|
Taegu était l'une des rares
villes épargnées par la guerre. Connue pour son
industrie textile développée lors de l'occupation
japonaise, elle s'annonçait de loin par ses hautes cheminées
d'usine. À l'entrée de la ville Chul Woo découvrit
le long pont qui enjambe la rivière de Geumho. Le jour
n'était pas encore levé, mais une foule de gens
et de nombreux véhicules militaires se pressaient dans
la pénombre.
Chul Woo dut, comme tant de réfugiés, se faire
une nouvelle vie dans cet endroit inconnu. Il espérait
à tout moment rencontrer des gens de son pays natal qui
puissent lui donner quelque nouvelle de sa famille. Il était
tout seul, et sa survie ne dépendait plus que de lui-même.
Il lui fallait gagner son pain. C'est ainsi qu'il s'équipa
d'une hotte, avec l'argent que M. Song lui avait remis, et commença
à travailler comme portefaix. Cela lui permit de découvrir
la ville. Il fréquentait surtout la gare où le
travail ne manquait pas. Il fit ainsi connaissance avec le fonctionnement
de la société sud-coréenne qui était
très différente de celle du Nord. Malgré
la guerre et les ruines, les gens du Sud continuaient à
produire des marchandises et à faire du commerce. Pour
le pire comme pour le meilleur, on y était libre. Au
Sud, on travaillait à son compte et non pour le Parti,
ou pour le grand dirigeant Kim Il Sung. Tous s'affairaient pour
reconstruire le pays avec une volonté inépuisable.
La capitale Séoul avait était reprise depuis un
certain temps déjà, par l'armée sud-coréenne,
mais la plupart des réfugiés, méfiants
par expérience, ne songeaient pas à regagner tout
de suite leur maison. Le marché noir s'activait autour
des surplus militaires de l'armée américaine stationnée
dans la ville où s'était également développée
une vaste prostitution.
Peu à peu, Chul Woo retrouva son moral et dès
qu'il eut économisé une somme suffisante pour
acheter un moule à gaufres, il s'installa dans un coin
de la place de la gare parmi d'autres marchands ambulants. Ses
gaufres se vendaient bien, les gens avaient faim. Les portefaix
que connaissait Chul Woo étaient ses meilleurs clients.
Il se restaurait quant à lui chez une marchande ambulante
qu'on appelait la femme de Hoeryong, ville frontalière
dont elle était originaire. Elle avait une petite fille
âgée de cinq ou six ans qui jouait à ses
côtés et qui aimait beaucoup les gaufres. Un jour
la femme se présenta devant Chul Woo avec un plateau
dans les mains.
- Vous me payez votre repas et ma fille achète vos gaufres,
alors le plus simple c'est de faire un échange
- Vous avez raison, ce serait plus simple mais ce ne sera pas
rentable pour vous. Il faudrait qu'elle mange beaucoup de gaufres
pour mes trois repas
- J'en mangerai, moi aussi
- Mais non, ça ne fait pas le compte.
- Vous m'achèterez de temps en temps un sac de riz. Nous
sommes du même pays et cela me gêne de vous faire
payer chaque repas.
- Je vous remercie, c'est d'accord, dit Chul Woo en la regardant
plus attentivement.
C'était une femme élégante, avec des traits
réguliers, qui n'avait pas perdu sa dignité.
- Au fait comment s'appelle votre fille ? Elle s'appelle bien
Gahie, n'est-ce pas - Il me semble vous avoir entendue l'appeler
ainsi.
- Oui, elle s'appelle Gahie, Lim Gahie
- Et son père, on ne le voit pas, est-il souffrant ?
demanda Chul Woo qui n'avait pas oublié l'époque
où il faisait ses études de médecine et
cherchait à rendre service en cas de besoin.
- Oui, un peu
il a tant souffert pour venir jusqu'ici
Chul Woo avait de la compassion pour elle et pour tous les réfugiés
qui avaient dû renoncer à leur pays natal. Il prit
alors l'habitude de prendre le repas que la femme de Hoeryong
lui préparait, retrouvant ainsi l'impression d'avoir
une famille et oubliant peu à peu la période où
il avait souffert de la peur, de la faim et de la solitude.
Un jour Chul Woo rencontra à l'heure de déjeuner
un homme âgé qui portait sur les genoux la petite
Gahie.
- Papa, je veux descendre, dit l'enfant au vieillard.
- Finis d'abord de manger...
Chul Woo fut étonné de découvrir ainsi
le mari de la marchande. Il se présenta à l'homme
qui était vêtu d'une robe de moine et portait les
cheveux longs.
- Je m'appelle Han Chul Woo et je suis marchand ambulant, juste
là bas.
- Bonjour, Han Chul Woo
murmura le vieil homme dont le
visage abîmé où manquaient plusieurs dents
trahissait la fatigue.
Chul Woo avait de la peine à l'imaginer comme le père
de Gahie.
- Ma femme me dit que vous êtes intéressé
par l'histoire de ma famille. J'aimerais savoir quelle en est
la raison. Si ma question vous gêne, ne répondez
pas.
- Non, cela ne me dérange pas du tout. Avant tout j'aimerais
savoir votre nom et celui de la petite
- Mon nom est Lim et ma fille s'appelle donc Lim Gahie.
- Lim Gahie
murmura Chul Woo, intrigué, mais il
n'osa pas insister en posant des questions qui auraient pu embarrasser
le vieil homme.
Dès lors le vieux Lim vint souvent bavarder avec Chul
Woo. Il aimait s'attarder près de son échoppe.
- Dites moi pourquoi vous avez quitté le Nord, étiez-vous
propriétaire foncier ?
- Plus ou moins
j'étais chef de village lors de
l'occupation japonaise. J'avais un peu de terre et pour les
partisans je suis devenu l'ennemi de classe
On ne me laissait
plus tranquille. Alors, j'ai profité de l'évacuation
de Hungnam pour fuir, il faisait un de ces froids ! Que de souffrances
! En chemin, j'ai perdu ma première épouse. Quand
on est vieux, on quitte le monde, quoi de plus naturel ?
Peut-être pressentait-il déjà sa propre
fin, lorsqu'il parlait de mort ? Après la grande offensive
chinoise du printemps, qui tourna à la déroute,
le vieil homme dut s'aliter. La Chine jugea alors qu'il était
bon de mettre fin à son intervention. Elle pensait avoir
accompli sa mission, en rejetant les forces des Nations unies
au-dessous du 38ème parallèle. Un an après
le début de l'invasion, l'ambassadeur de l'U.R.S.S aux
Nations unies proposa un cessez-le-feu. En juillet, les premiers
pourparlers s'engagèrent à Kaesong entre la délégation
des Nations unies et les communistes. Ce fut le commencement
d'une interminable négociation, tant les conditions posées
par les deux parties étaient opposées. C'est à
cette époque que Chul Woo réussit à ouvrir
une échoppe où il vendait des nouilles qu'il fabriquait
lui-même de façon artisanale. Elle se trouvait
située dans le grand marché, non loin du quartier
des réfugiés. On y entendait l'accent du Nord
plus que celui de la région ! Un jour le vieux Lim dit
à Chul Woo :
- Jeune Han, j'ai remarqué que tu portes sur ma petite
Gahie un regard inhabituel. Quelle en est la raison ?
- C'est vrai, dit Chul Woo surpris de la justesse de l'observation.
En vérité, ma femme, qui par la force des choses
est restée au Nord, s'appelle elle-même Ga Young.
C'est mon beau-père qui lui a choisi ce prénom.
Et j'ai été frappé par la ressemblance
entre les deux prénoms
De plus, il m'est difficile
d'imaginer que Gahie est votre fille
et je me demande
si
- Si ? Je suis arrivé au bout de ma vie et la seule chose
qui me tienne encore à cur, c'est l'avenir de Gahie
et de sa mère. Je sais que je ne serai plus longtemps
dans ce monde
En réalité, le nom de Gahie
n'est pas Lim mais Park, c'est-à-dire, je ne suis pas
son père, le père de Gahie s'appelle Park. Cela
ne veut pas dire que ma femme m'a trompé, non ce n'est
pas cela
- Cet homme ne s'appellerait pas, par hasard, Park Dal Sou ?
lui demanda Chul Woo, après une longue hésitation.
Le vieux Lim, au lieu de répondre, poussa un soupir.
- Avez-vous eu de ses nouvelles ?
- J'ai entendu de dire qu'il avait de hautes responsabilités
au Comité central. J'aurais bien aimé lui rendre
visite un jour pour lui parler de Gahie, mais c'est trop tard,
j'ai quitté le Nord
C'est ainsi, c'est la vie,
le monde change
il faut oublier tout cela.
Chul Woo était bouleversé par sa découverte.
Sa femme Ga Young avait une demi-sur dont elle ignorait
l'existence et si ce que disait Lim était vrai, Park
Dal Sou ne le savait pas non plus. Que le monde est petit !
pensa-t-il. Il faillit dire que Park Dal Sou était son
beau-père, mais se retint au dernier moment. Il avait
peur des conséquences d'une telle révélation.
Park Dal Sou était un des cadres du Nord en guerre contre
la société qui venait de l'accueillir.
Des jours passèrent, Chul Woo continuait de prendre son
repas trois fois par jour chez la marchande ambulante et rendait
souvent visite au vieux Lim qui ne pouvait plus sortir comme
avant. Chul Woo remarqua que de plus en plus souvent des hommes
tournaient autour de la jeune femme. L'un d'eux s'appelait Park
Myongdo, il était invalide de guerre et portait un crochet
à la place de sa main gauche amputée. Il se pavanait
toute la journée dans le marché, exhibant un brassard
sur lequel était inscrit le mot " Sûreté
". Les marchands avaient tout intérêt à
ne pas s'attirer d'ennuis avec lui, pour préserver leur
commerce. Il se servait de son crochet de fer comme une d'arme
menaçant ceux qui le contredisaient. Park Myongdo importunait
la marchande en venant prendre son repas chaque jour sans penser
à payer.
- Femme, disait-il, s'il y a des gens qui t'embêtent,
tu me le dis tout de suite, d'accord ? Je leur réglerai
leur compte et tu ne les verras plus jamais dans ce monde !
- Sergent Park, faites attention à ce que vous dites.
On dirait cela ne vous suffit pas ! La guerre a déjà
fait assez d'atrocités !
- Justement ! Je suis là pour te protéger, pour
que tu gagnes tranquillement ton riz quotidien. Ne fais pas
de manières et si quelqu'un t'ennuie, dis-le-moi, d'accord
?
Après ce genre de discours qu'il répétait
chaque jour, il jetait un regard méprisant sur Chul Woo
qui prenait son repas dans un coin sans broncher.
- Alors, femme, quand est-ce que le vieux Lim va enfin quitter
ce monde ? Il y a déjà une sorte de courant d'air
devant sa tombe !
- De quoi je me mêle !
- Tu verras, quand le vieux sera mort, tu seras à moi,
n'est-ce pas ?
- Personne n'a le droit de dire cela. Je ne suis pas une bête
!
- Mais si, tu le sais aussi bien que moi ! On est faits l'un
pour l'autre. J'ai déjà posé ma griffe
sur toi ! dit-il, en jetant un regard vers Chul Woo.
On l'appelait communément sergent Park, mais personne
ne savait rien sur son passé. Au marché, les gens
s'excitaient facilement pour un rien. La dureté de leur
vie les rendait agressifs. Un jour se produisit un incident
inhabituel. Une bande d'une dizaine d'individus invalides, conduits
par Park Myongdo s'en prit au poste de police et à ses
occupants :
- Misérables ! Savez-vous seulement ce qu'est la guerre
? Comment pourriez-vous le savoir vous, qui, loin du front,
dormez blottis contre votre femme, dans une chambre bien chauffée.
Sales fainéants, savez-vous qu'il est effroyable le vent
du Nord que souffle Kim Il Sung ! Je vous ai déjà
dit que rien ne peut lui résister ! Voyez nos jambes
et bras mutilés ! Ecoutez-moi, vous qui n'avez peur de
rien parce que vous portez un revolver et un couteau accrochés
à la ceinture, vous allez voir ! Sergent Kang, sors ta
grenade et dégoupille-la ! Vas-y ! On va vous réduire
en mille morceaux, vous allez voir ! criait Park Myongdo, tout
en pointant son crochet de fer vers le ventre des policiers.
- Qu'est ce que nous avons fait de mal, pourrions-nous le savoir
au moins ? Nous ne faisons que ce que vous nous demandez. Nous
aussi, nous nous sommes battus pour chasser les rebelles de
la montagne de Jiri, vous le savez bien, non ? répliqua
le chef du poste de police qui portait une casquette garnie
de fils d'or.
- Ouvre grand la bouche ! Hé, sergent, enfonce lui ta
grenade dans le bec ! Écoutez-moi bien tous, il ne faut
jamais parler pour ne rien dire ! Ouvre la bouche, toi ! tu
vas savoir quel goût elle a, cette grenade !
Le sergent Kang fit semblant de retirer la goupille puis il
jeta avec agilité le bout de sa béquille dans
le visage du chef. Le sang se mit à couler .
- Je ne dis pas que nous sommes des héros, mais nous
nous sommes sacrifiés pour notre pays. Alors, c'est la
moindre des choses que vous nous rendiez de petits services.
Ai-je tort ? Mettez-vous à notre place, comment pourrions-nous
gagner notre riz quotidien dans l'état où nous
sommes, hein ?
- Mais dites-moi, sergent Park, qu'est-ce que vous nous voulez
au juste ? De quoi vous parlez ? grommela le chef qui essuyait
le sang qui coulait toujours.
Kang continua de frapper le chef qui n'osait pas se défendre.
- Je vais te le dire tout de suite. Pourquoi soutires-tu de
l'argent aux marchandes de soupe de la rue de Tchimsan ? Voilà
ce que je veux savoir, s'écria Park.
- La rue près de l'usine ?
- Ne fais pas l'idiot, pourquoi tu me le demandes alors que
tu le sais très bien, hein !
- Vous voulez donc qu'on les exonère de la taxe ? Mais
qui oserait leur réclamer de l'argent ! Sergent Park,
je ne suis pas au courant, calmez-vous un peu !
- Chef, on n'est pas responsables, dit alors l'un des policiers.
Cela doit provenir des auxiliaires.
Il y avait en effet dans le poste de la police une dizaine d'auxiliaires
qui jouaient le rôle de mouchards et d'indicateurs.
- Cela ne change pas grand chose que ce soit des auxiliaires
ou des policiers qui extorquent de l'argent aux pauvres femme
réfugiées, la responsabilité va naturellement
au chef du poste ! N'essaie pas de te défiler, tu n'es
qu'un lâche ! Qu'est-ce que tu attends pour rassembler
tes sbires ? cria Park.
Les auxiliaires attendaient dans une pièce attenante,
appréciant avec inquiétude le développement
de la situation. Ils se présentèrent devant les
mutilés pour recevoir une volée de coups.
- Espèce de crapules ! Vous n'imaginez même pas
ce qu'est la guerre ! C'est grâce à nous que vous
pouvez rester blottis dans les bras de vos femmes, grâce
à nos blessures, au sacrifice de notre vie ! Essayez
de voler encore l'argent des pauvres marchandes, de vous nourrir
sans payer ou de leur causer le moindre ennui. Je vous promets
que le jour où cela viendra à mes oreilles sera
le dernier jour de votre vie, c'est clair ? hurla Park aux auxiliaires,
supplétifs d'un âge avancé pour la plupart,
qui tremblaient sous les menaces et hurlaient de douleur sous
les coups des invalides.
Devant le poste de police, les marchands faisaient foule, essayant
de deviner ce qui se passait à l'intérieur. Les
commentaires entre badauds allaient bon train.
- Je croyais que tous ces mutilés ne servaient qu'à
nous empoisonner la vie mais pour une fois les voilà
utiles ! Ils font enfin payer les mouchards de la police qui
se prennent pour nos patrons ! Regardez les misérables
! De vrais chiens battus ! On dit parfois qu'il n'est pas mauvais
d'avoir un fils mutilé de guerre, je commence à
croire que ce n'est pas faux !
- On peut les comprendre ! Ils se sont faits massacrer pour
leur pays, ils n'ont plus peur de rien, et c'est tant pis pour
nous s'ils sont si brutaux. Tu vois celui-là, qui a un
crochet de fer à la place de la main. Au début
de la guerre, il s'est porté volontaire pour rejoindre
l'armée populaire ! Il a été fait prisonnier
et il est reparti à la bataille en changeant de camp
! Et il y a laissé une main et il est devenu une des
ordures de ce marché ! dit une voix dans la foule.
Pendant quelque temps après cet incident, les marchands
purent vaquer à leurs activités sans être
dérangés. La marchande originaire de Hoeryong
en particulier était délivrée des resquilleurs.
Curieusement, elle parvenait à se procurer, en cette
période si difficile, des abats de buf avec lesquels
elle faisait une soupe particulièrement renommée.
Chul Woo s'aperçut qu'elle allait parfois s'approvisionner
elle-même et que d'autres fois des inconnus venaient lui
en livrer. Elle avait une bonne clientèle qui affluait
tout autour de son échoppe mais sa réussite suscitait
des envieux, des importuns et des escrocs. Park Myongdo se faisait
de plus en plus présent mais, malgré son air farouche,
il était un bon bouclier pour la jeune femme qui se montrait
avec lui plus amène.
- Ne me méprise pas parce que je suis infirme ! lui disait-il
souvent.
- Mais non, votre présence m'est bénéfique
- Même si je me nourris à l'il ?
- Ne vous en faites pas pour cela, vous me protégez des
voleurs et cela mérite récompense.
- C'est gentil de me dire cela.
Quant à Chul Woo, il continuait de rendre visite au vieux
Lim toujours alité. Il passait chez lui le matin et le
soir, chaque fois que son travail le lui permettait et semblait
devenu un membre de la famille. Il y rencontrait un certain
nombre de visiteurs qui le plus souvent, à sa vue, détournaient
la tête et s'écartaient.
- Présentez-vous, voyons ! disait le vieux Lim à
ses visiteurs. Ce jeune homme tient une échoppe au marché.
Il est originaire d'un village près de Chong Jin et travaillait
à la mine de Musan avant de se retrouver au Sud. Mais
malgré ses efforts, les visiteurs refusaient de s'adresser
à Chul Woo qui, intrigué, les voyait souvent porter,
enveloppé dans un morceau de toile, un long bâton
de bambou ressemblant une canne ou à une épée.
Une nuit, Chul Woo fut tiré de son sommeil par la jeune
femme qui criait dans la rue :
- Monsieur Han, venez vite chez nous ! Dépêchez-vous
!
Chul Woo courut la rejoindre. Le vieux Lim était à
l'agonie.
- Vieux Lim, c'est moi Han Chul Woo, vous m'entendez ?
- Ou, Han, je vous entends. Quand la paix reviendra, je souhaite
que vous trouviez une place digne de vous et de votre éducation,
et j'aimerais vous demander une chose
ma femme et Gahie
- Je dois vous avouer une chose que j'hésitais à
vous dire. Vous savez que ma femme est la fille de Park Dal
Sou
Gahie est donc la demi-sur de ma femme Ga Young,
dit Chul Woo qui jugeait que le moment était venu pour
tout le monde de connaître la vérité.
- Park Dal Sou
Park Dal Sou
dit encore Lim avant
de se taire pour toujours.
À la nouvelle de son décès, les proches
et les amis vinrent se recueillir. Beaucoup parmi eux portaient
le long bâton qui intriguait Chul Woo. Il avait enfin
l'occasion d'en savoir plus. Un homme sortit en effet un long
couteau de l'étui de bambou afin de découper un
morceau de viande qu'il avait apporté. Son adresse donna
à Chul Woo la certitude que ces gens faisaient partie
de la corporation des bouchers. Cela lui rappela qu'il avait
entendu évoquer longtemps auparavant l'existence d'un
village près de Hoeryong où vivait une communauté
traidtionnelle de bouchers professionnels.
Après la mort du vieux Lim, Chul Woo décida de
quitter Taegu avec la jeune femme et sa fille Gahie. Ce changement
lui semblait nécessaire pour éviter les regards
soupçonneux et jaloux des voisins. C'était également
l'occasion de rejoindre Pusan, une ville carrefour où
l'on pouvait aisément obtenir des nouvelles du pays parmi
les multiples réfugiés qui s'y étaient
installés ou encore des nouvelles de ceux qui étaient
partis pour le Japon, tenter l'aventure.
|