|
Au milieu de la montagne, il n'y
avait plus aucune trace de présence humaine. Tuck Seu
et ses compagnons se retrouvèrent à plus de deux
mille mètres d'altitude, en pleine nature.
- Camarade chef, si l'armée du Sud et ses alliés
américains ne parviennent pas à pousser leurs
troupes jusqu'au Nord, que deviendrons-nous ? demanda Palsik.
- Dans ce cas, nous resterons dans cette montagne et nous nous
débrouillerons
mais pourquoi cette question ?
- La vingt-quatrième division américaine a été
battue à Daejeon. Selon la radio, son général
a été capturé et on l'a conduit devant
le grand dirigeant Kim Il Sung. Peut-être l'armée
populaire est-elle plus forte et plus expérimentée
que les Américains ?
- C'est possible. La sixième division installée
à Yongcheon et la cinquième de Najin sont composées
de partisans qui ont lutté contre les Japonais ou encore
de volontaires de l'armée chinoise qui ont lutté
contre l'armée nationaliste. Tu vois, ce n'est pas n'importe
qui. Ce sont des vétérans qui savent se battre.
Ils ont contraint Chang Kai-Shek à se retirer à
Formose
Mais on verra. La guerre ne fait que commencer.
Je ne pense pas qu'une telle situation puisse durer longtemps.
Si l'Amérique s'engage complètement, l'armée
populaire ne pourra pas résister
- L'armée populaire n'imaginait pas que l'intervention
américaine serait si rapide, n'est-ce pas ? Si j'ai bien
compris, le Nord a espéré que les Américains
n'interviendraient pas
dit Palsik qui cheminait tout en
portant Higou sur le dos.
En effet, Higou qui au début supportait tant bien que
mal l'aventure ne pouvait plus marcher à cause des ampoules
qui s'étaient formées sur ses pieds. De surcroît,
depuis quelques jours il avait de la fièvre et n'arrivait
plus avaler de nourriture. Il maigrissait à vue d'il.
Pour la famille de Tuck Seu, l'épreuve était rude.
Ce fut ensuite le tour de Hila de souffrir à cause d'ampoules
aux pieds et d'un genou enflé qui lui faisait très
mal. Tuck Seu prit sa fille sur son dos.
À la mi-août, Tuck Seu et ses compagnons finirent
de traverser les monts Macheonryong. Chacun se sentit soulagé
et fier de ce qu'il avait fait. Mais ils n'étaient pas
au bout de leurs peines. Il leur fallait continuer de progresser
vers le Sud. Le plateau Gaema succède aux monts Macheonryong.
Le courant tempéré du littoral oriental n'y parvient
pas tandis que le vent froid en provenance de Sibérie
s'y engouffre sans rencontrer d'obstacle. Dès le début
de septembre, la température y tombe brusquement pour
arriver au milieu de l'hiver jusqu'à trente degrés
au-dessous de zéro. Tuck Seu et Jongpal le savaient bien.
Il était indispensable de sortir du plateau avant l'arrivée
du froid. Cependant, leurs forces les abandonnaient. Ils s'installèrent
dans une grotte non loin d'un lac.
- Nous allons nous reposer ici. Il faut que nous reprenions
des forces
proposa Tuck Seu au bord de l'épuisement.
- Croyez-vous que ce soit raisonnable ? demanda Palsik d'un
air sceptique.
- Peux-tu continuer, toi ? Dans l'état où nous
sommes, il vaut mieux nous reposer. Nous repartirons dès
que nous aurons repris un peu de force.
- Vous avez raison. Je suis à bout. Le voyage à
Musan m'a épuisé. Je donnerais tout pour manger
et dormir à ma guise.
- Fais d'abord un tour d'inspection, va voir s'il y a des maisons
alentour. Essayons de savoir où nous pouvons bien nous
trouver
Emmène Jongpal, Geonchun est encore fragile.
- Oui. Hé, Jongpal, on y va ! Camarade chef, si on trouve
des maisons, peut-on demander de la nourriture aux gens ? Évidemment,
au cas où ils refuseraient
- Non. Pas de victimes innocentes ! Agissez sans vous faire
remarquer. Tant que nous sommes en territoire ennemi, il faut
que nous évitions de contacter les villageois et de faire
remarquer notre présence ou notre identité. Mais
nous avons besoin de nourriture, prenez-en à la dérobée
! dit Tuck Seu aux deux hommes.
- Finalement, cela revient même, non ? Les villageois
suspecteront de toute manière la présence d'inconnus
! dit Palsik en s'éloignant.
Geonchun pénétra dans la grotte, son fusil à
la main, pour vérifier qu'elle n'était pas habitée
par quiconque, homme ou fauve. L'inspection finie, il ramassa
des herbes sèches pour couvrir le sol puis fit entrer
Punyeo et les enfants.
- Camarade chef
- Oui, qu'est ce qu'il y a, Geonchun ?
- Je vous remercie beaucoup de m'avoir sauvé. Sans vous,
je ne serais plus de ce monde
- C'est normal
N'importe qui aurait agi ainsi.
- Merci, en tout cas. Mais
- Quoi ?
- Suivez-moi
dit Geonchun en entraînant Tuck Seu
dans un coin. Camarade chef, il faut se méfier de Jongpal
!
- Hein ? Que veux-tu dire par là ?
- Si Jongpal le juge utile, il nous abandonnera sans hésiter
- Et que deviendra-t-il ?
- Il tentera sa chance
Je pense qu'il va profiter de cette
patrouille pour essayer d'avoir des informations sur la situation
du front... Si le vent tourne contre nous...
- Oui ?
- Il m'a dit un jour qu'il n'y a rien de plus important que
de sauver sa propre vie
Il fera tout pour sauver sa peau.
- Peut-être, mais pour l'instant je lui fais confiance
- Il ne souhaitait pas qu'on s'occupe de moi. N'est-ce pas ?
- C'est vrai. Mais tu sais, notre chemin est encore long et
notre vie ne tient qu'à un fil
- J'ai choisi de faire le chemin avec vous, quoi qu'il arrive.
- Même si l'armée populaire parvient à envahir
le Sud ?
- Cela n'arrivera pas. Si les Américains reculent, c'est
par tactique. C'est pour gagner du temps. Ils ne se laisseront
pas battre par un petit pays, c'est impensable, n'est-ce pas
?
- Oui, mais si l'armée du Sud ne se dépêche
pas, il n'est pas certain que nous survivions au froid et à
la faim.
- Il est vrai que sur le plateau, la température chute
au-dessous de zéro dès le mois d'octobre. Ce n'est
pas comme à Chong Jin où il ne gèle qu'à
partir de décembre ou janvier.
Tuck Seu, plongé dans ses pensées, gardait le
silence.
Deux jours après leur départ, Jongpal et Palsik
n'étaient toujours pas revenus. Par prudence, au cas
où les deux hommes auraient été arrêtés,
Tuck Seu décida de changer de refuge. Il trouva une autre
grotte un peu plus loin. Geonchun, resta près de l'ancienne
pour avertir ses deux camarades s'il les voyait revenir.
- Si jamais j'entends une détonation, j'arriverai immédiatement,
lui dit Tuck Seu.
- J'ai peur qu'il ne leur soit arrivé quelque chose.
- On verra, on va attendre un peu. Jongpal n'est pas homme à
se laisser capturer facilement...
La nourriture leur manquait de plus en plus et ils ramassaient
à l'entour tout ce qui est comestible. Tuck Seu se refusait
toujours à voler les fermiers des environs. L'attente
durait depuis plus d'une semaine quand un soir, Jongpal et Palsik
réapparurent sains et saufs.
- Que vous est-il arrivé ?
- On a pris le temps d'explorer la contrée mais on ne
pouvait se déplacer que la nuit
Geonchun les conduisit au nouveau refuge où Tuck Seu
les reçut avec joie. Il interrogea les deux hommes qui
lui racontèrent ce qu'ils avaient appris.
- On s'inquiétait pour vous
Mais je comprends la
difficulté
dit Tuck Seu après avoir écouté
le récit de Jongpal et Palsik.
Ils mangèrent de façon frugale puis écoutèrent
les informations à la radio.
- Camarade chef, je sors voir si tout va bien, dit ensuite Jongpal
en saisissant le fusil.
- Comme tu veux. Il est trop tôt pour être pessimiste,
ajouta-t-il. Même si le commandant Walker envisage de
se retirer au Japon
Il devrait encore se trouver à
Pusan. Restons optimistes !
Jongpal sortit sans faire de commentaire à ce que disait
Tuck Seu mais son regard trahissait le découragement.
L'atmosphère dans la grotte était devenue oppressante.
La nuit tomba et Jongpal ne revenait toujours pas, ils finirent
par s'endormir l'un après l'autre tandis que Geonchun
faisait les cent pas devant la grotte comme s'il montait la
garde, ce que personne ne lui avait demandé. Puis il
s'éloigna et revint un peu plus tard en roulant devant
lui une pierre énorme qu'il installa devant la grotte
afin d'en masquer l'entrée. Tuck Seu observa son manège
puis se rendormit sans un mot dire. Geonchun s'endormit enfin,
lui aussi, le dos appuyé à la paroi, un fusil
entre les jambes.
La nuit était bien avancée quand un bruit étrange
réveilla Tuck Seu. Il eut le pressentiment d'un danger,
il ouvrit les yeux mais il faisait tellement noir qu'il ne put
rien distinguer. Il se rendit compte alors que le bruit provenait
de gémissements étouffés que poussait sa
fille, Hila. Quelqu'un était en train de l'entraîner
de force vers la sortie. C'était sans doute l'un des
deux jeunes hommes taraudé par le désir de posséder
la jeune fille.
Tuck Seu aurait bien aimé pouvoir agir immédiatement,
mais il préféra attendre qu'ils soient dehors.
L'homme devait avoir un fusil, et l'affrontement pouvait faire
des victimes parmi les dormeurs. Il fallait également
éviter tout coup de feu qui ferait un vacarme dans le
silence de la nuit. Tuck Seu saisit donc son poignard et se
glissa vers la sortie.
Il comprenait qu'on puisse désirer sa fille mais n'approuvait
pas le procédé. L'autre aurait dû lui parler
d'abord, d'homme à homme, et non faire usage de sa force.
Alors qu'il atteignait l'entrée, il sentit une présence
près de lui.
- Camarade chef, vous avez raison de les laisser sortir
Tuck Seu reconnut la voix de Geonchun : c'était donc
Palsik qui maltraitait sa fille, puisque Jongpal n'était
toujours pas rentré. La nuit était profonde et,
sous la pâle lumière des étoiles, Tuck Seu
devina les corps emmêlés. Plaquée à
terre, Hila se débattait contre Palsik dont l'intention
n'était pas de l'enlever mais de la prendre de force.
Tuck Seu et Geonchun s'approchèrent doucement sans révéler
leur présence.
- Palsik, lève-toi immédiatement ou je tire !
- Non, vous n'oserez pas tirer sur moi ! s'écria Palsik,
un fusil dans une main, les cheveux de Hila dans l'autre.
- Je n'ai aucune envie de te tuer, jette ton fusil, rends-toi
immédiatement. C'est tout, je ne te ferai pas de mal.
- De toute façon, on ne s'en sortira jamais. Nous sommes
au bord du précipice, tout ce qui nous attend, c'est
la chute ! J'ai le droit de connaître une femme avant
de mourir. Je sais qu'il y a des paysans, pas loin d'ici. Ils
accourront s'ils entendent un coup de fusil. Laisse-moi donc
partir avec ta fille
Décide-toi, chef !
- Ecoute bien Palsik, si tu te sauves comme ça, tu n'as
aucune chance de survivre ! Si tu tiens à la vie, reste
avec nous. Crois-moi, les Américains vont attaquer et
nous les rejoindrons très bientôt, fais-moi confiance.
Tout ce qui nous reste, c'est le chemin du Sud. Jette ton fusil
!
- Vous n'allez pas me tuer, c'est vrai ?
- Je te le promets.
- Mais, Hila, elle est déjà devenue ma femme
- Nous en parlerons après, ce n'est vraiment pas le moment
de nous battre entre nous. Si ce que tu dis est vrai, elle sera
désormais ta femme ! Pensons plutôt à lutter
ensemble contre les épreuves qui nous attendent. Le froid
ne tardera pas arriver et le chemin est encore long, allons
Palsik, jette ton arme !
- Chef
pardonnez-moi
donnez-moi Hila, je vous en
supplie ! J'avais tellement envie d'avoir une femme à
moi
cria Palsik en jetant son fusil.
Hila gisait sur le sol sans bouger. Geonchun ramassa le fusil
et Tuck Seu jeta son poing sur le visage de Palsik qui s'effondra.
- Sale brute, tu n'es qu'un ingrat ! Si tu tiens toujours à
ta pauvre vie, ne touche plus jamais un fusil, compris ?
- Oui, chef, j'ai compris
Vous n'oublierez pas votre promesse,
n'est-ce pas - Palsik reçut encore une fois un grand
coup de poing sur la figure sans tenter de se protéger.
- Comment oses-tu me demander ma fille !
- Camarade chef, je ne vous ai pas trahi. Ma seule erreur, c'était
de vouloir Hila, elle est tellement désirable que je
ne pouvais pas m'empêcher
Ce n'est pas moi qui vous
ai trahi, c'est l'autre
Nous sommes tous en danger. C'est
pour cela que je voulais m'enfuir avec Hila. C'est vrai !
- Que racontes-tu encore ?
- C'est vrai !
- Quoi ? Parle ! dit Tuck Seu en pointant son poignard sur Palsik
qui prit peur. Tu veux perdre un il, c'est cela ?
- Attendez ! Je vous dirai
- Alors ?
- C'est
c'est-à-dire que
Jongpal m'a proposé
de nous rendre à la Sûreté
après
vous avoir tous tués
- Quelle idée !
- Ce sont les informations à la radio qui l'ont convaincu
Il m'a dit d'attendre cette nuit
mais je ne saurais dire
exactement quoi.
- Cette nuit ? Il t'a dit qu'il reviendrait cette nuit, tu es
sûr ?
- Oui, c'est ce qu'il m'a dit.
- Bon, Geonchun, tu vas rester en embuscade à cent mètres
de la grotte, cache-toi bien. N'oublie pas que Jongpal est armé
lui aussi. Tu ne tireras que si c'est indispensable, au dernier
moment. Compris ?
- Oui, chef, répondit Geonchun.
- Toi, Palsik, tu resteras dans la grotte et lorsque Jongpal
reviendra te donner des ordres, fais ce qu'il te demande en
attendant qu'il s'approche de toi, et alors saisis-le !
Punyeo se retira de la grotte avec ses enfants et les hommes
prirent position. L'attente ne fut pas longue, ils entendirent
bientôt un bruit venant de la direction du lac. C'était
des bruits de pas. L'homme approchait à pas réguliers,
sans se soucier de quoi que ce soit. Parvenu à cinquante
mètres de la grotte, il s'arrêta un instant puis
se mit à avancer lentement avec précaution, jetant
de temps à autre un coup d'il autour de lui. Il
s'arrêta à trois pas de la grotte, se cacha derrière
une roche et saisit son fusil.
- Palsik, planque-toi ! cria-t-il avant d'ouvrir le feu.
Le bruit des détonations se répercuta longuement
dans la montagne. Jongpal rechargea son fusil et tira encore
vers la grotte d'où ne sortait aucun bruit.
- Palsik, tue-les tous sans pitié ! cria Jongpal en se
précipitant enfin à l'intérieur, un couteau
à la main. Palsik ne répondit pas mais on entendit
bientôt un cri et le silence revint.
- C'est fini ? demanda Tuck Seu à Palsik qui bientôt
sortit de la grotte.
- Oui, il est mort.
La petite troupe se remit aussitôt en route vers le sud.
Puis, après quelques jours de marche, Tuck Seu annonça,
un beau matin :
- Aujourd'hui, nous allons fêter un événement
important
Tous, intrigués, se regardèrent les uns les autres,
chacun se demandant de quoi il pouvait s'agir.
- Nous allons célébrer le mariage de Palsik et
Hila
dit Tuck Seu d'un air songeur.
Tous s'étonnèrent. Personne ne s'attendait à
cela. Une idée aussi incongrue dans un tel moment ! Punyeo
éclata en sanglots dans les bras de sa fille, Hila. Tuck
Seu ne lui avait rien dit, pourtant elle ne pouvait lui reprocher
sa décision. Elle comprenait, son choix, son intention
de les marier, puisque l'avenir était incertain. Quant
à Geonchun, l'expression de son visage passait de la
colère au désespoir. Il se précipita au
devant de Tuck Seu.
- Camarade chef, je suis opposé à ce mariage !
Pourquoi une telle précipitation ? Pourquoi un tel mariage
!
- Geonchun, écoute-moi, je ne veux pas que toi et Palsik,
vous vous battiez à cause de Hila, comprends-tu ?
- Alors, laissez-lui le choix ! Elle a le droit de choisir,
c'est la moindre des choses. Sinon je vous quitterai. Je n'oublierai
pas que vous m'avez sauvé la vie, mais c'est ainsi.
Tuck Seu avait découvert depuis quelque temps le sentiment
de Geonchun pour Hila et la tension grandissante entre Geonchun
et Palsik. Il espérait par ce mariage parer à
tout incident.
- Bon, c'est d'accord, dit-il. Hila, c'est à toi de choisir
! lequel veux-tu ? Ne pleure pas ! Chacun doit se marier, le
moment est venu, c'est tout
Hila en larmes gardait le silence.
- Parle ou montre celui que tu veux !
Hila ne répondait toujours pas. Les deux jeunes, impatients,
pensèrent qu'il était impossible d'obtenir une
réponse d'elle.
- Et si vous répondiez à sa place ? proposa Geonchun
à Punyeo, pensant ainsi prendre l'avantage sur son rival.
Tuck Seu jeta un regard interrogatif vers Palsik pour voir sa
réaction. Palsik approuva après un moment d'hésitation.
Il estimait que Punyeo devinerait les sentiments qu'il prêtait
à Hila
- Bon, c'est toi qui décide alors, dit Tuck Seu en regardant
Punyeo. Vous accepterez la décision de ma femme sans
faire d'histoire, d'accord ? Alors, parle ! dis-nous maintenant,
demanda-t-il à Punyeo qui hésitait à donner
son avis.
- Parle ! Je sais que ce n'est pas facile pour toi, mais ce
n'est qu'un pas à franchir
Punyeo gardait le regard dans le vide malgré l'insistance
de Tuck Seu.
- Alors ?
- Je pense que
je me suis dit que Hila était déjà
la femme du camarade Palsik
balbutia-t-elle enfin.
- C'est donc Palsik
dit Tuck Seu, en se tournant vers
Geonchun.
Geonchun ne dit rien mais prit son fusil et quitta brusquement
la place. Tuck Seu, quoique soucieux, le laissa partir. Puis
il engagea la cérémonie.
- Qu'on pose un bol d'eau sur cette pierre ! Palsik et Hila,
vous vous tiendrez ici ! Allons, dépêchons-nous
Tuck Seu fit se placer Punyeo à côté de
Hila, Hichan et Higou à côté de Palsik.
- Jurez-vous de rester ensemble jusqu'à ce que la mort
vous sépare ? Le marié Palsik répondra
le premier
- Oui, je le jure ! dit le jeune homme.
- Et la mariée, Kim Hila ?
Hila resta muette. L'idée de se marier avec Palsik l'effrayait.
Elle était cependant en âge de comprendre ce qui
lui était arrivé et le sentiment de désarroi
qui avait conduit son père à prendre cette décision.
- Réponds, voyons !
- Oui, dit-elle enfin d'une voix à peine audible.
- Je déclare que tous deux formez désormais un
couple. La cérémonie est terminée
annonça gravement, Tuck Seu qui transpirait abondamment.
On chercha une deuxième grotte pour les nouveaux mariés.
Hila qui ne cessait pas de pleurer accompagna son nouvel époux
tandis que Tuck Seu et Punyeo les regardaient s'éloigner
avec tristesse.
Toute la journée du lendemain se déroula sans
que Geonchun réapparaisse. Tuck Seu ne pouvait s'empêcher
de penser à ce qui s'était passé avec Jongpal.
- Pensez-vous qu'il reviendra ? demanda Palsik à Tuck
Seu.
- Oui, je le crois, ne t'inquiète pas à son sujet.
Geonchun n'est pas un homme à nous trahir.
- Où peut-il bien être maintenant ?
- Où ? Il va se diriger vers le Sud. Il se cache mais
il ne doit pas être loin. Il reviendra dès qu'il
se sera résigné
on attendra encore un peu.
Une semaine s'écoula sans nouvelle de Geonchun. Tuck
Seu décida alors de lever le camp sans plus l'attendre.
|