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Aymon de Varennes
LE ROMAN DE FLORIMONT ou La Ballade du Povre Perdu 1188
Traduit de l'ancien français et préfacé par Jean-Paul Desgoutte Texte intégral bilingue, broché, 444 pages, 16,5 X 21 cm arpublique@orange.fr
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Préface
Abbaye aux dames de Saintes Notes : 1. Le texte présenté ici reprend, au plus près, la transcription du manuscrit (conservé à la Bibliothèque nationale de France sous la cote fr. 15101) réalisée par Alfons Hilka à partir des travaux d'Alfred Risop : Florimont, ein altfranzösischer Abenteuerroman zum ersten Mal mit Einleitung, Anmerkungen, Namenverzeichnis und Glossar unter Benützung der von Alfred Risop gesammelten handschriftlichen Materialien herausgegeben von Alfons Hilka, Halle, Niemeyer ; Göttingen, 1932. C'est le seul imprimé publié à ce jour du texte original du Roman de Florimont d'Aymon de Varennes. 2. Cf. Georges Duby : "La société aux XIème et XIIème siècles dans la région mâconnaise", in Qu'est-ce que la société féodale ? Flammarion, 2002. 3. "Romans ne estoire ne plet a[s] fransois se il ne lon[t] fet". Les fransois ont allègrement illustré son propos si l'on s'en tient à la réticence que l'université et l'édition françaises ont manifestée vis-à-vis de son uvre : la seule version imprimée (avant la présente) a été éditée par une librairie et élaborée par un érudit allemands ! 4. Les chevaliers de Savigny (dans le Rhône) sont une microsociété exemplaire du monde féodal. Ils apparaissent, dans le courant du 10ème siècle, de la nécessité dans laquelle se trouve l'abbaye de se protéger des envahisseurs, en un moment critique et en un lieu sensible de l'histoire de l'Europe. 5. Le récit des relations tumultueuses entre l'abbaye et la famille de Varennes se développe sur un long chapitre du cartulaire de Savigny. Elles s'apaiseront dès lors que la famille de Varennes aura fourni au monastère, à l'exemple des autres seigneurs du crû, toute une théorie d'abbés et de moines. 6. Romancier [déjà (post)moderne], Aymon de Varennes est l'acteur de l'histoire qu'il met en scène, après l'avoir découverte (ou inventée) avant de la traduire, du grec en latin puis du latin en fransois, à l'usage de siaus qui servent de clergie, lecteurs et auditeurs lettrés qu'on rencontre dans les cours comtales et dans les abbayes. 7. Le nom de la bien-aimée, à qui le poète dédie son uvre, apparaît, à trois reprises dans le courant du récit sous la forme d'un anagramme de Iuliana. Il se rapporte, très certainement, à Juliana de Savoie, la fille du comte Amédée III et de Mahaut d'Albon, sur de Guigues IV du Viennois (le premier surnommé Dauphin). Juliana serait ainsi l'amante du chevalier troubadour Aymon de Varennes qui, de modeste seigneurie quoique quelque peu cousin de la demoiselle ne saurait sans doute prétendre épouser une femme si bien née ! Juliana, dont on ne sait quel sentiment elle éprouva pour son amoureux transi, devint au demeurant moniale et acheva sa vie en 1194 comme prieure de l'abbaye Saint-André de Vienne. 8. L'empereur Frédéric Barberousse (1122-1190), suzerain légitime du Lyonnais, dispute alors au pape Alexandre III, par-delà le contrôle de la botte italienne, l'héritage symbolique de l'empire romain. 9. Les cadets de familles chevaleresques se retrouvaient au printemps pour partager l'aventure des tournois et des soudées voire, à l'occasion, séduire quelque héritière... (cf. Duby, op. cit.). 10. L'Île celée fait référence, de façon convenue, à l'Île perdue de la tradition arthurienne, où règne la fée Morgane. 11. Le Roman de Mélusine sera rédigé deux siècles plus tard, avant 1392, par Jean d'Arras, à la demande de Jean de Berry, pour servir à l'illustration des familles de Lusignan et des comtes de Poitiers. Il s'inspire à la fois du Roman de Florimont qui fournit une bonne part des arguments et thèmes narratifs, des archives et chroniques de la bibliothèque du prince et du mythe ancestral universel de la Vouivre, femme-serpent, divinité tutélaire des eaux et des sources. 12. Jean-Marie de la Mure, érudit lyonnais, dans son Histoire des Ducs de Bourbon et des comtes de Forez (1675), identifie Mélusine à l'épouse de "Raymondin de Forez, seigneur de Lusignan, père de Geoffroy, Grande Dent" [avatar de Hughes le Diable] et, donc, moyennant quelques libertés prises avec l'histoire, au personnage d'Almodis de la Marche, mère de Hughes le Diable. Il puise ses informations dans le récit de Jean d'Arras et la Chronique de Maillezais qu'il accomode avec les légendes régionales attachées aux dynasties des comtes de Forez (voir infra). 13. Du concile de Charroux à la bataille de Muret, du berceau de ses ancêtres à la mort de Pierre II d'Aragon, en passant par le long règne d'Aliénor d'Aquitaine son arrière-petite-fille, la mémoire d'Almodis de la Marche et le destin de sa postérité épousent étroitement l'histoire de la féodalité occitane et francoprovençale (voir infra). 14. On retient de lui qu'à la question de Robert-le-Pieux tout jeune roi des Francs " Qui t'a fait comte ? ", il aurait répondu : " Et toi, qui t'a fait roi ? ". Ce qui résume assez bien l'état de confusion dans lequel se trouvait alors l'héritage de l'empire carolingien (voir Jean Penent, op. cit.). 15. Le concile de Charroux (989) est souvent cité comme l'événement fondateur de l'âge féodal. Il manifeste une forme d'exaspération des sociétés civile et religieuse vis-à-vis des querelles de la famille carolingienne et des prétendants au trône. Dans l'héritage de la réforme de Benoît d'Aniane, il s'appuie sur l'efflorescence des monastères, en Aquitaine et en Bourgogne, pour affirmer la vocation de l'Église à garantir la paix civile et à protéger les pauvres afin de préparer l'avènement du Royaume. 16. Son oncle Boson, tuteur de son père, aurait été assassiné par son épouse tandis que son grand-père est mort au combat contre le comte de Poitiers, son cousin (Chronique de Maillezais, op. cit.). 17. Le comportement quelque peu caractériel de Hughes le Batailleur (i. e. Hughes le diable), vis-à-vis des moines de Saint-Maixent, pourrait ainsi trouver son origine dans une enfance trop tôt sevrée de la présence maternelle... 18. " Le prince de Barcelone est aujourd'hui Ramon, fils de Berenguer, fils de Borell. L'an 446 de l'hégire [1054-1055], il quitta son pays pour se rendre dans les lieux saints. Passant par Narbonne, il descendit chez l'un des grands personnages de cette ville ; durant son séjour, le prince et la femme de son hôte tombèrent amoureux. Ramon poursuivit son voyage, arriva à Jérusalem, puis prit le chemin du retour et repassa par Narbonne. Là, il descendit chez son ancien hôte, désireux de retrouver l'épouse de celui-ci : ils s'avouèrent leur amour réciproque et préparèrent un plan pour qu'elle s'enfuît et le rejoignît. Une fois rentré à Barcelone, le prince lui envoya un groupe de Juifs pour l'aider à exécuter son projet. Le seigneur de Tortosa, qu'il avait mis au courant de l'affaire, envoya ces Juifs sur des galères jusqu'à Narbonne. Mais ils échouèrent dans l'enlèvement de la femme. Son mari s'en aperçut, et, comme il était fort épris d'elle, l'enferma. À la suite de cette séquestration, la famille de son épouse l'aida à accomplir son dessein. Quelques-uns de ses parents parvinrent à l'amener jusqu'à Barcelone [...]" E. LÉVI-PROVENÇAL, La Péninsule ibérique au Moyen-Âge, d'après le Kitàb Ar-Rawd al-mi'tar Fi Habar Al-Aktar, Leyde, 1938 ; cité par Martin AURELL, op. cit. p. 261. 19. Selon Martin Aurell (Les noces du comte, voir bib.) la légende de la fée Mélusine pourrait s'inspirer directement de la liberté qu'a prise Almodis de fuir, de façon rocambolesque, la citadelle où son deuxième mari le comte de Toulouse échaudé par une précédente tentative d'abandon du foyer conjugal la tenait enfermée. 20. Qui rassemble également ses demi-frères Hughes de Lusignan et Raymond Béranger de Barcelone, fils d'Almodis. 21. La famille des comtes d'Albon, Dauphins du Viennois, d'origine obscure, se taille, au 11ème siècle, tout un comté, entre Provence et Savoie, sur une terre d'Empire, et se hisse au niveau des familles souveraines par une judicieuse politique d'alliance matrimoniale avec les comtes de Barcelone, les comtes de Forez et les rois de Sicile. Le dauphin, animal fétiche au destin princier (qu'on rattachera à la même famille de monstres marins, mammifères hybrides, que Mélusine...) apparaît dans l'histoire familiale en 1110, comme surnom de Guigue IV (oncle de Juliana, l'égérie d'Aymon de Varennes, voir infra) petit-fils de Guigue II (lui-même surnommé Pinguis poisson-oiseau humanoïde ?) héritier de la charge comtale. Ce dernier en fera un titre souverain que son descendant Humbert II cèdera à la maison de France quand il lui vendra le Dauphiné. Aymon de Varennes, quant à lui, baptisera Dauphin un personnage-clé de son roman, confident et entremetteur du jeune couple de ses héros. 22. Guy-Raymond d'Albon du Viennois, fils d'Inès de Barcelone, est l'époux d'Ide de Forez, soeur de Guillaume III, comte de Forez, mort à la première croisade. L'héritage du comté revient à Guy, neveu de Guillaume III, après la disparition brutale de son cousin, Guillaume IV tué, selon la légende (cf. La Mure, op. cit.), pour avoir abusé de la femme de son vicomte. Il est possible que cette légende familiale se soit mêlée au souvenir de la mort de Guigues IV [beau-père de Guillaume de Poitiers-Valentinois], dauphin, tué au combat par son beau-frère Amédée de Savoie (le père de Juliana), pour donner naissance au personnage composite de "Raymondin, meurtrier involontaire du comte de Poitiers et mari à venir de la fée Mélusine..." popularisé par Jean d'Arras (voir infra et op. cit.). 23. Guigonne, fille de Mathilde de Sicile et soeur de Guigues IV Dauphin du Viennois, épouse Reynaud Bérenger de Sassenage dont la descendance revendiquera, elle aussi, Mélusine comme divinité domestique et familiale (cf. Chorier). Mélusine de Sassenage, familière des grottes profondes dudit lieu, prédit, à l'instar de la guivre de Lusignan, la mort prochaine du chef de clan. 24. Elle et son époux sont également connus pour avoir promulgué les Usages de Barcelone, premier code constitutionnel européen (150 ans avant la Magna Carta que les Anglais arracheront à son lointain descendant, Jean sans Terre). 25. Aymon de Varennes a pris quelque liberté avec la tradition qui fait d'Aristote le précepteur d'Alexandre... (voir infra : vers 1861-70). 26. La dame de l'Île Celée (ou Perdue), femme sans nom, s'efface, littéralement, du récit d'Aymon de Varennes dès lors qu'elle se voit découverte par la mère de Florimont. C'est sans doute dans ce mouvement de fuite qui est aussi l'affirmation d'un refus que se joue le destin, littéraire et anthropologique, de Mélusine. La fée, jalouse de son intimité, met fin au "droit de regard" de la belle-mère et à l'omnipotence du père et du mari ! sur l'épousée à qui advient, dès lors, la possibilité de s'affirmer propriétaire de son propre corps (voir infra). 27. L'an mil est le moment où s'efface peu à peu l'esclavage hérité de l'antiquité dans le mouvement féodal de réorganisation du territoire (voir Duby, op. cit.). Il s'affirme, en corollaire, un nouveau mode d'alliance familiale, prohibant l'endogamie incestueuse et le commerce des femmes qui l'accompagne. C'est l'effet indéniable de la christianisation de la société sur fond de millénarisme dans l'esprit de l'Épître aux Galates (3 28) de Paul de Tarse : " Il n'y a ni Juif, ni Grec ; il n'y a ni esclave, ni homme libre ; il n'y a ni homme, ni femme ; car tous vous ne faites qu'un dans le Christ Jésus. " 28. L'Église romaine s'est engagée, à partir du 10ème siècle, à promouvoir la doctrine du mariage consensuel par libre choix des conjoints qui substitue le don réciproque à la cession de la fille par le père à son gendre. Elle se sépare ainsi résolument des traditions germanique et romaine et singulièrement des usages en vigueur dans l'entourage des comtes de Barcelone (voir Martin Aurell, op. cit.). 29. La nouvelle Mélusine, court récit inséré dans Wilhelm Meister, met en scène un personnage de femme fatale qui emprunte à la dame de l'île celée sa curieuse propension à changer d'espace, à naître et à s'effacer dans l'instant d'un regard ou d'une pensée mal venue (Wilhelm Meister, op. cit.). 30. Marcel Proust fait de la duchesse de Guermantes une descendante de Mélusine, à la façon dont Jean d'Arras, avait, à l'instigation du prince de Berry, inscrit la famille de Lusignan dans la lignée magique et merveilleuse de la guivre. 31. Cf. Nadja. 32. Si Mélusine, l'héroïne de Jean d'Arras, peut être regardée comme une composition inspirée d'Almodis de la Marche (mère de Hughes le Diable et ancêtre réputée de toute ou presque la chevalerie occitane !) et de la Dame de l'île Celée (compagne merveilleuse de Florimont, empruntée à la tradition arthurienne) voire de Juliana de Savoie (l'amour sans espoir) assignée (par sa famille ?) à l'état de religieuse, il resterait à s'interroger sur le processus, proprement littéraire, qui a rendu possible la fusion de tous ces personnages dans l'esprit du poète, de ses contemporains et de la postérité... On est là confronté à l'émergence même de la création romanesque courtoise qui prendra en charge pour le millénaire à venir l'économie du jeu social amoureux dans l'espace européen. 33. Derrière le personnage de Rysus (dont la batelée guerrière rappelle à bien des égards le drakkar scandinave) se dressent sans doute Roger II de Sicile (1095-1154) grand-père de Juliana ! et sa famille de Normands, Vikings et autres Vandales qui ont puissamment contribué à l'histoire de la Grande Grèce et de la Méditerranée. Mahaut de Pouille, fille de Robert Guiscard épouse en 1078 Raymond Bérenger II, comte de Barcelone, tandis que sa cousine germaine, Mathilde (1062-1094), fille de Roger Ier de Sicile, épouse en 1080 Raymond de Saint-Gilles, frère utérin du comte de Barcelone, l'un et l'autre fils d'Almodis de la Marche. 34. ...anticipant la geste des Sept Samouraïs ou des Douze Salopards ! 35. Nectanébo, le dernier des pharaons, se serait, selon la légende transmise par le Roman d'Alexandre, réfugié à la cour de Philippe II où il aurait séduit Olympias... Il serait ainsi le véritable père d'Alexandre ! Aymon de Varennes aménage l'affaire à sa façon puisqu'il fait de Nétanabus le fils de la dame de l'île Celée et du neveu... du roi de Hongrie ! 36. Alexandre le Grand est soit le petit-fils de Florimont, si Olympias l'a conçu de Philippe II, soit le petit-fils de la dame de l'île Celée, s'il est né de Nétanabus. La question n'est pas anecdotique puisqu'elle sépare deux conceptions de l'illustration dynastique : d'une part la tradition grecque antique attribue volontiers aux héros un ancêtre divin (inévitablement illégitime), d'autre part le sacrement du mariage chrétien, qui tente de s'imposer à l'âge féodal, couvre d'oppobre la bâtardise. 37. On retrouve là un caractère de la famille princière à l'âge féodal, qui, sous l'effet, peut-être, des nouvelles contraintes matrimoniales (née des injonctions de Saint Paul et Saint Augustin) va chercher au loin ses partenaires non sans y retrouver les rejetons de sa lignée ! C'est le paradoxe d'une société où on s'allie à ses pairs pour élargir le patrimoine à défaut de pouvoir continuer d'épouser ses proches pour préserver l'héritage ! (voir Martin Aurell, op.cit.) 38. L'enjeu du combat n'est pas, loin de là, d'anéantir l'adversaire, ni même de le vaincre, mais bien, comme aux échecs, de prendre l'ascendant sur l'autre, par-delà le plaisir du tournoi (voir Annexes).
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SOMMAIRE
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Aymon de Varennes
LE ROMAN DE FLORIMONT La Ballade du Povre Perdu 1188
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