Analyse de l'image

Morphologie de l'image

Les paramètres d'analyse de l'image

On peut chercher à caractériser les images selon un certain nombre de critères formels propres au choix de l'énonciateur (peintre, opérateur, réalisateur ou autre).

1. Le point de vue

Toute image révèle en même temps qu’un objet (ou un contenu) un point de vue. On peut même dire qu’elle révèle le point de vue avant de révéler l’objet. Le point de vue, implicite, est le lieu de l’objectif ou point d’origine du regard.

Le point de vue engendre —  ou procède d' — un regard qui met lui-même en relation un sujet regardant et un objet regardé. Cette relation peut être univoque ou biunivoque, selon que l'observateur participe à l'événement représenté (on parlera de tiers inclus ou de témoin intradiégétique) ou reste extérieur au contexte de l’événement (on parlera de tiers exclu ou de regard extradiégétique). Il peut également être délégué à l'un ou l'autre des acteurs ou témoins de l'histoire ou du récit.

Le point de vue confond le regard du narrateur et le regard du spectateur. Il rassemble l'oeil réel de l'opérateur et l'oeil virtuel du spectateur (voir infra Les Ménines).

Regarder ou rendre compte d'un spectacle supposent toujours un compromis entre la volonté de lui rester extérieur et celle d’en comprendre, de l’intérieur, la logique ou la nécessité - voire d'en proposer une interprétation.:

1.1. Le point de vue énonciatif (extradiégétique)

L’instance de la narration est nettement dissociée de l’instance de l’événement. L’espace pragmatique de l’énonciation est distinct de l’espace pragmatique de l’événement. L’événement est constitué en objet par rapport au regard d’un narrateur (et du spectateur). Le point de vue est extradiégétique.

1.2. Le point de vue intradiégétique

L’instance de la narration tend à se confondre avec l’instance de l’événement, et l’espace pragmatique de l’énonciation avec l’espace pragmatique de l’événement. Le point de vue est intradiégétique. Le narrateur prend la place d’un acteur de l’événement. Les systèmes de référence et de coordonnées propres à l’énonciation et à l’événement se confondent.

2. Le cadre est une frontière qui sépare l'univers du contenu de l'image (diégése) de l'univers propre au dispositif de représentation (univers énonciatif). Le cadre manifeste donc l'intention du narrateur (direct ou délégué).

3 Le champ constitue le contenu du cadre. C'est le thème de l'image.

Le hors champ rassemble tous les éléments qui sont impliqués (dans la diégèse) par ce que le champ donne à voir (ou à entendre). Le hors champ participe à la signification de l'image, en particulier lorsque le point de vue narratif est délégué à un acteur de l'histoire.

 

Le contrechamp est l'espace propre au regard que révèle l'image. Autrement dit, c'est ce qu'on voit quand on se met à la place de ce qu'on regarde, ou encore, c'est l'image symétrique virtuelle qu'implique le point de vue propre à l'objet.

Champ
Contrechamp

 

Le hors cadre et le contrecadre

On utilise parfois les termes de hors cadre et contrecadre pour caractériser l'espace propre au dispositif énonciatif qu'implique l'image. Si le contrechamp du gros plan du visage tuméfié du boxeur est le gant de boxe (ou le visage) de son adversaire, le contrecadre de la même image n'est rien d'autre que l'objectif de la caméra qui le filme. Le hors cadre quant à lui est encombré des câbles, projecteurs et autres micros et claquettes indispensables à l'enregistrement.

4. La valeur (ou grosseur) du plan caractérise la distance relative qui sépare l'objectif de l'objet de la prise de vues. On distingue traditionnellement deux systèmes de référence selon que le motif est humain ou paysager.

4.1. Le plan général (PG) ou plan d'ensemble (PE) est un plan d'exposition qui décrit l'ensemble du décor où se déroule l'action. On le découpe parfois pour les besoins du montage en deux demi-ensemble, droit et gauche (PED et PEG).

 

Plan d'ensemble

 

Plan demi-ensemble gauche
Plan demi-ensemble droit

 

4.2. Le plan moyen (PM) cadre l'objet ou la personne (voir le groupe) dans sa totalité à l'exclusion du décor.

4.3. Le plan américain (PA) cadre un individu de la tête aux cuisses. C'est un compromis entre le plan moyen du corps et le gros plan du visage. Il permet donc de rendre compte à la fois du mouvement et de l'expression du ou des personnages.

4.4. Le plan rapproché (PR) est un plan de transition qui favorise l'approche du sujet.

4.5. Le gros plan (GP) et le très gros plan (TGP), parfois appelé close-up selon l'usage américain, soulignent un détail des personnages ou du décor.

 

5. L'angle de prise de vues

L’angle de prises de vues est celui que forme la direction du regard de l’opérateur avec la direction de l’axe principal de l’objet filmé autrement dit, il s’agit du rapport existant entre le système de coordonnées ayant pour origine l’objectif, et le système de coordonnées ayant pour origine l’objet visé.

L’angle de prises de vues s’analyse en deux éléments l’un se rapportant à la projection horizontale (droite, gauche), l’autre à la projection verticale (plongée, contre-plongée) des deux axes de référence. Bien entendu, le choix d’un axe de référence ne s’impose pas toujours naturellement. Les compositions complexes peuvent donner lieu à des références multiples.

Si le récit d’un événement se fait du point de vue extradiégétique d’un narrateur, l’axe premier de la narration lie le point de vue du narrateur à l’événement constitué en objet. L’axe second de la narration lie le sujet de l’événement (assimilé à un prédicat) à l’objet de l’événement. Autrement dit, il révèle une relation entre deux (ou plusieurs) éléments diégétiques. L’angle intradiégétique révèle un enchâssement d’événements ou de récits.

Le point de vue du narrateur est plus ou moins explicite. Il peut être confondu avec le point de vue de l’un ou l’autre des acteurs. En ce cas, l’axe de la narration et l’axe de l’événement se confondent. Les rapports existant entre les différents acteurs de l’événement peuvent donner lieu à autant de points de vue délégués équivalents qu’il existe d’acteurs.

Ainsi un événement peut-il être décrit de divers points de vue extra ou intradiégétiques. Le changement de point de vue impose une rupture à la continuité du récit, tout en préservant la continuité sémantique du propos. Le changement de point de vue peut donc indifféremment simuler l’évolution des rapports intersubjectifs, liant les acteurs de l’événement, ou mettre en valeur l’un quelconque des points de vue du narrateur ou des acteurs. Le choix proprement narratif consiste à élire à chaque instant l’un des points de vue disponibles dans un ensemble que l’on pourrait qualifier de «polymorphe ».

6. La profondeur de champ

L’objectif de la caméra détermine un axe de prises de vues par rapport auquel s’ordonnent les objets du décor. L’axe de la caméra simule la direction du regard et traverse un espace constitué d’une infinité de plans.

La portion d’espace dans laquelle la vision des objets est nette est appelée profondeur de champ. Elle est fonction de l’éclairage et du choix de l’objectif.

Une vaste profondeur de champ permet de donner beaucoup à voir et laisse donc une relative liberté au regard du spectateur. Elle permet également d’utiliser le premier plan en amorce et de mettre l’accent sur un objet ou sur un personnage. Inversement, une faible profondeur de champ permet d’isoler un détail à l’intérieur d’une scène complexe.

 

Roberto Rossellini : Voyage en Italie, 1953. Le contrechamp révèle l'image qu'implique le regard
Le plan moyen
Le plan américain
Le plan rapproché
Gros plan
Très gros plan
Plan général
Plan américain
Plan rapproché
Gros plan
Plan moyen
Point de vue narratif (extradiégétique)
Point de vue subjectif
(intradiégétique)

Plongée

Contre plongée
Trois quarts gauche
Trois quarts droit
Profondeur de champ