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Hiyae se mit à rougir en
voyant Chul Woo lui prendre la main. Elle comprit tout de suite
le sens de son geste, mais elle n'osa pas s'y opposer. Elle
resta ainsi immobile, debout à son chevet, le visage
empourpré par l'émotion.
Hiyae... dit le jeune homme dont la voix se mit à
trembler.
La jeune fille se pencha vers le visage meurtri en lui disant
:
- Jeune maître, reposez-vous. Je suis désolée
de vous voir ainsi
Et, soit qu'elle fût portée par un désir
irrésistible, soit que le jeune homme l'ait insensiblement
attirée à lui, elle sentit son corps basculer
contre celui de Chul Woo.
- Non, Hiyae... ne me dis plus cela, je ne suis plus ton maître...
- Mais comment pourrais-je bien vous appeler ?
- Dorénavant, je suis Han Chul Woo, le camarade Han Chul
Woo
En disant ces mots, Chul Woo saisit la jeune fille entre ses
bras et la serra contre lui. Il était incapable de cacher
plus longtemps les sentiments qui l'agitaient. Mais la présence
dans une pièce voisine de Tuck Seu et Punyeo empêcha
les deux jeunes gens d'exprimer plus avant leur passion. Le
couple de serviteurs se consacrait en effet aux soins de leurs
anciens maîtres, toujours alités et craignait que
Jae Kyu, fort comme un sanglier, ne se manifeste à nouveau
pour venger son frère aîné. Le danger était
d'ailleurs le même pour la famille de Dal Sou.
A vrai dire, personne ne faisait attention à ce que répétait
Tuck Seu : " Il faut empêcher Jae Kyu de faire encore
des bêtises ! " Mais le jour vint pourtant où
Jae Kyu entra dans la maison, un bâton à la main,
et se précipita dans la chambre où étaient
alités le notable Han et sa femme. On entendit tout d'abord
un terrible hurlement, c'était le cri de douleur de Han.
Puis un autre gémissement atroce suivi d'un hoquet d'agonie,
c'était sa femme qui semblait rendre l'âme.
Au moment où Jae Kyu se retournait vers le vieux Han
pour achever son crime, Tuck Seu, s'élança dans
la chambre, un long poignard à la main. Il le dégaina
de son fourreau en se jetant sur l'agresseur qui, surpris, se
retourna pour faire face. Les deux hommes s'affrontèrent
comme l'avaient fait précédemment Chil Kyu et
Dal Sou. C'était une lutte sans merci entre les tenants
du passé et les hérauts du changement.
- Salopard ! Je savais bien que tu avais rejoint le camp des
traîtres ! hurla Jae Kyu. Tu as cru pouvoir tromper ton
monde, mais je ne suis pas dupe, moi, de tes manigances. Je
sais parfaitement qui vous êtes, toi et ton père,
les minables rejetons d'une famille de bouchers ! Notre grand
général Kim Il Sung souhaite qu'on pardonne à
ceux qui se rendent volontairement mais il n'y aura pas de clémence
pour l'engeance des bouchers !
Tandis que les deux hommes se préparaient à bondir
l'un sur l'autre, Chul Woo et Hiyae pénétraient
vivement dans la pièce où ils découvraient
la vieille dame horriblement blessée, la tête en
sang.
- Mère ! s'écria la jeune fille en éclatant
en sanglots. Les enfants alertés mêlèrent
leurs hurlements aux pleurs et la maison se mit à trembler
de ce fracas de terreur. Punyeo, la femme de Tuck Seu, s'était
accrochée au bras de son mari et l'exhortait tout en
essayant de retenir son geste meurtrier :
- Ecoute-moi ! Si tu veux vraiment tuer quelqu'un avec ton couteau,
coupe-moi la tête ! Vas-y ! Vas-y ! Mais ne te mêles
pas de l'affaire d'un autre ! As-tu oublié ce que disait
ton père ? Ne te bats jamais avec une lame, sinon pour
défendre ta vie !
Elle hurlait de toutes ses forces et Jae Kyu profita de ce moment
de confusion pour prendre la fuite. Dans la maison où
le calme revenait peu à peu, tout le monde s'inquiétait
de l'état de la vieille dame qui avait perdu connaissance.
Chul Woo se porta à son chevet et fit usage de ses connaissances
toute neuves d'étudiant en médecine pour nettoyer
et panser les blessures. L'état de Monsieur Han n'était
pas beaucoup plus brillant.
Tuck Seu se rendit alors au poste de police où il dut
à contrecur interner Dal Sou qui s'était
rendu coupable de meurtre. Tuck Seu, en tant que sous chef du
poste, était de fait un agent du Parti Communiste du
Nord plus qu'un fonctionnaire de l'Etat. Il n'avait évidemment
pas le pouvoir de décider tout seul de quoi que ce soit.
Le chef lui-même n'était pas un homme inculte.
Il avait été instituteur dans une école
primaire japonaise, sous l'occupation, jusqu'au jour où,
à la suite d'une incident, on l'avait mis à la
porte. On racontait qu'il s'était querellé avec
le principal de l'école, un Japonais, et quelle que fût
la raison de cette querelle, elle lui avait conféré
une auréole de résistant. C'est ainsi qu'il avait
été nommé chef du poste de police sur recommandation
d'O Chun Sup, puis du président du Comité populaire
cantonal qui l'avait lui-même recommandé au Comité
supérieur. Les nominations et fonctions étaient
établies à l'époque selon l'origine sociale
et le passé réel ou supposé des personnes.
A ceux qui lui disaient " Camarade O, il y a bon nombre
de héros dans votre village ! " O Chun Sup avait
coutume de répondre : " Cela signifie simplement
qu'il vit à Suck Mak un bon nombre de gens pauvres et
opprimés... "
Le chef du poste de police interrogea O Chun Sup et Tuck Seu
pour savoir qui était Dal Sou.
- D'où sort-il donc ? demanda-t-il.
- Ce n'est pas n'importe qui, lui répondit-on. Il entretient
de bonnes relations avec les commandants Choi Hyun et O Jin
Woo. On dit surtout que c'est un homme de confiance de Choi.
- Hum... je vois, c'est sans doute pour cela qu'il a été
nommé membre du Comité de la réforme foncière
- Oui, toute décision le concernant est l'affaire du
Parti. On ne peut intervenir ! En tout cas, il faudra bien réfléchir.
- Il a quand même commis un meurtre...
- En ce moment, c'est hélas chose courante. On attendra
un peu en faisant semblant de l'ignorer.
Le chef hocha la tête en écoutant Tuck Seu : Dal
Sou n'était pas un homme à traiter à la
légère ! La nouvelle administration n'était
pas encore rodée et les ordres tardaient à parvenir
de l'autorité supérieure. En outre, le manque
de moyens de communication ne permettait pas de consulter l'avis
des autorités avoisinantes. Il leur faudrait prendre
tout seuls la décision appropriée.
- Le Parti nous regarde, on ne peut donc pas le libérer
! Mais la victime non plus n'était pas n'importe qui.
C'était un camarade, un membre du Comité de la
réforme foncière. L'affaire n'est pas simple.
Si le procès a lieu, il n'est pas exclu qu'il se conclue
sur une condamnation à mort.
- Mais Dal Sou est un homme de confiance de commandant Choi
Hyun, répliqua Tuck Seu qui ne savait plus trop quoi
dire.
Il espérait pouvoir sauver Dal Sou, non qu'il eût
pour lui une amitié particulière mais il lui était
reconnaissant des égards qu'il lui avait marqués
lorsqu'ils étaient tous deux domestiques chez le notable
Han. Dal Sou par ailleurs lui en imposait par son air mystérieux.
Il semblait cacher un secret, ce qui lui donnait de l'importance
aux yeux de son camarade à qui il ne manquait jamais
de dire : " Choi Hyun fera tout pour moi. Je peux compter
sur lui en cas de besoin. " De fait Choi Hyun était
un homme puissant, comparable à Kim Il-Sung.
Lors de l'enterrement de Chil Kyu on entendit parmi les assistants
des cris de colère et quelques appels à venger
le meurtre d'un héros du peuple, mais pour l'essentiel
la foule qui savait comment s'était déroulée
l'altercation était restée silencieuse. Le lendemain,
Jae Kyu, le jeune frère de la victime fut nommé
membre du Comité de la réforme foncière
en remplacement du défunt. Dès lors, il se pavana
dans le village, l'air fanfaron, peu affecté semblait-il
par la mort de son frère. Il vociférait à
toute occasion qu'il fallait en finir avec les propriétaires
fonciers et se plaignait auprès de Tuck Seu de la lenteur
de l'instruction du crime. Qu'attendait-on pour punir Dal Sou
? Une fois l'instruction achevée le procès devait
être mené rondement. La présence du juge
et du procureur étaient purement formelles, la décision
appartenait de fait au jury nommé par le Parti. C'est
pourquoi Jae Kyu avait confiance quant à l'issue du procès.
Talie, la femme de Dal Sou, se présentait souvent au
poste, accompagnée de ses trois enfants et parfois même
de Chul Woo. Elle se lamentait auprès de Tuck Seu :
- Ecoute-moi, Tuck Seu, sauve mon mari, je t'en supplie! On
ne pourra pas survivre sans lui ! Moi et mes enfants, nous n'aurons
plus qu'à nous jeter dans la rivière. Qu'on nous
laisse au moins marier notre fille Ga Young, sinon, qui s'occupera
d'elle ? Qui voudra d'elle pour épouse ?
- Mère, calme-toi ! disait alors la jeune fille. Qu'importe
que je me marie ! Mais je ne veux pas voir mon père mourir
sans raison. J'ai été témoin de ce qui
s'est passé. C'est Chil Kyu qui a voulu frapper père
de sa faucille. C'est pour se défendre que père
a lancé une pierre. Tous les voisins en sont témoins.
- Oui, c'est juste ! Ca s'est passé comme ça !
approuvaient d'une seule voix les voisins qui se joignaient
à leur démarche. Tuck Seu tentait de raisonner
et s'adressant à Chul Woo :
- Jeune maître
non, non, camarade Chul Woo, reconduis
ces femmes à la maison... Ma situation va devenir impossible
!
- Oncle Tuck Seu, je veux bien t'obéir, mais dis-nous
que l'on peut compter sur toi ! Sinon elles refuseront de s'en
aller, et je resterai avec elles.
- Vous savez bien que cette affaire ne dépend pas de
moi ! Je vous promets que je ferai de mon mieux. Essayez d'en
parler au chef. Quant à toi, camarade Chul Woo, tu devrais
rendre visite au père de Dal Sou pour l'informer de ce
qui arrive à son fils.
- Le père de Dal Sou ?
- Dal Sou souhaite que son père soit informé de
cette malheureuse affaire. C'est lui le chef de la famille.
Fais toi accompagner par sa femme ou par sa fille, qu'elles
te montrent où il habite.
Le chef du poste qui assistait silencieux à la scène,
immobile derrière son bureau, jeta sur Chul Woo un regard
oblique qui semblait vouloir dire : " Ce pauvre type qui
se donnait des airs d'étudiant, regarde un peu ce qu'il
est devenu !
La femme de Dal Sou, quant à elle, était plongée
dans ses pensées. Elle réfléchissait aux
dernières paroles de Tuck Seu. Il était bien naturel
de faire savoir le malheur de son mari au chef de la famille,
quoiqu'il fût désormais vieux et sans force. Elle
se souvenait par ailleurs que son beau-père leur avait
confié, lors d'une récente dernière visite,
qu'il connaissait très bien certains membres du Parti
communiste. Il les avait aidés à transporter des
armes pour l'armée des résistants pendant l'occupation
japonaise. Ces gens dont il parlait occupaient dorénavant
des postes tellement importants que Talie avait du mal à
y croire. Mais eux aussi avaient connu des périodes difficiles
et vécu comme une troupe de bandits. Ils avaient connu
la misère et son beau-père avait été
leur compagnon des jours difficiles. Son beau-père et
son mari avaient été liés à la résistance,
tout le monde le savait. Elle pensa encore à son mari
qui avait tant fait pour elle. Lui qui avait, sans hésiter,
tué un Japonais pour la protéger d'une agression
odieuse, puis traversé les fleuves Tuman et Yalu, à
la nage, en plein hiver, pour la mettre à l'abri. Elle
évoquait en elle-même tous ces moments difficiles
de leur vie commune.
La situation de la famille de leur ancien maître n'était
pas brillante non plus. Les deux vieillards étaient toujours
alités et qui s'occuperait désormais de la famille
et des jeunes enfants ? Seul Tuck Seu pouvait les protéger
mais jusqu'à quel point ?
- On va aller lui rendre visite, finit-elle par dire.
- C'est bien, répondit Tuck Seu, mais dépêchez-vous
! Bientôt, on ne pourra plus se déplacer sans autorisation.
Allez !
- Faut-il vraiment que Chul Woo nous accompagne ?
- Evidemment ! La situation du maître est la plus inquiétante.
Si on n'intervient pas à temps, non seulement il perdra
sa propriété mais que deviendront les enfants
? Les temps que nous vivons ne sont pas ordinaires. La mort
frappe partout et personne ne s'en soucie. Qui va s'intéresser
à ce qui se passe dans notre village ?
- Quelle est donc cette époque ? dit Talie.
- On dit que c'est le temps de la Révolution !
- Le temps de la Révolution ? répéta Talie
saisie de terreur. En tous cas, prends soin de monsieur Han,
je t'en prie.
- Je m'en occupe, ne t'en fais pas. Mon chef me reproche même
de loger et de nourrir de fichus réactionnaires. Allez,
dépêchez-vous !
- J'ai peur... s'il arrive quelque chose.
Le chef venait de s'absenter. Tuck Seu ajouta.
- Ecoute, je suis toujours au poste de police. Je vais tout
faire pour tenir le coup. De toute manière, je ne peux
pas démissionner, même si je le voulais. Et n'essaie
pas d'entrer en contact avec Dal Sou, on l'a enfermé
au sous-sol. N'oublie pas que c'est un meurtrier, tu comprends
? Le père de Dal Sou saura quoi faire. C'est un ami d'enfance
des commandants Choi Hyun, et O Jin-Woo.
Talie ne pouvait s'attarder plus longtemps. Il était
urgent qu'elle fasse ce qu'on lui demandait. Avant de partir,
elle confia les clefs de la maison du notable Han à Punyeo,
la femme de Tuck Seu.
- Garde ces clefs, lui dit-elle, et il vaudrait mieux venir
habiter chez nous, sinon quelqu'un risque de s'emparer de la
maison du maître. Ne voulez-vous pas déménager
tout de suite ?
- Talie, je ne crois pas que ce soit possible. Il faut attendre
un ordre du Comité populaire. Cette maison n'a pas de
propriétaire pour l'instant. En tout cas, je vais la
surveiller pendant votre absence. Je m'occuperai aussi de vos
deux fils. Allez, il est temps de partir maintenant!
- Prends bien soin de la famille de notre maître...
- Ne t'en fais pas ! Compte sur moi.
- Veille à la nourriture...
- Je prendrai ce qu'il faut dans la maison du maître.
- Il ne reste rien du tout. Les villageois ont tout pris !
Ils s'en allèrent tous trois. Talie était préoccupée
de trouver le meilleur moyen de sauver son mari. Ils se rendirent
en bus à Chong Jin, la ville où Chul Woo était
étudiant. Ils se mirent à errer tous trois dans
les rues. Chul Woo avait l'esprit confus, l'effet sans doute
des coups qu'il avait reçus et Talie, fatiguée,
n'avait plus de force dans les jambes. Elle avançait
en somnambule dans cette ville qui lui semblait immense.
Ils montèrent enfin dans le train qui devait leur permettre
de poursuivre leur voyage. Talie, tout entière à
ses préoccupations, se déplaçait dans un
monde irréel. Elle voyageait en compagnie de son jeune
maître, Chul Woo, ce qui peu auparavant était tout
à fait impensable. Le monde avait changé. Les
gens disaient que tous dorénavant seraient égaux,
qu'on partagerait les richesses, que tous les enfants iraient
à l'école et qu'on s'habillerait de la même
façon ! Etait-ce vraiment possible ? Serait-il possible
qu'une fille de famille pauvre, comme Ga Young, se marie avec
un jeune homme fortuné comme Chul Woo ? On voyait dans
le lointain le port et la mer étincelant au soleil. Talie
se tourna vers Chul Woo :
- Jeune maître, n'est-ce pas ici que se trouve votre université
? s'enquit-elle.
- C'est juste. On peut l'apercevoir là-bas au pied du
mont Chunma.
Ga Young contempla l'endroit indiqué d'un air émerveillé.
Depuis le départ, elle n'avait pas osé porté
ses regards sur Chul Woo, tant il l'intimidait. Ga Young avait
un an de plus que Hiyae mais elle paraissait beaucoup plus mûre.
Talie s'adressa à elle :
- Ne te fais pas trop de soucis pour ton père ! Il était
en état de légitime défense. Tous les témoins
le diront
Talie observait attentivement l'attitude de sa fille qui rougissait
modestement. Le train siffla. A l'époque, le train ne
faisait plus qu'un aller-retour chaque jour, car il y avait
moins de marchandises et de passagers que pendant l'occupation.
A leur arrivée, le soleil se couchait sur la mer à
l'horizon. Chul Woo pensa soudainement à Hiyae. Comment
avait-il pu tomber amoureux d'elle dans une circonstance aussi
critique ? Il fut saisi de désespoir, s'étonnant
des relations nouvelles et chaleureuses qu'entretenaient Tuck
Seu et Dal Sou, les anciens domestiques de sa maison. Les vieux
parents de Dal Sou eurent l'air surpris de leur visite et restèrent
immobiles sur le pas de leur porte.
- Comment donc, vous voilà !
- Père, mère ! Vous me reconnaissez ? Je suis
la maman de Ga Young.
- Bien sûr, bien sûr... Entrez donc ! Il fait encore
froid dehors. Mais où est Dal Sou ?
Revenant de leur surprise, ils invitèrent leurs hôtes
à prendre place. Au coin de la pièce, sur une
table basse, il y avait deux bols remplis de soupe de poisson.
Le vieux Park poussa un long soupir après avoir salué
sa belle-fille. Talie remarqua sa mauvaise mine. Peut-être
était-il malade ?
- Beau-père, vous vous portez bien ? Mais l'homme ne
répondit pas, continuant à pousser des soupirs.
- Il n'a pas mangé de riz depuis des jours, dit sa femme.
On n'en trouve nulle part, on ne se nourrit plus que de poissons
! Il faut vendre du poisson pour acheter du riz, mais il n'y
a plus de bus pour aller en ville ni au marché. D'ailleurs,
plus personne ne veut acheter du poisson, ni vendre du riz.
Il y a deux mois que nous avons épuisé le peu
de riz que nous avions précieusement conservé
! Si ça continue ainsi on va tous mourir de faim. Il
faudrait essayer de rencontrer le général Choi
Hyun... ajouta la vieille femme.
Et comme leur principale préoccupation était la
situation de Dal Sou, la conversation changea bientôt
de sujet. Le lendemain à l'aube, ils quittèrent
tous de bonne heure la maison. Selon le père de Dal Sou,
Choi Hyun n'occupait pas encore une place importante à
Pyongyang mais c'était un homme de confiance du général
Kim Il Sung.
- Il n'y a pas que Choi Hyun que je connaisse bien ! Kim Chaik
et O Jin Woo sont eux aussi de vieilles connaissances. Si je
n'avais pas assuré pour eux, avec mon bateau, le transport
des armes, ils n'auraient pas pu combattre les Japonais. Je
me souviens ! Leurs partisans étaient dissimulés
comme des fourmis dans les bois de pins, au bord de la mer.
Jin Woo et Chaik se tenaient cachés dans la montagne.
Par rapport à eux deux, Choi Hyun n'est qu'un gamin.
Allons les voir ! Ils m'ont déjà proposé
un poste mais, ignorant comme je suis, je ne pouvais pas accepter
! Il faut bien connaître des choses pour recevoir un poste,
non ?
- Ce sont des amis d'enfance ?
- Oui, on est tous du même pays. Chaik est originaire
de Hack Sung, mais il est parti très tôt pour la
Chine... Je me souviens qu'on s'amusait ensemble quand on était
petits. Jin Woo est né à Buk Chung. Il venait
de temps en temps à Chong Jin ou à Na Jin. Mais
pour ce qui est de l'ignorance, mon grand rival est sans aucun
doute Choi Hyun. Lui est né à Hyesan. Pendant
l'occupation japonaise, c'étaient tous des hommes de
Kim Il Sung. Ils l'ont rejoint parce qu'ils n'avaient rien à
perdre, là où ils étaient nés. Les
têtards sont devenus des dragons...
- Croyez-vous qu'ils accepteront de vous recevoir ?
- Evidemment, j'ai tout un paquet de bons de réquisition
qu'ils m'ont laissés en gage, pour servir de preuve !
Ils m'ont dit de revenir après la libération,
qu'on allait tout me rembourser. Quant à Choi Hyun, Dal
Sou le connaît mieux que moi ! Il était impatient
de l'incorporer à sa troupe.
- Auront-ils assez de pouvoir pour nous aider ? On dit qu'ils
n'ont pas beaucoup de responsabilités
- C'est vrai... Ils sont trop jeunes encore. Il est vrai que
Kim Il Sung lui-même n'a pas plus de trente trois ans...
Ils n'ont pas encore une place importante mais ce sont de vrais
personnages influents... puisque ce sont les hommes de Kim Il
Sung... Les autres ne sont que des marionnettes, même
Kim Dou Bong. Ecoutez-moi bien, vous allez voir. En politique,
l'important n'est pas le poste, aussi élevé soit-il...
C'est une question de pouvoir, réel ou pas. Qu'est-ce
que c'est le pouvoir réel ? Il faut appartenir à
la fraction qui a le pouvoir réel... Maintenant le vrai
pouvoir appartient à qui ? On dirait qu'il appartient
à Kim Dou Bong aussi bien qu'à Kim Il Sung, mais
cela ne durera pas longtemps ! La fraction de Kim Il Sung va
bientôt posséder tous les pouvoirs !
Au fur et à mesure qu'il développait sa pensée,
le vieux Park semblait reprendre des forces et son visage anémié
par la faim se ranimait peu à peu. Quoiqu'il en soit,
il fallait avant tout trouver les moyens de payer le voyage
jusqu'à Pyongyang. C'était une somme importante
pour leurs modestes budgets. Une fois arrivés à
Chong Jin, ils se séparèrent pour essayer de rassembler
l'argent nécessaire. Le père de Dal Sou s'installa
dans une auberge. La femme de Dal Sou, Talie et leur fille Ga
Young retournèrent au village pour rendre compte de leur
démarche à Tuck Seu.
- Vous voici de retour ! leur dit Punyeo en les accueillant.
Ca s'est bien passé ? Comment se portent les deux vieux
? Entrez, entrez ! Avez-vous de bonnes nouvelles ?
- Il est trop tôt pour répondre. On leur a seulement
raconté la situation et je suis revenue pour essayer
de rassembler l'argent nécessaire pour aller à
Pyong Yang.
- De l'argent ? En ce moment, il ne reste pas plus d'argent
que de grains de riz !
Punyeo se montrait soucieuse. La période de soudure avant
la nouvelle récolte était chaque année
difficile. Il n'y avait plus rien à manger sinon quelques
pommes de terre et chaque année voyait son lot de misérables
mourir de faim. Le vent qui soufflait alors apportait une odeur
étrange, une odeur inexplicable, qui était sans
doute celle de la mort.
Les vieux Han, alités, étaient toujours sans connaissance.
Les deux fils embrassèrent Talie en sanglotant. Au soir,
Tuck Seu avait réussi, avec beaucoup de difficulté,
à emprunter cinquante wons, ce qui équivalait
à un mois de son salaire. Et encore cela n'avait-il été
possible qu'en raison de sa nouvelle fonction de responsable
du poste de police.
- Il n'y a pas de changement depuis notre départ ?
- Non, les responsables du Parti semblent reconnaître
que Dal Sou n'est pas le seul responsable. Il a d'ailleurs été
nommé membre du Comité de la réforme foncière
en raison de son origine de classe, ce qui est un bon point
pour lui. L'affaire est compliquée et tous hésitent
à prendre une décision. La victime aussi a une
bonne origine de classe. Le procès aura lieu après
la nomination des nouveaux cadres et servira de test à
leur comportement. Je pense que la direction régionale
cherche à savoir qui se tient derrière Dal Sou,
dit Tuck Seu.
Le lendemain matin de bonne heure, au moment où Talie
et Ga Young se mettaient en route, Chul Hee et Chul Sik, les
enfants Han, les attendaient dans la cour. Ils avaient des larmes
aux yeux, de tristesse et d'inquiétude.
- Tante Talie, où est notre frère Chul Woo ? On
a besoin de lui pour s'occuper des parents... Ils sont mourants...
dit Chul Sik qui, malgré son jeune âge, semblait
comprendre tout ce qui se passait, alors que sa petite sur,
Chul Hee, qui ne comprenait rien, pleurait elle aussi.
Hiyae s'était réveillée. Elle avait quant
à elle l'âge de bien comprendre la situation et
elle songeait également à ce qui s'était
passé entre elle et Chul Woo. Elle ne pouvait rien faire
d'autre que d'espérer que le voyage porterait ses fruits.
Talie et Ga Young prirent enfin le train pour Chong Jin.
Pendant ce temps, Chul Woo s'était rendu chez son oncle.
Il n'y avait personne à la maison. Son oncle, Han Jin
Gu était un riche commerçant de Chong Jin où
il tenait un grand magasin dans le centre de la ville. Il s'était
enrichi pendant l'occupation en faisant du commerce avec le
Japon. Frère cadet de son père, avait épousé
une femme japonaise qui n'habitait d'ailleurs que quelques mois
par an à Chong Jin. Elle vivait le reste du temps à
Tokyo avec leur fils. Grâce à son épouse
japonaise, il pouvait voyager facilement au Japon, ce qui avait
facilité son commerce et son enrichissement. La répartition
de l'héritage familial avait créé un conflit
entre frères. Le père de Chul Woo avait été
avantagé en tant qu'aîné de la famille.
Il avait hérité de vastes terres. Déçu,
le second fils avait quitté le pays natal et commencé
à faire du commerce avec le Japon, ce qui lui avait permis
de faire fortune. Le troisième fils, Un Gu, s'était
lui aussi expatrié, en Chine, à Shanghaï,
pour y faire du commerce. A l'époque, il était
fréquent que de jeunes Coréens s'expatrient en
Chine ou au Japon, soit pour y faire leurs études, soit
pour organiser la résistance à l'envahisseur,
ce qui n'était pas le cas pour les deux oncles de Chul
Woo. Un Gu avait donné de ses nouvelles peu après
son départ, mais depuis quelques années on ne
savait plus rien de lui. Le frère aîné de
Chul Woo avait manifesté son intention de le chercher
lorsqu'il était parti pour la Chine, mais lui aussi avait
cessé de donner de ses nouvelles. S'étaient-ils
rencontrés en Chine ?
Chul Woo attendit le retour de son oncle. Il aurait pu aller
le chercher dans son magasin, mais il savait qu'il n'aimait
pas être dérangé à son travail et,
compte tenu de la situation familiale, Chul Woo ne souhaitait
pas le contrarier. Sans doute n'était-il pas au courant
des événements survenus au village. Qui aurait
bien pu l'en informer ? Toutes sortes de pensées lui
traversaient l'esprit tandis que le jour touchait à sa
fin en embrasant l'horizon de splendides couleurs. La baie de
Chong Jin semblait un vaste tapis doré et le soleil se
couchait vers cet endroit justement où se trouvait l'université
de Chul Woo.
Comme son oncle ne revenait pas, Chul Woo sortit de la grande
maison tristement vide et se mit à errer dans les rues
où le vent soufflait l'odeur de la mer. On entendait
le bruit des sirènes au loin des bateaux qui rejoignaient
le port. Où pouvait demeurer son oncle ? Au port, la
foule qui arpentait le quai était moins nombreuse qu'autrefois,
pendant l'occupation japonaise. En prenant soin de se dissimuler,
Chul Woo décida de s'approcher de la rue où se
trouvait le commerce de son oncle. Il était curieux de
savoir comment ce dernier traversait la nouvelle situation et
comment il réagirait aux nouvelles de sa famille. Il
arriva enfin en vue du magasin et se fraya un chemin à
travers les passants pour s'approcher de la porte, qui, à
son étonnement, était fermée. Il jeta un
coup d'il à l'intérieur puis poussa sur
le battant qui s'effondra aussitôt dans un grand vacarme.
L'intérieur ténébreux était complètement
vide. Ainsi le vent de la révolution avait-il soufflé
jusque dans cette maison ! Il s'adressa à un commerçant
du voisinage :
- Qu'est devenu le propriétaire de ce magasin ?
- Je n'en sais rien ! répondit l'homme d'un ton sec.
- Que s'est-il passé ?
- Comment le saurais-je ?
- Comment pourriez-vous ne pas le savoir puisque vous êtes
voisin ?
- Je ne suis pas au courant, c'est tout !
Chul Woo s'éloigna, peu désireux de susciter une
querelle inutile. Si son oncle ne travaillait plus dans son
magasin, il devait se trouver quelque part dans la ville. Peut-être
ne rentrait-il chez lui que tard dans la nuit ? La tristesse
l'envahit. Il s'était enthousiasmé comme beaucoup
lors de la libération de son pays mais si sa famille
devait disparaître et que lui-même n'avait plus
de place dans son propre pays, il n'aurait bientôt plus
d'autre choix que de s'expatrier
Roulant ainsi ces tristes
pensées, il erra le long du port en proie à de
sombres pressentiments. Que faire ? Où aller ? Il se
sentit abandonné et décida de retourner à
la maison de son oncle. En cours de route il s'arrêta
soudain à la vue d'un homme qui se restaurait près
d'un marchand ambulant, accroupi près d'une table basse.
Il lui sembla reconnaître son oncle et courut vers lui.
- Mon oncle!
Mais l'homme ne répondit pas en raison peut-être
du bonnet de fourrure qu'il tenait serré contre ses oreilles.
Il essaya encore une fois.
- Oncle, c'est moi, Chul Woo... Que faites-vous ici ?
L'homme au chapeau ne réagit toujours pas mais il se
leva, paya sa consommation et s'éloigna lentement. Chul
Woo après un moment d'étonnement comprit le manège
du vieil homme et lui emboîta le pas. Au coin de la rue,
l'homme se retourna et s'adressa à lui :
- Est-ce bien toi, Chul Woo, qu'est-ce qui t'amène jusqu'ici
?
- Je suis venu vous voir...
- C'est une étrange époque, n'est-ce pas ? Il
faut être prudent ! Comment va ton père ?
Ils s'assirent sur la plage où le vent froid venu du
large soufflait en rafales. Chul Woo raconta à son oncle
les malheurs qui étaient survenus au village.
- Un temps terrifiant arrive sur notre terre... Qu'allons-nous
faire ? dit le vieil homme.
- Que s'est-il passé, au magasin ? lui demanda son neveu.
- Tu me le demandes vraiment ? J'ai été attaqué
et je me suis enfui juste à temps... C'est une terrible
époque ! Enfin, j'ai pu quand même sauver un peu
d'argent. Je t'en donnerai pour tes parents
Le neveu ajouta qu'il comptait voyager à Pyongyang pour
essayer de sauver Dal Sou.
- C'est une bonne idée ! Dal Sou et son père étaient
proches de la résistance. Leurs amis pourront les aider.
Allons ! Il faut partir maintenant. Et, puisque tu es encore
jeune, si un jour tu en éprouves l'envie ou le besoin,
viens me rejoindre au Japon. As-tu mon adresse ?
- Oui, je l'ai.
- Tu viendras ?
- Je ne sais pas encore.
- En tous cas, garde bien l'adresse... Tiens, sauve-toi maintenant
avec cet argent ! dit l'oncle en lui tendant une liasse de billets
qu'il retira parmi d'autres serrées dans sa ceinture,
avant de s'en aller le regard tourné vers la mer.
Chul Woo lui aussi reprit son chemin. Il aurait bien aimé
retourner au village pour voir ses parents mais faute de moyen
de transport, il passa la nuit dans un misérable hôtel
où chaque chambre était occupée pour le
moins par cinq ou six voyageurs. Chul Woo se coucha dans un
coin, serrant contre lui le sac où il avait caché
l'argent de son oncle. Il ferma les yeux et mille pensées
lui vinrent alors à l'esprit. Au loin, les sirènes
des bateaux se taisaient peu à peu. Pourrait-on vraiment
sauver Dal Sou ?
Le lendemain, Chul Woo rejoignit à son auberge le père
de Dal Sou. Les deux femmes, Talie et Ga Young y étaient
déjà. Ils partirent sans attendre pour la gare
de Chong Jin.
- Dépêchons-nous ! répétait le père
qui ne songeait qu'à sauver son fils. Lorsqu'ils arrivèrent
à la gare, ils furent surpris par la foule. Chul Woo
demanda à un homme pour quelle raison il y avait tant
de monde.
- Comment savoir ? On dit que bientôt on n'aura plus le
droit de se déplacer librement, lui répondit l'homme.
Il leur fallut donc attendre leur tour comme les autres voyageurs.
Ils passèrent deux jours entiers dans la salle d'attente.
Malgré son âge, le vieux père de Dal Sou
supporta bien cette épreuve, de même que Talie.
Mais Ga Young se sentit très fatiguée.
- Il vaut mieux que tu retournes à la maison, dit Chul
Woo, c'est trop dur pour toi.
- Le commandant Choi connaît bien Ga Young. Elle était
toute petite fille à l'époque
Il sera content
de la revoir... répondit Talie.
Parfois, Chul Woo confondait Ga Young avec Hiyae qui étaient
toutes deux les filles de ses anciens domestiques. Ga Young,
contrairement à Hiyae, était une fille calme et
réservée.
Deux jours après ils obtinrent quatre billets de train
pour Pyongyang ainsi qu'un peu d'espoir
L'essentiel de
ceux qui étaient rassemblés dans la gare de Chong
Jin étaient des gens qui voulaient passer au Sud. La
plupart d'entre eux étaient, comme le notable Han, contraints
de quitter leur pays, afin d'éviter de mortels coups
de bâton. C'étaient les propriétaires et
capitalistes qui étaient en danger de mort
Enfin,
le train emmenant Chul Woo et ses compagnons partit, s'arrêtant
à chaque gare. En franchissant les cols du mont Chilbo,
Chul Woo se souvint y être allé autrefois, guidé
par un professeur japonais avec ses camarades de l'université.
La montagne y est splendide et s'ouvre sur l'infini de la mer
de l'Est. Quand le train arriva en gare de Hamhung, la nuit
tombait. Les voyageurs qui attendaient sur le quai étaient
plus nombreux encore qu'en gare de Chong Jin. Une foule innombrable
s'entassait non seulement dans la gare mais aussi sur la place
attenante. Le train était immobile, sifflant de temps
à autre et crachant des nuages de vapeur. On apprit qu'il
ne circulerait pas la nuit pour éviter les attaques de
troupes incontrôlées, japonaises ou autres.
Le train partit le lendemain et s'arrêta dans une petite
gare près de Wonsan. En effet, des trains transportant
des soldats japonais, arrivaient en masse en provenance de Pyongyang.
Comme, la route du Sud n'était pas libre, les Japonais
n'avaient pas d'autre choix que de prendre des bateaux au port
de Wonsan ou de Chong Jin. Chul Woo et les autres restèrent
quatre jours dans la petite gare. Ils manquaient d'eau potable
et de sanitaires sans parler de la nourriture. Certains allèrent
chercher de l'eau à un ruisseau qui coulait près
de la gare. Le voyage se transformait en une terrible épreuve
avant même que le but soit atteint. Ga Young épuisée
se mit à vomir et Chul Woo dut rassembler ses maigres
connaissances d'étudiant en médecine pour s'occuper
d'elle.
- N'avale plus rien, lui dit-il, ni eau, ni aliment, tout est
pollué ici ! Je vais essayer de trouver de l'eau potable,
attends un peu.
Elle fit " oui " de la tête tout en serrant
énergiquement les lèvres, pour faire preuve de
sa bonne volonté. Un long moment plus tard, Chul Woo
finit par revenir avec du sel et une bouilloire. Il fit boire
à la jeune fille de l'eau salée en soutenant sa
tête de sa main. Ga Young, qui semblait avoir perdu sa
timidité, lui sourit. Il la regarda, détaillant
son visage pour la première fois, et remarqua la finesse
de son cou, puis il la fixa dans les yeux. Elle soutint son
regard et ils échangèrent leurs sourires, comme
s'ils étaient soudain devenus intimes. La médecine
de Chul Woo était sans doute efficace car la jeune fille
se sentit bientôt mieux.
- Merci, jeune maître
lui dit-elle.
- Tais-toi, je ne suis plus ton jeune maître, je suis
le camarade Chul Woo. Répondit-il. Faisons comme les
autres.
- Camarade Chul Woo... camarade Chul Woo... répéta-t-elle
doucement en secouant la tête. Le train repartit enfin
pour Pyongyang. Tous étaient épuisés de
ce voyage sans fin mais ils trouvaient du courage dans la conviction
de faire ce qui était nécessaire pour sauver l'honneur
de Dal Sou et peut-être, plus encore, pour offrir un avenir
à ses enfants. La condamnation du père risquait
fort d'obérer gravement leur avenir.
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