, Geonchun, tu vas rester en embuscade à cent mètres de la grotte, cache-toi bien. N'oublie pas que Jongpal est armé lui aussi. Tu ne tireras que si c'est indispensable, au dernier moment. Compris ?
- Oui, chef, répondit Geonchun.
- Toi, Palsik, tu resteras dans la grotte et lorsque Jongpal reviendra te donner des ordres, fais ce qu'il te demande en attendant qu'il s'approche de toi, et alors saisis-le !
Punyeo se retira de la grotte avec ses enfants et les hommes prirent position. L'attente ne fut pas longue, ils entendirent bientôt un bruit venant de la direction du lac. C'était des bruits de pas. L'homme approchait à pas réguliers, sans se soucier de quoi que ce soit. Parvenu à cinquante mètres de la grotte, il s'arrêta un instant puis se mit à avancer lentement avec précaution, jetant de temps à autre un coup d'œil autour de lui. Il s'arrêta à trois pas de la grotte, se cacha derrière une roche et saisit son fusil.
- Palsik, planque-toi ! cria-t-il avant d'ouvrir le feu.
Le bruit des détonations se répercuta longuement dans la montagne. Jongpal rechargea son fusil et tira encore vers la grotte d'où ne sortait aucun bruit.
- Palsik, tue-les tous sans pitié ! cria Jongpal en se précipitant enfin à l'intérieur, un couteau à la main. Palsik ne répondit pas mais on entendit bientôt un cri et le silence revint.
- C'est fini ? demanda Tuck Seu à Palsik qui bientôt sortit de la grotte.
- Oui, il est mort.
La petite troupe se remit aussitôt en route vers le sud. Puis, après quelques jours de marche, Tuck Seu annonça, un beau matin :
- Aujourd'hui, nous allons fêter un événement important…
Tous, intrigués, se regardèrent les uns les autres, chacun se demandant de quoi il pouvait s'agir.
- Nous allons célébrer le mariage de Palsik et Hila… dit Tuck Seu d'un air songeur.
Tous s'étonnèrent. Personne ne s'attendait à cela. Une idée aussi incongrue dans un tel moment ! Punyeo éclata en sanglots dans les bras de sa fille, Hila. Tuck Seu ne lui avait rien dit, pourtant elle ne pouvait lui reprocher sa décision. Elle comprenait, son choix, son intention de les marier, puisque l'avenir était incertain. Quant à Geonchun, l'expression de son visage passait de la colère au désespoir. Il se précipita au devant de Tuck Seu.
- Camarade chef, je suis opposé à ce mariage ! Pourquoi une telle précipitation ? Pourquoi un tel mariage !
- Geonchun, écoute-moi, je ne veux pas que toi et Palsik, vous vous battiez à cause de Hila, comprends-tu ?
- Alors, laissez-lui le choix ! Elle a le droit de choisir, c'est la moindre des choses. Sinon je vous quitterai. Je n'oublierai pas que vous m'avez sauvé la vie, mais c'est ainsi.
Tuck Seu avait découvert depuis quelque temps le sentiment de Geonchun pour Hila et la tension grandissante entre Geonchun et Palsik. Il espérait par ce mariage parer à tout incident.
- Bon, c'est d'accord, dit-il. Hila, c'est à toi de choisir ! lequel veux-tu ? Ne pleure pas ! Chacun doit se marier, le moment est venu, c'est tout…
Hila en larmes gardait le silence.
- Parle ou montre celui que tu veux !
Hila ne répondait toujours pas. Les deux jeunes, impatients, pensèrent qu'il était impossible d'obtenir une réponse d'elle.
- Et si vous répondiez à sa place ? proposa Geonchun à Punyeo, pensant ainsi prendre l'avantage sur son rival.
Tuck Seu jeta un regard interrogatif vers Palsik pour voir sa réaction. Palsik approuva après un moment d'hésitation. Il estimait que Punyeo devinerait les sentiments qu'il prêtait à Hila…
- Bon, c'est toi qui décide alors, dit Tuck Seu en regardant Punyeo. Vous accepterez la décision de ma femme sans faire d'histoire, d'accord ? Alors, parle ! dis-nous maintenant, demanda-t-il à Punyeo qui hésitait à donner son avis.
- Parle ! Je sais que ce n'est pas facile pour toi, mais ce n'est qu'un pas à franchir…
Punyeo gardait le regard dans le vide malgré l'insistance de Tuck Seu.
- Alors ?
- Je pense que… je me suis dit que Hila était déjà la femme du camarade Palsik… balbutia-t-elle enfin.
- C'est donc Palsik… dit Tuck Seu, en se tournant vers Geonchun.
Geonchun ne dit rien mais prit son fusil et quitta brusquement la place. Tuck Seu, quoique soucieux, le laissa partir. Puis il engagea la cérémonie.
- Qu'on pose un bol d'eau sur cette pierre ! Palsik et Hila, vous vous tiendrez ici ! Allons, dépêchons-nous…
Tuck Seu fit se placer Punyeo à côté de Hila, Hichan et Higou à côté de Palsik.
- Jurez-vous de rester ensemble jusqu'à ce que la mort vous sépare ? Le marié Palsik répondra le premier…
- Oui, je le jure ! dit le jeune homme.
- Et la mariée, Kim Hila ?
Hila resta muette. L'idée de se marier avec Palsik l'effrayait. Elle était cependant en âge de comprendre ce qui lui était arrivé et le sentiment de désarroi qui avait conduit son père à prendre cette décision.
- Réponds, voyons !
- Oui, dit-elle enfin d'une voix à peine audible.
- Je déclare que tous deux formez désormais un couple. La cérémonie est terminée… annonça gravement, Tuck Seu qui transpirait abondamment.
On chercha une deuxième grotte pour les nouveaux mariés. Hila qui ne cessait pas de pleurer accompagna son nouvel époux tandis que Tuck Seu et Punyeo les regardaient s'éloigner avec tristesse.
Toute la journée du lendemain se déroula sans que Geonchun réapparaisse. Tuck Seu ne pouvait s'empêcher de penser à ce qui s'était passé avec Jongpal.
- Pensez-vous qu'il reviendra ? demanda Palsik à Tuck Seu.
- Oui, je le crois, ne t'inquiète pas à son sujet. Geonchun n'est pas un homme à nous trahir.
- Où peut-il bien être maintenant ?
- Où ? Il va se diriger vers le Sud. Il se cache mais il ne doit pas être loin. Il reviendra dès qu'il se sera résigné… on attendra encore un peu.
Une semaine s'écoula sans nouvelle de Geonchun. Tuck Seu décida alors de lever le camp sans plus l'attendre.


Chapitre 18