Copyright 2004: Chung So-Sung, Jean-Paul Desgoutte, Kim Jin-Young (tous droits réservés)

Chapitre 24

Un soir, en rentrant chez lui, Chul Woo y trouva Gahie qui l'attendait toute seule.
- Gahie, comment se fait-il que tu sois venue toute seule ? lui demanda Chul Woo, surpris.
- Je vous attends depuis longtemps. Maman a quitté la maison. Quand je suis rentrée de l'école, elle était déjà partie. Elle m'a laissé une lettre, me disant de venir vous retrouver…
- Mais qu'est ce que c'est que cette histoire, où est-elle partie ?
- Je ne sais pas.
- Cela ne lui ressemble pas… murmura Chul Woo en ouvrant la lettre.
" Ma chérie, je dois partir en toute hâte à Séoul. En attendant mon retour, tu t'installeras chez Chul Woo. Il s'occupera de toi en mon absence. J'espère que tu travailleras bien à l'école, n'oublie pas de faire tes devoirs. Tu es maintenant une grande fille et je ne m'inquiète pas pour toi. Dès que la situation me le permettra, je reviendrai te chercher, sois courageuse, ma grande, ta maman. "
Chul Woo fut surpris de l'attitude de la femme de Hoeryong envers sa fille encore si jeune. Comment pouvait-elle la quitter en ne lui laissant qu'une lettre confuse ? Elle devait avoir une grave raison pour prendre une telle décision mais laquelle ? En tous cas il s'engagea à prendre soin de Gahie pour qu'elle ne se sente pas trop abandonnée. Il était toujours attentif à ce qu'elle ne manque de rien. Le soir il l'aidait à faire ses devoirs, il prenait plaisir à lui acheter des vêtements. Comme c'était une fille gaie de nature, elle ne montrait pas ses préoccupations. Elle ne pouvait malgré tout s'empêcher de temps à autre, lorsque Chul Woo l'emmenait le soir se promener au bord de la rivière, de murmurer, en contemplant le soleil couchant au-dessus de l'île d'Elsuk : " Où est ma maman ? ". Sa discrétion de petite fille faisait mal au cœur de Chul Woo qui aurait préféré la voir employer tous les moyens qu'un enfant utilise habituellement, dans une telle situation, pour manifester son désir de retrouver sa mère. Chul Woo interrogea à tout hasard Samsic.
- Tu connais son milieu… Tu n'aurais pas entendu par hasard des bruits qui courent à son sujet ?
- Hum… Elle serait à Séoul… en compagnie d'un homme… Elles sont toutes pareilles ! finit par dire Samsic.
Chul Woo était certain que Samsic en savait plus qu'il ne l'avouait, mais il s'abstint de lui poser des questions plus précises. Le départ de la mère de Gahie était sûrement lié à la présence de Guydol à Séoul.
Chul Woo était désormais bien habitué à son métier. Il en acceptait les servitudes et supportait le mépris affiché envers ceux qui tuent les animaux. L'histoire pourtant ne manque pas d'exemples où les êtres humains s'entretuent les uns les autres ! Chul Woo apprenait à connaître ses compagnons de travail et leur sentiment particulier devant la vie et la mort.
Il décida un jour de partir à la recherche de la mère de Gahie à Taegu puis à Séoul. Contrairement à Pusan et Taegu qui n'avaient pas subi de bombardements, Séoul était complètement détruite. Mais dans la capitale en ruine, où les tentes et les baraques de planche poussaient en tous sens, se manifestait toute la vigueur de la vie renaissante.
Le rencontre de Chul Woo et Guydol eut enfin lieu dans une petite boucherie du quartier des abattoirs. Ce fut Guydol qui héla Chul Woo en le reconnaissant, puis il mit son index devant sa bouche pour lui faire signe de garder le silence. Chul Woo fit alors semblant d'être un client.
- Es-tu venu seul ? Es-tu sûr de n'être pas surveillé ? lui demanda Guydol. Je savais que tu allais venir, je t'attendais.
- Comment cela ?
- Samsic me donnait de tes nouvelles…
- Je m'en doutais un peu…
- Je suis ici avec la mère de Gahie. Nous nous sommes mariés, il y a peu de temps. J'espère que tu ne vois rien à y redire, dit-il d'un air un peu gêné.
- Au contraire, je vous félicite vivement tous les deux.
- Au fur et à mesure que son âge avance, l'homme se rend compte de la nécessité de nouer des liens avec une femme. C'est le destin, on n'y est pour rien. Je crois que je suis destiné à vivre avec la mère de Gahie, voilà.
- Où est-elle, maintenant ?
- Elle tient un restaurant ambulant au bout de l'allée, elle fait le guet. Tiens, mais comment ne l'as-tu pas remarquée ?
- Je vais aller la voir tout de suite.
- Reste là, si les marchands du voisinage remarquent ton manège, ils vont me soupçonner, tu comprends ? lui dit Guydol qui était sur le qui vive. N'as-tu pas faim ? Je te prépare une bonne soupe… ajouta-t-il avant de sortir.
Il revint bientôt avec un bol de soupe fumante et du riz sur un plateau.
- Allez, mange. Je dois rester dans le magasin, j'ai un fournisseur qui doit me livrer. Ce ne sera pas long, le temps que tu goûtes ma soupe…
Au même moment, un homme se présenta dehors et appela Guydol qui sortit précipitamment. Chul Woo avait l'impression que la voix lui était familière.
- Grand frère, vous êtes à l'heure comme toujours. La viande est bonne aujourd'hui ? fit Guydol.
- Oui, ça va… lui répondit l'homme d'un ton sec.
Chul Woo, à sa grand surprise, reconnut la voix de Tuck Seu. Il sursauta mais se retint de se montrer tout de suite. Depuis qu'il s'était réfugié au Sud, il avait pris l'habitude de se méfier des gens. Or, Tuck Seu connaissait les responsabilités qu'il avait eues au Nord comme cadre du Parti ! Mais la confiance finit par l'emporter. Chul Woo sortit de l'arrière boutique et regarda l'homme qui étalait ses marchandises sur le comptoir. C'était bien Tuck Seu. Il toussa légèrement, Tuck Seu se tourna vers lui et manifesta son étonnement sans cesser cependant son occupation. Il fit signe à Chul Woo de regagner la remise où Guydol, intrigué, le rejoignit bientôt.
- Tu le connais ?
- Oui.
- Je l'estime beaucoup. Lui et moi sommes du même pays, cousins éloignés. On dirait qu'aujourd'hui, c'est la journée des retrouvailles !
Tuck Seu vint les rejoindre. Les deux hommes s'embrassèrent et fondirent en larmes. Après un long moment d'émotion, Tuck Seu prit la parole.
- Je suis ravi de vous retrouver ici en bonne santé, jeune maître ! Avez-vous des nouvelles de vos parents ? Sont-ils ici avec vous ? demanda Tuck Seu qui ne pouvait renoncer à sa vieille habitude de le vouvoyer.
- Et vous, oncle Tuck Seu, vous êtes venu avec toute votre famille ?
- Oui… murmura Tuck Seu saisi soudain par l'émotion au souvenir de son fils qu'il avait dû enterrer en chemin.
- Ne restez pas debout comme cela, asseyez-vous, intervint Guydol.
- Alors, racontez-moi ce qui est arrivé… reprit Tuck Seu.
- Je suis venu tout seul…
- Et, Dal Sou ?
- Il est au Nord.
- Et Ga Young ? Et vos parents ?
- Ils étaient tous à Musan lorsque je suis parti en mission à Séoul. Et je me suis trouvé dans un village à la campagne au moment où Séoul est tombé sous le contrôle des forces des Nations unies…
- Que le monde est petit ! Vous êtes de vieilles connaissances, non ? dit Guydol, témoin de leurs retrouvailles.
- C'est plus que ça ! Nous sommes de la même famille. Le père de Chul Woo, Han Mangu était un notable lettré respecté de tous. C'était le plus grand propriétaire foncier de Susung, près de Chong Jin, et j'étais son valet de ferme. C'est ainsi, en raison de mon origine modeste, que je suis devenu agent de la Sûreté après la libération.
- Mais, savais-tu que Park Dal Sou était venu dans notre village pendant l'occupation japonaise et qu'il avait passé la nuit chez Lim ? demanda Guydol.
- Je crois que mon père m'en a parlé.
- Alors, racontez-moi, oncle Tuck Seu, comment va votre famille ? demanda Chul Woo.
- C'est une longue histoire. Nous avons fait un long chemin avant d'arriver ici. Nous avons perdu Higou… les autres sont en vie. Tu te rappelles que j'étais à la mine d'Aosie lorsque la guerre a commencé. J'ai réussi à m'évader avec les autres prisonniers, ensuite je suis allé chercher ma famille et voilà… Nous avons traversé les montagnes…
- Et Hiyae ? demanda enfin, Chul Woo.
- Elle est ici, elle aussi. Nous sommes venus séparément et nous nous sommes retrouvés. A Pusan. Maintenant, elle vit avec nous à Séoul.
- Dans quel quartier habitez-vous ?
- À Dongsung, au sommet d'une colline. C'est un quartier de réfugiés.
Les deux hommes se racontèrent les épreuves qu'ils avaient vécues et leur expérience nouvelle de la vie au Sud. Ils étaient émus de se retrouver ainsi après avoir surmonté tant de difficultés.
- Comment gagnez-vous votre vie ? demanda Tuck Seu à Chul Woo.
- J'abats des bêtes, comme Guydol.
- À l'époque où Chul Woo vendait des gaufres près de la gare de Taegu, il y avait juste à côté de lui un restaurant ambulant tenue par une femme de Hoeryong, la femme du chef Lim, qui est d'ailleurs devenue ma femme maintenant… intervint Guydol qui les écoutait avec intérêt.
- Oui, je la connais, elle tient une échoppe à l'entrée de l'allée, c'est cela ?
- Oui.
- La vie réserve beaucoup de surprises… Et la guerre bouleverse la vie des hommes. Pourquoi avez-vous quitté Taegu pour Pusan ?
- Mon pays me manquait, j'avais envie de rejoindre Pusan où se trouvent un grand nombre de réfugiés du Nord. À Taegu, j'avais fait connaissance de la femme de Lim et de sa fille Gahie, qui est la demi-sœur de Ga Young. Après le décès de Lim, je me suis retrouvé dans la nécessité de m'occuper d'elles. J'ai voulu recommencer une nouvelle vie à un nouvel endroit.
- Nous avons dû quitter notre pays natal non de notre plein gré mais par la force des choses. Nous avons quand-même eu de la chance de nous retrouver ainsi. Je vois de partout des familles séparées par l'exil et des familles déchirées entre le Nord et le Sud. Mais quel bonheur de vous revoir, Chul Woo ! Toutes nos épreuves ont trouvé une fin et nous allons fêter nos retrouvailles !
Chul Woo, Tuck Seu, Guydol et la femme de Hoeryong qui les rejoignit bientôt restèrent ensemble tard dans la nuit à bavarder, tantôt pleurant, tantôt riant de bon cœur. Ils étaient liés étroitement par le passé et savouraient pleinement le plaisir de se retrouver après une longue absence. Guydol se montrait très dévoué à sa femme. Il était attentif à ses moindres désirs, préparait le dîner et la servait à table. Chul Woo se souvint de ce que lui avait dit Samsic : une femme finit toujours par suivre l'homme qui lui dit ne pas pouvoir vivre sans elle. Chul Woo ne savait pas exactement comment Guydol était arrivé à convaincre la femme de Hoeryong de le suivre. Ce qui était sûr, c'est qu'il avait dû se battre pour obtenir son consentement. Leur histoire le plongea dans une profonde réflexion. La femme de Hoeryong n'osait pas regarder Chul Woo dans les yeux, elle se culpabilisait d'avoir abandonné Gahie pour rejoindre Guydol.
- Ne vous en faites pas. C'est la vie, il faut saisir sa chance, non ? la rassura Chul Woo.
- Je comptais revenir la chercher dès que la situation se serait améliorée. Nous venons d'ouvrir ce magasin…
- Je vous comprends très bien, j'aurais peut-être mieux fait d'attendre encore un peu, au lieu de venir à votre recherche.
- Gahie me réclame-t-elle souvent ? murmura-t-elle, tandis qu'une larme coulait le long de sa joue.
Le lendemain, Chul Woo alla visiter, en compagnie de Guydol, le plus grand marché de viande du pays. C'est là que travaillait Tuck Seu. Chul Woo le regarda frapper les bêtes d'un coup de hache à la tête. Il ne put s'empêcher d'admirer la force et la précision de son ami.
- Il n'y en a pas deux comme lui, personne d'autre n'a autant de force ni de technique… dit Guydol qui observait Chul Woo.
Séoul était en ruine mais chacun tentait déjà d'y reconstruire sa vie. On y entendait de partout des coups de marteaux et des bruits d'outils divers. Le marché était animé malgré la guerre qui n'en finissait pas. Chul Woo était ahuri de voir la quantité de viande qui s'y échangeait. Les gens du Sud se nourrissaient-ils mieux que ceux du Nord ? Qui donc pouvait engloutir une telle quantité de viande ? Chul Woo et Guydol donnèrent un coup de main à leur ami dans son travail puis ce dernier les emmena chez lui.
- Savez-vous pourquoi j'ai choisi ce quartier ? Au début, nous étions installés ailleurs mais regardez ces deux montagnes. Entre elles s'ouvre un chemin qui conduit au nord. Cette route mène à Uijeongbu, à Pocheon et à Yeoncheon, jusqu'à la rivière d'Imjin. La bataille y fait rage, celui qui gagnera cette zone sera le vainqueur de la guerre.
- Pourquoi donc ?
- C'est un point stratégique. Les deux adversaires y ont massé d'importants effectifs. La nuit, le ciel rougeoie, comme pour un feu d'artifice. Vous voyez, c'est pour cela que je suis venu habiter sur cette colline ! expliqua Tuck Seu, en grimpant la pente.
Chul Woo marchait derrière Tuck Seu, plongé dans ses pensées. Depuis qu'il avait accepté la proposition de Guydol, un an plus tôt, de travailler avec lui, il n'avait plus peur de ne pouvoir gagner sa vie. Tout en suivant les deux compagnons qui gravissaient la pente, il admirait leur assurance d'hommes mûrs. Ils étaient capables de surmonter les pires situations tandis que lui s'apitoyait et se débattait dans le désespoir et la tristesse. En les regardant marcher d'un pas ferme, il se sentit soudain envahi d'une force nouvelle. Guydol avait eu raison de se débarrasser de Park Myongdo. Un homme n'a pas le droit de se laisser abattre et de se faire voler la femme qu'il juge lui être destinée !
Au fur à mesure qu'ils approchaient de la maison de Tuck Seu, Chul Woo ne pouvait s'empêcher de penser à Hiyae qu'il n'avait jamais oubliée. Il n'avait aucun droit sur elle, il l'avait lui-même abandonnée pour sauver sa vie mais il ne pouvait se résoudre à l'imaginer dans les bras d'un autre homme. Son sentiment moral lui disait de l'oublier mais à quoi sert la morale pour réussir sa vie ? Chul Woo serra machinalement le poignard qu'il portait accroché à sa ceinture comme tous ceux de sa nouvelle corporation. Il se promit de ne plus laisser partir Hiyae s'il la retrouvait. Mais Ga Young, qu'allait-elle devenir ? Tuck Seu et son ami Guydol marchaient en silence et leur silence lui semblait soudain un reproche. Eux avaient su agir et obtenir ce qu'ils désiraient… Au sommet de la colline une multitude de tentes étaient dressées en désordre. On trouvait ça et là quelques baraques de planche. Tuck Seu s'arrêta devant l'une d'elles et secouant la porte, il dit :
- Venez voir, c'est notre jeune maître Chul Woo qui est là !
La porte s'ouvrit aussitôt et un homme de grande taille qui ressemblait à Tuck Seu apparut dans l'ouverture. Chul Woo se demanda qui c'était.
- Ah, tu es là, Chilbock, dit Tuck Seu. C'est décidément la journée des retrouvailles ! Où est ta belle-sœur ?
- Punyeo est là, dit l'homme en se retournant.
La femme de Tuck Seu apparut timidement, suivie de son fils, Hichan, qui avait beaucoup grandi. Ils ouvrirent de grands yeux en apercevant Chul Woo.
- Jeune maître Chul Woo… murmura Punyeo avant de se précipiter vers lui pour lui saisir les mains.
Hichan et sa mère ne cachèrent pas leur joie de retrouver le jeune homme qu'ils considéraient comme quelqu'un de leur famille. Chilbock était le petit frère de Tuck Seu. Il avait quitté le Nord juste après la libération et s'était engagé dans l'armée sud-coréenne où il avait la mission de collecter des informations sur les installations militaires ennemies. Chaque fois que Chilbock avait fait une incursion au Nord, il avait rendu visite à son frère Tuck Seu qui n'avait jamais refusé de le recevoir ni de l'héberger. Ainsi les villageois avaient-ils remarqué les passages répétés de Chilbock et en avaient informé le poste de police. Cela avait valu à Tuck Seu la perte de son travail, puis il avait été envoyé à la mine d'Aosie. Chilbock n'avait sans doute pas fait preuve de beaucoup d'intelligence en rendant visite à ses proches mais il s'était appuyé sur l'usage populaire qui voulait qu'une famille ne rejette en aucun cas ses propres membres.
La nuit tomba et, dans la baraque de Tuck Seu, la conversation était toujours aussi animée. Tous, ravis d'être ensemble, en oubliaient le temps qui passait.
- Il faut que tu viennes vivre ici avec nous, proposa Tuck Seu à Chul Woo.
- Oui, ce serait bien, puisque vous êtes tous à Séoul, je ne vois pas pourquoi je resterais encore à Pusan.
- Peu importe l'endroit où on vit ! L'important c'est de retrouver sa famille et les amis sur qui tu peux compter, voilà c'est tout. Dès que tu seras rentré à Pusan, fais ta valise et viens nous rejoindre avec Gahie qui sera contente de retrouver sa maman. Tu pourras t'installer chez moi ou chez Guydol, ou tu préfèreras peut-être louer une chambre ?
- Je chercherai une chambre, je ne veux pas vous déranger et je serai plus libre ainsi.
- Mais non, qui te préparera tes repas ? Tu ne déranges personne. Tu t'installeras chez nous, c'est une chose déjà prévue entre ma femme et moi, insista Guydol.
- Mais… hésita Chul Woo.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Parle franchement… dit Tuck Seu
- J'aimerais…
- Alors ? fit Guydol.
- J'aimerais savoir où est Hiyae…
- Hiyae ? Elle est… elle est mariée… dit Tuck Seu d'un air gêné.
- Ah, c'est une très bonne chose ! dit alors Chul Woo qui essayait de cacher sa déception et son émotion. Ainsi elle était perdue pour lui.
- Ne fais pas cette tête-là ! dit Tuck Seu. Qui sait ? Si elle apprend ta venue, elle aura peut-être envie de te revoir… la vie est pleine de surprises… ajouta-t-il.
Tandis que Punyeo baissait la tête pour éviter son regard, Chul Woo pensa que Tuck Seu lui cachait quelque chose quant au mariage de Hiyae. Tous les autres, retenaient leur souffle, se contentant d'échanger des regards furtifs entre eux, comme s'ils étaient au courant de l'histoire.
Gêné par le silence qui se prolongeait, Chul Woo changea de sujet de conversation et demanda à Hichan, dont les beaux yeux brillaient d'intelligence, de lui parler de son école. Chilbock, qui faisait toujours partie de l'armée, dit alors que selon lui l'armistice était très proche, la guerre étant entrée dans une phase où aucun des deux côtés ne pouvait plus prendre l'avantage sur l'autre. L'unité spéciale à laquelle il appartenait n'avait plus de mission immédiate, l'armée sud-coréenne, sous le commandement des Nations unies, n'ayant pas d'autonomie quant à la recherche de renseignements.
- On n'a jamais vu une guerre comme celle-là ! C'est une guerre que personne ne peut ni perdre, ni gagner ! C'est une guerre de tranchées où l'on se bat pour occuper un bout de colline ! Je n'ai plus rien à y faire… s'écria Chilbock.


 


Chapitre 25