Copyright 2004: Chung So-Sung, Jean-Paul Desgoutte, Kim Jin-Young (tous droits réservés)

Chapitre 25

Que pensez-vous de l'éventualité d'un cessez-le-feu ? demanda Chul Woo à Chilbock.
- Je suis tenu à la réserve mais entre nous... Tu ne raconteras rien à personne ?
- Je ne connais personne ! Les Américains, les Chinois et les Russes donnent l'impression d'en avoir tous assez de cette guerre. Il n'y a que les Coréens qui veulent encore se battre.
- C'est vrai, nous faisons la guerre dans notre pays mais la décision de poursuivre ou d'arrêter ne nous appartient pas. Le Nord s'appuie sur la Chine et le Sud ne peut rien faire sans l'autorisation des Nations unies, nous ne sommes que des pantins. Si la Chine et les Nations unies arrivent à se mettre d'accord, le Nord et le Sud seront obligés de cesser le feu, contre leur volonté !
- Voulez-vous dire que les Chinois et les Américains se sont mis d'accord ?
- Il semble bien, oui.
- Mais qu'est-ce qui empêche la signature, alors ?
- C'est la question des prisonniers...
Chilbock, qui n'était qu'un maillon du service des renseignements, n'en savait en fait pas plus que n'importe quel citoyen curieux et attentif. La conversation cependant dura jusqu'à l'aube et quand le couvre-feu fut levé, Chul Woo et Guydol prirent congé de la famille de Tuck Seu et descendirent vers la porte de l'Est où s'affairaient déjà une foule de marchands.
- Chul Woo, dit Guydol après un long silence.
- Oui ?
- Evite de parler de Hiyae devant Tuck Seu.
- Pourquoi ?
- Elle donne beaucoup de soucis à ses parents. Elle a fait plusieurs tentatives de suicide. Elle n'écoute personne, surtout pas ses parents. Elle a vécu avec un Russe à Wonsan et maintenant elle est avec un soldat américain !
- Comment a-t-elle pu en arriver là ? Pourquoi cette histoire de suicide ?
- Je n'en sais pas davantage, je n'ose interroger son père. Ses parents ont peur de la perdre et n'osent pas la contrarier. Elle est très belle et tous les soldats yankees tombent amoureux d'elle, à ce qu'on dit.
Chul Woo, troublé, resta silencieux. Le désespoir de Hiyae lui déchirait le cœur. Il se sentait coupable du malheur de la jeune fille et pourtant ils n'avaient été tous deux que les victimes du tourbillon de l'histoire ! Qui donc pourrait réparer la souffrance ? Pouvait-il croire que sa liaison avec le soldat américain était fondée sur le respect et l'amour ?

Au mois de mai 1953, les pourparlers de Panmunjom étaient sur le point d'aboutir quand les communistes lancèrent de nouvelles offensives destinées à gagner du terrain. En juin s'acheva la troisième année de guerre. Avec la saison des pluies, les forces communistes lancèrent une nouvelle offensive contre les unités sud-coréennes et avancèrent de trois kilomètres dans le secteur oriental. Le 18 juin, à l'initiative du Président Lee Seng Man, les prisonniers originaires du Nord se déclarant anticommunistes furent libérés et rendus à la vie civile. Ce faisant Lee Seng Man outrepassait ses droits puisqu'en tant que président de la Corée du sud il n'avait aucun pouvoir sur les forces armées des Nations unies. En réalité, il n'avait aucune envie de faire cadeau de plus de mille hommes à l'armée nordiste et supportait mal les limites que les Américains imposaient à son pouvoir. C'est ainsi qu'il rejetait systématiquement les propositions d'armistice avancées par ces derniers et n'admettait d'autre issue à la guerre que la réunification du pays.
Le 13 juillet les communistes lancèrent 150 000 soldats dans une grande offensive qui permit leur d'arracher quelques kilomètres de terrain au prix de 15 000 tués. Les combats s'arrêtèrent le 19 juillet. C'est à cette époque que Chul Woo se rendit à Séoul visiter Tuck Seu et Guydol. Le gouvernement siégeait encore à Pusan, et la majorité des réfugiés y résidaient également. Seul le Président Lee Seng Man, obstiné dans son idée de reconquérir le nord, avait rejoint Séoul d'où il essayait de persuader les Américains de poursuivre la guerre. L'armistice n'était plus qu'une question de jours.
De retour à Pusan, Chul Woo se mit à errer dans la ville, l'esprit confus. Ga Young et Hiyae obsédaient ses pensées. Il s'interrogeait sur leur situation et se sentait responsable de leurs souffrances. Coupé de sa famille, dont il était sans nouvelles, il perdait le goût de la vie mais il hésitait à quitter Pusan pour Séoul. Il cessa de travailler aux abattoirs et retourna au port comme docker. La dureté du travail l'épuisait et il se mit à boire, espérant ainsi échapper à ses sombres pensées. Seul et démuni, il n'était tenu qu'à gagner son riz quotidien, il était donc libre. Rien ne l'empêchait de redevenir un homme digne et actif et de s'engager à construire sa vie.
- Pourquoi bois-tu autant ? lui dit un jour Gahie. Il était question qu'on s'installe à Séoul pour rejoindre maman. Qu'est-ce qu'on attend ? J'ai peur que tu tombes malade, dis-moi ce qui ne va pas…
- Tout va bien… A vrai dire, je n'ai plus aucune raison de vivre. J'ai tout perdu pour être libre et tout seul je ne sais pas quoi faire de ma liberté. À quoi sert de gagner de l'argent, sinon à t'acheter des vêtements ? Heureusement, je t'ai encore, toi, Gahie... L'homme ne peut pas vivre seul, nous avons tous besoin les uns des autres.
- Beau-frère Chul Woo, arrêtez de m'acheter des vêtements, j'en ai bien assez. Pensez à vous et déménageons à Séoul… allons vivre avec maman.
- Séoul…Que vais-je faire à Séoul ? Moi, je resterai ici à Pusan, mais toi, tu iras rejoindre ta mère, bien sûr, tu es encore une enfant.
C'est ainsi qu'un beau jour Chul Woo mit Gahie dans un train pour Séoul en compagnie de Samsic.
- Comment allez-vous vivre tout seul, beau-frère Chul Woo ? Je n'ai plus envie de partir, je veux rester, dit Gahie sur le chemin de la gare.
- Que dis-tu ? C'est toi qui m'as demandé d'aller à Séoul rejoindre ta mère.
Après le départ de Gahie, Chul Woo se sentit bien seul. Jinsic, le fils de Samsic qui était un copain d'école de Gahie lui demanda un jour :
- Oncle Chul Woo, quand est-ce qu'elle revient, Gahie ?
- Tu demanderas à ton père lorsqu'il sera de retour. Il le saura mieux que moi.
- Je lui ai déjà demandé mais il n'en sait rien. Nous allons déménager à Séoul, nous aussi, c'est ce que dit papa.
- C'est vrai ? Mais si tu vas vivre à Séoul, tu pourras retrouver Gahie, non ?
- Je ne sais pas quand nous déménagerons. Gahie m'a dit qu'elle reviendrait bientôt pour s'occuper de vous.
- De moi ? Comment cela ?
- Elle m'a dit qu'elle ne voulait vous laisser tout seul, parce que vous lui faites pitié. Vous pleurez tous les soirs…
- Je pleure, moi ? Tous les soirs ? C'est ce qu'elle t'a raconté ? Non, ce n'est pas vrai, pas du tout ! Ne t'inquiète pas… lui dit Chul Woo qui était un peu étonné de découvrir dans les propos du jeune garçon l'image que Gahie se faisait de lui.
Il avait honte d'avoir montré sa faiblesse. Les circonstances lui imposaient la situation dans laquelle il se trouvait. Il était bien obligé de reconnaître les limites de sa force et de sa volonté. Il était seul, il avait perdu l'une après l'autre les deux femmes qu'il aimait. Lorsque Ga Young, peu avant d'accoucher, avait été violentée par Um Sengdo, il n'avait pas réagi, il avait remis à plus tard l'heure de la vengeance. La guerre ravageait non seulement le pays tout entier mais elle anéantissait aussi le domaine privé de sa vie familiale. Si la guerre n'était qu'un jeu de territoires, elle serait moins cruelle ! Mais les hommes se battent non seulement pour s'emparer de la terre des autres mais aussi pour s'approprier les femmes qui leur restent un mystère… Il avait dû s'en aller sans même pouvoir prévenir sa femme…
Un soir qu'après une journée de travail harassante il était assis au bord de la digue et vidait au goulot une bouteille d'alcool tout en contemplant la foule des soldats et civils qui s'affairaient, il vit passer devant lui un homme à l'odeur répugnante. C'était un manchot qui camouflait son infirmité sous une épaisse veste de drap qu'il portait malgré la chaleur de l'été. Encore une malheureuse victime de la guerre ! Toi, au moins, tu as accompli ton devoir, tu vaux mille fois mieux que moi, pensa Chul Woo, tout en éprouvant du dégoût vis à vis du misérable. L'inconnu s'approcha de lui en hésitant.
- Une pièce, s'il vous plaît…
- Je n'ai pas d'argent.
- Alors donne-moi à boire…
- Comment ? Je n'ai aucune envie de partager avec toi.
- Donne-moi toute la bouteille…
- Tu viens du Nord ? dit Chul Woo en reconnaissant son accent.
- Oui.
- Ça alors, mais c'est le bûcheron !
- J'étais bûcheron, oui, mais qui êtes-vous ?
- N'es-tu pas originaire du village de Susung, près de Chong Jin. Tu as un frère, bûcheron comme toi, non ?
- C'est vrai. Comment le savez-vous ?
Chul Woo ne se rappelait plus le nom de l'homme, mais il se souvenait très bien l'avoir vu servir, en compagnie de son frère, de bourreau du tribunal populaire qui avait jugé Park Dal Sou. La cruauté avec laquelle les deux frères avaient traité les accusés était telle que Chul Woo, rien qu'en y pensant, se mit à frissonner. Il l'invita cependant à s'asseoir près de lui et l'interrogea.
- Comment t'appelles-tu ?
Le soleil se couchait sur l'horizon et l'activité du port se faisait plus vive juste avant la tombée de la nuit.
- Je m'appelle Choi Yong Chul et mon frère s'appelle Yong Gil.
- Je ne t'ai pas demandé le nom de ton frère. À ton âge, tu n'es donc toujours que l'ombre de ton frère aîné, quel imbécile !
- Passe moi la bouteille ! Je ne suis pas là pour me faire traiter d'imbécile !
- Je serais plus docile à ta place… Raconte-moi, comment tu en es arrivé là ! Es-tu réfugié ou es-tu un de ces soldats qu'on vient de libérer ? Mais, avant de boire, vas t'acheter un bol de soupe, car, affamé comme tu es, si tu bois sans manger, tu mourras. Ce n'est pas que je tienne à toi, mais ça m'embêterait de me trouver à côté d'un cadavre, et je n'ai aucune envie d'avoir affaire avec la police. Ce sont des vauriens qui se planquent pour éviter le front. Qu'en penses-tu, le manchot ? Pas vrai ?
Chul Woo, après avoir passé deux ans de sa vie sur les quais et dans les abattoirs, avait acquis un langage grossier. Et malgré son visage enfantin, il jurait comme une vieille harengère. Yong Chul réapparut bientôt, serrant dans ses mains sales des gaufres chaudes qu'il tendit à Chul Woo.
- Mange ! lui dit Chul Woo puis il lui tendit la bouteille.
Aussitôt l'autre se mit à dévorer et à boire, puis, une fois terminé, il s'essuya la bouche de son coude.
- Qu'est-ce que tu attends pour te sauver ? C'est quoi ton histoire ?
- Vous voulez que je m'en aille ou bien je vous raconte ? dit Yong Chul d'un air hébété.
- Raconte-moi d'abord, après tout nous sommes du même pays, lui dit Chul Woo qui ne voulait pas rater une occasion d'entendre des nouvelles de son village.
- Mon histoire n'a rien d'extraordinaire. Au début de la guerre, je me suis enrôlé, ensuite ma troupe a pénétré au Sud avant de se retirer au Nord, puis je suis revenu mais cette fois avec des camarades chinois et nous nous sommes retirés à nouveau. Hélas, par manque de chance, j'ai été fait prisonnier ! Voilà, c'est tout !
- Depuis quand erres-tu ainsi à Pusan ?
- Depuis quelques jours. Je suis resté prisonnier presque un an dans l'île de Kojé avant qu'on me libère.
- Tu fais partie des prisonniers soi-disant anticommunistes que Lee Seng Man a libérés. Pourquoi as-tu demandé de rester au Sud ? Tu aurais pu retourner au Nord sans problème une fois le cessez-le-feu signé ? Dans quelle bataille as-tu perdu ton bras ?
- Ce n'est pas dans une bataille que j'ai perdu mon bras mais dans le camp de prisonniers lors d'une bagarre avec les communistes.
- Pourquoi ? Es-tu vraiment anticommuniste ?
- Mais non, communiste ou pas communiste, je m'en fiche éperdument ! C'est vrai que, lorsque le général Kim Il Sung a pris le pouvoir, on nous a bien traités ! Nous n'avions aucun souci à nous faire pour manger, pour nous loger ! On obtenait tout grâce à notre origine de classe.
- Bon d'accord, si tu avais tout ce qu'il te faut au Nord, alors pourquoi as-tu demandé à rester au Sud ?
- C'est pour retrouver mon frère qui a été porté disparu à la bataille de Naktong. Mais je suis sûr qu'il n'est pas mort et qu'il vit à Taegu ou à Pusan.
- Pour retrouver ton frère ! répéta Chul Woo, stupéfait, mais comment peux-tu être sûr qu'il est encore en vie ?
- Mon frère et moi, nous étions tous les deux dans la même unité, sous le commandement du général Kim Chaik, à la bataille de Waegwan. On était sur la rive de la rivière Naktong, face à l'ennemi ; les balles de fusils tombaient comme la pluie. Mon frère m'a alors proposé de nous enfuir à la nage, de tenter notre chance. Tant qu'à mourir ! par balle ou par noyade, cela revient au même ! Il a plongé dans l'eau le premier tandis que moi, j'hésitais. Je l'ai vu flotter à la surface, accroché à une espèce de petite planche, et descendre le courant ! Puis je me suis fait capturer. Mais la rivière Naktong traverse Taegu et coule jusqu'à Pusan, n'est-ce pas ? C'est pourquoi je suis ici en espérant le retrouver .
- Tu es un brave homme, j'espère que tu y parviendras !
Ce jour-là Chul Woo emmena Yong Chul chez lui pour l'héberger. La guerre soumet tout le monde aux caprices du sort. Les gens y vivent en permanence dans la peur de ce qui peut leur arriver, à eux ou à leurs proches. Chul Woo s'associa à la quête de Yong Chul malgré le caractère absurde de sa démarche. Chercher quelqu'un dans une ville aussi grande, c'était chercher une aiguille dans une meule de foin ! Toujours est-il que Chul Woo accompagna Yong Chul dans sa recherche, quartier par quartier, chaque fois que le temps le lui permettait. En ce faisant, comme il déambulait aux côtés de de Yong Chul, qui flottait dans sa veste vide, il ressentait une étrange émotion. Yong Chul ne perdait pas espoir de retrouver son frère. Cet espoir aveugle bouleversait Chul Woo qui y voyait un exemple à suivre, loin de ses atermoiements et de sa lâcheté.
- Ne te laisse pas décourager, tu as tout ton temps ! Tôt ou tard, tu finiras par le retrouver. Mais en attendant, il faudrait que tu penses à gagner ta vie.
- Oui, vous avez raison, je ferai tout ce que vous me demandez, d'ailleurs, je n'ai pas le choix. Comment se présente la société du Sud ? On y est mieux qu'au Nord ? En tout cas, il y a de l'ambiance !
- On a intérêt à se bouger, sinon on ne mange pas à sa faim. Si tu es fainéant, tu meurs ici, il n'y a pas de rationnement.
- Comment fait-on sans rationnement ?
- Il faut travailler !
- Comment je vais faire pour gagner ma vie ?
- Tu apprendras avec moi, ne t'en fais pas.
L'attachement de Yong Chul pour son frère poussait Chul Woo à réfléchir sur la relation qu'il entretenait lui même avec sa famille. Le lien des deux frères bûcherons était plus qu'un amour familial. Chul Woo qui avait deux frères et une sœur n'y pensait que rarement. L'aîné avait quitté Tokyo, où il était étudiant, pour la Chine afin de s'engager dans la résistance tandis que son petit frère et sa sœur étaient restés au Nord auprès de ses vieux parents. Chul Jun, son frère aîné ne donnait plus de nouvelles depuis longtemps mais l'idée de faire quoi que ce soit pour le rechercher n'était jamais venue à l'esprit de Chul Woo. Ga Young et Hiyae avaient constamment occupé toutes ses pensées au détriment de sa propre famille. Il souffrait de leur absence.

*

  L'accord de cessez-le-feu fut enfin signé le 27 juillet 1953 à Panmunjom. Le 38e parallèle devint la frontière entre les deux Corées et ce fut le début de la tragédie de la séparation. Depuis l'unification du pays, dix siècles auparavant, c'était la première fois que le territoire coréen se trouvait ainsi divisé. Dans le silence retrouvé, on entendit de nouveau le chant des insectes dans la nuit de l'été. Ainsi s'achevait une guerre qui avait provoqué plus de 300 000 morts parmi les forces des Nations unies et de Corée du sud et près de deux millions parmi les communistes chinois et coréens. Le coût matériel se montait, pour les Nations unies, à un milliard et demi de dollars, soit une somme comparable à celle dépensée par les Américains lors de la deuxième guerre mondiale. Le pays était dévasté. Il y avait 200 000 veuves, 100 000 orphelins et 600 000 maisons détruites. La moitié de l'industrie était hors d'usage, l'économie du pays en ruine. Le peuple, bouleversé dans ses racines, se vit soudain envahi par une civilisation et une culture étrangères. Quelques jours après l'armistice, Guydol rendit visite à Chul Woo.
- La guerre est finie et Tuck Seu te demande de venir t'installer à Séoul…
- Mais pour quoi faire ?
- Il te propose de reprendre tes études de médecine, je crois.
- A quoi bon ? Je n'ai pas l'esprit à cela, je ne peux pas retourner dans mon propre pays !
- Cela viendra un jour… En attendant, tu dois préparer l'avenir ! Tu ne vas pas passer toute ta vie dans un abattoir ! Nous avons besoin de médecins, c'est ce que m'a dit, Tuck Seu… De plus…
- Oui ?
- Il m'a interdit de t'en parler, mais…
- Si tu penses que c'est indispensable, parle !
- Je ne dirais pas que c'est indispensable… mais c'est grave !
- Alors ?
- C'est ma femme qui me l'a raconté. Tu sais, Hiyae, nous avons très peur pour elle.
- Hiyae ! Pourquoi ?
- Elle a une affaire avec un yankee. Elle a eu un fils de lui, et le type a tiré une balle sur le bébé… et il l'a tué…
- Comment ? Personne ne peut tuer son propre fils ?
- Tu comprends pourquoi nous avons peur… elle n'a plus rien à perdre. Elle pourrait faire une bêtise…
- Pourquoi a-t-il fait cela ?
- Comme il devait être rapatrié bientôt, Hiyae lui a demandé de les emmener en Amérique, elle et son fils…
- C'est normal.
- Mais non, il a refusé tout net. Il lui a dit que personne ne peut savoir qui était le père du bébé d'une femme prostituée comme Hiyae. Il n'a pas tout à fait tort, à vrai dire…

 


Chapitre 26