1. L'homme
à la caméra de Dziga Vertov
"Dziga
Vertov, opérateur d'actualités, avait été
chargé de fonder et de diriger un journal filmé, la
Kino Pravda, supplément du grand quotidien La Pravda.
Ces mots qui veulent dire Cinéma-Vérité,
furent pris par Vertov comme un mot d'ordre : il entendait bannir
du cinéma tout ce qui n'avait pas été "pris
sur le vif". Tel jadis Lumière.
Les
vingt-trois numéros de la Kino Pravda conduisirent les
Kinoks à une conception plus extrémiste encore,
celle du Kino Glaz (Cinéma-Œil). Par leurs films
et par leurs manifestes rédigés dans le curieux style
futuriste, ils proclamèrent que le cinéma devait refuser
l'acteur, le costume, le maquillage, le studio, les décors,
les éclairages, en un mot toute la mise en scène, et
se soumettre à la caméra, œil plus objectif encore que
l'œil humain. L'impassibilité de la mécanique était
pour eux la meilleure garantie de la vérité.
La prise de vue devant saisir la vie à l'improviste, l'art
passait presque tout entier dans le montage. La personnalité
du réalisateur se manifestait par le choix des documents, par
leur juxtaposition, par le rythme créé.
Ces théories […] attirèrent l'attention sur l'importance
du montage, la nécessité de surprendre l'homme dans
son milieu social et dans sa vie, elles donnèrent une vigoureuse
impulsion au documentaire, elles contribuèrent à former
des genres nouveaux."
Georges
Sadoul, Histoire du cinéma, Flammarion, 1962.
L'effet
Koulechov
"Dans
son Laboratoire expérimental, Koulechov insistait comme Vertov,
sur le montage, mais utilisait scénario, acteurs et studio.
Koulechov prouva le rôle créateur du montage par une
expérience restée fameuse. Reprenant dans un film ancien
un gros plan de Mosjoukine, choisi volontairement inexpressif, il
le justaposa sucessivement avec des bouts de film représentant
une assiette de soupe, un cercueil et un enfant. On projeta ces séquences
devant des spectateurs non prévenus qui, selon Poudovkine s'extasièrent
devant l'atrty avec lequel Mosjoukine exprimait la faim, la tristesse
ou l'ttendrissement paternel."
Ibidem.