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Chul Woo reçut un jour
un coup de téléphone de son beau-père Dal
Sou, qui était devenu sous-directeur du Comité
central de liaison du Parti. C'était au début
de la guerre, à l'époque où l'armée
nord-coréenne progressait vers le sud sans rencontrer
de véritable résistance.
- Chul Woo, ce n'est pas le moment de perdre son sang froid
! Quoi qu'il arrive, quelle que soit la tournure que prendront
les événements, promets-moi de ne pas bouger d'ici,
d'accord ?
- Au cas où le Comité de la mine me donnerait
un ordre, je serais bien obligé de le suivre, non ? répliqua
Chul Woo.
- Cela n'arrivera pas, j'ai pris les mesures nécessaires.
J'en ai parlé au secrétaire général.
Cependant on ne peut être sûr de rien en ce moment,
fais donc très attention à ce que tu fais, compte
tenu de ton origine de classe, tu comprends ?
- Oui, je vois ce que vous voulez dire
répondit
Chul Woo un peu irrité, car le plaisir de tout un chacun
réside dans la satisfaction de ses envies et non dans
la soumission aux décisions des autres, même si
elles sont bénéfiques.
Chul Woo, après une longue convalescence, était
de retour à son poste. Il avait déjà projeté
à plusieurs reprises tous les films que possédait
le Comité culturel de la mine. Son travail consistait
dorénavant à donner aux mineurs des nouvelles
du front et à les encourager à travailler le plus
possible.
Une nuit, alors qu'il faisait un discours devant une assemblée
de mineurs, on lui apprit que sa mère désirait
lui parler. Chul Woo s'étonna de cette visite, car sa
mère vivait effacée sans jamais se manifester.
Il pensa alors à Ga Young qui était allée
se reposer à Sessoula en attendant l'accouchement proche.
Un mauvais pressentiment l'assaillit.
- Qu'est-ce qu'il y a, mère ?
- Une terrible catastrophe, mais je ne peux t'en dire plus !
- Que s'est-il passé, parle !
- Non, je n'ose pas
il faut que tu viennes à la
maison avec moi tout de suite, oui, tout de suite ! dit la vieille
dame dont les propos étaient incohérents.
- C'est père ? Que lui est-il arrivé ?
- Non, ce n'est pas cela
je ne peux te le raconter
- Alors, c'est Ga Young ?
- Il faut que tu viennes tout de suite !
Chul Woo renvoya les mineurs à leur travail et prit le
chemin de Sessoula, accompagné de sa mère qui
ne disait rien mais poussait de temps en temps des lamentations.
Il fut bouleversé de trouver Ga Young qui perdait abondamment
son sang.
- Ah ! Mon Dieu, que se passe-t-il ? Qu'est-ce que c'est ? Tu
perds les eaux ? Mais non ! s'écria Chul Woo tout en
examinant sa femme.
Ga Young. accouchait d'un bébé mort. Elle se mit
à sangloter.
- Ga Young, ma pauvre chérie, que s'est-il passé
? Es-tu tombée, t'es-tu blessée ? lui demanda
Chul Woo.
Mais Ga Young n'était pas en mesure de lui répondre,
elle versait des larmes sans pouvoir dire un mot. Chul Woo remarqua
enfin de profondes égratignures qu'elle avait sur la
nuque et sur les bras, ses vêtements étaient tout
déchirés.
- Qui t'a fait cela ? Qui t'a battue ? que s'est-il passé
? s'exclama Chul Woo.
Les parents se tenaient auprès du lit, silencieux, accablés.
La mère fondit en larmes, tandis que le père poussait
de longs soupirs. Chul Woo se mit à trembler de colère
et chercha avec frénésie le revolver qu'il avait
caché dans le placard.
- Dis-moi ce qui s'est passé !
Ga Young sanglotait en se tordant de douleur.
- Crois-moi, Ga Young, je sais que ce n'est pas de ta faute.
Dis-moi ce qui t'est arrivé. Je veux savoir, tu sais
que nous sommes en guerre, tous les gens ont perdu la tête,
ils sont capables de faire n'importe quoi
Calme-toi un
peu et raconte-moi ! Où étaient mes parents à
ce moment-là ? Que s'est-il passé ? demanda Chul
Woo d'une voix douce.
- J'étais en train de balayer la cour, ta mère
rangeait le linge et Ga Young se reposait dans la chambre quand
soudain ces individus sont apparus
dit le père.
Ce ne pouvait être qu'Um Sengdo et ses hommes. Um Sengdo,
l'homme que le Parti avait envoyé à la mine de
Musan comme responsable de la Sûreté. Chul Woo
le connaissait bien. Fou de colère, il fut saisi de l'envie
irrépressible de le tuer, mais, sachant ce qui en résulterait
- la disparition de toute sa famille - il se résigna
à remettre sa vengeance à plus tard et retourna
à Musan en compagnie de Ga Young qui était profondément
traumatisée.
Dès lors Chul Woo garda son revolver sur lui en plus
du poignard qu'il portait au ceinturon. Il se jura de venger
l'humiliation subie par sa famille. Ses ennemis qui ne pouvaient
s'attaquer directement à lui, tant que Dal Sou était
un haut responsable du Parti, avaient choisi lâchement
d'agresser sa femme.
*
Un jour le secrétaire général
du Comité de la mine convoqua Chul Woo pour lui remettre
un ordre de mission. Il devait participer à un réunion
qui se tiendrait à Pyongyang. Le lendemain Chul Woo conduisit
Ga Young auprès de ses parents puis se mit en route avec
la voiture que le secrétaire lui avait procurée.
Il lui fallait, pour rejoindre Pyongyang, faire étape
à Hamhung, la préfecture de la province du Hamgyong.
C'était un parcours long et rude, parsemé de précipices,
que les avions américains n'arrêtaient pas de bombarder.
Il arriva un soir aux abords de la ville de Hamhung, au pied
d'une colline qui cachait plusieurs vastes grottes servant de
refuges à certains services de l'administration et du
Parti. L'entrée en était dissimulée par
des feuillages.
- Où sont les bureaux du Parti départemental ?
demanda Chul Woo à un planton.
- Un peu plus loin, répondit l'homme.
- Vos papiers ! s'écria soudain une voix qui semblait
sortir d'un buisson.
- Salut, camarade, je m'appelle Han Chul Woo, je viens de la
mine de Musan où je suis responsable du Comité
culturel.
- Ah, j'imagine que vous avez eu toutes les peines du monde
pour arriver ici, camarade Han Chul Woo ! J'ai entendu parler
de vous à Séoul, il y a quelque temps, par le
camarade Park Dal Sou. Avez-vous eu de ses nouvelles récemment
? Je suis le directeur général du Comité
culturel départemental des mines. Je m'appelle Chung
Yeonman.
- Enchanté, camarade Chung. Je croyais mon beau-père
à Taegu ou à Pusan. Il m'a téléphoné
de Pyongyang, juste avant de partir mais depuis il ne nous a
donné aucune nouvelle. Il serait à Séoul
pourtant le front est bien plus au sud, non ?
- Je n'en sais rien. Qu'est-ce qui vous amène ici ? Comment
avez-vous réussi à passer ? Vous avez eu de la
chance, est-ce qu'on circule encore entre Musan et Hamhung ?
Je sais qu'il n'y a plus de train. Pour quelle mission faites-vous
tout ce chemin ? Il faut l'autorisation du secrétaire
du Comité pour se déplacer actuellement, êtes-vous
au courant ?
- Oui, c'est le secrétaire qui m'a confié cette
mission, il faut que j'aille à Pyongyang.
- Vous aussi ? Moi, je n'irai pas, je ne veux pas courir ce
danger ! Au fait, j'ai lu un rapport rédigé par
le camarade Um Sengdo, qui prétend que vous le génez
dans l'exercice de ses fonctions. Ce rapport a été
envoyé au Comité central mais je crois que, compte
tenu des circonstances, on l'a enterré, vous êtes
au courant ? demanda Chung à Chul Woo ahuri d'apprendre
ainsi la manuvre d'Um Sengdo.
Lorsque Chul Woo quitta Hamhung, la nuit était tombée
mais il était impossible d'allumer les phares de la voiture
en raison des bombardements incessants. Le véhicule roulait
donc prudemment au clair de lune, longeant une rivière
où se reflétait, parmi les étoiles, la
silhouette d'une colline. Chul Woo crut deviner dans la splendeur
de ce spectacle les doux visages de Ga Young et de Hiyae, sa
première femme
Le songe ne dura pas longtemps,
les avions se remirent à bombarder avec acharnement à
tel point que Chul Woo se demanda si l'armée nord-coréenne
occupait encore vraiment la majeure partie du territoire.
Pendant la journée, les voyageurs étaient contraints
de s'abriter dans un refuge et ne reprenaient la route qu'une
fois la nuit tombée. Lors d'une étape forcée,
Chul Woo rencontra dans un abri de circonstance un homme qui
cherchait lui aussi à gagner Pyongyang.
- D'où venez-vous ? lui demanda Chul Woo.
- Je viens de la mine d'Aosie. C'est un véritable miracle
que je sois arrivé ici entier, vous avez vu ces bombardements
?
- Aosie ? c'est le premier producteur de charbon de notre grande
République socialiste, n'est-ce pas ? dit Chul Woo non
sans arrière pensée.
- C'est ce qu'on dit !
- Les mineurs sont de grands combattants, ils méritent
notre respect ! Moi je viens de la mine de Musan, cela fait
déjà cinq jours que je suis en route !
- Moi aussi. Musan est plus proche mais le chemin est plus rude.
Je ne comprends pas pourquoi on nous demande de faire tout ce
chemin alors qu'il serait si simple d'envoyer les ordres par
télégramme.
- Il s'agit peut-être de directives exceptionnelles ou
d'une session de formation, que sais-je encore ! En tout cas,
je suis enchanté de vous rencontrer, je m'appelle Han
Chul Woo, je suis responsable du Comité culturel de la
mine de Musan.
- Enchanté camarade Han ! Je m'appelle O Mandec, je suis
moi aussi responsable du Comité culturel de la mine d'Aosie.
Le hasard fait bien les choses ! Quel acharnement de la part
des Américains ! On ne peut faire un seul pas sans risquer
de recevoir une bombe sur la tête ! S'il ne s'agissait
pas d'un ordre du Comité central !
- Eh bien, prenez la direction des opérations ! Je vous
suivrai dorénavant.
- Mais non, c'est vous le chef, je suis à vos ordres
! répondit Chul Woo en riant.
Ils poursuivirent le voyage ensemble. Leur progression ralentie
par les bombardements leur laissa le temps de sympathiser. L'intensité
des raids les obligeaient souvent à se cacher dans les
bois ou même dans les grottes. Ils finirent cependant
par rejoindre les abords de la capitale.
- Je crois que c'est Pyongyang que nous voyons au loin. Regardez
un peu, camarade Chul Woo, on se croirait à un meeting
d'acrobatie ! Les Américains au long nez s'amusent à
nos dépens. Si ça continue, il ne restera rien
de notre capitale !
- Allons ! Il ne sera pas si facile de détruire Pyongyang.
Notre grande armée populaire ne laissera jamais faire
cela. Au contraire, à l'heure qu'il est, je pense qu'elle
a déjà envahi les villes de Taegu et Pusan et
s'affaire à balayer vers la mer les soldats des armées
sud-coréenne et américaine !
- Parce que vous croyez ce qu'on dit à la radio ? La
vérité, c'est que Pyongyang est en feu !
Cette nuit là, ils croisèrent une foule de réfugiés
qui fuyaient la capitale et les villes situées alentour.
Certains tentaient de rejoindre Hamhung, d'autres s'en allaient
vers le nord.
- Où je vais, moi ? Je vais me cacher dans la montagne
! répondit un réfugié irrité à
la question que lui posait Chul Woo.
- J'espère que vous comprenez la situation maintenant,
camarade Chul Woo ! lui dit son compagnon. Vous entendez ce
que disent, les réfugiés ? On ne peut plus avancer
vers Pyongyang ! Faisons demi-tour, allons-nous nous réfugier
quelque part dans la montagne, heureusement, cela ne manque
pas par ici !
- Je ne veux pas vous empêcher de le faire, mais je dois
continuer mon chemin, lui répondit Chul Woo.
Ils se séparèrent. Chul Woo poursuivit son chemin
vers la capitale tandis que Mandec prenait le chemin de Hamhung.
Comme la nuit avançait, les troupes de l'armée
populaire se firent plus denses sur la route, empêchant
toute circulation. Chul Woo dut se détourner sur Kanggye
où il arriva après une traversée pénible.
Le quartier général de l'armée populaire
et le Parti s'étaient provisoirement installés
à Manpho, une ville frontalière près du
fleuve Yalu. Chul Woo y rencontra son beau-père.
- Beau-père !
- Chul Woo ? Que fais-tu ici ?
- Le secrétaire de la mine m'a chargé de participer
à une réunion à Pyongyang. Voilà,
je suis en chemin et je suis tellement content de vous rencontrer,
vivant et en bonne santé
- La vie ne nous appartient pas ! Certains veulent en finir
et n'y arrivent pas et d'autres font tout pour rester en vie
et meurent quand même ! La vie et la mort dépendent
de la providence !
La petite ville de Manpho était bondée de réfugiés
venus de partout. Dal sou avait réussi à y faire
venir sa famille qui partageait une salle d'école avec
d'autres familles. Kim Il Sung et de hauts responsables du Parti
occupaient eux aussi, avec leurs familles, la meilleure école
de Manpho. Le Quartier général était installé
dans une grotte située derrière l'école.
Park Dal Sou s'y rendit ce soir là à une réunion
en compagnie de son protecteur, Choi Hyun. Le commandant en
chef Kim Il Sung commença par jeter un regard sur les
participants. La guerre tournait mal pour lui, il était
sur le point de s'enfuir au delà du Yalu. Il se racla
la gorge avant de prendre la parole.
- Le moment est venu, camarades, de prendre une décision
qui engage notre avenir. Nous n'allons pas nous laisser abattre
Camarade Park Hunyoung, nous vous écoutons.
Park Hunyoung était un homme de petite taille, il était
le chef du réseau clandestin du Parti qui s'activait
au Sud. Il savait que le Parti le rendait responsable de la
situation désastreuse de la guerre. Il était furieux,
sans pouvoir le manifester car il craignait les réactions
du jeune chef, Kim Il Sung, qu'il savait capable de tout. Doyen
du Parti, Park Hunyoung était un homme rusé. Il
était respecté de la plupart des membres du Comité
central pour son intelligence et Kim Il Sung s'abstenait de
le traiter durement.
- Grâce aux efforts de nos camarades les généraux
Choi Yong Gun et Kim Chaik qui tiennent le front et, compte
tenu de la prochaine intervention de l'armée chinoise,
la guerre prendra bientôt tournure en notre faveur. Il
est donc préférable de rester ici quelques jours
et de voir venir. Ce n'est pas le moment de se retirer plus
loin, dit Park Hunyoung, avec son accent de Séoul qui
agaçait tout le monde. Puis il remit ses lunettes.
- Lorsque nos soldats ont poussé le front jusqu'aux abords
de Taegu et Pusan, pourquoi les partisans qui étaient
censés lutter dans les montagnes de Jiri et de Halla
ne leur ont-ils pas apporté leur aide ? Avez-vous des
explications ? lui demanda Kim Il Sung sans le regarder.
- Des commandos sud-coréens les ont anéantis.
- Je vous l'avais dit ! Vous vous souvenez de ce que je vous
ai dit à ce propos, n'est-ce pas ? Ce n'était
pas une bonne idée de regrouper les partisans dans des
montagnes déboisées où on ne peut se dissimuler.
C'est pour cette raison que je vous avais recommandé
de les garder dispersés et d'attendre le bon moment.
Mais vous avez organisé vos forces à l'insu de
nos directives. Certains disent que ce n'était pas pour
défendre notre république mais pour servir votre
ambition. S'il en est ainsi, n'est-ce pas une trahison ? s'écria
Kim Il Sung.
Choi Hyun se leva brusquement et fit le geste de sortir son
revolver. Mais en vain, puisque personne, sauf Kim Il Sung,
n'était autorisé à participer aux réunions
muni de son arme. S'adressant à Park Hunyoung il déclara
alors :
- Vous ne méritez pas plus de trois balles dans la peau,
vous tous qui parlez de patriotisme sans oser vous montrer sur
le front !
- Qui ose prétendre que l'un d'entre nous pourrait ne
pas être patriote ? Est-ce la retraite qui sème
le trouble ? Sommes-nous au bord de la défaite ? Nos
ennemis sont à présent au Nord, alors qu'il y
a peu ils étaient sur le point de se rendre. Rien ne
nous empêche de faire comme eux, nous les vaincrons à
nouveau ! Nous sommes vaincus aujourd'hui, nous serons vainqueurs
demain ! Choi Hyun, je crois que pour ta propre tranquillité,
tu devrais t'excuser auprès du camarade Park ! déclara
en réponse l'un des membres de la réunion.
Il n'y avait que le général Mu Jung, l'ancien
commandant d'artillerie des forces communistes chinoises qui
osât donner ainsi des leçons à Choi Hyun.
Mu Jung était un homme légendaire. Il avait puissamment
contribué à la défaite de l'armée
nationaliste de Chang Kai-Shek. Il n'était pas dupe de
la légende fabriquée par Kim Il Sung lui-même
sur sa résistance pendant l'occupation japonaise et contrairement
à tous les autres il n'avait que peu d'estime pour ce
jeune ambitieux.
- Général Mu Jung, j'ai entendu des propos peu
flatteurs sur votre comportement pendant la récente campagne.
Il semblerait que vous traitiez vos soldats comme des chiens
et ce n'est pas tout ! Apparemment, vous mettez autant d'ardeur
à obtenir du succès auprès des femmes que
sur le champ de bataille ! Les nuits sur le front sont joyeuses
! riposta Choi Hyun.
- Tu m'as vu maltraiter mes hommes ? Quant aux femmes, pourquoi
fait-on la guerre sinon pour posséder des femmes et de
la terre ! Les femmes nous feront des enfants et c'est la meilleure
façon de vaincre l'ennemi. Ce n'est pas de moi, c'est
de Sun Tzu ! Alors, présente tes excuses au camarade
Park Hunyoung, dépêche-toi !
- Allons, général Choi, faites vos excuses ! Le
camarde Park Hunyoung est le doyen de notre Parti ! intervint
Kim Il Sung qui ne voulait pas contrarier Mu Jung dont la faction
était considérable au sein du Parti.
- Je ne présenterai pas d'excuse aux espions de l'impérialisme
américain, jamais de la vie ! hurla grossièrement
Choi Hyun, excédé.
Le commandant Choi Yong Gun, le maire de Séoul, Lee Sengyup
et le directeur de la Sûreté municipale, Jang Suryun,
firent alors leur entrée et furent fraîchement
accueillis.
- Quant aux vous, camarades, vous ne méritez même
pas de prendre un siège ! L'honneur d'un soldat est de
mourir sur le champ de bataille, n'est-ce pas ? Pourtant, camarade
Choi, vous avez été incapable de protéger
la population de l'agression ennemie ! Camarade Lee, vous avez
si vite renoncé à défendre Séoul
que vous avez abandonné vos soldats et, loin de vous
sacrifier, vous paradez ici sains et saufs ! Quant à
vous, camarade Jang, comment avez-vous traité les réactionnaires
que vous deviez exterminer pour que toute la population se retrouve
aux côtés de l'ennemi ? déclara Kim Il Sung
aux trois hommes blêmes avant de leur ordonner de s'asseoir.
Le commandant du front entra à son tour. C'était,
comme tous les hommes de la faction de Mu Jung, un pur soldat
indifférent à la politique. Il n'était
pas homme à ramper devant Kim Il Sung.
- Comment voulez-vous que je fasse la guerre ! Pourquoi m'avez-vous
donné le titre de commandant en chef, si je n'ai pas
le pouvoir de diriger les hommes à ma volonté
? Un commandant sur le front doit pouvoir agir selon les circonstances,
mais cette idée n'effleure pas les responsables de Pyongyang
! C'est facile de prendre le téléphone et de dicter
ses ordres, confortablement assis dans son fauteuil ! Est-il
besoin de savoir ce qui se passe sur le champ de bataille ?
Pas le moins du monde ! Attaquez par ici et reculez par là
! Et attention à vous de bien obéir, sinon on
vous enverra devant le tribunal militaire ! Je peux vous assurer
que ce n'est pas comme ça qu'on gagne la guerre ! tonna
Park Ilwou.
- Tu as parfaitement raison ! Tous ceux qui prétendent
être des héros de la résistance ne sont
que des baudruches, des fats et des mégalomanes. Seul
celui qui a fait la guerre sait ce qu'est la guerre ! Vous autres
avez l'expérience d'avoir attaqué une poste de
police japonais dans un petit village avec quelques bandits,
c'est très bien, mais pour faire la guerre cela ne suffit
pas. La guerre n'est pas un jeu pour voyous excités !
renchérit Mu Jung qui souhaitait manifester sa désapprobation
de la stratégie de Kim Il Sung et le rendre responsable
de la défaite. Tous ceux qui appartenaient à l'entourage
du chef ne purent cacher leur stupéfaction, ils n'auraient
jamais osé faire ce genre de commentaires.
- Quant à moi, je suis responsable des arrières,
dit Park Kemchul, et j'ai fait de mon mieux pour organiser le
soutien et le ravitaillement. Je ne vous apprends pas que la
guerre se gagne aussi à l'arrière ! Mais j'ai
constaté l'absence totale de pensée tactique.
C'est cela qui est la cause de notre défaite, vous êtes
incapables de vous adapter aux circonstances. La plupart des
responsables obéissent aveuglement, au lieu prendre des
initiatives et des mesures appropriées !
Le discours du commandant Park Kemchul, n'était pas encore
achevé que soudain la grotte fut secouée violemment
dans un immense vacarme. Les lampes s'éteignirent plongeant
les participants dans l'obscurité.
- Gardiens, apportez des lampes ! cria une voix dans le noir.
On entendit le cliquetis des armes de la garde rapprochée
du commandant suprême, Kim Il Sung. Lorsque la lumière
revint tous les participants se découvrirent avec surprise
entourés de soldats en armes qui les menaçaient
de leurs fusils. Ils se sentirent humiliés mais personne
ne dit rien.
- Qui veut prendre la parole ? dit alors Kim Il Sung
- Je voudrais dire quelque chose, déclara Kim Il qui
ne manquait jamais une occasion de flatter les caprices du chef
suprême. Grâce à la pensée lumineuse
de notre grand dirigeant, Kim Il Sung, commandant notre invincible
armée populaire, nos soldats étaient sur le point
de réaliser la réunification tant attendue entre
le Nord et le Sud, quand l'ennemi impérialiste américain
- Ca suffit, camarade Kim, nous n'avons pas le temps d'écouter
ton bavardage. Passe à l'essentiel ! coupa Kim Il Sung.
- Oui, donc
En ce qui me concerne
on prétend
que j'aurais dit, pendant la bataille
qu'on ne peut faire
la guerre sans un seul avion et sans équipements modernes.
Je crois qu'on a rapporté ces propos mais je tiens à
dire ici que c'est faux ! Je n'ai jamais dit ce genre de choses
! Non, je le jure
- Qu'est-ce que tu nous racontes là, camarade Kim ? C'est
une autocritique, ça ? Alors, ceux qui t'ont entendu
dire cela ont des problèmes d'audition ! Ils sont sourds,
quoi, c'est ça ?
Kim Il transpirait de terreur. Il aurait suffi d'un signal de
Kim Il Sung pour que les gardiens le transforment en passoire.
- Je recommence tout, dit-il alors.
- C'est cela, essaie toujours !
- Je ne suis qu'un imbécile et je regrette profondément
tout ce que j'ai pu dire. Excusez-moi, commandant. Vous n'êtes
pas responsable de ce qui se passe. Ce sont ces chiens d'impérialistes
américains qui nous ont conduits là !
- Je m'occuperai de toi une fois que la guerre sera terminée
! Qui d'autre veut prendre la parole ? Si vous êtes prêts
à reconnaître vos erreurs, il me sera plus facile
de reconsidérer votre cas après la guerre
Park Hunyoung se leva lentement. Il y avait un tel charisme
dans sa personnalité, son discours s'imposait avec tant
de force que tous firent silence pour l'écouter.
- Si nous sommes ici, c'est pour interroger les causes de la
défaite. Pour cela, il nous faut d'abord tenir compte
de nous-mêmes, de ce que nous avons fait et de ce que
nous n'avons pas fait. Réfléchissons un peu, c'est
une plaisanterie de dire que nous avons perdu parce que les
adversaires sont plus forts que nous. Au début le camarade
Kim Il Sung a fait la remarque que les bataillons de partisans
du maquis de Jiri étaient à mon service personnel
plutôt qu'au service de notre cause. Je dis que cette
remarque est insensée. Ceux qui dirigent ces partisans
sont venus, pour la plupart d'entre eux, du Nord, ils étaient
presque tous élèves de notre institut de formation
politique. Quant à moi, cela fait à peine deux
ans que je vis au Nord. Comment voulez-vous que je puisse, en
si peu de temps, contrôler la situation ? Je ne suis ni
chef de l'état, ni chef du Parti. Je ne suis qu'un homme
qui met sa bonne volonté au service de son pays. Croyez-vous
vraiment que ces partisans combattent pour moi, donnent leur
vie pour un homme comme moi qui n'ai aucun pouvoir ? Il est
vrai qu'il existait au Sud un Parti des travailleurs, et qu'aujourd'hui
ce Parti est défait. Les partisans qui ont pris les armes
l'ont fait pour leur pays et non pour servir un homme quel qu'il
soit. Ils espéraient et attendaient impatiemment que
nos soldats leur viennent en aide. Maintenant que le Parti des
travailleurs de Corée du Sud n'existe plus, je trouve
triste qu'on cherche à me faire porter la responsabilité
de la défaite, à moi et à ceux qui n'ont
pas hésité à sacrifier leur vie pour leur
rêve d'un pays socialiste. Aujourd'hui, je suis affecté
à l'arrière du front, car il nous faut, même
en temps de guerre, de la nourriture et des équipements.
Nous avons toujours agi sous les ordres du commandant suprême.
Qui donc pourrait bien être le responsable de cet échec
?
- C'est moi qui suis le responsable, c'est ce que vous voulez
dire, n'est-ce pas? dit alors Kim Il Sung.
- Ce n'est pas à moi de vous répondre
- Vous êtes trop intelligent, vous êtes capable
de tout manipuler. Je me demandais justement si vous n'étiez
pas en train de comploter avec la faction pro-chinoise pour
me destituer du Parti et vous emparer du pouvoir
- Comment
?
- Ou encore de faire entrer dans votre jeu la faction pro-soviétique
?
- Camarade Kim Il Sung, vos propos dépassent les bornes
- N'est-il pas vrai que vous envisagez d'engager des soldats
de l'armée rouge pour votre compte ? Vous autres du Parti
des travailleurs de Corée du Sud, vous êtes tous
d'ignobles traîtres, hurla Kim Il Sung.
Kim Il Sung avait vu la victoire et la réunification
lui échapper, au moment même où il les croyait
acquises et il ne se remettait pas de son échec. Abattu
et déprimé, il soupçonnait tout le monde
sans raison véritable.
- Camarade Kim, je ne suis qu'un vieil homme fatigué
et je n'ai pas eu l'occasion de participer à une seule
opération militaire durant cette campagne. J'ai accompli
ma mission à l'arrière. Il est insensé
de me rendre responsable de cette situation.
- Asseyez-vous et taisez-vous ! Vous êtes trop intelligent
pour être irresponsable ! N'oubliez jamais qu'on ne me
trompe pas !
Chacun retenait son souffle et se faisait petit, conscient de
l'exaspération du chef. Choi Hyun prit alors le parole.
- L'indulgence de notre grand dirigeant pousse certains à
dire n'importe quoi ! Le camarade Kim Il Sung est trop bon !
Voilà cinq jours que les ennemis ont pris Pyongyang et
vous qui avez couru jusqu'ici pour sauver votre vie, vous n'avez
soudain plus rien à dire ! Si nous ne trouvons pas une
façon de renverser la situation, nous n'aurons plus qu'à
nous jeter dans le fleuve Yalu. Vous vous êtes tous bien
engraissés jusqu'à présent, et maintenant
le moment est venu de montrer ce que vous savez faire
Personne n'osa répliquer. Contrairement aux pro-chinois
et aux pro-soviétiques qui se posaient des questions
sur le passé mystérieux de Kim Il Sung, les anciens
partisans anti-japonais, qui avaient lutté à ses
côtés, témoignaient toujours de grands égards
pour lui. Le pouvoir appartenait encore à Kim Il Sung,
mais pour combien de temps si la guerre était perdue
?
Le 26 octobre 1950, deux jours après cette réunion,
la Chine s'engagea dans la guerre en envoyant un premier contingent
de 120 000 soldats. Des nuées d'hommes traversèrent
le fleuve Yalu et surgirent de toutes parts au secours de l'armée
populaire coréenne. Mao Tsé-Toung prononça
alors un discours resté fameux : " La Corée
est la bouche de la Chine. Si la bouche est blessée,
le corps a du mal à se nourrir. Il faut donc prendre
soin de la bouche ". Le 4 décembre, après
quarante cinq jours de retrait, les forces communistes reprirent,
Pyongyang. À l'hôtel de ville, le portrait de Kim
Il Sung remplaça celui de Lee Seng Man. Le 20 décembre,
les forces communistes, 170 000 Chinois et 60 000 Nord-Coréens,
atteignirent le 38ème parallèle.
Le 31 décembre à minuit, les communistes lancèrent
une grande offensive. Par la route de Munsan et par le corridor
d'Uijongbu, comme en juin, les forces chinoises convergèrent
vers Séoul. Le 4 janvier 1951, les forces communistes
reprirent Séoul, mais après une contre-offensive
des forces des Nations unies, Séoul changea à
nouveau de camp le 14 mars. Le 24 mars, le général
Ridgway lança ses troupes à l'assaut des lignes
sino-coréennes. Et le 31, cette offensive permit aux
forces des Nations unies d'atteindre à nouveau le 38e
parallèle où le front se stabilisa bientôt.
Dès que les forces communistes eurent repris Séoul,
les dirigeants réfugiés à Manpho s'apprêtèrent
à y faire leur entrée. Park Dal Sou était,
en tant que sous-directeur du Comité central de liaison
du Parti, l'un des premiers concernés.
- Et moi, qu'est ce que je fais maintenant ? lui demanda Chul
Woo.
- À mon avis, il vaut mieux que tu regagnes ton travail.
Même en temps de guerre, il faut respecter les règles.
Sinon, tu n'éviteras pas de te faire réprimander,
après la guerre. On a vu ces derniers temps beaucoup
de camarades n'en faire qu'à leur guise mais il leur
faut s'attendre à de sévères punitions,
dit Dal Sou.
Chul Woo entendit alors une voix qui le hélait. Il se
retourna pour trouver, à sa surprise, en face de lui
Chung Yeonman, le directeur général du Comité
culturel départemental des mines, qu'il avait rencontré
à Hamhung. Ce dernier, ne voulant courir aucun danger,
s'était détourné du but de son voyage,
déclarant ensuite aux autorités qu'il s'était
caché dans la montagne pour échapper à
l'ennemi.
- J'ai de la chance de vous rencontrer ici, camarade Han, j'ai
besoin d'un témoin
qui affirme que nous nous sommes
égarés en chemin à cause des bombardements
Vous voulez bien faire cela pour moi ? lui demanda-t-il d'un
air pitoyable.
Chul Woo accepta de témoigner en faveur de son camarade.
- C'est vrai ce que vous dites, tous les deux ? Nous avons eu
un renseignement sur le camarade Chung. Il semblerait qu'il
soit resté caché jusqu'au moment où l'ennemi
s'est emparé de la ville puis qu'il ait cherché
à s'enfuir tout seul
J'espère que vous êtes
conscient que c'est un crime de porter un faux témoignage
! Il n'y a plus d'individu dans notre république, tout
passe par la collectivité ! On ne doit pas chercher à
se sauver tout seul ! C'est de la désertion !
- Ce que dit le camarade Chung est exact ! finit par dire Chul
Woo qui ne pouvait laisser son ami dans l'embarras. C'est alors
qu'il aperçut à ses côtés O Mandec,
blessé, amputé d'une jambe et couvert de pansements
au point qu'il eut de la peine à le reconnaître.
- Camarade O ! Quel malheur
!
- C'est un miracle que je sois en vie ! Quand je pense à
toute la route que j'ai dû faire pour rejoindre le siège
du Parti qui n'arrêtait pas de se déplacer ! On
était tenu de participer à la réunion,
n'est-ce pas, camarade Han ? dit-il à haute voix pour
que tout le monde l'entende.
- Camarade O, ainsi vous étiez en compagnie des camarades
Han et Chung ?
- Mais oui, dit encore Chul Woo, dépassé par la
tournure que prenait l'interrogatoire. Cette façon d'obliger
chacun à surveiller et à dénoncer les autres
lui inspirait de la répugnance.
- Je vous remercie, camarade Han, lui dit O Mandec, à
la sortie du bureau.
- Je vous en prie, c'est normal
Mais comment cela vous
est-il arrivé ? ajouta-t-il en lui montrant sa jambe
?
- Je ne me plains pas trop, à quelque chose malheur est
bon ! J'ai perdu ma jambe pour sauver ma vie !
Chul Woo écoutait incrédule son compagnon qui
poursuivait :
- Désormais, je peux rester loin des mines et de la guerre
! Vous allez voir, Séoul finira par retomber dans les
mains des Américains ! Et la guerre continuera tant qu'il
y aura au Nord des hommes capables de porter une arme.
- Vous croyez
? Chul Woo pensait à tous ces gens
qui prévoyaient l'avenir avec autant d'assurance
Le lendemain, eut lieu une réunion des responsables des
Comités culturels de toutes les mines. Elle rassemblait
une trentaine de personnes qui avaient réussi à
rejoindre Manpho, après avoir été détournées
de Pyongyang. Le directeur général du Comité
fit un long discours.
- La conquête du Sud n'est plus qu'une question d'heures.
Nous prendrons alors possession des mines. Il est vrai qu'à
part quelques gisements d'or, il ne reste plus grand chose au
Sud tant ses richesses ont été exploitées
par les Japonais et les Américains. Notre république
est très attentive à votre travail. Vous avez
la responsabilité d'encadrer et de motiver les ouvriers
des mines. Sans vous, sans la sueur des mineurs, la richesse
naturelle de notre pays ne serait qu'un beau gâteau dans
un tableau : inutile. L'effort de production dépend,
au jour le jour, de votre énergie, de vos encouragements.
Les circonstances nous ont empêchés de tenir cette
réunion à Pyongyang comme prévu et nous
n'avons réuni que la moitié des membres convoqués.
Mais l'adversité doit renforcer notre volonté.
Je vous disais, donc
notre armée est de nouveau
à Séoul et nous avons décidé d'organiser
quelques jours de formation. Au Nord, il ne manque pas de montagnes,
si bien que nous possédons des mines plus riches que
celles du Sud et par conséquent
l'industrie minière
est essentielle à notre république
Je vous
annonce enfin que le camarade Han Chul Woo, responsable du Comité
culturel de la mine de Musan, est nommé chef de service
de l'industrie minière à Séoul. C'est une
poste de grande responsabilité, dont l'affectation est
décidée par la direction départementale
du Parti. Camarade Chul Woo, vous devrez vous présenter
après demain à midi à votre travail. C'est
tout pour aujourd'hui.
Chul Woo s'étonna de cette annonce. Il se demanda qui
pouvait bien être à l'origine de cette promotion.
Une promotion flatteuse qui pouvait aussi se révéler
comme un cadeau empoisonné. Si le Nord venait à
céder de nouveau Séoul à l'armée
du Sud, il pourrait bien y laisser sa vie. Et comment ferait-il
en tous cas pour garder contact avec sa famille qu'il laissait
à Sessoula ? Résolu à en savoir plus, Chul
Woo s'adressa à Dal Sou.
- Beau-père, qu'est-ce que tout cela signifie ? C'est
vous qui m'avez recommandé pour cette place ?
- Non, je n'y suis pour rien. C'est Chung Yeonman, le directeur
général du Comité culturel départemental
des mines qui a pris la décision. C'est une promotion
tout à fait exceptionnelle. Mais ne te fais pas de soucis.
Séoul ne retombera pas si facilement puisque nous avons
maintenant le soutien de la Chine...
C'était donc Chung Yeonman qui avait voulu payer ainsi
sa dette envers Chul Woo. Le poste était dangereux mais
c'était également une aventure bien tentante.
Cette nuit-là, alors qu'il préparait son bagage
dans le refuge qu'il partageait avec la famille de Dal Sou,
Chul Woo fut informé qu'un visiteur l'attendait au dehors.
Dal Sou, par précaution, sortit avec lui.
- Je suis très honoré de vous rencontrer, camarade
Park Dal Sou, je m'appelle Chung Yeonman et je suis le directeur
général du Comité culturel départemental
des mines, dit le visiteur en découvrant les deux hommes.
- Vous vouliez me voir, camarade Chung ? demanda Chul Woo.
- Mais oui, camarade Han. Je voulais vous présenter mes
respects, ainsi qu'au camarade Park Dal Sou qui est le plus
grand héros du peuple de notre département. J'ai
pensé profiter d'une dernière occasion de nous
rencontrer encore puisque nous allons repartir chacun sur son
chemin, n'est-ce pas ?
- Merci, mais n'en faites pas trop ! Oublions le passé
! C'est tout ce que vous vouliez de nous ?
- Je voulais également vous confier un petit présent
de rien du tout, dit Chung en sortant de sa poche un paquet
qui contenait un briquet fabriqué au Japon. Hamhung est
tout près de la mer. On y rencontre beaucoup de voyageurs
et il m'arrive de recevoir des cadeaux ! ajouta-t-il.
- Je vous remercie, dit tout simplement, Dal Sou.
- Quant à votre promotion, c'est à moi que vous
la devez, dit-il à Chul Woo. Il m'a fallu un certain
courage, voyez-vous ! conclut-il d'un rire complice, avant de
les quitter.
Le lendemain, on fit une place à Chul Woo dans une voiture
du Parti et il put se présenter à l'hôtel
de ville de Séoul, le 6 janvier 1951 à midi. C'est
ainsi que commença sa nouvelle existence. Sur le chemin
de Manpho à Séoul, il vit d'horribles spectacles
qui témoignaient de l'atrocité de la guerre. La
guerre avait une odeur répugnante qui lui pénétrait
les entrailles et Chul Woo se demandait s'il était mort
ou vivant lorsqu'il arriva à Séoul. Il venait
de traverser un enfer et se trouvait dorénavant éloigné
de son village natal, de sa famille, de tout.
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