Techniques de l’interview |
|
|
INTERMEDIA/Infocom |
|
|
2,
rue de la Liberté
|
|
|
93526
Saint-Denis
|
|
|
Extraits d'interviews ETRANGERS ET TU DIS ? LE REGARD DES AUTRES
|
|
|
0. Introduction Une bonne maîtrise de la technique de l’interview audiovisuelle exige deux types de compétences : — une compétence de journaliste ou de sociologue. En effet, une bonne interview se fonde sur un travail d’enquête clair et complet et, en particulier, sur l’élaboration d’un questionnaire approprié,— une compétence de cinéaste. En effet, la direction d’une interview et de son montage exige une connaissance précise des moyens audio-visuels, de leur spécificité et de leurs limites.Les deux aspects s’entremêlent sans cesse dans le travail de l’interviewer qui se doit de rester tout aussi attentif à la qualité humaine de la relation qu’il suscite qu’à la qualité technique du document qu’il réalise. |
|
I. Dialogues, entretiens, interviews
1. Facteurs et fonctions de la communication verbale A l’origine de l’interview se situent les traditions philosophique et lgue et de l’entretien. En tant que procédé philosophique, le dialogue permet de révéler la dynamique créative de deux pensées qui s'affrontent. L’entretien, quant à lui, a pour objet de mettre en valeur la pensée ou la personnalité d’un des deux interlocuteurs ; l'autre, servant de faire-valoir ou d'analyste, organise et relance la réflexion, stimulant l’improvisation et nourrissant le propos. Interview est un mot anglais qui est apparu dans la langue française à la fin du 19ème siècle. Son origine est elle-même un emprunt de l’anglais au français entrevue. Selon le dictionnaire Robert, l’interview « est une entrevue au cours de laquelle un journaliste interroge une personne sur sa vie, ses projets, ses opinions dans l’intention de publier une relation de l’entretien ». Entretien à vocation journalistique, l'interview introduit le public comme partenaire de l'échange. Si les dialogues et les entretiens peuvent porter sur des sujets d'intérêt général, on tend à réserver le terme d'interview pour qualifier un interrogatoire qui favorise l'expression de la subjectivité de la personne interrogée, son histoire, son opinion, son témoignage.
2. Image de soi, image de l'autre 3. Naissance du journalisme L’utilisation spécifique du mot interview et la pratique même de l’interview sont attachées aux débuts du journalisme moderne tel qu’il a été inventé et mis en œuvre par les Anglo-saxons. Le développement du journalisme est lui-même profondément lié à l'émergence des sociétés industrielles démocratiques dont le mode de distribution du pouvoir favorise l'expression d'une opinion populaire au dériment des vérités révélées et des discours savants. Le pouvoir dans les sociétés démocratiques ne procède plus, comme dans l'ancien régime, de vérités révélées, ni même de la conservation des usages, mais de la loi du nombre telle qu'elle se manifeste dans le comportement quotidien d'une population anonyme. Les mass media en tant que vecteurs et creusets de l'opinion publique trouvent une formidable justification dans ce renversement de la légitimation du pouvoir et deviennent simultanément l'objet de toutes les attentions des représentants multiples des collectivités. Les 18ème et 19ème siècles en Europe ont vu apparaître la figure du citoyen, comme unité du jeu social. Sa nature multiple et variée a imposé l'élaboration de procédures d'expression et de représentation qui puissent rendre compte de l'unité dans la diversité. La presse, puis les medias qui en ont hérité, ont pris en charge ce rôle complexe d'élaboration d'une opinion commune dans un jeu dialectique où la formulation jamais achevée des opinions se propose à chaque instant à l'assentiment de ceux dont elle est censée donner l'avis. Plus encore que l'élu ou le décideur, c'est le journaliste en tant que porte-voix du peuple qui est au cur de jeu politique. Car il se trouve à l'endroit même où se forment à la fois le sens commun à partir des opinions individuelles et l'opinion individuelle à partir des représentations collectives. Le journaliste n'est pas à la recherche d'une vérité (qui se manifesterait comme une parole non contradictoire) mais à la recherche d'une formulation que son lecteur souhaite s'approprier. Le journaliste est le rapporteur d'un exotisme de l'ordinaire où la curiosité l'emporte sur la vérité, l’anecdote sur l’histoire au jour le jour telle qu’elle est vécue et construite par ses acteurs, célèbres ou anonymes. L’interview cherche à mettre en valeur l’insolite, l’atypique ou encore ce qu’il y a de plus irréductible dans la pensée et l’expression individuelles. Elle apporte sur l’événement le regard subjectif... de n'importe qui. Elle est le lieu d’expression du témoignage anonyme. (Stendhal) Période d’expansion colonisatrice pour la société européenne, le 19ème siècle fut également une période de curiosité et de recherche scientifiques intenses, aussi bien dans les sciences dites de la nature que dans les sciences sociales ou humaines. La société européenne découvre et s’enthousiasme, sur la lancée du romantisme, pour les cultures exotiques de l’Egypte, la Chine, l’Afrique, l’Amérique latine, etc. Les missions colonisatrices prennent un triple aspect militaire, religieux et scientifique au sens large. Suivant l’exemple de Napoléon qui entraîne dans son expédition militaire en Egypte une troupe de savants, les chefs de mission emmènent souvent avec eux des géographes, des archéologues, etc. Ces savants publient à leur retour non seulement leurs observations scientifiques mais aussi leurs observations personnelles. Peu à peu se développe le métier d’explorateur. L’explorateur est une sorte d’honnête homme aux connaissances vastes mais imprécises qui part à la découverte de l’inconnu et relate ensuite ses expériences. Le journalisme est né. Le journaliste est un témoin sans qualité particulière. Il est censé représenter le public le plus large. Sa prose doit être immédiatement accessible au grand public de son journal. Les questions qu’il se pose doivent être celles que se pose ou se poserait tout un chacun à sa place. Ce n’est donc pas un spécialiste. Ce n’est pas non plus à proprement parler, le représentant d’un groupe ou d’une institution. Ni soldat, ni diplomate, ni missionnaire, il n’a pas d’autre Le journaliste introduit dans la vie publique la voix du peuple et le regard du peuple. Il n’est pas soumis à la réserve., il pose des questions indiscrètes. Il cherche à connaître le fond des choses. C’est ainsi que le journaliste va être amené à rechercher non seulement les déclarations officielles mais encore et surtout les témoignages. Il va essayer de vivre l’événement ou de faire parler les gens qui ont vécu l’événement de la façon la plus immédiate et la plus gratuite. L’interview, telle qu’elle se développe alors, est une façon de faire parler les acteurs d’un événement, de les faire témoigner de ce qu’ils ont vu ou vécu. La démarche de l’interviewer est impressionniste. Il ne cherche pas la vérité mais le plus grand nombre possible de vérités subjectives qu’il met bout à bout. Semblable à un peintre qui crée une impression de réalité, à partir d’une multiplicité de segments non-figuratifs ou de couleurs brutes, il recrée une ambiance à partir d’une multiplicité de témoignages. 4. L'opinion publique Le 19éme siècle est l’époque du développement du journalisme. C’est aussi l’époque où se constituent les sciences humaines et où se développent les premières démocraties modernes. Ces trois phénomènes procèdent d’un même mouvement humaniste. L’individu devient à la fois le sujet de l’intérêt collectif et l’acteur de l’histoire. C’est à cette époque que ce qu’on appelait jusque là le sens commun tend à se transformer en opinion publique. L’opinion publique devient une donnée essentielle de la vie publique, et singulièrement de la vie politique, puisque le pouvoir est désormais lié au choix des électeurs. Les médias vont se spécialiser dans le rôle d’« accoucheur » ou de résonateur de l’opinion publique tandis que les sciences humaines chercheront à rendre compte de la façon la plus objective possible des mouvements qui traversent les sociétés et des lois qui les régissent. Une même technique se trouvera au centre de ces deux démarches : l’interview que les sciences humaines, et en particulier la sociologie, empruntent au journalisme pour l’utiliser à leurs fins propres. 5. L’essor des médias Le développement des médias audio-visuels va renforcer grandement l’usage du témoignage. La radio, tout d’abord, permet de diffuser la parole brute, le témoignage à chaud. L’impression de vérité y est d’autant plus grande qu’il ne s’agit plus là de transcription mais de matériau brut. La personne est présente par sa voix, ses intonations, ses silences, ses hésitations qui en disent souvent plus long que de longues phrases. La télévision renforce encore le phénomène en présentant la personne tout entière. L’interview devient un spectacle qui se suffit à soi-même, et, dans le meilleur des cas, un mode d’expression artistique. au même titre quasiment que le portrait classique. 6. Thérapie et marketing 7. Sondages, enquêtes et reportages L’interview est une garantie d’authenticité. La sociologie va tenter de lui donner en outre un statut scientifique. Ce qui se manifestera sous la forme d’études statistiques, de sondages, d’analyses de marchés. Bien entendu — et cela est l’objet d’un débat permanent — le travail du journaliste et le travail du sociologue ne sont pas sans influence sur l’évolution des mouvements d’opinion ou de mode. La publication d’une enquête ou d’un reportage, quelle que soit l’objectivité du travail réalisé, ne manquera pas d’avoir une influence sur l’opinion publique. Tout le monde est bien conscient de ce phénomène et c’est pourquoi les hommes politiques aussi bien que les industriels, commerçants ou artistes sont très attentifs à se ménager les bonnes grâces des médias, à organiser leur publicité et à faire valoir les sondages et enquêtes qui leur semblent favorables. Le marketing dont l’essor est spectaculaire depuis une trentaine d’années, est une technique qui, s’inspirant aussi bien de la sociologie que du journalisme, vise à reconnaître, utiliser, voire détourner les tendances de l’opinion publique afin de promouvoir un produit, un spectacle, une idée, un personnage, etc. L’interview, donc, devient une façon d’accéder à la majorité silencieuse, de connaître l’avis de la multitude, de ceux qui ne parlent jamais, de ceux qui ne savent pas parler ou qui croient n’avoir rien à dire. Pratiquée sous la forme de sondage, d’enquête ou de reportage, l’interview est devenue la clé de voûte de toute recherche sociale. Au-delà de l’analyse théorique d’un phénomène, l’interview permet aux acteurs dudit phénomène de s’exprimer et met ainsi à jour les opinions, les tendances, les familles de pensée et de parole. Expression directe de l’opinion populaire, elle peut cristalliser l’opinion commune et interpeller les pouvoirs publics (certaines émissions de télévision ont plus d’impact politique que de vastes manifestations). Tribune des porte-parole partisans ou des vedettes, elle peut être le lieu ou se crée et se développe la mode ; elle peut servir de support à un projet publicitaire tout aussi bien qu’à un travail d’information. II. TYPOLOGIE DE L'INTERVIEW AUDIOVISUELLEAvant de passer aux conseils pratiques de préparation et de tournage d’une interview, il nous faut encore établir une typologie sommaire de l’interview audio-visuelle telle qu’elle est pratiquée dans les métiers du journalisme et de la télévision. 1. L’interview dans le reportage de grande actualité On appelle reportage de grande actualité, par opposition à l’actualité immédiate, les reportages qui traitent de façon approfondie un événement ou un sujet de société. Ces reportages nécessitent une longue préparation et mobilisent des moyens matériels importants. Ils sont constitués d’un montage de séquences descriptives munies d’un commentaire et d’interviews sollicitées auprès de personnages-clé. 2. Les informations d’actualité immédiate (news) Il s’agit là de reportages réalisés à chaud, rapidement et avec des moyens légers. Ils sont conçus sur le même modèle que les reportages de grande actualité mais leur durée est nettement plus courte (de 1 à 3 minutes) et le montage est simplifié. Ils constituent une part essentielle des journaux télévisés. 3. L’interview de plateau Il s’agit généralement de l’interview en direct, lors d’un journal télévisé, d’une émission de variété ou d’un magazine, d’un personnage célèbre ou d’un responsable. 4. L’entretien diffusé en différé Il s’agit d’une interview de longue durée où un personnage raconte, explique, commente sa vie, son oeuvre, son passé, ses souvenirs etc. Ce type d’interview est à rapprocher du reportage de grande actualité du fait qu’elle mobilise des moyens matériels importants et exige un montage complexe. 5. Le micro-trottoir Mentionnons à part ce type d’interview que l’on rencontre fréquemment soit dans les journaux télévisés, soit dans les magazines. Il s’agit d’un montage rapide de réactions ou d’opinions brèves recueillies auprès de passants anonymes dans la rue ou dans un lieu public. Chacun de ces types d’interview nécessite une procédure de travail adaptée aussi bien du point de vue de la préparation et du choix du matériel que de l’élaboration du questionnaire et du montage éventuel. Cependant les principes du travail restent les mêmes. Nous allons donc décrire une procédure optimale qui, bien sûr, pourra être aménagée en fonction du type d’interview à réaliser. III. TECHNIQUES DU QUESTIONNAIRE Inséparable de l’interview, le questionnaire peut prendre des formes bien diverses, (de quelques mots jetés sur un paquet de cigarettes) jusqu’ à l’analyse complexe d’une problématique), il faut, en tous cas, s’ imprégner d’une idée une interview se prépare.1. La qualité de la personne interrogée Il faut également prendre en compte le statut de la personne interrogée En effet la personne interrogée peut répondre soit à titre personnel, soit en tant que représentant d’un groupe ou d’une catégorie sociale. On distinguera donc le témoignage (j’ai vu, j’ai vécu...) du propos rapporté (on m’a dit que, il paraît que...) et l’opinion individuelle (je pense que) de l’opinion collective (en tant que représentant des locataires, en tant que délégué syndical, en tant qu’élu de la nation...). 2. L’influence du rapport entre interviewer et interviewé La nature du rapport qui s’instaure entre l’interviewer et l’interviewé peut avoir une grande influence sur le contenu des réponses. La réponse peut varier, par exemple, en fonction de la sympathie ou de l’antipathie que les interlocuteurs éprouvent l’un pour l’autre et, plus profondément encore, en fonction de l’opinion que la personne interrogée tente de se faire de la réponse qu’on attend d’elle. Un comportement très classique des personnes interrogées est de vouloir faire plaisir à la personne qui interroge. Cela peut conduire la personne interrogée à tenter de deviner quelle est l’opinion propre de la personne qui interroge afin de lui répondre sinon de façon identique du moins sans la contredire trop fortement. (C’est ce qui se passe également dans une conversation courante). Inversement, si l’interviewer suscite de l’antipathie chez l’interviewé, ce dernier cherchera à prendre le contre-pied de son opinion supposée. Ce comportement se manifeste parfois par des contre-questions du genre: «Et vous, qu’en pensez-vous ?». La personne interrogée est également attentive à l’évolution de l’expression du visage de la personne qui interroge. C’est pourquoi l’interviewer, s’il veut obtenir une réponse authentique, se gardera de manifester d’autre sentiment qu’un intérêt soutenu pour ce qu’on lui raconte, évitant en tous cas d’engager une véritable conversation avec son interlocuteur. 3. La variété des informations recueillies Les questionnaires permettent de rassembler divers types d’information, à savoir : — des faits se rapportant à la personne interrogée (âge, sexe, profession, etc.), et à son univers (habitat, relations, etc.), — des témoignages relatifs à des événements ou à des situations vécues (la véracité ou l’honnêteté de ces témoignages peuvent être sujets à caution), — des on dit, par nature invérifiables. Produits de la rumeur, leur valeur d’information est nulle mais leur valeur explicative d’une situation peut être forte, — des opinions, c’est-à-dire des jugements que portent les individus interrogés sur divers problèmes ou événements: opinions politiques, jugements moraux, artistiques, etc. L’authenticité d’une opinion n’est pas plus avérée que la valeur informative d’un témoignage. L’opinion est souvent reprise d’un modèle auquel le sujet s’identifie. L’opinion «prête à porter» est en effet disponible en grande quantité et en grande diversité dans les journaux, magazines, livres, films et autres émissions de télévision. On peut également rattacher à ce dernier groupe les impressions, les sentiments, ainsi que manifestations d’intention, d’aspirations ou de besoins. L’élaboration du questionnaire et l’analyse des interviews doivent prendre en compte ces divers registres d’informations afin d’éviter la confusion dans l’esprit du spectateur. 4. Du questionnaire standardisé au questionnaire particularisé Les sondages et études d’opinion ont vulgarisé l’usage de questionnaires standardisés. Il s’agit d’un ensemble de questions imprimées sur un formulaire distribué à un échantillon d’individus choisis suivant des critères de représentativité statistique. Les questionnaires récupérés sont analysés suivant la méthode statistique, ce qui permet d’obtenir une certaine image de la population considérée, de ses caractéristiques propres ou de ses opinions. Le commerce et la politique font une consommation considérable de ce type d’enquête, avec un certain succès. Il faut bien voir cependant que, plus encore que l’opinion des personnes interrogées, ce type d’enquête teste leur réaction à l’image proposée par les media. La problématique d’une interview audio-visuelle est un peu différente en ce sens que la quantité de personnes interrogées ne peut qu’être faible et que l’on cherchera donc à privilégier la qualité de la prestation. On sera donc amené, le plus souvent, à renoncer au questionnaire standardisé et à élaborer un questionnaire souple et particularisé qui prenne en compte la personnalité de la (ou des) personne interrogée, en mêlant l’usage de questions ouvertes et de questions fermées selon un mode semi-directif ou non-directif. 5. Interviews directives, interviews non directives D’une façon générale on peut encore classer les interviews en interviews directives et interviews non directives.
L’interview directive donne un cadre aux réponses de la personne interrogée. L’interview non-directive tente de laisser la plus grande liberté d’expression à la personne interrogée. Le développement de 1’interview non-directive, d’usage relativement récent, a correspondu à la volonté des enquêteurs de franchir le barrage de la mode, des opinions toute faites et de l’image que chacun se fait ou donne à voir de soi-même, pour accéder aux motivations profondes et souvent inconscientes des personnes interrogées. L’interview non-directive exige disponibilité et confiance. Elle procède par approches successives et indirectes du sujet. L’interview non-directive, qu’il s’agisse d’étude de marché, d’enquête d’opinion ou de reportage se déroule généralement en trois temps : La mise en confiance Dans cette première phase la (ou les) question posée ne porte pas directement sur le sujet central de l’interview mais vise à mettre en confiance la personne interrogée. Le cœur du sujet. Quand le rapport de confiance est établi on peut en venir au sujet mais une fois encore il n’est pas conseillé de poser directement des questions fermées. Il est préférable d’amener progressivement la personne à parler «spontanément» du sujet sur lequel on veut l’interroger. La contre-épreuve. Même si l’on a l’impression d’avoir obtenu toutes les réponses que l’on désirait, il est bon de poursuivre la conversation et de revenir une seconde fois, par une question détournée, sur le sujet de l’interview. En effet, il apparaît souvent qu’ «à la réflexion» la personne interrogée peut être amenée à nuancer son opinion ou même parfois à la reformuler complètement. Exemple 9 Vous êtes chargé de conduire un reportage sur la publicité dans le métro. Vous tenez à savoir : — si les voyageurs éprouvent du plaisir ou de l’agacement à regarder la publicité, — s’ils sont plus ou moins sensibles à la publicité, le matin en allant au travail ou le soir en revenant, — s’il y a des emplacements plus visibles que d’autres, — quelles sont les associations ou les rêveries le plus souvent provoquées par la publicité ? Vous décidez de mener votre enquête en deux temps : 1ère phase Vous établissez un questionnaire semi-fermé que vous soumettez de façon directive aux voyageurs. a) dans les wagons du métro, b) sur les quais, c) à la sortie des bouches de métro. 2ème phase Vous prenez rendez-vous avec un échantillon de voyageurs afin de les questionner chez eux, selon le mode non-directif. Le type d’interview et le choix du questionnaire se justifient, dans la première phase par le fait que les voyageurs sollicités sont peu disponibles et pressés. Le choix de l’interview non-directive à domicile doit permettre soit de confirmer les réponses obtenues dans la première phase, soit de découvrir que les voyageurs ont, à tête reposée, une opinion différente, plus nuancée, ou franchement contraire de celle qu’ils expriment à brûle-pourpoint. Questionnaire 1ère phase — Est-ce que vous aimez regarder la publicité dans le métro? — Citez moi une affiche qui vous a plu? — Citez moi une affiche qui vous a déplu? — Vous souvenez-vous de l’endroit où elles étaient affichées? — Est-ce que la publicité vous fait rêver? A quoi? Les questions doivent être courtes et assez simples. Elles ne doivent pas solliciter une trop longue réflexion ni des réponses trop compliquées. Questionnaire 2ème phase (Les personnes que vous interrogez alors sont, bien sûr, différentes de celles que vous avez interrogées précédemment). Dans un premier temps vous évitez d’interroger votre interlocuteur directement sur la publicité. Vous commencez, par exemple, par l’interroger sur la distance qu’il parcourt chaque jour, son lieu de travail et le temps qu’il passe dans le métro. Vous le laissez s’exprimer librement, même si vous avez l’impression d’être hors du sujet. Vous pouvez ensuite l’amener à s’exprimer sur les conditions du transport, la fatigue, les autres voyageurs, la propreté des lieux, l’aménagement des stations, la télévision interne, les coloris, etc. Il est alors probable que dès cette phase vous aurez reconnu les centres d’intérêt et préoccupations principales de votre interlocuteur. Sans doute aura-t-il, de lui-même, évoqué la décoration et la publicité. C’est le moment d’engager la seconde phase de l’interview en précisant vos questions à partir de ce qui vient d’être dit. Exemple 10 — Vous dîtes qu’il y a des jours où vous ne supportez pas de regarder la tête des voyageurs ? Qu’est-ce que vous faites alors ? Vous lisez le journal ? Vous regardez les affiches ? — Le changement à Concorde vous semble trop long? Vous pensez que les couloirs pourraient être aménagés autrement ? Vous préféreriez plus d’affiches, ou moins d’affiches ? — Il vous arrive d’aller voir un film parce que vous avez vu son affiche dans le métro ? — Etc. Une fois que vous pensez avoir obtenu toutes les réponses que vous désiriez, il peut être bon de revenir sur l’un ou l’autre aspect de l’entretien ou de poser enfin des questions très générales. Exemple 11 Dans le fond, est-ce que vous aimeriez un métro sans publicité ? Les questions fermées Les questionnaires fermés proposent pour chaque question une liste exclusive de réponses closes. Exemple 1 « Est-ce que l’attrait de l’argent a eu une influence sur le choix de votre métier ? — Oui — Non. » Exemple 2 « Si quelqu’un vous demande l’heure dans la rue : — vous passez votre chemin ? — vous répondez au hasard ? — vous engagez une conversation ? — vous dites : «je n’ai pas de montre» ? » Les questionnaires fermés sont particulièrement utilisés pour les enquêtes quantitatives lorsqu’il s’agit d’avoir l’opinion d’une population sur un produit ou sur un personnage. Exemple 3 « Vous considérez le Président du Conseil comme un personnage : — très sympathique? — sympathique? — plutôt sympathique? — plutôt antipathique? — antipathique? — très antipathique? » Ils permettent une analyse quantitative précise de l’opinion mais n’apportent pas d’information sur les fondements de cette opinion. Ils se prêtent en outre à toute sorte de manipulations soit dans la formulation des questions, soit dans l’analyse des réponses. Formulation de la question Exemple 4 « Vous pensez que l’usage du tabac est mauvais pour la santé et qu’il doit être réglementé ? OUI — NON » Ce type de formulation oblige en fait à donner une seule réponse à deux questions : Question n°1 : « Pensez-vous que l’usage du tabac est mauvais pour la santé ? » Question n° 2 « Pensez-vous que l’usage du tabac doit être réglementé ? » Il oblige en outre à donner des réponses sans nuance. On peut penser, en effet, que l’usage du tabac peut être dans certains cas ou pour certaines personnes dangereux. Analyse de la réponse Exemple n° 5 : « Vous pensez que l’introduction de la publicité à la télévision est positive pour le développement du commerce ? OU — NON » Si l’analyse des réponses fait apparaître, par exemple, une majorité de 80 % pour le oui, une analyse tendancieuse des réponses permet d’affirmer qu’«une majorité de téléspectateurs considère comme positive l’introduction de la publicité à la télévision». Exemple n° 6 « Vous pensez que la publicité télévisée est : — amusante ? — belle ? — distrayante? — sans intérêt? La formulation privilégie, quantitativement, les réponses positives au détriment de la réponse négative. Elle facilite donc une analyse tendancieuse du type : « 80 % des téléspectateurs trouvent la publicité télévisée amusante, belle, distrayante...». La formulation ne laisse pas de place en revanche à des réponses nuancées du genre : — la publicité est parfois belle ou amusante mais souvent vulgaire, — la publicité est distrayante mais insignifiante et envahissante. Les questions ouvertes Les questionnaires ouverts laissent aux personnes interrogées la possibilité de personnaliser, de préciser, de nuancer leurs réponses. Ils sont donc d’un dépouillement plus difficile et les réponses fournies se prêtent mal à une analyse statistique. Ils permettent de déceler les tendances de l’opinion de façon qualitative et non de façon quantitative. Leur usage est donc tout indiqué pour la réalisation d’interviews de magazines, T.V. ou autres. Exemple 7 · Vous préférez vivre à la ville ou à la campagne ? Pourquoi ? · Vous utilisez plutôt votre voiture ou plutôt les transports en commun ? Pourquoi ? · Qu’est-ce que vous a incité à choisir le métier qui est le vôtre ? Il existe bien sûr la possibilité de mêler questions ouvertes et questions fermées ce qui peut faciliter le démarrage d’une interview. Exemple 8 · Vous allez au restaurant — pour vous distraire ? — pour faire un bon repas ? — pour sortir avec des amis ? — parce que vous n’avez pas le temps de faire la cuisine ? — pour une autre raison, laquelle ? 6. Sincérité, fidélité, compréhension La pratique de l’interview se confronte également à un problème de fiabilité ou d’évaluation des réponses obtenues, lié à la sincérité et à la fidélité des témoignages, voire à la bonne compréhension des questions posées.
Le mensonge peut être délibéré, soit que la question ou l’interviewer aient éveillé une méfiance, soit que l’image que l’interviewé veut donner de lui-même (ou se fait de lui-même) soit différente de la réalité. On obtiendra alors une réponse de «façade». D’une façon plus générale, et sans approfondir ici la question, on conviendra que toute réponse autre que purement objective, peut être analysée en deux éléments : un contenu manifeste ou conscient et un contenu latent ou inconscient. Il existe bien sûr des sujets qui sont particulièrement propices au mensonge ou à la dissimulation consciente ou inconsciente : les revenus, la vie sexuelle, les études, la santé, etc... sont autant de domaines où le réel et l’imaginaire se mêlent plus ou moins étroitement.
La valeur d’un témoignage est toujours fragile. Elle est liée à la fois à la mémoire et à la capacité de perception d’un témoin. Notons qu’un témoignage se déforme d’autant plus qu’il est répété plus souvent soit par la même personne, soit par des personnes différentes.
Il arrive enfin qu’il y ait malentendu, équivoque ou méprise entre l’interviewer et l’interviewé soit que la question posée soit peu claire, mal formulée ou ambiguë, soit que l’interviewé ait une mauvaise connaissance de la langue ou encore que les conditions de la communication fassent obstacle à la compréhension. IV. La préparation de l’enregistrement 1. Le synopsis Qu’elle soit conçue seule ou à l’intérieur d’un reportage, une interview exige, au même titre qu’un documentaire ou qu’un film de fiction, l’élaboration d’un synopsis. Il s’agit : 1) d’exprimer en quelques phrases le sujet de l’enquête ou du reportage, 2) de déterminer les lieux et décors où sera réalisée l’interview, 3) de décrire sommairement le (ou les) personnage choisi pour l’interview. 2. Le questionnaire L’élaboration du questionnaire se fait selon les principes que nous avons décrits précédemment et à partir d’une définition claire de l’objet de l’enquête établie dans le synopsis. Exemple 1 Soit l’interview d’un acteur à propos de la première représentation d’une pièce de théâtre. Le synopsis mentionnera l’auteur, le metteur en scène, le sujet de la pièce, les autres rôles importants, le passé professionnel de l’acteur interrogé, puis le lieu et la date de l’interview. Le questionnaire sera conçu à partir des éléments ainsi précisés. Exemple 2 Soit l’interview d’un délégué syndical à propos d’une grève. Le synopsis décrira l’entreprise, son activité, le nombre d’employés, l’origine de la grève, les syndicats présents, puis le lieu de l’interview, le nom de la personne interrogée, etc... De même que précédemment les renseignements ainsi recueillis serviront de base à l’élaboration du questionnaire. L’élaboration d’un synopsis et d’un questionnaire précis sont d’autant plus importants si l’interview est réalisée en direct sur un plateau. Il n’y a en effet dans ce cas ni possibilité de reprise ni possibilité de montage. 3. Le script ou bordereau de tournage (voir tableau) Le script vous servira pendant le tournage pour savoir où vous en êtes, pendant le montage pour préparer votre plan de montage et par la suite comme document d’archives. Colonne 1 (cassette ou bobine) : Chaque cassette ou bobine doit être répertoriée et munie d’une étiquette indiquant le titre du reportage, la date, le nom du réalisateur, le nom de la production. Colonnes 2 et 3 (plan et prise) : Ne pas confondre le plan et la prise. Il y a changement de plan chaque fois que l’on change de décor, de point de vue ou de focale, après avoir interrompu la prise de vues. On change de prise lorsqu’on tourne une nouvelle fois le même plan pour des raisons techniques ou autres. Colonnes 4 (compteur) : On relève le numéro du compteur au début et à la fin de chaque prise. Ceci est essentiel pour pouvoir travailler rapidement pendant le montage. Colonne 5 (image) : Description technique du plan-image. Il est important de noter également dans cette colonne les éventuels défauts de la prise de vues (mise au point, contre jour, etc.) qui peuvent exiger le tournage d’une nouvelle prise. Colonne 6 (son) : On mentionne dans cette colonne les défauts éventuels du son (ambiance trop forte, bruits parasites, coups de vent). Il est parfois possible d’améliorer au montage ou au mixage la qualité du son ou encore de n’utiliser qu’une partie du plan tourné. Si le son est de bonne qualité et l’image de mauvaise qualité, il est possible de remplacer l’image par un plan de coupe tout en conservant l’enregistrement sonore. Lors d'une interview, on note la première et la dernière phrases de chaque prise ce qui facilite le travail de montage en évitant les confusions entre plans de même valeur. Colonne 7 (plan de montage) : La dernière colonne n’est pas utilisée pendant le tournage mais pendant la phase du dépouillement et du montage. Elle permet de noter les plans qui seront effectivement assemblés lors du montage.
4. Le tournage Les conseils concernant l’organisation et le déroulement du tournage d’une interview reprennent en partie ceux que l’on prodigue pour tout tournage de films documentaires ou autres, mais ils ont également une spécificité que nous mettrons en valeur dans ce chapitre. 5. Le plan de tournage Votre plan de tournage doit comprendre : - le synopsis, - le ou les questionnaires établis, - la liste des personnes que vous voulez interroger avec leur adresse et éventuellement quelques détails sur leur personnalité (âge, profession, etc.), - la liste des décors et plans de coupe qu’il faudra adjoindre à l’interview. (11 n’est pas toujours possible de l’établir à l’avance), - le calendrier du tournage mentionnant l’ordre d’enregistrement des interviews, la durée prévue pour chaque enregistrement des interviews, la durée prévue pour chaque enregistrement ainsi que le temps consacré aux déplacements, - le bordereau d’enregistrement des prises. 6. Le repérage Comme dans tout tournage de film, le repérage est préférable si l’on dispose d’un peu de temps. Il permettra d’une part de faire connaissance avec les conditions matérielles du tournage, d’autre part de prendre contact avec les personnes à interroger. Il est le plus souvent préférable de ne pas déflorer l’interview en posant les questions à l’avance, mais il arrive que certaines personnes n’acceptent de s’exprimer qu’après avoir réfléchi aux questions qu’on leur posera. C’est là une question de tact dans la direction de l’interview. 7. Choix et préparation du matériel Le choix du matériel dépend bien sûr de l’utilisation que l’on veut faire de l’interview. Si l’interview doit servir à la rédaction d’un article de joumal ou de magazine, la qualité du son importe peu, si elle doit être utilisée dans un montage audio-visuel ou une émission TV, elle importe beaucoup. L’équipe de tournage TV d’une interview est généralement constituée d’un caméraman, d’un preneur de son et d’un journaliste ou réalisateur. Mais de plus en plus la tendance est de réduire le nombre des techniciens. L’utilisation de camescopes permet, dans de nombreux cas, à une seule personne d’effectuer le travail. Quel que soit le matériel choisi, n’oubliez pas de vérifier, avant le tournage, que vous disposez des accessoires nécessaires : - casque, - perchette, - micro directif ou semi-directif (et éventuellement micro-cravate), - bonnette (pour protéger le micro des coups de vent), - câble (dont la longueur doit être suffisante), - batteries (chargées et éventuellement chargeur), - trépied, - éclairage (si nécessaire), - cassettes ou bandes magnétiques ou films. 8. Consignes de tournage L’image Installez votre matériel, prenez le temps de vérifier la qualité du son et de l’image. N’oubliez jamais d’enregistrer 30 secondes de mire (ou de noir) au début de votre cassette afin d’obtenir une bonne stabilité de défilement de la bande dès vos premières prises de vues. Pour la même raison, ne filmez jamais jusqu’au bout de la cassette. Le son Si votre interview doit se prolonger, utilisez le micro-cravate plutôt que la perche. Si vous voulez avoir une bonne qualité d’enregistrement des questions, utilisez un deuxième micro et une petite table de mixage. Mais ne vous compliquez pas inutilement la vie. Il est le plus souvent loisible de supprimer les questions au montage ou de les réenregistrer au mixage. Place du journaliste Prévoyez dès le début de l’interview les divers cadrages que vous utiliserez. Si vous travaillez en équipe, installez-vous tout près de la caméra, à droite ou à gauche, en conservant toujours la même place. Dites à votre interlocuteur qu’il peut indifféremment vous regarder vous ou la caméra, l’idéal étant qu’il regarde alternativement l’un et l’autre. Consignes à l’interviewé Donnez à votre interlocuteur une indication du temps de réponse que vous espérez pour chaque question. une réponse trop longue est souvent difficile à monter. Informez-le que s’il n’est pas satisfait de sa réponse. il est toujours possible de recommencer la prise. Demandez lui de prendre son temps (quelques secondes) avant de répondre. Cela vous facilitera le montage. Pendant l’enregistrement, si vous travaillez en équipe, ne quittez pas du regard votre interlocuteur et montrez de l’intérêt pour ce qu’il vous dit. N’hésitez pas cependant à l’interrompre s’il est trop long et à reprendre la prise s’il apparaît quelque défaut technique ou autre. L’annonce Après toute mise en route de la caméra, comptez mentalement ou à haute voix cinq secondes avant de poser votre question. Si vous travaillez en équipe, laissez ce soin au caméraman. De même à la fin de chaque prise laissez tourner la caméra cinq secondes après la fin de la réponse. Ces précautions facilitent le montage en assurant une bonne stabilité de défilement de la bande et une sécurité pour la coupe. Si vous arrêtez le moteur de votre caméra (vidéo) n’oubliez pas de vous recalez à la fin de la prise avant toute nouvelle prise vues. Méfiez-vous du retour de bande qui peut mordre sur l’enregistrement précédent. Pour éviter ce désagrément, travaillez avec la touche pause aussi souvent que possible. L’utilisation de la claquette pour l’annonce des prises est particulièrement utile lors d’un tournage sur support film. Elle permet en effet la synchronisation des plans sonores et visuels. Le principe en est simple. Au début de chaque prise, vous présentez devant la caméra une ardoise, munie d’une claquette, sur laquelle sont inscrits l’intitulé de l’interview, le numéro du plan et le numéro de la prise. Vous actionnez alors rapidement la claquette afin d’obtenir un son ponctuel qui vous permettra, lors du montage, la synchronisation des plans. L’utilisation d’un caméra vidéo supprime le problème de la synchronisation mais il est souvent utile de posséder un repérage visuel du défilement des plans. Nous vous conseillons donc de réaliser, en tous cas, une annonce pour chaque prise en utilisant un petit carnet à spirale sur lequel vous noterez les plans et les prises successives. A chaque mise en route, vous présentez à la caméra une feuille du carnet sur laquelle sont inscrits le numéro du plan et le numéro de la prise engagés. 9. Plans de coupe et plans d’ambiance Une fois l’interview terminée, demandez à votre interlocuteur de se prêter à l’enregistrement d’une prise muette, c’est-à-dire de poser quelques secondes sans parler. Cette image pourra vous être utile lors du montage. C’est le moment également de filmer des plans de coupe sur d’autres membres de la famille ou sur des détails du décor et de réaliser un enregistrement d’ambiance sonore d’une trentaine de secondes. Pour cet enregistrement d’ambiance, demandez le silence... 10. Le micro-trottoir Si vous interviewez des gens dans la rue, préparez votre matériel et vos questions avant de les aborder. Il faut savoir dans ces cas-là limiter le temps de mise en route sans sacrifier la qualité de l’enregistrement. Abordez franchement vos interlocuteurs. Lancez la caméra (que vous aurez préalablement mis en pause) tout de suite. Présentez-vous de façon très brève, posez une question simple, courte, facile à comprendre. Ayez toujours deux autres questions prêtes pour poursuivre éventuellement. Evitez d’enchaîner plusieurs interviews. Prenez le temps de remplir votre bordereau de tournage puis de choisir une nouvelle personne à interroger. Méfiez-vous de ne pas interroger toujours le même genre de personnes (celles qui vous attirent). Vous devez en principe avoir prévu dans votre plan de tournage les divers types de personnes que vous voulez interroger. Mais ne cherchez pas non plus systématiquement la difficulté. Il y a des gens dont on devine qu’ils refuseront de répondre et il faut éviter de se faire éconduire trop souvent... Vérifiez fréquemment que l’enregistrement se déroule de façon correcte : le stress de le micro-trottoir conduit parfois à des erreurs techniques irréparables... Respectez votre plan de tournage. Si vous avez prévu d’interroger dix personnes, n’en interrogez pas vingt. Enfin, dès que le tournage est terminé (et cela vaut
pour toutes les interviews vidéo) vérifiez rapidement à l’œilleton
(ou au moniteur) que ce que vous avez enregistré est intéressant et
utilisable. Le lendemain, c’est trop tard... V. Le montage Le reportage est terminé. Vous disposez maintenant des rushes. Dans chaque cas le montage possède ses contraintes propres mais il existe quelques principes généraux à observer. 1. Le dépouillement Si vous avez établir un script précis, le dépouillement sera facilité. Commencez par vérifier que chaque bobine et son enveloppe portent l’ensemble des indications nécessaires. Ecoutez ensuite (et/ou regardez) chacune des bobines attentivement, en ayant votre script à portée de main. Vérifiez que les indications du script sont pertinentes. Corrigez éventuellement et ajoutez les annotations qui vous semblent judicieuses. Ces annotations peuvent être de deux types : Annotations techniques Il s’agit essentiellement de la qualité du son ou de l’image. Ces indications ont déjà dû être portées sur le script mais le visionnement ou l’écoute permettent un contrôle plus précis. Il s’agit en particulier de noter les prises inutilisables soit parce que l’image est floue mal cadrée, surexposée etc. soit parce que le son est trop faible, trop fort, couvert ou perturbé par un bruit d’ambiance, etc. Annotations de contenu Il s’agit là de faire un résumé simple du contenu de chaque réponse en mentionnant les passages qui vous semblent particulièrement intéressants, les répétitions, les longueurs, les propos hors sujet. Une fois ce travail fait, on ne saurait trop vous recommander d’écouter et de regarder une nouvelle fois l’ensemble des documents mais cette fois-ci sans prendre de notes, en essayant simplement de vous imprégner du contenu de l’interview réalisée. Le temps passé à écouter, à plusieurs reprises, l’enregistrement n’est pas du temps perdu. Il vous permet de mémoriser et de mettre, plus ou moins consciemment, en ordre les divers centres d’intérêt de l’interview. 2. Le plan de montage Lorsque vous pensez avoir une idée claire sur le contenu de votre enregistrement, vous pouvez passer à la phase du montage. Il s’agit tout d’abord, à partir de votre script annoté et corrigé, d’établir un plan de montage. C’est à ce moment que, selon le type d’interview choisi et le type de matériel collecté, vous ferez le choix entre un montage en continuité et un montage en parallèle.
Si votre interview ne concerne qu’un seul personnage vous êtes amené à choisir l’ordre dans lequel vous monterez questions et réponses. Il se peut que vous ne respectiez pas l’ordre dans lequel les questions ont été posées. En effet il arrive qu’une question posée en fin d’interview mérite d’être présentée plus tôt parce qu’elle éclaire l’ensemble de l’interview d’une lumière particulière. Il faut en fait choisir le meilleur ordre possible de passage en fonction du projet de l’enquête et de la logique des réponses fournies. Si votre enquête rassemble plusieurs interviews menées selon un même questionnaire il vous est également possible de monter chacune des interviews en continuité, soit en répétant chaque fois les questions, soit en aménageant le montage de telle façon que les questions puissent être supprimées. Il vous est également possible de monter les interviews en parallèle.
Monter une série d’interviews en parallèle, c’est coller bout à bout l’ensemble des réponses à une même question. C’est un procédé fréquemment utilisé dans les micro-trottoir qui sont le plus souvent de type directif, à questionnaire fermé. Cela permet un montage rapide et vivant, très prisé dans les journaux télévisés qui ne peuvent consacrer que peu de temps à l’analyse d’un sujet. 3. Le bout à bout — Si vous travaillez sur un support film, le plan de montage étant ainsi établi vous pouvez réaliser un premier bout à bout des éléments sans vous préoccuper des raccords. Dans cette phase d’élaboration, il est en particulier préférable de conserver toutes les questions. A l’écoute ou au visionnement de ce pré-montage, vous allez pouvoir affiner votre procédure : changer l’ordre des réponses, supprimer les longueurs, les répétitions, voire, parfois, renoncer complètement à l’une ou l’autre réponse qui vous semblerait n’apporter aucune information importante. — Si vous travaillez sur support vidéo professionnel, il peut être judicieux d’effectuer une copie de vos rushes sur un support vidéo amateur et d’établir une maquette de votre montage en réalisant un assemblage sommaire de votre interview. Vous aurez ainsi une première idée des qualités et des défauts de votre plan de montage et vous pourrez donc l’affiner avant de passer sur la table professionnelle. 4. Le montage Une fois l’ordre de l’interview établi et les plans montés, il peut subsister, dans l’enchaînement des plans, des raccords visuels de qualité médiocre. Il s’agit le plus souvent de l’enchaînement de deux plans de même valeur, dû à la suppression d’une longueur à l’intérieur d’une même prise de vues. Ce type de raccord provoque une saute dans l’image. On peut souvent y remédier en insérant un plan de coupe ou une illustration sur la fin du premier plan ou sur le début du second plan concernés, l’interviewé poursuivant son discours en voix off. Le plan de coupe utilisé est à choisir dans le stock
de ceux que vous avez pris la précaution de tourner (voir précédemment)
ou dans des images d’archives dont le contenu est proche du sujet
de l’interview. VI. Exercices Exercice n° 1 Découpez une interview dans un magazine. Reconstituez les questions posées. Imaginez deux questions supplémentaires. Exercice n° 2 Etablissez une liste des interviews présentées dans un journal télévisé de vingt heures. Pour chaque interview, vous donnerez le nom et la fonction de la personne interrogée ainsi que la durée de l’interview. Rapportez ensuite la durée totale des interviews à la durée totale du J.T. Exercice n° 3 Cherchez dans un magazine un exemple de fausse interview à vocation publicitaire. Exercice n° 4 A propos de bruit dans la rue, vous établirez trois questionnaires que vous pourriez soumettre à vos voisins : - un questionnaire fermé (4 questions); - un questionnaire semi-ouvert (4 questions); - un questionnaire ouvert (4 questions). Exercice n° 5 Vous faites une enquête sur la réhabilitation d’un quartier HLM. a) Définissez brièvement l’objectif de votre enquête. b) Choisissez 3 personnages-clé à interroger. c) Etablissez un questionnaire de 2 questions communes aux trois personnages-clé et de 2 questions propres à chacun d’eux. Exercice n° 6 Vous voulez réaliser une interview-trottoir sur les préoccupations des jeunes de vingt ans. a) Etablissez un synopsis qui précisera : - l’objet de votre reportage, - les caractéristiques des personnes que vous désirez interroger, - les lieux et heures où vous réaliserez vos interviews. b) Elaborez six questions que vous soumettrez à vos interlocuteurs. Exercice n° 7 Vous interviewez chez lui un acteur ou un chanteur célèbre. Imaginez cinq plans de coupe que vous pourrez insérer dans votre montage. Exercice n° 8 Imaginez cinq plans de coupe que vous pourrez insérer dans le montage du micro-trottoir que vous avez conçue lors du contrôle de la leçon précédente.
|