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Un beau jour enfin, un agent de
la Sûreté ouvrit la porte et lui dit :
- Hé, Han Chul Woo, lève-toi si tu peux marcher
!
- Où veux-tu m'emmener, à la mort ?
- Il y a quelqu'un qui voudrait te voir, il paraît même
que tu as une fiancée
Chul Woo restait abasourdi. De quoi pouvait-il s'agir ?
- Ton beau-père est venu. Ce n'est pas n'importe qui
! C'est un haut responsable du Parti. Peux-tu te tenir debout
?
- Oui, mais j'aimerais boire un bol d'eau chaude.
- D'accord, bon, viens te laver un peu.
On l'emmena dans une petite pièce où il put se
laver. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas touché
de savon ! Il vida avidement une tasse d'eau chaude et se sentit
alors reprendre vie. On l'aida à marcher jusqu'à
une pièce où se tenaient le secrétaire
du Comité et le directeur de la mine.
- Camarade Han Chul Woo, prends place là-bas. Tu as une
visite du camarade Park Dal Sou, le sous-directeur de liaison
de Comité central du Parti, lui annonça le secrétaire.
- Park Dal Sou
murmura Chul Woo en se renversant épuisé
sur la chaise qu'on lui montrait.
- Camarade secrétaire, je suis vraiment désolé
des comportements indignes de mon beau-fils. Puis-je vous demander
un peu d'indulgence
dit alors Dal Sou.
- Mais non, camarade sous-directeur, ne dites pas cela
c'est moi qui vous dois des excuses. Le camarade Han Chul Woo
n'a pas commis de grave erreur contre le Parti. Mais, comme
c'est un homme très instruit, il nous a proposé
d'autres solutions
que celles du Comité de la mine
du Parti. Et, pour des raisons de discipline, nous avons dû
Vous comprenez, n'est-ce pas ?
- Je savais depuis le début, par l'intermédiaire
du président du Comité départemental du
Parti, que le camarade Chul Woo était venu travailler
ici et j'en étais fier. J'ai pensé que ce serait
pour lui une bonne occasion de réfléchir et c'est
pourquoi je l'ai laissé partir. Je vous remercie, camarade
secrétaire et camarade directeur de l'avoir aidé
à devenir un homme. Je ne voudrais pas abuser de votre
sollicitude mais j'ai encore une faveur à vous demander
: j'aimerais organiser le mariage de ma fille et de ce jeune
homme. Cela fait déjà un an que ma pauvre fille
s'occupe des parents du camarade Chul Woo. Lorsque je me battais
en Mandchourie contre les Japonais, le général
Choi Hyun a eu l'occasion de voir ma fille qui était
toute petite. Il m'a dit alors qu'il souhaitait lui-même
procéder à son mariage, le jour venu. Et, à
ma grande surprise, la dernière fois que je l'ai rencontré
à Pyongyang, il m'a demandé si ma fille était
déjà mariée ou non. Je ne sais pourquoi
je lui ai répondu qu'elle était mariée.
Il m'a alors invité à lui présenter le
couple. C'est pourquoi je suis venu ici. Je vous remercie de
tout ce que vous avez fait pour éduquer ce jeune homme
au socialisme, conclut Dal Sou.
Chul Woo était reconnaissant à Dal Sou des ses
efforts pour lui sauver la vie et un triste sourire lui vint
aux lèvres en même temps qu'une nouvelle envie
de vivre.
- Alors, camarade sous-directeur, comment va-t-on faire ? dit
alors le secrétaire. Comme vous le voyez, le camarade
Chul Woo est très faible, il n'est pas en mesure de rentrer
au pays natal pour se marier. Si on télégraphiait
à la fiancée de venir ici le rejoindre, en compagnie
du président du Comité communal du Parti ou de
celui de Comité municipal ? Et on organisera le mariage
dans la salle des fêtes de la mine. Cela nous fera un
immense honneur en même temps qu'un bon souvenir de votre
visite
- Etes-vous sûr que
répliqua Dal Sou, un
peu déconcerté.
- Laissez-moi faire. Je vais envoyer à Sessoula non pas
un télégramme mais directement une voiture chargée
de ramener votre fille et sa famille. Le Parti est au service
des travailleurs, n'est-ce pas ? Quant au camarade Chul Woo,
il n'est pas fait pour le travail de la mine, je vais donc lui
confier une nouvelle charge. Il manque toujours des hommes dans
le secteur culturel. Et je vais le faire inscrire immédiatement
au Parti, ajouta-il.
- Je vous remercie, camarade secrétaire, pour toute la
peine que vous vous donnez, répondit Dal Sou. Je m'en
remets à vos décisions. Qu'en pensez-vous, camarade
directeur ? poursuivit-il en s'adressant au directeur de la
mine qui gardait le silence.
- Je suis entièrement d'accord avec vous. Nous suivons
toujours les ordres du Parti. C'est un très grand honneur
de vous rencontrer, j'ai beaucoup entendu parler de vous. Lors
d'une réunion, nous avons même évoqué
vos actions exemplaires pendant l'occupation. Il paraît
que vous êtes toujours aussi rapide et aussi fort qu'auparavant.
Nous sommes prêts à faire tout ce que vous souhaitez.
Nous avons confiance en vous car notre plus grande préoccupation
est le bien-être du peuple ! s'écria enfin le directeur
visiblement très ému.
Chul Woo, lui aussi, était ému par le tour que
prenaient les événements. C'était son sort
qui était en jeu et il était reconnaissant à
Dal Sou d'avoir entrepris de le sortir de cette situation critique.
Dal Sou mentait pour lui permettre d'échapper à
la prison. Mais que deviendrait Hiyae si jamais il se mariait
avec Ga Young ?
- Je vous dois tant
finit-il par dire à Dal Sou.
- Vous êtes donc bien d'accord pour que j'envoie tout
de suite la voiture ? dit alors le secrétaire, et, se
tournant vers le chef du service de la Sûreté.
Ecoutez-moi ! Vous allez vous rendre immédiatement à
Sessoula, village natal du camarade sous-directeur avec deux
hommes armés. C'est à peu près à
quarante kilomètres d'ici. Vous devriez y arriver ce
soir, accomplir votre mission et revenir demain. Vous nous ramènerez
sans faute les parents du camarade sous-directeur, sa fille,
Ga Young, et les parents du camarade Han Chul Woo. En revenant
vous passerez par le village de Suck Mak où vous demanderez
à l'épouse du camarade sous-directeur de vous
accompagner. Dépêchez-vous ! Mais soyez prudent.
Il y aura parmi vos passagers des personnes âgées.
Conduisez doucement la voiture. Vous remettrez au bureau du
Parti de Sessoula, la lettre officielle qu'on va vous confier.
Vous vous rendrez aussi au Comité populaire pour établir
les formalités nécessaires. Ils savent que le
directeur du Comité de la mine reçoit directement
ses ordres du Comité central. Vous pourrez leur dire
que le camarade sous-directeur est en visite à la mine
de Musan. C'est un des plus grands héros de notre région
après le général Choi Hyun. Avez-vous bien
tout compris ? Ne faites pas d'erreur ! Vous pouvez partir maintenant,
ordonna-t-il enfin.
Dal Sou lui-même était surpris par la rapidité
de l'évolution des choses mais restait sceptique quant
à la conclusion du mariage. En apprenant ce qui était
arrivé à Chul Woo, il avait pensé que la
seule solution pour le sortir de là était de le
prétendre fiancé à sa fille. Sa position
hiérarchique dans le Parti lui donnait le pas sur le
secrétaire général de la mine mais cela
ne suffisait pas nécessairement pour libérer Chul
Woo qui s'était révolté contre l'autorité.
La méfiance, la surveillance, la dénonciation
puis l'exclusion étaient les pratiques ordinaires du
fonctionnement de la nouvelle société. Si on commettait
la moindre erreur envers le Parti, on ne pouvait éviter
de sévères critiques, même si on était
bien placé dans la hiérarchie. Il était
clair que le lien étroit qu'entretenait Dal Sou avec
le général Choi Hyun devait influencer les responsables
de la mine. C'est pourquoi Dal Sou leur avait laissé
l'initiative des événements, convaincu que c'était
la façon la moins dangereuse de s'y prendre.
- Quant à vous, camarade directeur, si jamais il arrive
quelque chose de désagréable au camarade Han Chul
Woo, vous ne pourrez échapper aux reproches du Parti,
s'écria enfin le secrétaire. Emmenez tout de suite
le camarade Chul Woo au dispensaire et faites tout ce qui est
possible pour rétablir son état de santé.
Vous le mettrez dans la chambre qui m'est réservée.
Prenez soin de sa nourriture. Vous ferez préparer les
logements pour les invités du mariage. Rassemblez également
tous les mineurs dans la cour à treize heures précises.
Le sous-directeur nous fera une allocution. Vous savez sans
doute qu'il est l'une des deux personnes qui ont reçu
le médaille de première classe, directement des
mains de notre grand dirigeant, Kim Il Sung. Il paraît
que cette décoration sera bientôt équivalente
au titre de héros du peuple. Le camarade Park Dal Sou
est lui aussi un grand héros de notre peuple. Il est
originaire de notre région et sa visite est pour nous
un grand honneur. Profitons de la chance que constitue sa visite
et dépêchez-vous de préparer tout ce que
je vous ai demandé !
- Oui, camarade secrétaire, nous exécuterons vos
ordres sans faute !
- Voilà qui est bien ! Et maintenant, camarade sous-directeur,
voudriez-vous faire un tour de la mine ? Ne vous inquiétez
pas pour le camarade Chul Woo, vous lui rendrez visite dès
qu'il se sentira mieux. Le médecin-chef s'occupera de
lui, c'est un homme très dévoué au Parti,
poursuivit le secrétaire.
- Je vous fais entièrement confiance
dit Dal Sou
qui s'interrogeait cependant sur les conséquences de
sa démarche. Mais la flèche était lancée
et il n'était plus question de la retenir !
Il fit une longue visite de la mine, en compagnie du secrétaire.
Les lieux ne lui étaient pas inconnus car, à une
certaine époque, il s'était affairé dans
cette région, au bord du fleuve. Il était passé
maintes fois dans les alentours mais il n'avait jamais imaginé
qu'il existait une aussi grande exploitation cachée derrière
les forêts.
On lui montra également la clinique où Chul Woo
occupait tout seul une chambre spécialement aménagée
tandis que les autres mineurs étaient hospitalisés
dans une salle bondée de patients. Dal Sou s'étonna
du nombre des blessés. Il fut ensuite reçu avec
une grande hospitalité par le secrétaire et le
directeur de la mine et se coucha tard dans la nuit, recru de
fatigue. Il allait s'endormir quand soudain il entendit du bruit
devant sa porte.
- Camarade sous-directeur, vous dormez ? disait la voix excitée
du secrétaire.
- Qui est là ?
- C'est moi, le secrétaire, mes hommes sont de retour
de Sessoula.
- C'est vrai, déjà ? Ils sont tous avec vous,
Ga Young aussi ?
- Oui, ils sont tous venus, votre épouse aussi est arrivée.
- Alors, il faut les faire entrer, où sont-ils ? Attendez
un peu, je viens.
- Ils sont tous ici avec moi.
Dal Sou enfila ses habits et se précipita au dehors.
Ils étaient tous là dans l'obscurité de
la nuit : ses parents et ceux de Chul Woo, sa femme et sa fille.
Il y avait même la femme de Tuck Seu, Punyeo. En effet,
Dal Sou n'avait pu emmener à Pyongyang sa famille qui
s'occupait de ses vieux parents et des parents de Chul Woo.
- C'est bien, je suis très content de vous voir tous,
le voyage n'a pas été trop dur ? J'espère
que vous n'êtes pas trop fatigués, eh bien, entrez
tous, entrez.
Park In Chul, le père de Dal Sou, était fier que
son fils soit devenu un important personnage du Parti. Dal Sou
en effet était capable de mobiliser les responsables
de la mine de Musan, le fleuron de la nouvelle nation socialiste,
pour recevoir ses propres parents ! Les invités, surpris
du luxe de la résidence officielle, hésitaient
à entrer.
- Mais, Dal Sou
dit le père d'un ton indécis.
- Oui, père.
- Avant tout, il serait bon de rendre visite à Chul Woo,
non ? Comment va-t-il ?
- Il va bien, ne vous inquiétez pas pour lui. Il fera
bientôt partie de notre famille, il sera le beau-fils
d'un héros du peuple. Tout le monde ne peut avoir cette
chance-là. Entrez d'abord, il vous faut du repos et on
verra après
dit Dal Sou.
Personne n'osa le contredire et les parents de Chul Woo, qui
auraient bien voulu voir leur fils, restèrent jusqu'au
dernier moment, en retardant le moment de se rendre dans leur
chambre. La nuit était fort avancée, lorsque,
après une longue conversation, ils se couchèrent
enfin.
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