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Un soir, en rentrant
chez lui, Chul Woo y trouva Gahie qui l'attendait toute seule.
- Gahie, comment se fait-il que tu sois venue toute seule ?
lui demanda Chul Woo, surpris.
- Je vous attends depuis longtemps. Maman a quitté la
maison. Quand je suis rentrée de l'école, elle
était déjà partie. Elle m'a laissé
une lettre, me disant de venir vous retrouver
- Mais qu'est ce que c'est que cette histoire, où est-elle
partie ?
- Je ne sais pas.
- Cela ne lui ressemble pas
murmura Chul Woo en ouvrant
la lettre.
" Ma chérie, je dois partir en toute hâte
à Séoul. En attendant mon retour, tu t'installeras
chez Chul Woo. Il s'occupera de toi en mon absence. J'espère
que tu travailleras bien à l'école, n'oublie pas
de faire tes devoirs. Tu es maintenant une grande fille et je
ne m'inquiète pas pour toi. Dès que la situation
me le permettra, je reviendrai te chercher, sois courageuse,
ma grande, ta maman. "
Chul Woo fut surpris de l'attitude de la femme de Hoeryong envers
sa fille encore si jeune. Comment pouvait-elle la quitter en
ne lui laissant qu'une lettre confuse ? Elle devait avoir une
grave raison pour prendre une telle décision mais laquelle
? En tous cas il s'engagea à prendre soin de Gahie pour
qu'elle ne se sente pas trop abandonnée. Il était
toujours attentif à ce qu'elle ne manque de rien. Le
soir il l'aidait à faire ses devoirs, il prenait plaisir
à lui acheter des vêtements. Comme c'était
une fille gaie de nature, elle ne montrait pas ses préoccupations.
Elle ne pouvait malgré tout s'empêcher de temps
à autre, lorsque Chul Woo l'emmenait le soir se promener
au bord de la rivière, de murmurer, en contemplant le
soleil couchant au-dessus de l'île d'Elsuk : " Où
est ma maman ? ". Sa discrétion de petite fille
faisait mal au cur de Chul Woo qui aurait préféré
la voir employer tous les moyens qu'un enfant utilise habituellement,
dans une telle situation, pour manifester son désir de
retrouver sa mère. Chul Woo interrogea à tout
hasard Samsic.
- Tu connais son milieu
Tu n'aurais pas entendu par hasard
des bruits qui courent à son sujet ?
- Hum
Elle serait à Séoul
en compagnie
d'un homme
Elles sont toutes pareilles ! finit par dire
Samsic.
Chul Woo était certain que Samsic en savait plus qu'il
ne l'avouait, mais il s'abstint de lui poser des questions plus
précises. Le départ de la mère de Gahie
était sûrement lié à la présence
de Guydol à Séoul.
Chul Woo était désormais bien habitué à
son métier. Il en acceptait les servitudes et supportait
le mépris affiché envers ceux qui tuent les animaux.
L'histoire pourtant ne manque pas d'exemples où les êtres
humains s'entretuent les uns les autres ! Chul Woo apprenait
à connaître ses compagnons de travail et leur sentiment
particulier devant la vie et la mort.
Il décida un jour de partir à la recherche de
la mère de Gahie à Taegu puis à Séoul.
Contrairement à Pusan et Taegu qui n'avaient pas subi
de bombardements, Séoul était complètement
détruite. Mais dans la capitale en ruine, où les
tentes et les baraques de planche poussaient en tous sens, se
manifestait toute la vigueur de la vie renaissante.
Le rencontre de Chul Woo et Guydol eut enfin lieu dans une petite
boucherie du quartier des abattoirs. Ce fut Guydol qui héla
Chul Woo en le reconnaissant, puis il mit son index devant sa
bouche pour lui faire signe de garder le silence. Chul Woo fit
alors semblant d'être un client.
- Es-tu venu seul ? Es-tu sûr de n'être pas surveillé
? lui demanda Guydol. Je savais que tu allais venir, je t'attendais.
- Comment cela ?
- Samsic me donnait de tes nouvelles
- Je m'en doutais un peu
- Je suis ici avec la mère de Gahie. Nous nous sommes
mariés, il y a peu de temps. J'espère que tu ne
vois rien à y redire, dit-il d'un air un peu gêné.
- Au contraire, je vous félicite vivement tous les deux.
- Au fur et à mesure que son âge avance, l'homme
se rend compte de la nécessité de nouer des liens
avec une femme. C'est le destin, on n'y est pour rien. Je crois
que je suis destiné à vivre avec la mère
de Gahie, voilà.
- Où est-elle, maintenant ?
- Elle tient un restaurant ambulant au bout de l'allée,
elle fait le guet. Tiens, mais comment ne l'as-tu pas remarquée
?
- Je vais aller la voir tout de suite.
- Reste là, si les marchands du voisinage remarquent
ton manège, ils vont me soupçonner, tu comprends
? lui dit Guydol qui était sur le qui vive. N'as-tu pas
faim ? Je te prépare une bonne soupe
ajouta-t-il
avant de sortir.
Il revint bientôt avec un bol de soupe fumante et du riz
sur un plateau.
- Allez, mange. Je dois rester dans le magasin, j'ai un fournisseur
qui doit me livrer. Ce ne sera pas long, le temps que tu goûtes
ma soupe
Au même moment, un homme se présenta dehors et
appela Guydol qui sortit précipitamment. Chul Woo avait
l'impression que la voix lui était familière.
- Grand frère, vous êtes à l'heure comme
toujours. La viande est bonne aujourd'hui ? fit Guydol.
- Oui, ça va
lui répondit l'homme d'un ton
sec.
Chul Woo, à sa grand surprise, reconnut la voix de Tuck
Seu. Il sursauta mais se retint de se montrer tout de suite.
Depuis qu'il s'était réfugié au Sud, il
avait pris l'habitude de se méfier des gens. Or, Tuck
Seu connaissait les responsabilités qu'il avait eues
au Nord comme cadre du Parti ! Mais la confiance finit par l'emporter.
Chul Woo sortit de l'arrière boutique et regarda l'homme
qui étalait ses marchandises sur le comptoir. C'était
bien Tuck Seu. Il toussa légèrement, Tuck Seu
se tourna vers lui et manifesta son étonnement sans cesser
cependant son occupation. Il fit signe à Chul Woo de
regagner la remise où Guydol, intrigué, le rejoignit
bientôt.
- Tu le connais ?
- Oui.
- Je l'estime beaucoup. Lui et moi sommes du même pays,
cousins éloignés. On dirait qu'aujourd'hui, c'est
la journée des retrouvailles !
Tuck Seu vint les rejoindre. Les deux hommes s'embrassèrent
et fondirent en larmes. Après un long moment d'émotion,
Tuck Seu prit la parole.
- Je suis ravi de vous retrouver ici en bonne santé,
jeune maître ! Avez-vous des nouvelles de vos parents
? Sont-ils ici avec vous ? demanda Tuck Seu qui ne pouvait renoncer
à sa vieille habitude de le vouvoyer.
- Et vous, oncle Tuck Seu, vous êtes venu avec toute votre
famille ?
- Oui
murmura Tuck Seu saisi soudain par l'émotion
au souvenir de son fils qu'il avait dû enterrer en chemin.
- Ne restez pas debout comme cela, asseyez-vous, intervint Guydol.
- Alors, racontez-moi ce qui est arrivé
reprit
Tuck Seu.
- Je suis venu tout seul
- Et, Dal Sou ?
- Il est au Nord.
- Et Ga Young ? Et vos parents ?
- Ils étaient tous à Musan lorsque je suis parti
en mission à Séoul. Et je me suis trouvé
dans un village à la campagne au moment où Séoul
est tombé sous le contrôle des forces des Nations
unies
- Que le monde est petit ! Vous êtes de vieilles connaissances,
non ? dit Guydol, témoin de leurs retrouvailles.
- C'est plus que ça ! Nous sommes de la même famille.
Le père de Chul Woo, Han Mangu était un notable
lettré respecté de tous. C'était le plus
grand propriétaire foncier de Susung, près de
Chong Jin, et j'étais son valet de ferme. C'est ainsi,
en raison de mon origine modeste, que je suis devenu agent de
la Sûreté après la libération.
- Mais, savais-tu que Park Dal Sou était venu dans notre
village pendant l'occupation japonaise et qu'il avait passé
la nuit chez Lim ? demanda Guydol.
- Je crois que mon père m'en a parlé.
- Alors, racontez-moi, oncle Tuck Seu, comment va votre famille
? demanda Chul Woo.
- C'est une longue histoire. Nous avons fait un long chemin
avant d'arriver ici. Nous avons perdu Higou
les autres
sont en vie. Tu te rappelles que j'étais à la
mine d'Aosie lorsque la guerre a commencé. J'ai réussi
à m'évader avec les autres prisonniers, ensuite
je suis allé chercher ma famille et voilà
Nous avons traversé les montagnes
- Et Hiyae ? demanda enfin, Chul Woo.
- Elle est ici, elle aussi. Nous sommes venus séparément
et nous nous sommes retrouvés. A Pusan. Maintenant, elle
vit avec nous à Séoul.
- Dans quel quartier habitez-vous ?
- À Dongsung, au sommet d'une colline. C'est un quartier
de réfugiés.
Les deux hommes se racontèrent les épreuves qu'ils
avaient vécues et leur expérience nouvelle de
la vie au Sud. Ils étaient émus de se retrouver
ainsi après avoir surmonté tant de difficultés.
- Comment gagnez-vous votre vie ? demanda Tuck Seu à
Chul Woo.
- J'abats des bêtes, comme Guydol.
- À l'époque où Chul Woo vendait des gaufres
près de la gare de Taegu, il y avait juste à côté
de lui un restaurant ambulant tenue par une femme de Hoeryong,
la femme du chef Lim, qui est d'ailleurs devenue ma femme maintenant
intervint Guydol qui les écoutait avec intérêt.
- Oui, je la connais, elle tient une échoppe à
l'entrée de l'allée, c'est cela ?
- Oui.
- La vie réserve beaucoup de surprises
Et la guerre
bouleverse la vie des hommes. Pourquoi avez-vous quitté
Taegu pour Pusan ?
- Mon pays me manquait, j'avais envie de rejoindre Pusan où
se trouvent un grand nombre de réfugiés du Nord.
À Taegu, j'avais fait connaissance de la femme de Lim
et de sa fille Gahie, qui est la demi-sur de Ga Young.
Après le décès de Lim, je me suis retrouvé
dans la nécessité de m'occuper d'elles. J'ai voulu
recommencer une nouvelle vie à un nouvel endroit.
- Nous avons dû quitter notre pays natal non de notre
plein gré mais par la force des choses. Nous avons quand-même
eu de la chance de nous retrouver ainsi. Je vois de partout
des familles séparées par l'exil et des familles
déchirées entre le Nord et le Sud. Mais quel bonheur
de vous revoir, Chul Woo ! Toutes nos épreuves ont trouvé
une fin et nous allons fêter nos retrouvailles !
Chul Woo, Tuck Seu, Guydol et la femme de Hoeryong qui les rejoignit
bientôt restèrent ensemble tard dans la nuit à
bavarder, tantôt pleurant, tantôt riant de bon cur.
Ils étaient liés étroitement par le passé
et savouraient pleinement le plaisir de se retrouver après
une longue absence. Guydol se montrait très dévoué
à sa femme. Il était attentif à ses moindres
désirs, préparait le dîner et la servait
à table. Chul Woo se souvint de ce que lui avait dit
Samsic : une femme finit toujours par suivre l'homme qui lui
dit ne pas pouvoir vivre sans elle. Chul Woo ne savait pas exactement
comment Guydol était arrivé à convaincre
la femme de Hoeryong de le suivre. Ce qui était sûr,
c'est qu'il avait dû se battre pour obtenir son consentement.
Leur histoire le plongea dans une profonde réflexion.
La femme de Hoeryong n'osait pas regarder Chul Woo dans les
yeux, elle se culpabilisait d'avoir abandonné Gahie pour
rejoindre Guydol.
- Ne vous en faites pas. C'est la vie, il faut saisir sa chance,
non ? la rassura Chul Woo.
- Je comptais revenir la chercher dès que la situation
se serait améliorée. Nous venons d'ouvrir ce magasin
- Je vous comprends très bien, j'aurais peut-être
mieux fait d'attendre encore un peu, au lieu de venir à
votre recherche.
- Gahie me réclame-t-elle souvent ? murmura-t-elle, tandis
qu'une larme coulait le long de sa joue.
Le lendemain, Chul Woo alla visiter, en compagnie de Guydol,
le plus grand marché de viande du pays. C'est là
que travaillait Tuck Seu. Chul Woo le regarda frapper les bêtes
d'un coup de hache à la tête. Il ne put s'empêcher
d'admirer la force et la précision de son ami.
- Il n'y en a pas deux comme lui, personne d'autre n'a autant
de force ni de technique
dit Guydol qui observait Chul
Woo.
Séoul était en ruine mais chacun tentait déjà
d'y reconstruire sa vie. On y entendait de partout des coups
de marteaux et des bruits d'outils divers. Le marché
était animé malgré la guerre qui n'en finissait
pas. Chul Woo était ahuri de voir la quantité
de viande qui s'y échangeait. Les gens du Sud se nourrissaient-ils
mieux que ceux du Nord ? Qui donc pouvait engloutir une telle
quantité de viande ? Chul Woo et Guydol donnèrent
un coup de main à leur ami dans son travail puis ce dernier
les emmena chez lui.
- Savez-vous pourquoi j'ai choisi ce quartier ? Au début,
nous étions installés ailleurs mais regardez ces
deux montagnes. Entre elles s'ouvre un chemin qui conduit au
nord. Cette route mène à Uijeongbu, à Pocheon
et à Yeoncheon, jusqu'à la rivière d'Imjin.
La bataille y fait rage, celui qui gagnera cette zone sera le
vainqueur de la guerre.
- Pourquoi donc ?
- C'est un point stratégique. Les deux adversaires y
ont massé d'importants effectifs. La nuit, le ciel rougeoie,
comme pour un feu d'artifice. Vous voyez, c'est pour cela que
je suis venu habiter sur cette colline ! expliqua Tuck Seu,
en grimpant la pente.
Chul Woo marchait derrière Tuck Seu, plongé dans
ses pensées. Depuis qu'il avait accepté la proposition
de Guydol, un an plus tôt, de travailler avec lui, il
n'avait plus peur de ne pouvoir gagner sa vie. Tout en suivant
les deux compagnons qui gravissaient la pente, il admirait leur
assurance d'hommes mûrs. Ils étaient capables de
surmonter les pires situations tandis que lui s'apitoyait et
se débattait dans le désespoir et la tristesse.
En les regardant marcher d'un pas ferme, il se sentit soudain
envahi d'une force nouvelle. Guydol avait eu raison de se débarrasser
de Park Myongdo. Un homme n'a pas le droit de se laisser abattre
et de se faire voler la femme qu'il juge lui être destinée
!
Au fur à mesure qu'ils approchaient de la maison de Tuck
Seu, Chul Woo ne pouvait s'empêcher de penser à
Hiyae qu'il n'avait jamais oubliée. Il n'avait aucun
droit sur elle, il l'avait lui-même abandonnée
pour sauver sa vie mais il ne pouvait se résoudre à
l'imaginer dans les bras d'un autre homme. Son sentiment moral
lui disait de l'oublier mais à quoi sert la morale pour
réussir sa vie ? Chul Woo serra machinalement le poignard
qu'il portait accroché à sa ceinture comme tous
ceux de sa nouvelle corporation. Il se promit de ne plus laisser
partir Hiyae s'il la retrouvait. Mais Ga Young, qu'allait-elle
devenir ? Tuck Seu et son ami Guydol marchaient en silence et
leur silence lui semblait soudain un reproche. Eux avaient su
agir et obtenir ce qu'ils désiraient
Au sommet
de la colline une multitude de tentes étaient dressées
en désordre. On trouvait ça et là quelques
baraques de planche. Tuck Seu s'arrêta devant l'une d'elles
et secouant la porte, il dit :
- Venez voir, c'est notre jeune maître Chul Woo qui est
là !
La porte s'ouvrit aussitôt et un homme de grande taille
qui ressemblait à Tuck Seu apparut dans l'ouverture.
Chul Woo se demanda qui c'était.
- Ah, tu es là, Chilbock, dit Tuck Seu. C'est décidément
la journée des retrouvailles ! Où est ta belle-sur
?
- Punyeo est là, dit l'homme en se retournant.
La femme de Tuck Seu apparut timidement, suivie de son fils,
Hichan, qui avait beaucoup grandi. Ils ouvrirent de grands yeux
en apercevant Chul Woo.
- Jeune maître Chul Woo
murmura Punyeo avant de
se précipiter vers lui pour lui saisir les mains.
Hichan et sa mère ne cachèrent pas leur joie de
retrouver le jeune homme qu'ils considéraient comme quelqu'un
de leur famille. Chilbock était le petit frère
de Tuck Seu. Il avait quitté le Nord juste après
la libération et s'était engagé dans l'armée
sud-coréenne où il avait la mission de collecter
des informations sur les installations militaires ennemies.
Chaque fois que Chilbock avait fait une incursion au Nord, il
avait rendu visite à son frère Tuck Seu qui n'avait
jamais refusé de le recevoir ni de l'héberger.
Ainsi les villageois avaient-ils remarqué les passages
répétés de Chilbock et en avaient informé
le poste de police. Cela avait valu à Tuck Seu la perte
de son travail, puis il avait été envoyé
à la mine d'Aosie. Chilbock n'avait sans doute pas fait
preuve de beaucoup d'intelligence en rendant visite à
ses proches mais il s'était appuyé sur l'usage
populaire qui voulait qu'une famille ne rejette en aucun cas
ses propres membres.
La nuit tomba et, dans la baraque de Tuck Seu, la conversation
était toujours aussi animée. Tous, ravis d'être
ensemble, en oubliaient le temps qui passait.
- Il faut que tu viennes vivre ici avec nous, proposa Tuck Seu
à Chul Woo.
- Oui, ce serait bien, puisque vous êtes tous à
Séoul, je ne vois pas pourquoi je resterais encore à
Pusan.
- Peu importe l'endroit où on vit ! L'important c'est
de retrouver sa famille et les amis sur qui tu peux compter,
voilà c'est tout. Dès que tu seras rentré
à Pusan, fais ta valise et viens nous rejoindre avec
Gahie qui sera contente de retrouver sa maman. Tu pourras t'installer
chez moi ou chez Guydol, ou tu préfèreras peut-être
louer une chambre ?
- Je chercherai une chambre, je ne veux pas vous déranger
et je serai plus libre ainsi.
- Mais non, qui te préparera tes repas ? Tu ne déranges
personne. Tu t'installeras chez nous, c'est une chose déjà
prévue entre ma femme et moi, insista Guydol.
- Mais
hésita Chul Woo.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Parle franchement
dit Tuck Seu
- J'aimerais
- Alors ? fit Guydol.
- J'aimerais savoir où est Hiyae
- Hiyae ? Elle est
elle est mariée
dit Tuck
Seu d'un air gêné.
- Ah, c'est une très bonne chose ! dit alors Chul Woo
qui essayait de cacher sa déception et son émotion.
Ainsi elle était perdue pour lui.
- Ne fais pas cette tête-là ! dit Tuck Seu. Qui
sait ? Si elle apprend ta venue, elle aura peut-être envie
de te revoir
la vie est pleine de surprises
ajouta-t-il.
Tandis que Punyeo baissait la tête pour éviter
son regard, Chul Woo pensa que Tuck Seu lui cachait quelque
chose quant au mariage de Hiyae. Tous les autres, retenaient
leur souffle, se contentant d'échanger des regards furtifs
entre eux, comme s'ils étaient au courant de l'histoire.
Gêné par le silence qui se prolongeait, Chul Woo
changea de sujet de conversation et demanda à Hichan,
dont les beaux yeux brillaient d'intelligence, de lui parler
de son école. Chilbock, qui faisait toujours partie de
l'armée, dit alors que selon lui l'armistice était
très proche, la guerre étant entrée dans
une phase où aucun des deux côtés ne pouvait
plus prendre l'avantage sur l'autre. L'unité spéciale
à laquelle il appartenait n'avait plus de mission immédiate,
l'armée sud-coréenne, sous le commandement des
Nations unies, n'ayant pas d'autonomie quant à la recherche
de renseignements.
- On n'a jamais vu une guerre comme celle-là ! C'est
une guerre que personne ne peut ni perdre, ni gagner ! C'est
une guerre de tranchées où l'on se bat pour occuper
un bout de colline ! Je n'ai plus rien à y faire
s'écria Chilbock.
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