Copyright 2004: Chung So-Sung, Jean-Paul Desgoutte, Kim Jin-Young (tous droits réservés)

Chapitre 28

Chul Woo reprit ses études de médecine et conseilla à Tuck Seu d'inscrire Hiyae dans une faculté d'éducation physique.
- Elle pourra y apprendre à danser…
- Il est vrai qu'elle a gardé sa souplesse de jeune fille…
- Ne lui dis pas que c'est moi qui t'ai donné cette idée !
- Ne t'inquiète pas, je te comprends. Avec tout ce qu'elle a vécu… Il faut qu'elle se remette à vivre ! La jeunesse n'a qu'un temps !
Tuck Seu était sceptique quant à l'avenir de sa fille. Pourtant, Hiyae, qui avait sombré dans le désespoir, retrouva goût à la vie en reprenant la danse. Ses cours lui permirent d'oublier son passé. Hichan lui aussi s'engagea dans des études supérieures tandis que Gahie fréquentait le lycée. Guydol quant à lui faisait prospérer le restaurant que Tuck Seu lui avait confié tout en s'occupant attentivement de sa femme et de leurs deux filles.
Chul Woo occupait une dépendance de la grande maison traditionnelle que Tuck Seu avait achetée. C'était un beau bâtiment en plusieurs parties agrémenté d'un jardin boisé de pins. De ce fait, Chul Woo avait rarement l'occasion de croiser Hiyae qui, d'ailleurs, en ce cas, évitait de le regarder. Chul Woo n'insistait pas. Il passerait encore beaucoup d'eau sous les ponts avant que les deux jeunes puissent franchir le gouffre qui s'était creusé entre eux. Chul Woo qui n'avait participé à aucun combat durant la guerre, avait quand même tué un homme après la fin des hostilités. C'était le seul acte volontaire qu'il ait jamais fait ! Mais peut-être même n'avait-il fait qu'imiter Guydol dans sa quête de la femme qu'il aimait ? Chul Woo admirait Guydol mais depuis son crime il ne réussissait plus à entretenir des relations normales avec les autres. Il se sentait coupable d'avoir ôté la vie d'un homme. Il se doutait que Hiyae l'avait reconnu et imaginait l'effroi qu'elle avait pu ressentir. Combien de temps leur faudrait-il pour apaiser cette blessure ? Chul Woo qui ressentait la présence furtive de Hiyae comme une torture, entreprit à plusieurs reprises de chercher un autre domicile, mais sans succès. Non seulement il manquait de temps pour trouver une habitation satisfaisante, mais encore, chaque fois qu'il s'engageait à déménager, Tuck Seu venait le persuader de rejoindre sa maison.
- Écoute-moi, Chul Woo, tu ne peux pas nous quitter comme ça ! C'est grâce à ton père que mes enfants ont pu passer le seuil de l'école. Nous vivons ici en exil loin de notre terre et de notre famille et tu voudrais qu'on se sépare ? Reviens chez nous. En ton absence j'ai refait ton appartement pour qu'il soit confortable et mieux chauffé. Et le jardin avec le chant des cigales en été et les fleurs de neige sur les pins en hiver, ils ne te manqueront pas ? On m'a dit que dans le temps cette maison appartenait à un dignitaire, ministre à la cour des Yi. Si tu continues à vivre dans cette pauvre chambre, loin de nous, les gens riront de moi, ils croiront que nous nous sommes fâchés ! A quoi me servirait tout mon argent si je ne peux pas te loger chez moi ? Allons, reviens vite. Il faut que j'assiste à ta réussite, non ?
Chul Woo n'avait jamais douté de la sincérité de Tuck Seu.
Hiyae finit ses études de danse l'année même où Chul Woo devint médecin. La famille de Tuck Seu, ravie, ne cachait pas sa joie de voir la jeune femme renaître peu à peu à la vie. Malgré leurs retrouvailles, au grand étonnement de leurs proches, Chul Woo et Hiyae avaient gardé leurs distances évitant même de se regarder. Le jour de la remise des diplômes, Chul Woo, élégant jeune homme qui allait sur ses trente ans, assista à la cérémonie et offrit à Hiyae un bouquet de fleurs.
- Hiyae, je te félicite du fond de mon cœur. Tu deviendras un jour une grande danseuse…
La jeune femme rougit de bonheur. Le premier pas franchi, ils retrouvèrent bien vite le sentiment qui les avait unis, dix ans plus tôt, et se marièrent un an plus tard.

 


Chapitre 29