Copyright 2004: Chung So-Sung, Jean-Paul Desgoutte, Kim Jin-Young (tous droits réservés)

Chapitre 20

Chul Woo reçut un jour un coup de téléphone de son beau-père Dal Sou, qui était devenu sous-directeur du Comité central de liaison du Parti. C'était au début de la guerre, à l'époque où l'armée nord-coréenne progressait vers le sud sans rencontrer de véritable résistance.
- Chul Woo, ce n'est pas le moment de perdre son sang froid ! Quoi qu'il arrive, quelle que soit la tournure que prendront les événements, promets-moi de ne pas bouger d'ici, d'accord ?
- Au cas où le Comité de la mine me donnerait un ordre, je serais bien obligé de le suivre, non ? répliqua Chul Woo.
- Cela n'arrivera pas, j'ai pris les mesures nécessaires. J'en ai parlé au secrétaire général. Cependant on ne peut être sûr de rien en ce moment, fais donc très attention à ce que tu fais, compte tenu de ton origine de classe, tu comprends ?
- Oui, je vois ce que vous voulez dire… répondit Chul Woo un peu irrité, car le plaisir de tout un chacun réside dans la satisfaction de ses envies et non dans la soumission aux décisions des autres, même si elles sont bénéfiques.
Chul Woo, après une longue convalescence, était de retour à son poste. Il avait déjà projeté à plusieurs reprises tous les films que possédait le Comité culturel de la mine. Son travail consistait dorénavant à donner aux mineurs des nouvelles du front et à les encourager à travailler le plus possible.
Une nuit, alors qu'il faisait un discours devant une assemblée de mineurs, on lui apprit que sa mère désirait lui parler. Chul Woo s'étonna de cette visite, car sa mère vivait effacée sans jamais se manifester. Il pensa alors à Ga Young qui était allée se reposer à Sessoula en attendant l'accouchement proche. Un mauvais pressentiment l'assaillit.
- Qu'est-ce qu'il y a, mère ?
- Une terrible catastrophe, mais je ne peux t'en dire plus !
- Que s'est-il passé, parle !
- Non, je n'ose pas… il faut que tu viennes à la maison avec moi tout de suite, oui, tout de suite ! dit la vieille dame dont les propos étaient incohérents.
- C'est père ? Que lui est-il arrivé ?
- Non, ce n'est pas cela… je ne peux te le raconter…
- Alors, c'est Ga Young ?
- Il faut que tu viennes tout de suite !
Chul Woo renvoya les mineurs à leur travail et prit le chemin de Sessoula, accompagné de sa mère qui ne disait rien mais poussait de temps en temps des lamentations. Il fut bouleversé de trouver Ga Young qui perdait abondamment son sang.
- Ah ! Mon Dieu, que se passe-t-il ? Qu'est-ce que c'est ? Tu perds les eaux ? Mais non ! s'écria Chul Woo tout en examinant sa femme.
Ga Young. accouchait d'un bébé mort. Elle se mit à sangloter.
- Ga Young, ma pauvre chérie, que s'est-il passé ? Es-tu tombée, t'es-tu blessée ? lui demanda Chul Woo.
Mais Ga Young n'était pas en mesure de lui répondre, elle versait des larmes sans pouvoir dire un mot. Chul Woo remarqua enfin de profondes égratignures qu'elle avait sur la nuque et sur les bras, ses vêtements étaient tout déchirés.
- Qui t'a fait cela ? Qui t'a battue ? que s'est-il passé ? s'exclama Chul Woo.
Les parents se tenaient auprès du lit, silencieux, accablés. La mère fondit en larmes, tandis que le père poussait de longs soupirs. Chul Woo se mit à trembler de colère et chercha avec frénésie le revolver qu'il avait caché dans le placard.
- Dis-moi ce qui s'est passé !
Ga Young sanglotait en se tordant de douleur.
- Crois-moi, Ga Young, je sais que ce n'est pas de ta faute. Dis-moi ce qui t'est arrivé. Je veux savoir, tu sais que nous sommes en guerre, tous les gens ont perdu la tête, ils sont capables de faire n'importe quoi… Calme-toi un peu et raconte-moi ! Où étaient mes parents à ce moment-là ? Que s'est-il passé ? demanda Chul Woo d'une voix douce.
- J'étais en train de balayer la cour, ta mère rangeait le linge et Ga Young se reposait dans la chambre quand soudain ces individus sont apparus… dit le père.
Ce ne pouvait être qu'Um Sengdo et ses hommes. Um Sengdo, l'homme que le Parti avait envoyé à la mine de Musan comme responsable de la Sûreté. Chul Woo le connaissait bien. Fou de colère, il fut saisi de l'envie irrépressible de le tuer, mais, sachant ce qui en résulterait - la disparition de toute sa famille - il se résigna à remettre sa vengeance à plus tard et retourna à Musan en compagnie de Ga Young qui était profondément traumatisée.
Dès lors Chul Woo garda son revolver sur lui en plus du poignard qu'il portait au ceinturon. Il se jura de venger l'humiliation subie par sa famille. Ses ennemis qui ne pouvaient s'attaquer directement à lui, tant que Dal Sou était un haut responsable du Parti, avaient choisi lâchement d'agresser sa femme.

*

Un jour le secrétaire général du Comité de la mine convoqua Chul Woo pour lui remettre un ordre de mission. Il devait participer à un réunion qui se tiendrait à Pyongyang. Le lendemain Chul Woo conduisit Ga Young auprès de ses parents puis se mit en route avec la voiture que le secrétaire lui avait procurée. Il lui fallait, pour rejoindre Pyongyang, faire étape à Hamhung, la préfecture de la province du Hamgyong. C'était un parcours long et rude, parsemé de précipices, que les avions américains n'arrêtaient pas de bombarder. Il arriva un soir aux abords de la ville de Hamhung, au pied d'une colline qui cachait plusieurs vastes grottes servant de refuges à certains services de l'administration et du Parti. L'entrée en était dissimulée par des feuillages.
- Où sont les bureaux du Parti départemental ? demanda Chul Woo à un planton.
- Un peu plus loin, répondit l'homme.
- Vos papiers ! s'écria soudain une voix qui semblait sortir d'un buisson.
- Salut, camarade, je m'appelle Han Chul Woo, je viens de la mine de Musan où je suis responsable du Comité culturel.
- Ah, j'imagine que vous avez eu toutes les peines du monde pour arriver ici, camarade Han Chul Woo ! J'ai entendu parler de vous à Séoul, il y a quelque temps, par le camarade Park Dal Sou. Avez-vous eu de ses nouvelles récemment ? Je suis le directeur général du Comité culturel départemental des mines. Je m'appelle Chung Yeonman.
- Enchanté, camarade Chung. Je croyais mon beau-père à Taegu ou à Pusan. Il m'a téléphoné de Pyongyang, juste avant de partir mais depuis il ne nous a donné aucune nouvelle. Il serait à Séoul… pourtant le front est bien plus au sud, non ?
- Je n'en sais rien. Qu'est-ce qui vous amène ici ? Comment avez-vous réussi à passer ? Vous avez eu de la chance, est-ce qu'on circule encore entre Musan et Hamhung ? Je sais qu'il n'y a plus de train. Pour quelle mission faites-vous tout ce chemin ? Il faut l'autorisation du secrétaire du Comité pour se déplacer actuellement, êtes-vous au courant ?
- Oui, c'est le secrétaire qui m'a confié cette mission, il faut que j'aille à Pyongyang.
- Vous aussi ? Moi, je n'irai pas, je ne veux pas courir ce danger ! Au fait, j'ai lu un rapport rédigé par le camarade Um Sengdo, qui prétend que vous le génez dans l'exercice de ses fonctions. Ce rapport a été envoyé au Comité central mais je crois que, compte tenu des circonstances, on l'a enterré, vous êtes au courant ? demanda Chung à Chul Woo ahuri d'apprendre ainsi la manœuvre d'Um Sengdo.
Lorsque Chul Woo quitta Hamhung, la nuit était tombée mais il était impossible d'allumer les phares de la voiture en raison des bombardements incessants. Le véhicule roulait donc prudemment au clair de lune, longeant une rivière où se reflétait, parmi les étoiles, la silhouette d'une colline. Chul Woo crut deviner dans la splendeur de ce spectacle les doux visages de Ga Young et de Hiyae, sa première femme… Le songe ne dura pas longtemps, les avions se remirent à bombarder avec acharnement à tel point que Chul Woo se demanda si l'armée nord-coréenne occupait encore vraiment la majeure partie du territoire.
Pendant la journée, les voyageurs étaient contraints de s'abriter dans un refuge et ne reprenaient la route qu'une fois la nuit tombée. Lors d'une étape forcée, Chul Woo rencontra dans un abri de circonstance un homme qui cherchait lui aussi à gagner Pyongyang.
- D'où venez-vous ? lui demanda Chul Woo.
- Je viens de la mine d'Aosie. C'est un véritable miracle que je sois arrivé ici entier, vous avez vu ces bombardements ?
- Aosie ? c'est le premier producteur de charbon de notre grande République socialiste, n'est-ce pas ? dit Chul Woo non sans arrière pensée.
- C'est ce qu'on dit !
- Les mineurs sont de grands combattants, ils méritent notre respect ! Moi je viens de la mine de Musan, cela fait déjà cinq jours que je suis en route !
- Moi aussi. Musan est plus proche mais le chemin est plus rude. Je ne comprends pas pourquoi on nous demande de faire tout ce chemin alors qu'il serait si simple d'envoyer les ordres par télégramme.
- Il s'agit peut-être de directives exceptionnelles ou d'une session de formation, que sais-je encore ! En tout cas, je suis enchanté de vous rencontrer, je m'appelle Han Chul Woo, je suis responsable du Comité culturel de la mine de Musan.
- Enchanté camarade Han ! Je m'appelle O Mandec, je suis moi aussi responsable du Comité culturel de la mine d'Aosie. Le hasard fait bien les choses ! Quel acharnement de la part des Américains ! On ne peut faire un seul pas sans risquer de recevoir une bombe sur la tête ! S'il ne s'agissait pas d'un ordre du Comité central !
- Eh bien, prenez la direction des opérations ! Je vous suivrai dorénavant.
- Mais non, c'est vous le chef, je suis à vos ordres ! répondit Chul Woo en riant.
Ils poursuivirent le voyage ensemble. Leur progression ralentie par les bombardements leur laissa le temps de sympathiser. L'intensité des raids les obligeaient souvent à se cacher dans les bois ou même dans les grottes. Ils finirent cependant par rejoindre les abords de la capitale.
- Je crois que c'est Pyongyang que nous voyons au loin. Regardez un peu, camarade Chul Woo, on se croirait à un meeting d'acrobatie ! Les Américains au long nez s'amusent à nos dépens. Si ça continue, il ne restera rien de notre capitale !
- Allons ! Il ne sera pas si facile de détruire Pyongyang. Notre grande armée populaire ne laissera jamais faire cela. Au contraire, à l'heure qu'il est, je pense qu'elle a déjà envahi les villes de Taegu et Pusan et s'affaire à balayer vers la mer les soldats des armées sud-coréenne et américaine !
- Parce que vous croyez ce qu'on dit à la radio ? La vérité, c'est que Pyongyang est en feu !
Cette nuit là, ils croisèrent une foule de réfugiés qui fuyaient la capitale et les villes situées alentour. Certains tentaient de rejoindre Hamhung, d'autres s'en allaient vers le nord.
- Où je vais, moi ? Je vais me cacher dans la montagne ! répondit un réfugié irrité à la question que lui posait Chul Woo.
- J'espère que vous comprenez la situation maintenant, camarade Chul Woo ! lui dit son compagnon. Vous entendez ce que disent, les réfugiés ? On ne peut plus avancer vers Pyongyang ! Faisons demi-tour, allons-nous nous réfugier quelque part dans la montagne, heureusement, cela ne manque pas par ici !
- Je ne veux pas vous empêcher de le faire, mais je dois continuer mon chemin, lui répondit Chul Woo.
Ils se séparèrent. Chul Woo poursuivit son chemin vers la capitale tandis que Mandec prenait le chemin de Hamhung. Comme la nuit avançait, les troupes de l'armée populaire se firent plus denses sur la route, empêchant toute circulation. Chul Woo dut se détourner sur Kanggye où il arriva après une traversée pénible. Le quartier général de l'armée populaire et le Parti s'étaient provisoirement installés à Manpho, une ville frontalière près du fleuve Yalu. Chul Woo y rencontra son beau-père.
- Beau-père !
- Chul Woo ? Que fais-tu ici ?
- Le secrétaire de la mine m'a chargé de participer à une réunion à Pyongyang. Voilà, je suis en chemin et je suis tellement content de vous rencontrer, vivant et en bonne santé…
- La vie ne nous appartient pas ! Certains veulent en finir et n'y arrivent pas et d'autres font tout pour rester en vie et meurent quand même ! La vie et la mort dépendent de la providence !
La petite ville de Manpho était bondée de réfugiés venus de partout. Dal sou avait réussi à y faire venir sa famille qui partageait une salle d'école avec d'autres familles. Kim Il Sung et de hauts responsables du Parti occupaient eux aussi, avec leurs familles, la meilleure école de Manpho. Le Quartier général était installé dans une grotte située derrière l'école.
Park Dal Sou s'y rendit ce soir là à une réunion en compagnie de son protecteur, Choi Hyun. Le commandant en chef Kim Il Sung commença par jeter un regard sur les participants. La guerre tournait mal pour lui, il était sur le point de s'enfuir au delà du Yalu. Il se racla la gorge avant de prendre la parole.
- Le moment est venu, camarades, de prendre une décision qui engage notre avenir. Nous n'allons pas nous laisser abattre… Camarade Park Hunyoung, nous vous écoutons.
Park Hunyoung était un homme de petite taille, il était le chef du réseau clandestin du Parti qui s'activait au Sud. Il savait que le Parti le rendait responsable de la situation désastreuse de la guerre. Il était furieux, sans pouvoir le manifester car il craignait les réactions du jeune chef, Kim Il Sung, qu'il savait capable de tout. Doyen du Parti, Park Hunyoung était un homme rusé. Il était respecté de la plupart des membres du Comité central pour son intelligence et Kim Il Sung s'abstenait de le traiter durement.
- Grâce aux efforts de nos camarades les généraux Choi Yong Gun et Kim Chaik qui tiennent le front et, compte tenu de la prochaine intervention de l'armée chinoise, la guerre prendra bientôt tournure en notre faveur. Il est donc préférable de rester ici quelques jours et de voir venir. Ce n'est pas le moment de se retirer plus loin, dit Park Hunyoung, avec son accent de Séoul qui agaçait tout le monde. Puis il remit ses lunettes.
- Lorsque nos soldats ont poussé le front jusqu'aux abords de Taegu et Pusan, pourquoi les partisans qui étaient censés lutter dans les montagnes de Jiri et de Halla ne leur ont-ils pas apporté leur aide ? Avez-vous des explications ? lui demanda Kim Il Sung sans le regarder.
- Des commandos sud-coréens les ont anéantis.
- Je vous l'avais dit ! Vous vous souvenez de ce que je vous ai dit à ce propos, n'est-ce pas ? Ce n'était pas une bonne idée de regrouper les partisans dans des montagnes déboisées où on ne peut se dissimuler. C'est pour cette raison que je vous avais recommandé de les garder dispersés et d'attendre le bon moment. Mais vous avez organisé vos forces à l'insu de nos directives. Certains disent que ce n'était pas pour défendre notre république mais pour servir votre ambition. S'il en est ainsi, n'est-ce pas une trahison ? s'écria Kim Il Sung.
Choi Hyun se leva brusquement et fit le geste de sortir son revolver. Mais en vain, puisque personne, sauf Kim Il Sung, n'était autorisé à participer aux réunions muni de son arme. S'adressant à Park Hunyoung il déclara alors :
- Vous ne méritez pas plus de trois balles dans la peau, vous tous qui parlez de patriotisme sans oser vous montrer sur le front !
- Qui ose prétendre que l'un d'entre nous pourrait ne pas être patriote ? Est-ce la retraite qui sème le trouble ? Sommes-nous au bord de la défaite ? Nos ennemis sont à présent au Nord, alors qu'il y a peu ils étaient sur le point de se rendre. Rien ne nous empêche de faire comme eux, nous les vaincrons à nouveau ! Nous sommes vaincus aujourd'hui, nous serons vainqueurs demain ! Choi Hyun, je crois que pour ta propre tranquillité, tu devrais t'excuser auprès du camarade Park ! déclara en réponse l'un des membres de la réunion.
Il n'y avait que le général Mu Jung, l'ancien commandant d'artillerie des forces communistes chinoises qui osât donner ainsi des leçons à Choi Hyun. Mu Jung était un homme légendaire. Il avait puissamment contribué à la défaite de l'armée nationaliste de Chang Kai-Shek. Il n'était pas dupe de la légende fabriquée par Kim Il Sung lui-même sur sa résistance pendant l'occupation japonaise et contrairement à tous les autres il n'avait que peu d'estime pour ce jeune ambitieux.
- Général Mu Jung, j'ai entendu des propos peu flatteurs sur votre comportement pendant la récente campagne. Il semblerait que vous traitiez vos soldats comme des chiens et ce n'est pas tout ! Apparemment, vous mettez autant d'ardeur à obtenir du succès auprès des femmes que sur le champ de bataille ! Les nuits sur le front sont joyeuses ! riposta Choi Hyun.
- Tu m'as vu maltraiter mes hommes ? Quant aux femmes, pourquoi fait-on la guerre sinon pour posséder des femmes et de la terre ! Les femmes nous feront des enfants et c'est la meilleure façon de vaincre l'ennemi. Ce n'est pas de moi, c'est de Sun Tzu ! Alors, présente tes excuses au camarade Park Hunyoung, dépêche-toi !
- Allons, général Choi, faites vos excuses ! Le camarde Park Hunyoung est le doyen de notre Parti ! intervint Kim Il Sung qui ne voulait pas contrarier Mu Jung dont la faction était considérable au sein du Parti.
- Je ne présenterai pas d'excuse aux espions de l'impérialisme américain, jamais de la vie ! hurla grossièrement Choi Hyun, excédé.
Le commandant Choi Yong Gun, le maire de Séoul, Lee Sengyup et le directeur de la Sûreté municipale, Jang Suryun, firent alors leur entrée et furent fraîchement accueillis.
- Quant aux vous, camarades, vous ne méritez même pas de prendre un siège ! L'honneur d'un soldat est de mourir sur le champ de bataille, n'est-ce pas ? Pourtant, camarade Choi, vous avez été incapable de protéger la population de l'agression ennemie ! Camarade Lee, vous avez si vite renoncé à défendre Séoul que vous avez abandonné vos soldats et, loin de vous sacrifier, vous paradez ici sains et saufs ! Quant à vous, camarade Jang, comment avez-vous traité les réactionnaires que vous deviez exterminer pour que toute la population se retrouve aux côtés de l'ennemi ? déclara Kim Il Sung aux trois hommes blêmes avant de leur ordonner de s'asseoir.
Le commandant du front entra à son tour. C'était, comme tous les hommes de la faction de Mu Jung, un pur soldat indifférent à la politique. Il n'était pas homme à ramper devant Kim Il Sung.
- Comment voulez-vous que je fasse la guerre ! Pourquoi m'avez-vous donné le titre de commandant en chef, si je n'ai pas le pouvoir de diriger les hommes à ma volonté ? Un commandant sur le front doit pouvoir agir selon les circonstances, mais cette idée n'effleure pas les responsables de Pyongyang ! C'est facile de prendre le téléphone et de dicter ses ordres, confortablement assis dans son fauteuil ! Est-il besoin de savoir ce qui se passe sur le champ de bataille ? Pas le moins du monde ! Attaquez par ici et reculez par là ! Et attention à vous de bien obéir, sinon on vous enverra devant le tribunal militaire ! Je peux vous assurer que ce n'est pas comme ça qu'on gagne la guerre ! tonna Park Ilwou.
- Tu as parfaitement raison ! Tous ceux qui prétendent être des héros de la résistance ne sont que des baudruches, des fats et des mégalomanes. Seul celui qui a fait la guerre sait ce qu'est la guerre ! Vous autres avez l'expérience d'avoir attaqué une poste de police japonais dans un petit village avec quelques bandits, c'est très bien, mais pour faire la guerre cela ne suffit pas. La guerre n'est pas un jeu pour voyous excités ! renchérit Mu Jung qui souhaitait manifester sa désapprobation de la stratégie de Kim Il Sung et le rendre responsable de la défaite. Tous ceux qui appartenaient à l'entourage du chef ne purent cacher leur stupéfaction, ils n'auraient jamais osé faire ce genre de commentaires.
- Quant à moi, je suis responsable des arrières, dit Park Kemchul, et j'ai fait de mon mieux pour organiser le soutien et le ravitaillement. Je ne vous apprends pas que la guerre se gagne aussi à l'arrière ! Mais j'ai constaté l'absence totale de pensée tactique. C'est cela qui est la cause de notre défaite, vous êtes incapables de vous adapter aux circonstances. La plupart des responsables obéissent aveuglement, au lieu prendre des initiatives et des mesures appropriées !
Le discours du commandant Park Kemchul, n'était pas encore achevé que soudain la grotte fut secouée violemment dans un immense vacarme. Les lampes s'éteignirent plongeant les participants dans l'obscurité.
- Gardiens, apportez des lampes ! cria une voix dans le noir.
On entendit le cliquetis des armes de la garde rapprochée du commandant suprême, Kim Il Sung. Lorsque la lumière revint tous les participants se découvrirent avec surprise entourés de soldats en armes qui les menaçaient de leurs fusils. Ils se sentirent humiliés mais personne ne dit rien.
- Qui veut prendre la parole ? dit alors Kim Il Sung
- Je voudrais dire quelque chose, déclara Kim Il qui ne manquait jamais une occasion de flatter les caprices du chef suprême. Grâce à la pensée lumineuse de notre grand dirigeant, Kim Il Sung, commandant notre invincible armée populaire, nos soldats étaient sur le point de réaliser la réunification tant attendue entre le Nord et le Sud, quand l'ennemi impérialiste américain…
- Ca suffit, camarade Kim, nous n'avons pas le temps d'écouter ton bavardage. Passe à l'essentiel ! coupa Kim Il Sung.
- Oui, donc… En ce qui me concerne… on prétend que j'aurais dit, pendant la bataille… qu'on ne peut faire la guerre sans un seul avion et sans équipements modernes. Je crois qu'on a rapporté ces propos mais je tiens à dire ici que c'est faux ! Je n'ai jamais dit ce genre de choses ! Non, je le jure…
- Qu'est-ce que tu nous racontes là, camarade Kim ? C'est une autocritique, ça ? Alors, ceux qui t'ont entendu dire cela ont des problèmes d'audition ! Ils sont sourds, quoi, c'est ça ?
Kim Il transpirait de terreur. Il aurait suffi d'un signal de Kim Il Sung pour que les gardiens le transforment en passoire.
- Je recommence tout, dit-il alors.
- C'est cela, essaie toujours !
- Je ne suis qu'un imbécile et je regrette profondément tout ce que j'ai pu dire. Excusez-moi, commandant. Vous n'êtes pas responsable de ce qui se passe. Ce sont ces chiens d'impérialistes américains qui nous ont conduits là !
- Je m'occuperai de toi une fois que la guerre sera terminée ! Qui d'autre veut prendre la parole ? Si vous êtes prêts à reconnaître vos erreurs, il me sera plus facile de reconsidérer votre cas après la guerre…
Park Hunyoung se leva lentement. Il y avait un tel charisme dans sa personnalité, son discours s'imposait avec tant de force que tous firent silence pour l'écouter.
- Si nous sommes ici, c'est pour interroger les causes de la défaite. Pour cela, il nous faut d'abord tenir compte de nous-mêmes, de ce que nous avons fait et de ce que nous n'avons pas fait. Réfléchissons un peu, c'est une plaisanterie de dire que nous avons perdu parce que les adversaires sont plus forts que nous. Au début le camarade Kim Il Sung a fait la remarque que les bataillons de partisans du maquis de Jiri étaient à mon service personnel plutôt qu'au service de notre cause. Je dis que cette remarque est insensée. Ceux qui dirigent ces partisans sont venus, pour la plupart d'entre eux, du Nord, ils étaient presque tous élèves de notre institut de formation politique. Quant à moi, cela fait à peine deux ans que je vis au Nord. Comment voulez-vous que je puisse, en si peu de temps, contrôler la situation ? Je ne suis ni chef de l'état, ni chef du Parti. Je ne suis qu'un homme qui met sa bonne volonté au service de son pays. Croyez-vous vraiment que ces partisans combattent pour moi, donnent leur vie pour un homme comme moi qui n'ai aucun pouvoir ? Il est vrai qu'il existait au Sud un Parti des travailleurs, et qu'aujourd'hui ce Parti est défait. Les partisans qui ont pris les armes l'ont fait pour leur pays et non pour servir un homme quel qu'il soit. Ils espéraient et attendaient impatiemment que nos soldats leur viennent en aide. Maintenant que le Parti des travailleurs de Corée du Sud n'existe plus, je trouve triste qu'on cherche à me faire porter la responsabilité de la défaite, à moi et à ceux qui n'ont pas hésité à sacrifier leur vie pour leur rêve d'un pays socialiste. Aujourd'hui, je suis affecté à l'arrière du front, car il nous faut, même en temps de guerre, de la nourriture et des équipements. Nous avons toujours agi sous les ordres du commandant suprême. Qui donc pourrait bien être le responsable de cet échec ?
- C'est moi qui suis le responsable, c'est ce que vous voulez dire, n'est-ce pas? dit alors Kim Il Sung.
- Ce n'est pas à moi de vous répondre…
- Vous êtes trop intelligent, vous êtes capable de tout manipuler. Je me demandais justement si vous n'étiez pas en train de comploter avec la faction pro-chinoise pour me destituer du Parti et vous emparer du pouvoir…
- Comment…?
- Ou encore de faire entrer dans votre jeu la faction pro-soviétique ?
- Camarade Kim Il Sung, vos propos dépassent les bornes…
- N'est-il pas vrai que vous envisagez d'engager des soldats de l'armée rouge pour votre compte ? Vous autres du Parti des travailleurs de Corée du Sud, vous êtes tous d'ignobles traîtres, hurla Kim Il Sung.
Kim Il Sung avait vu la victoire et la réunification lui échapper, au moment même où il les croyait acquises et il ne se remettait pas de son échec. Abattu et déprimé, il soupçonnait tout le monde sans raison véritable.
- Camarade Kim, je ne suis qu'un vieil homme fatigué et je n'ai pas eu l'occasion de participer à une seule opération militaire durant cette campagne. J'ai accompli ma mission à l'arrière. Il est insensé de me rendre responsable de cette situation.
- Asseyez-vous et taisez-vous ! Vous êtes trop intelligent pour être irresponsable ! N'oubliez jamais qu'on ne me trompe pas !
Chacun retenait son souffle et se faisait petit, conscient de l'exaspération du chef. Choi Hyun prit alors le parole.
- L'indulgence de notre grand dirigeant pousse certains à dire n'importe quoi ! Le camarade Kim Il Sung est trop bon ! Voilà cinq jours que les ennemis ont pris Pyongyang et vous qui avez couru jusqu'ici pour sauver votre vie, vous n'avez soudain plus rien à dire ! Si nous ne trouvons pas une façon de renverser la situation, nous n'aurons plus qu'à nous jeter dans le fleuve Yalu. Vous vous êtes tous bien engraissés jusqu'à présent, et maintenant le moment est venu de montrer ce que vous savez faire
Personne n'osa répliquer. Contrairement aux pro-chinois et aux pro-soviétiques qui se posaient des questions sur le passé mystérieux de Kim Il Sung, les anciens partisans anti-japonais, qui avaient lutté à ses côtés, témoignaient toujours de grands égards pour lui. Le pouvoir appartenait encore à Kim Il Sung, mais pour combien de temps si la guerre était perdue ?
Le 26 octobre 1950, deux jours après cette réunion, la Chine s'engagea dans la guerre en envoyant un premier contingent de 120 000 soldats. Des nuées d'hommes traversèrent le fleuve Yalu et surgirent de toutes parts au secours de l'armée populaire coréenne. Mao Tsé-Toung prononça alors un discours resté fameux : " La Corée est la bouche de la Chine. Si la bouche est blessée, le corps a du mal à se nourrir. Il faut donc prendre soin de la bouche ". Le 4 décembre, après quarante cinq jours de retrait, les forces communistes reprirent, Pyongyang. À l'hôtel de ville, le portrait de Kim Il Sung remplaça celui de Lee Seng Man. Le 20 décembre, les forces communistes, 170 000 Chinois et 60 000 Nord-Coréens, atteignirent le 38ème parallèle.
Le 31 décembre à minuit, les communistes lancèrent une grande offensive. Par la route de Munsan et par le corridor d'Uijongbu, comme en juin, les forces chinoises convergèrent vers Séoul. Le 4 janvier 1951, les forces communistes reprirent Séoul, mais après une contre-offensive des forces des Nations unies, Séoul changea à nouveau de camp le 14 mars. Le 24 mars, le général Ridgway lança ses troupes à l'assaut des lignes sino-coréennes. Et le 31, cette offensive permit aux forces des Nations unies d'atteindre à nouveau le 38e parallèle où le front se stabilisa bientôt.
Dès que les forces communistes eurent repris Séoul, les dirigeants réfugiés à Manpho s'apprêtèrent à y faire leur entrée. Park Dal Sou était, en tant que sous-directeur du Comité central de liaison du Parti, l'un des premiers concernés.
- Et moi, qu'est ce que je fais maintenant ? lui demanda Chul Woo.
- À mon avis, il vaut mieux que tu regagnes ton travail. Même en temps de guerre, il faut respecter les règles. Sinon, tu n'éviteras pas de te faire réprimander, après la guerre. On a vu ces derniers temps beaucoup de camarades n'en faire qu'à leur guise mais il leur faut s'attendre à de sévères punitions, dit Dal Sou.
Chul Woo entendit alors une voix qui le hélait. Il se retourna pour trouver, à sa surprise, en face de lui Chung Yeonman, le directeur général du Comité culturel départemental des mines, qu'il avait rencontré à Hamhung. Ce dernier, ne voulant courir aucun danger, s'était détourné du but de son voyage, déclarant ensuite aux autorités qu'il s'était caché dans la montagne pour échapper à l'ennemi.
- J'ai de la chance de vous rencontrer ici, camarade Han, j'ai besoin d'un témoin… qui affirme que nous nous sommes égarés en chemin à cause des bombardements… Vous voulez bien faire cela pour moi ? lui demanda-t-il d'un air pitoyable.
Chul Woo accepta de témoigner en faveur de son camarade.
- C'est vrai ce que vous dites, tous les deux ? Nous avons eu un renseignement sur le camarade Chung. Il semblerait qu'il soit resté caché jusqu'au moment où l'ennemi s'est emparé de la ville puis qu'il ait cherché à s'enfuir tout seul… J'espère que vous êtes conscient que c'est un crime de porter un faux témoignage ! Il n'y a plus d'individu dans notre république, tout passe par la collectivité ! On ne doit pas chercher à se sauver tout seul ! C'est de la désertion !
- Ce que dit le camarade Chung est exact ! finit par dire Chul Woo qui ne pouvait laisser son ami dans l'embarras. C'est alors qu'il aperçut à ses côtés O Mandec, blessé, amputé d'une jambe et couvert de pansements au point qu'il eut de la peine à le reconnaître.
- Camarade O ! Quel malheur… !
- C'est un miracle que je sois en vie ! Quand je pense à toute la route que j'ai dû faire pour rejoindre le siège du Parti qui n'arrêtait pas de se déplacer ! On était tenu de participer à la réunion, n'est-ce pas, camarade Han ? dit-il à haute voix pour que tout le monde l'entende.
- Camarade O, ainsi vous étiez en compagnie des camarades Han et Chung ?
- Mais oui, dit encore Chul Woo, dépassé par la tournure que prenait l'interrogatoire. Cette façon d'obliger chacun à surveiller et à dénoncer les autres lui inspirait de la répugnance.
- Je vous remercie, camarade Han, lui dit O Mandec, à la sortie du bureau.
- Je vous en prie, c'est normal… Mais comment cela vous est-il arrivé ? ajouta-t-il en lui montrant sa jambe ?
- Je ne me plains pas trop, à quelque chose malheur est bon ! J'ai perdu ma jambe pour sauver ma vie !
Chul Woo écoutait incrédule son compagnon qui poursuivait :
- Désormais, je peux rester loin des mines et de la guerre ! Vous allez voir, Séoul finira par retomber dans les mains des Américains ! Et la guerre continuera tant qu'il y aura au Nord des hommes capables de porter une arme.
- Vous croyez… ? Chul Woo pensait à tous ces gens qui prévoyaient l'avenir avec autant d'assurance…
Le lendemain, eut lieu une réunion des responsables des Comités culturels de toutes les mines. Elle rassemblait une trentaine de personnes qui avaient réussi à rejoindre Manpho, après avoir été détournées de Pyongyang. Le directeur général du Comité fit un long discours.
- La conquête du Sud n'est plus qu'une question d'heures. Nous prendrons alors possession des mines. Il est vrai qu'à part quelques gisements d'or, il ne reste plus grand chose au Sud tant ses richesses ont été exploitées par les Japonais et les Américains. Notre république est très attentive à votre travail. Vous avez la responsabilité d'encadrer et de motiver les ouvriers des mines. Sans vous, sans la sueur des mineurs, la richesse naturelle de notre pays ne serait qu'un beau gâteau dans un tableau : inutile. L'effort de production dépend, au jour le jour, de votre énergie, de vos encouragements. Les circonstances nous ont empêchés de tenir cette réunion à Pyongyang comme prévu et nous n'avons réuni que la moitié des membres convoqués. Mais l'adversité doit renforcer notre volonté. Je vous disais, donc… notre armée est de nouveau à Séoul et nous avons décidé d'organiser quelques jours de formation. Au Nord, il ne manque pas de montagnes, si bien que nous possédons des mines plus riches que celles du Sud et par conséquent… l'industrie minière est essentielle à notre république… Je vous annonce enfin que le camarade Han Chul Woo, responsable du Comité culturel de la mine de Musan, est nommé chef de service de l'industrie minière à Séoul. C'est une poste de grande responsabilité, dont l'affectation est décidée par la direction départementale du Parti. Camarade Chul Woo, vous devrez vous présenter après demain à midi à votre travail. C'est tout pour aujourd'hui.
Chul Woo s'étonna de cette annonce. Il se demanda qui pouvait bien être à l'origine de cette promotion. Une promotion flatteuse qui pouvait aussi se révéler comme un cadeau empoisonné. Si le Nord venait à céder de nouveau Séoul à l'armée du Sud, il pourrait bien y laisser sa vie. Et comment ferait-il en tous cas pour garder contact avec sa famille qu'il laissait à Sessoula ? Résolu à en savoir plus, Chul Woo s'adressa à Dal Sou.
- Beau-père, qu'est-ce que tout cela signifie ? C'est vous qui m'avez recommandé pour cette place ?
- Non, je n'y suis pour rien. C'est Chung Yeonman, le directeur général du Comité culturel départemental des mines qui a pris la décision. C'est une promotion tout à fait exceptionnelle. Mais ne te fais pas de soucis. Séoul ne retombera pas si facilement puisque nous avons maintenant le soutien de la Chine...
C'était donc Chung Yeonman qui avait voulu payer ainsi sa dette envers Chul Woo. Le poste était dangereux mais c'était également une aventure bien tentante. Cette nuit-là, alors qu'il préparait son bagage dans le refuge qu'il partageait avec la famille de Dal Sou, Chul Woo fut informé qu'un visiteur l'attendait au dehors. Dal Sou, par précaution, sortit avec lui.
- Je suis très honoré de vous rencontrer, camarade Park Dal Sou, je m'appelle Chung Yeonman et je suis le directeur général du Comité culturel départemental des mines, dit le visiteur en découvrant les deux hommes.
- Vous vouliez me voir, camarade Chung ? demanda Chul Woo.
- Mais oui, camarade Han. Je voulais vous présenter mes respects, ainsi qu'au camarade Park Dal Sou qui est le plus grand héros du peuple de notre département. J'ai pensé profiter d'une dernière occasion de nous rencontrer encore puisque nous allons repartir chacun sur son chemin, n'est-ce pas ?
- Merci, mais n'en faites pas trop ! Oublions le passé ! C'est tout ce que vous vouliez de nous ?
- Je voulais également vous confier un petit présent de rien du tout, dit Chung en sortant de sa poche un paquet qui contenait un briquet fabriqué au Japon. Hamhung est tout près de la mer. On y rencontre beaucoup de voyageurs et il m'arrive de recevoir des cadeaux ! ajouta-t-il.
- Je vous remercie, dit tout simplement, Dal Sou.
- Quant à votre promotion, c'est à moi que vous la devez, dit-il à Chul Woo. Il m'a fallu un certain courage, voyez-vous ! conclut-il d'un rire complice, avant de les quitter.
Le lendemain, on fit une place à Chul Woo dans une voiture du Parti et il put se présenter à l'hôtel de ville de Séoul, le 6 janvier 1951 à midi. C'est ainsi que commença sa nouvelle existence. Sur le chemin de Manpho à Séoul, il vit d'horribles spectacles qui témoignaient de l'atrocité de la guerre. La guerre avait une odeur répugnante qui lui pénétrait les entrailles et Chul Woo se demandait s'il était mort ou vivant lorsqu'il arriva à Séoul. Il venait de traverser un enfer et se trouvait dorénavant éloigné de son village natal, de sa famille, de tout.


Chapitre 21