Copyright 2004: Chung So-Sung, Jean-Paul Desgoutte, Kim Jin-Young (tous droits réservés)

Chapitre 22

Taegu était l'une des rares villes épargnées par la guerre. Connue pour son industrie textile développée lors de l'occupation japonaise, elle s'annonçait de loin par ses hautes cheminées d'usine. À l'entrée de la ville Chul Woo découvrit le long pont qui enjambe la rivière de Geumho. Le jour n'était pas encore levé, mais une foule de gens et de nombreux véhicules militaires se pressaient dans la pénombre.
Chul Woo dut, comme tant de réfugiés, se faire une nouvelle vie dans cet endroit inconnu. Il espérait à tout moment rencontrer des gens de son pays natal qui puissent lui donner quelque nouvelle de sa famille. Il était tout seul, et sa survie ne dépendait plus que de lui-même. Il lui fallait gagner son pain. C'est ainsi qu'il s'équipa d'une hotte, avec l'argent que M. Song lui avait remis, et commença à travailler comme portefaix. Cela lui permit de découvrir la ville. Il fréquentait surtout la gare où le travail ne manquait pas. Il fit ainsi connaissance avec le fonctionnement de la société sud-coréenne qui était très différente de celle du Nord. Malgré la guerre et les ruines, les gens du Sud continuaient à produire des marchandises et à faire du commerce. Pour le pire comme pour le meilleur, on y était libre. Au Sud, on travaillait à son compte et non pour le Parti, ou pour le grand dirigeant Kim Il Sung. Tous s'affairaient pour reconstruire le pays avec une volonté inépuisable.
La capitale Séoul avait était reprise depuis un certain temps déjà, par l'armée sud-coréenne, mais la plupart des réfugiés, méfiants par expérience, ne songeaient pas à regagner tout de suite leur maison. Le marché noir s'activait autour des surplus militaires de l'armée américaine stationnée dans la ville où s'était également développée une vaste prostitution.
Peu à peu, Chul Woo retrouva son moral et dès qu'il eut économisé une somme suffisante pour acheter un moule à gaufres, il s'installa dans un coin de la place de la gare parmi d'autres marchands ambulants. Ses gaufres se vendaient bien, les gens avaient faim. Les portefaix que connaissait Chul Woo étaient ses meilleurs clients. Il se restaurait quant à lui chez une marchande ambulante qu'on appelait la femme de Hoeryong, ville frontalière dont elle était originaire. Elle avait une petite fille âgée de cinq ou six ans qui jouait à ses côtés et qui aimait beaucoup les gaufres. Un jour la femme se présenta devant Chul Woo avec un plateau dans les mains.
- Vous me payez votre repas et ma fille achète vos gaufres, alors le plus simple c'est de faire un échange…
- Vous avez raison, ce serait plus simple mais ce ne sera pas rentable pour vous. Il faudrait qu'elle mange beaucoup de gaufres pour mes trois repas…
- J'en mangerai, moi aussi…
- Mais non, ça ne fait pas le compte.
- Vous m'achèterez de temps en temps un sac de riz. Nous sommes du même pays et cela me gêne de vous faire payer chaque repas.
- Je vous remercie, c'est d'accord, dit Chul Woo en la regardant plus attentivement.
C'était une femme élégante, avec des traits réguliers, qui n'avait pas perdu sa dignité.
- Au fait comment s'appelle votre fille ? Elle s'appelle bien Gahie, n'est-ce pas - Il me semble vous avoir entendue l'appeler ainsi.
- Oui, elle s'appelle Gahie, Lim Gahie…
- Et son père, on ne le voit pas, est-il souffrant ? demanda Chul Woo qui n'avait pas oublié l'époque où il faisait ses études de médecine et cherchait à rendre service en cas de besoin.
- Oui, un peu… il a tant souffert pour venir jusqu'ici…
Chul Woo avait de la compassion pour elle et pour tous les réfugiés qui avaient dû renoncer à leur pays natal. Il prit alors l'habitude de prendre le repas que la femme de Hoeryong lui préparait, retrouvant ainsi l'impression d'avoir une famille et oubliant peu à peu la période où il avait souffert de la peur, de la faim et de la solitude.
Un jour Chul Woo rencontra à l'heure de déjeuner un homme âgé qui portait sur les genoux la petite Gahie.
- Papa, je veux descendre, dit l'enfant au vieillard.
- Finis d'abord de manger...
Chul Woo fut étonné de découvrir ainsi le mari de la marchande. Il se présenta à l'homme qui était vêtu d'une robe de moine et portait les cheveux longs.
- Je m'appelle Han Chul Woo et je suis marchand ambulant, juste là bas.
- Bonjour, Han Chul Woo… murmura le vieil homme dont le visage abîmé où manquaient plusieurs dents trahissait la fatigue.
Chul Woo avait de la peine à l'imaginer comme le père de Gahie.
- Ma femme me dit que vous êtes intéressé par l'histoire de ma famille. J'aimerais savoir quelle en est la raison. Si ma question vous gêne, ne répondez pas.
- Non, cela ne me dérange pas du tout. Avant tout j'aimerais savoir votre nom et celui de la petite…
- Mon nom est Lim et ma fille s'appelle donc Lim Gahie.
- Lim Gahie… murmura Chul Woo, intrigué, mais il n'osa pas insister en posant des questions qui auraient pu embarrasser le vieil homme.
Dès lors le vieux Lim vint souvent bavarder avec Chul Woo. Il aimait s'attarder près de son échoppe.
- Dites moi pourquoi vous avez quitté le Nord, étiez-vous propriétaire foncier ?
- Plus ou moins… j'étais chef de village lors de l'occupation japonaise. J'avais un peu de terre et pour les partisans je suis devenu l'ennemi de classe… On ne me laissait plus tranquille. Alors, j'ai profité de l'évacuation de Hungnam pour fuir, il faisait un de ces froids ! Que de souffrances ! En chemin, j'ai perdu ma première épouse. Quand on est vieux, on quitte le monde, quoi de plus naturel ?
Peut-être pressentait-il déjà sa propre fin, lorsqu'il parlait de mort ? Après la grande offensive chinoise du printemps, qui tourna à la déroute, le vieil homme dut s'aliter. La Chine jugea alors qu'il était bon de mettre fin à son intervention. Elle pensait avoir accompli sa mission, en rejetant les forces des Nations unies au-dessous du 38ème parallèle. Un an après le début de l'invasion, l'ambassadeur de l'U.R.S.S aux Nations unies proposa un cessez-le-feu. En juillet, les premiers pourparlers s'engagèrent à Kaesong entre la délégation des Nations unies et les communistes. Ce fut le commencement d'une interminable négociation, tant les conditions posées par les deux parties étaient opposées. C'est à cette époque que Chul Woo réussit à ouvrir une échoppe où il vendait des nouilles qu'il fabriquait lui-même de façon artisanale. Elle se trouvait située dans le grand marché, non loin du quartier des réfugiés. On y entendait l'accent du Nord plus que celui de la région ! Un jour le vieux Lim dit à Chul Woo :
- Jeune Han, j'ai remarqué que tu portes sur ma petite Gahie un regard inhabituel. Quelle en est la raison ?
- C'est vrai, dit Chul Woo surpris de la justesse de l'observation. En vérité, ma femme, qui par la force des choses est restée au Nord, s'appelle elle-même Ga Young. C'est mon beau-père qui lui a choisi ce prénom. Et j'ai été frappé par la ressemblance entre les deux prénoms… De plus, il m'est difficile d'imaginer que Gahie est votre fille… et je me demande si …
- Si ? Je suis arrivé au bout de ma vie et la seule chose qui me tienne encore à cœur, c'est l'avenir de Gahie et de sa mère. Je sais que je ne serai plus longtemps dans ce monde… En réalité, le nom de Gahie n'est pas Lim mais Park, c'est-à-dire, je ne suis pas son père, le père de Gahie s'appelle Park. Cela ne veut pas dire que ma femme m'a trompé, non ce n'est pas cela…
- Cet homme ne s'appellerait pas, par hasard, Park Dal Sou ? lui demanda Chul Woo, après une longue hésitation. Le vieux Lim, au lieu de répondre, poussa un soupir.
- Avez-vous eu de ses nouvelles ?
- J'ai entendu de dire qu'il avait de hautes responsabilités au Comité central. J'aurais bien aimé lui rendre visite un jour pour lui parler de Gahie, mais c'est trop tard, j'ai quitté le Nord… C'est ainsi, c'est la vie, le monde change… il faut oublier tout cela.
Chul Woo était bouleversé par sa découverte. Sa femme Ga Young avait une demi-sœur dont elle ignorait l'existence et si ce que disait Lim était vrai, Park Dal Sou ne le savait pas non plus. Que le monde est petit ! pensa-t-il. Il faillit dire que Park Dal Sou était son beau-père, mais se retint au dernier moment. Il avait peur des conséquences d'une telle révélation. Park Dal Sou était un des cadres du Nord en guerre contre la société qui venait de l'accueillir.
Des jours passèrent, Chul Woo continuait de prendre son repas trois fois par jour chez la marchande ambulante et rendait souvent visite au vieux Lim qui ne pouvait plus sortir comme avant. Chul Woo remarqua que de plus en plus souvent des hommes tournaient autour de la jeune femme. L'un d'eux s'appelait Park Myongdo, il était invalide de guerre et portait un crochet à la place de sa main gauche amputée. Il se pavanait toute la journée dans le marché, exhibant un brassard sur lequel était inscrit le mot " Sûreté ". Les marchands avaient tout intérêt à ne pas s'attirer d'ennuis avec lui, pour préserver leur commerce. Il se servait de son crochet de fer comme une d'arme menaçant ceux qui le contredisaient. Park Myongdo importunait la marchande en venant prendre son repas chaque jour sans penser à payer.
- Femme, disait-il, s'il y a des gens qui t'embêtent, tu me le dis tout de suite, d'accord ? Je leur réglerai leur compte et tu ne les verras plus jamais dans ce monde !
- Sergent Park, faites attention à ce que vous dites. On dirait cela ne vous suffit pas ! La guerre a déjà fait assez d'atrocités !
- Justement ! Je suis là pour te protéger, pour que tu gagnes tranquillement ton riz quotidien. Ne fais pas de manières et si quelqu'un t'ennuie, dis-le-moi, d'accord ?
Après ce genre de discours qu'il répétait chaque jour, il jetait un regard méprisant sur Chul Woo qui prenait son repas dans un coin sans broncher.
- Alors, femme, quand est-ce que le vieux Lim va enfin quitter ce monde ? Il y a déjà une sorte de courant d'air devant sa tombe !
- De quoi je me mêle !
- Tu verras, quand le vieux sera mort, tu seras à moi, n'est-ce pas ?
- Personne n'a le droit de dire cela. Je ne suis pas une bête !
- Mais si, tu le sais aussi bien que moi ! On est faits l'un pour l'autre. J'ai déjà posé ma griffe sur toi ! dit-il, en jetant un regard vers Chul Woo.
On l'appelait communément sergent Park, mais personne ne savait rien sur son passé. Au marché, les gens s'excitaient facilement pour un rien. La dureté de leur vie les rendait agressifs. Un jour se produisit un incident inhabituel. Une bande d'une dizaine d'individus invalides, conduits par Park Myongdo s'en prit au poste de police et à ses occupants :
- Misérables ! Savez-vous seulement ce qu'est la guerre ? Comment pourriez-vous le savoir vous, qui, loin du front, dormez blottis contre votre femme, dans une chambre bien chauffée. Sales fainéants, savez-vous qu'il est effroyable le vent du Nord que souffle Kim Il Sung ! Je vous ai déjà dit que rien ne peut lui résister ! Voyez nos jambes et bras mutilés ! Ecoutez-moi, vous qui n'avez peur de rien parce que vous portez un revolver et un couteau accrochés à la ceinture, vous allez voir ! Sergent Kang, sors ta grenade et dégoupille-la ! Vas-y ! On va vous réduire en mille morceaux, vous allez voir ! criait Park Myongdo, tout en pointant son crochet de fer vers le ventre des policiers.
- Qu'est ce que nous avons fait de mal, pourrions-nous le savoir au moins ? Nous ne faisons que ce que vous nous demandez. Nous aussi, nous nous sommes battus pour chasser les rebelles de la montagne de Jiri, vous le savez bien, non ? répliqua le chef du poste de police qui portait une casquette garnie de fils d'or.
- Ouvre grand la bouche ! Hé, sergent, enfonce lui ta grenade dans le bec ! Écoutez-moi bien tous, il ne faut jamais parler pour ne rien dire ! Ouvre la bouche, toi ! tu vas savoir quel goût elle a, cette grenade !
Le sergent Kang fit semblant de retirer la goupille puis il jeta avec agilité le bout de sa béquille dans le visage du chef. Le sang se mit à couler .
- Je ne dis pas que nous sommes des héros, mais nous nous sommes sacrifiés pour notre pays. Alors, c'est la moindre des choses que vous nous rendiez de petits services. Ai-je tort ? Mettez-vous à notre place, comment pourrions-nous gagner notre riz quotidien dans l'état où nous sommes, hein ?
- Mais dites-moi, sergent Park, qu'est-ce que vous nous voulez au juste ? De quoi vous parlez ? grommela le chef qui essuyait le sang qui coulait toujours.
Kang continua de frapper le chef qui n'osait pas se défendre.
- Je vais te le dire tout de suite. Pourquoi soutires-tu de l'argent aux marchandes de soupe de la rue de Tchimsan ? Voilà ce que je veux savoir, s'écria Park.
- La rue près de l'usine ?
- Ne fais pas l'idiot, pourquoi tu me le demandes alors que tu le sais très bien, hein !
- Vous voulez donc qu'on les exonère de la taxe ? Mais qui oserait leur réclamer de l'argent ! Sergent Park, je ne suis pas au courant, calmez-vous un peu !
- Chef, on n'est pas responsables, dit alors l'un des policiers. Cela doit provenir des auxiliaires.
Il y avait en effet dans le poste de la police une dizaine d'auxiliaires qui jouaient le rôle de mouchards et d'indicateurs.
- Cela ne change pas grand chose que ce soit des auxiliaires ou des policiers qui extorquent de l'argent aux pauvres femme réfugiées, la responsabilité va naturellement au chef du poste ! N'essaie pas de te défiler, tu n'es qu'un lâche ! Qu'est-ce que tu attends pour rassembler tes sbires ? cria Park.
Les auxiliaires attendaient dans une pièce attenante, appréciant avec inquiétude le développement de la situation. Ils se présentèrent devant les mutilés pour recevoir une volée de coups.
- Espèce de crapules ! Vous n'imaginez même pas ce qu'est la guerre ! C'est grâce à nous que vous pouvez rester blottis dans les bras de vos femmes, grâce à nos blessures, au sacrifice de notre vie ! Essayez de voler encore l'argent des pauvres marchandes, de vous nourrir sans payer ou de leur causer le moindre ennui. Je vous promets que le jour où cela viendra à mes oreilles sera le dernier jour de votre vie, c'est clair ? hurla Park aux auxiliaires, supplétifs d'un âge avancé pour la plupart, qui tremblaient sous les menaces et hurlaient de douleur sous les coups des invalides.
Devant le poste de police, les marchands faisaient foule, essayant de deviner ce qui se passait à l'intérieur. Les commentaires entre badauds allaient bon train.
- Je croyais que tous ces mutilés ne servaient qu'à nous empoisonner la vie mais pour une fois les voilà utiles ! Ils font enfin payer les mouchards de la police qui se prennent pour nos patrons ! Regardez les misérables ! De vrais chiens battus ! On dit parfois qu'il n'est pas mauvais d'avoir un fils mutilé de guerre, je commence à croire que ce n'est pas faux !
- On peut les comprendre ! Ils se sont faits massacrer pour leur pays, ils n'ont plus peur de rien, et c'est tant pis pour nous s'ils sont si brutaux. Tu vois celui-là, qui a un crochet de fer à la place de la main. Au début de la guerre, il s'est porté volontaire pour rejoindre l'armée populaire ! Il a été fait prisonnier et il est reparti à la bataille en changeant de camp ! Et il y a laissé une main et il est devenu une des ordures de ce marché ! dit une voix dans la foule.
Pendant quelque temps après cet incident, les marchands purent vaquer à leurs activités sans être dérangés. La marchande originaire de Hoeryong en particulier était délivrée des resquilleurs. Curieusement, elle parvenait à se procurer, en cette période si difficile, des abats de bœuf avec lesquels elle faisait une soupe particulièrement renommée. Chul Woo s'aperçut qu'elle allait parfois s'approvisionner elle-même et que d'autres fois des inconnus venaient lui en livrer. Elle avait une bonne clientèle qui affluait tout autour de son échoppe mais sa réussite suscitait des envieux, des importuns et des escrocs. Park Myongdo se faisait de plus en plus présent mais, malgré son air farouche, il était un bon bouclier pour la jeune femme qui se montrait avec lui plus amène.
- Ne me méprise pas parce que je suis infirme ! lui disait-il souvent.
- Mais non, votre présence m'est bénéfique…
- Même si je me nourris à l'œil ?
- Ne vous en faites pas pour cela, vous me protégez des voleurs et cela mérite récompense.
- C'est gentil de me dire cela.
Quant à Chul Woo, il continuait de rendre visite au vieux Lim toujours alité. Il passait chez lui le matin et le soir, chaque fois que son travail le lui permettait et semblait devenu un membre de la famille. Il y rencontrait un certain nombre de visiteurs qui le plus souvent, à sa vue, détournaient la tête et s'écartaient.
- Présentez-vous, voyons ! disait le vieux Lim à ses visiteurs. Ce jeune homme tient une échoppe au marché. Il est originaire d'un village près de Chong Jin et travaillait à la mine de Musan avant de se retrouver au Sud. Mais malgré ses efforts, les visiteurs refusaient de s'adresser à Chul Woo qui, intrigué, les voyait souvent porter, enveloppé dans un morceau de toile, un long bâton de bambou ressemblant une canne ou à une épée.
Une nuit, Chul Woo fut tiré de son sommeil par la jeune femme qui criait dans la rue :
- Monsieur Han, venez vite chez nous ! Dépêchez-vous !
Chul Woo courut la rejoindre. Le vieux Lim était à l'agonie.
- Vieux Lim, c'est moi Han Chul Woo, vous m'entendez ?
- Ou, Han, je vous entends. Quand la paix reviendra, je souhaite que vous trouviez une place digne de vous et de votre éducation, et j'aimerais vous demander une chose… ma femme et Gahie…
- Je dois vous avouer une chose que j'hésitais à vous dire. Vous savez que ma femme est la fille de Park Dal Sou… Gahie est donc la demi-sœur de ma femme Ga Young, dit Chul Woo qui jugeait que le moment était venu pour tout le monde de connaître la vérité.
- Park Dal Sou… Park Dal Sou… dit encore Lim avant de se taire pour toujours.
À la nouvelle de son décès, les proches et les amis vinrent se recueillir. Beaucoup parmi eux portaient le long bâton qui intriguait Chul Woo. Il avait enfin l'occasion d'en savoir plus. Un homme sortit en effet un long couteau de l'étui de bambou afin de découper un morceau de viande qu'il avait apporté. Son adresse donna à Chul Woo la certitude que ces gens faisaient partie de la corporation des bouchers. Cela lui rappela qu'il avait entendu évoquer longtemps auparavant l'existence d'un village près de Hoeryong où vivait une communauté traidtionnelle de bouchers professionnels.
Après la mort du vieux Lim, Chul Woo décida de quitter Taegu avec la jeune femme et sa fille Gahie. Ce changement lui semblait nécessaire pour éviter les regards soupçonneux et jaloux des voisins. C'était également l'occasion de rejoindre Pusan, une ville carrefour où l'on pouvait aisément obtenir des nouvelles du pays parmi les multiples réfugiés qui s'y étaient installés ou encore des nouvelles de ceux qui étaient partis pour le Japon, tenter l'aventure.

 


Chapitre 23