|
Chul Woo reprit
ses études de médecine et conseilla à Tuck
Seu d'inscrire Hiyae dans une faculté d'éducation
physique.
- Elle pourra y apprendre à danser
- Il est vrai qu'elle a gardé sa souplesse de jeune fille
- Ne lui dis pas que c'est moi qui t'ai donné cette idée
!
- Ne t'inquiète pas, je te comprends. Avec tout ce qu'elle
a vécu
Il faut qu'elle se remette à vivre
! La jeunesse n'a qu'un temps !
Tuck Seu était sceptique quant à l'avenir de sa
fille. Pourtant, Hiyae, qui avait sombré dans le désespoir,
retrouva goût à la vie en reprenant la danse. Ses
cours lui permirent d'oublier son passé. Hichan lui aussi
s'engagea dans des études supérieures tandis que
Gahie fréquentait le lycée. Guydol quant à
lui faisait prospérer le restaurant que Tuck Seu lui
avait confié tout en s'occupant attentivement de sa femme
et de leurs deux filles.
Chul Woo occupait une dépendance de la grande maison
traditionnelle que Tuck Seu avait achetée. C'était
un beau bâtiment en plusieurs parties agrémenté
d'un jardin boisé de pins. De ce fait, Chul Woo avait
rarement l'occasion de croiser Hiyae qui, d'ailleurs, en ce
cas, évitait de le regarder. Chul Woo n'insistait pas.
Il passerait encore beaucoup d'eau sous les ponts avant que
les deux jeunes puissent franchir le gouffre qui s'était
creusé entre eux. Chul Woo qui n'avait participé
à aucun combat durant la guerre, avait quand même
tué un homme après la fin des hostilités.
C'était le seul acte volontaire qu'il ait jamais fait
! Mais peut-être même n'avait-il fait qu'imiter
Guydol dans sa quête de la femme qu'il aimait ? Chul Woo
admirait Guydol mais depuis son crime il ne réussissait
plus à entretenir des relations normales avec les autres.
Il se sentait coupable d'avoir ôté la vie d'un
homme. Il se doutait que Hiyae l'avait reconnu et imaginait
l'effroi qu'elle avait pu ressentir. Combien de temps leur faudrait-il
pour apaiser cette blessure ? Chul Woo qui ressentait la présence
furtive de Hiyae comme une torture, entreprit à plusieurs
reprises de chercher un autre domicile, mais sans succès.
Non seulement il manquait de temps pour trouver une habitation
satisfaisante, mais encore, chaque fois qu'il s'engageait à
déménager, Tuck Seu venait le persuader de rejoindre
sa maison.
- Écoute-moi, Chul Woo, tu ne peux pas nous quitter comme
ça ! C'est grâce à ton père que mes
enfants ont pu passer le seuil de l'école. Nous vivons
ici en exil loin de notre terre et de notre famille et tu voudrais
qu'on se sépare ? Reviens chez nous. En ton absence j'ai
refait ton appartement pour qu'il soit confortable et mieux
chauffé. Et le jardin avec le chant des cigales en été
et les fleurs de neige sur les pins en hiver, ils ne te manqueront
pas ? On m'a dit que dans le temps cette maison appartenait
à un dignitaire, ministre à la cour des Yi. Si
tu continues à vivre dans cette pauvre chambre, loin
de nous, les gens riront de moi, ils croiront que nous nous
sommes fâchés ! A quoi me servirait tout mon argent
si je ne peux pas te loger chez moi ? Allons, reviens vite.
Il faut que j'assiste à ta réussite, non ?
Chul Woo n'avait jamais douté de la sincérité
de Tuck Seu.
Hiyae finit ses études de danse l'année même
où Chul Woo devint médecin. La famille de Tuck
Seu, ravie, ne cachait pas sa joie de voir la jeune femme renaître
peu à peu à la vie. Malgré leurs retrouvailles,
au grand étonnement de leurs proches, Chul Woo et Hiyae
avaient gardé leurs distances évitant même
de se regarder. Le jour de la remise des diplômes, Chul
Woo, élégant jeune homme qui allait sur ses trente
ans, assista à la cérémonie et offrit à
Hiyae un bouquet de fleurs.
- Hiyae, je te félicite du fond de mon cur. Tu
deviendras un jour une grande danseuse
La jeune femme rougit de bonheur. Le premier pas franchi, ils
retrouvèrent bien vite le sentiment qui les avait unis,
dix ans plus tôt, et se marièrent un an plus tard.
|